Clodomir Ier

Intérêt
Clodomir (Chlodomer, Chlodomir, v. 496 – 25 juin 524) est le second des quatre fils de Clovis. À la mort de son père, en 511, il reçoit en partage le royaume des Francs avec ses trois frères : Thierry (Theudericus), Childebert (Childebertus) et Clotaire (Chlothacharius, ég. Lothaire ou Clotaire le Vieux).

Alors que Thierry, l'aîné, est largement avantagé par la succession, Clodomir partage quant à lui la moitié du royaume de Clovis avec ses deux autres frères : les territoires qui lui reviennent sont taillés dans l'ancien royaume de Syagrius et comportent notamment les évêchés de Tours, Poitiers et d'Orléans. Cette dernière ville devient la capitale du royaume d'Orléans ainsi formé.

Clodomir épouse Gondioque (Guntheuca), qui lui donne trois fils : Théodoald (Theodoald), Gonthaire (Gunthar) et Clodoald (Chlodoald).

En 523-524, Clodomir prend part avec ses frères à une expédition contre les Burgondes : celle-ci est probablement décidée par sa mère, Clotilde, désireuse de venger son neveu assassiné par le roi Sigismond. Sigismond est capturé lors de la campagne et Clodomir regagne Orléans. Mais le frère de Sigismond, Gondomar, entre alors en Burgondie à la tête de troupes envoyées par son allié, le roi ostrogoth Théodoric le Grand et y fait massacrer la garnison que les Francs avaient laissé. Clodomir fait alors assassiner Sigismond et les fils de ce dernier : Gisald et Gondebaud (le premier mai 524), puis il se lance dans une seconde expédition contre les Burgondes.

Il est tué lors de celle-ci, la même année, à la bataille de Véreronce (le 25 juin 524).

Après sa mort, ses trois fils sont recueillis par Clotilde jusqu’à ce que sa veuve, Gondioque, épouse Clotaire Ier. Les querelles pour le pouvoir déchirent alors les fils de Clovis : Thierry projette d’assassiner Clotaire en 531 (H.F. III,7.). Pour hériter du royaume d’Orléans, ce dernier choisit de se débarrasser de ses neveux. À cette fin, il s’allie à Childebert et organise le massacre des enfants de Clodomir. Seul Clodoald parvient à s’enfuir (532) avec, selon Grégoire de Tours, le soutien d’hommes puissants (H.F. III,18. per auxilium virorum fortium).

Mieux connu sous le nom de saint Cloud, Clodoald devient abbé de Nogent après avoir renoncé à sa chevelure, symbole de la royauté franque, plutôt qu'à la vie. Clotaire et Childebert se partagent quant à eux le royaume de Clodomir, dont Thierry récupère également une partie avec l'Auxerrois, le Berry et le Sénonais.

1. Sources

  • Grégoire de Tours, Histoire des Francs [H.F.] (Gregorii Turonensis Libri historiarum X : éd. Bruno Krusch et Wilhelm Levison (Monumenta Germaniae Historica [M.G.H.] Scriptores rerum Merovingicarum [SS rer. Merov.], Hanovre, 1937-1951)
  • Anonyme, Vie de Clodoald (Vita Chlodovaldi) : éd. Bruno Krusch, Fredegarii et aliorum Chronica: Vitae sanctorum (MGH SS rer. Merov.; 2, Hanovre, 1888)

Extraits sur Clodomir (trad. J.-L.-L. Brière, Histoire des Francs par Grégoire de Tours, Paris, 1823, numérisée et mise en page par François-Dominique Fournier sur le site remacle.org : antiquité grecque et latine) :

  • l. II. Naissance de Clodomir : [Clotilde] engendra ensuite un second fils, qui reçut au baptême le nom de Chlodomir [Clodomir]. Cet enfant étant tombé malade, le roi disait : Il ne peut lui arriver autre chose que ce qui est arrivé à son frère, c’est-à-dire qu’il meure aussitôt après avoir été baptisé au nom de votre Christ. Mais le Seigneur accorda la santé de l’enfant aux prières de sa mère [496].
  • l. III. Partage du royaume à la mort de Clovis (511) : Après la mort de Clovis, ses quatre fils, Théodoric [Thierry], Chlodomir, Childebert et Clotaire, prirent possession de son royaume, et se le partagèrent également.
  • ibidem Expédition contre les Burgondes, assassinat de Sigismond et mort de Clodomir : La reine Clotilde parla cependant à Clodomir et à ses autres fils, et leur dit : Que je n’aie pas à me repentir, mes très chers enfants, de vous avoir nourris avec tendresse ; soyez, je vous prie, indignés de mon injure, et mettez l’habileté de vos soins à venger la mort de mon père et de ma mère. Eux, ayant entendu ces paroles, marchèrent vers la Bourgogne [royaume des Burgondes], et se dirigèrent contre Sigismond et son frère Gondemar. Vaincu par leur armée, Gondemar tourna le dos ; mais Sigismond, cherchant à se réfugier au monastère de Saint-Maurice, fut pris avec sa femme et ses fils par Clodomir [523], qui, les ayant conduits dans la ville d’Orléans, les y retint prisonniers. Les rois s’étant éloignés, Gondemar reprit courage, rassembla les Bourguignons [Burgondes], et recouvra son royaume. Clodomir, se disposant à marcher de nouveau contre lui, résolut de faire mourir Sigismond. Le bienheureux Avitus, abbé de Saint-Mesmin [saint Avit], prêtre renommé de ce temps, lui dit : Si, dans la crainte de Dieu, tu te ranges à de meilleurs conseils, et ne souffres pas qu’on tue ces gens-là, Dieu sera avec toi, et là où tu vas, tu obtiendras la victoire ; mais, si tu les fais mourir, tu périras de même, livré entre les mains de tes ennemis, et il en sera fait de ta femme et de tes fils comme tu feras de la femme et des enfants de Sigismond. Mais le roi méprisant son avis, lui dit : Je regarde comme la conduite d’un insensé, quand on marche contre des ennemis, d’en laisser d’autres chez soi. Car ainsi, ayant l’un à dos, les autres en tête, je me précipiterais entre deux armées ; la victoire sera plus complète et plus aisée à obtenir, si je sépare l’un de l’autre. Le premier mort, je pourrai beaucoup plus aisément me défaire du second. Et aussitôt il fit mourir Sigismond avec sa femme et ses fils, en ordonnant qu’on les jetât dans un puits près de Coulmiers, bourg du territoire d’Orléans, et marcha en Bourgogne, appelant à son secours le roi Théodoric. Celui-ci, ne s’inquiétant pas de venger l’injure de son beau-père, promit d’y aller, et étant rejoints près de Véseronce [Vézeronce], lieu situé dans le territoire de la cité de Vienne, ils livrèrent combat à Gondemar. Gondemar ayant pris la fuite avec son armée, Clodomir le poursuivit, et, comme il se trouvait déjà assez éloigné des siens, les Bourguignons, imitant le signal qui lui était ordinaire, l’appelèrent en lui disant : Viens, viens par ici, nous sommes les tiens. Il les crut, alla à eux, et tomba ainsi au milieu de ses ennemis qui lui coupèrent la tête, la fixèrent au bout d’une pique, et l’élevèrent en l’air [524]. Ce que voyant les Francs, et reconnaissant que Clodomir avait été tué, ils recueillirent leurs forces, mirent en fuite Gondemar, écrasèrent les Bourguignons et s’emparèrent de leur pays. Clotaire, sans aucun délai, s’unit en mariage à la femme de son frère, nommée Gontheuque, et la reine Clothilde, les jours de deuil finis, prit et garda avec elle ses fils, dont l’un s’appelait Théodoald, l’autre Gonthaire et le troisième Clodoald. Gondemar recouvra de nouveau son royaume.
  • ibid., Assassinat des fils de Clodomir, à l’exception de Clodoald : Tandis que la reine Clotilde habitait Paris, Childebert, voyant que sa mère avait porté toute son affection sur les fils de Clodomir, dont nous avons parlé plus haut, conçut de l’envie ; et, craignant que, par la faveur de la reine, ils n’eussent part au royaume, il envoya secrètement. vers son frère le roi Clotaire, et lui fit dire [v. 533] : Notre mère garde avec elle les fils de notre frère, et veut leur donner le royaume ; il faut que tu viennes promptement à Paris , et que, réunis tous deux en conseil , nous déterminions ce que noms devons faire d’eux, savoir si on leur coupera les cheveux, comme au reste du peuple, ou si, les ayant tués , nous partagerons également entre nous le royaume de notre frère. Fort réjoui de ces paroles, Clotaire vint à Paris. Childebert avait déjà répandu dans le peuple que les deux rois étaient d’accord d’élever ces enfants au trône : ils envoyèrent donc, au nom de tous deux, à la reine qui demeurait dans la même ville, et lui dirent : Envoie-nous les enfants, que nous les élevions au trône. Elle, remplie de joie, et ne sachant pas leur artifice, après avoir fait boire et manger les enfants, les envoya, en disant : Je croirai n’avoir pas perdu mon fils, si je vous vois succéder à son royaume. Les enfants, étant allés, furent pris aussitôt, et séparés de leurs serviteurs et de leurs gouverneurs ; et on les enferma à part, d’un côté les serviteurs, et de l’autre les enfants. Alors Childebert et Clotaire envoyèrent à la reine Arcadius, dont nous avons déjà parlé, portant des ciseaux et une épée nue. Quand il fut arrivé près de la reine, il les lui montra, disant : Tes fils nos seigneurs, ô très glorieuse reine, attendent que tu leur fasses savoir ta volonté sur la manière dont il faut traiter ces enfants ; ordonne qu’ils vivent les cheveux coupés, ou qu’ils soient égorgés. Consternée à ce message, et en même temps émue d’une grande colère, en voyant cette épée nue et ces ciseaux, elle se laissa transporter par son indignation, et, ne sachant, dans sa douleur, ce qu’elle disait , elle répondit imprudemment : Si on ne les élève pas sur le trône, j’aime mieux les voir morts que tondus. Mais Arcadius, s’inquiétant peu de sa douleur, et ne cherchant pas à pénétrer ce qu’elle penserait ensuite plus réellement, revint en diligence près de ceux qui l’avaient envoyé, et leur dit : Vous pouvez continuer avec l’approbation de la reine ce que vous avez commencé, car elle veut que vous accomplissiez votre projet. Aussitôt Clotaire, prenant par le bras l’aîné des enfants, le jeta à terre, et, lui enfonçant son couteau dans l’aisselle, le tua cruellement. A ses cris, son frère se prosterna aux pieds de Childebert, et, lui saisissant les genoux, lui disait avec larmes : Secours-moi, mon très bon père, afin que je ne meure pas comme mon fière. Alors Childebert, le visage couvert de larmes, lui dit : Je te prie, mon très cher frère, aie la générosité de m’accorder sa vie ; et, si tu veux ne pas le tuer, je te donnerai, pour le racheter, ce que tu voudras. Mais Clotaire, après l’avoir accablé d’injures, lui dit : Repousse-le loin de toi, ou tu mourras certainement à sa place ; c’est toi qui m’as excité à cette affaire, et tu es si prompt à reprendre ta foi ! Childebert, à ces paroles, repoussa l’enfant, et le jeta à Clotaire, qui, le recevant, lui enfonça son couteau dans le côté, et le tua, comme il avait fait à son frère. Ils tuèrent ensuite les serviteurs et les gouverneurs ; et après qu’ils furent morts, Clotaire, montant à cheval, s’en alla, sans se troubler aucunement du meurtre de ses neveux, et se rendit, avec Childebert, dans les faubourgs. La reine, ayant fait poser ces petits corps sur un brancard, les conduisit, avec beaucoup de chants pieux et une immense douleur, à l’église de Saint-Pierre[v. 533], où on les enterra tous deux de la même manière. L’un des deux avait dix ans, et l’autre sept. Ils ne purent prendre le troisième, Clodoald, qui fut sauvé par le secours de braves guerriers ; dédaignant un royaume terrestre, il se consacra à Dieu , et, s’étant coupé les cheveux de sa propre main, il fut fait clerc. Il persista dans les bonnes œuvres, et mourut prêtre. Les deux rois partagèrent entre eux également le royaume de Clodomir. La reine Clotilde déploya tant et de si grandes vertus qu’elle se fit honorer de tous. On la vit toujours assidue à l’aumône, traverser les nuits de ses veilles, et demeurer pure par sa chasteté et sa fidélité à toutes les choses honnêtes ; elle pourvut les domaines des églises, les monastères et tous les lieux saints de ce qui leur était nécessaire, distribuant ses largesses avec générosité, en sorte que dans le temps, on ne la considérait pas comme une reine, mais comme une servante spéciale du Seigneur, dévouée à son assidu service. Ni la royauté de ses fils, ni l’ambition du siècle, ni le pouvoir, ne l’entraînèrent à sa ruine, mais son humilité la conduisit à la grâce.

2. Bibliographie

  • Pierre Riché, Dictionnaire des Francs, 1., Les temps mérovingiens, éd. Bartillat, Paris, 1996 (ouvrage de référence)
  • (en) Joachim Ehlers, "The Birth of the Monarchy out of Violent Death: Transformations in Kingship from late Antiquity to the Tenth Century" in German Historical Institute London Bulletin, Volume XXVI, No. 1, Londres, mai 2004 (pp. 5-35) [1]


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Clodomir Ier Thème:Mérovingiens



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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2010-06-03 16:41:20




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