Zodiac de David Fincher

Intérêt
Ce Zodiac n’est pas un nouveau Seven. Le réalisateur surprend avec ce thriller au style inattendu de sa part. Le film est pourtant captivant tout au long des deux heures trente de sa durée.


Table des matières

1. Analyse


Ce sixième film de David Fincher étonne, ne serait-ce que par l’extrême sobriété de sa réalisation, très différente des effets spectaculaires des The game, Seven [1] et Panic room [2]. Sans doute le réalisateur a-t-il eu le souci d’accorder son style à son propos : le réalisme d’une enquête qui se donne l’apparence d’un documentaire.

Une enquête qui se déroule dans la ville de San Francisco, filmée dans une lumière lugubre : personnage fantomatique à part entière, elle est présentée comme le lieu de la peur, de l’errance et de l’échec.

Les séquences sont brèves, parfois trop, mais par l’impression d’urgence et de hâte qu’elles génèrent, leur brièveté contribue à accélérer le rythme du récit et à le rendre plus vivant. D’autres, à l’inverse, ménagent des moments plus intimistes ou humoristiques (sur la personnalité de Robert Graysmith, telle qu’elle est perçue au San Francisco Chronicle). Les images montrées à l’écran sont souvent soulignées d’un texte écrit mentionnant les jours, heures et lieux d’une enquête minutieuse, longue, tortueuse, sans fin. Mais la sécheresse clinique de ces scènes « procès-verbaux » est toutefois irriguée par l’insertion, à intervalles réguliers, de séquences qui redonnent chair et sang ( !) au récit. Ce sont, notamment, celles qui concernent le tueur en série (les trois homicides successifs très éprouvants ; la prétendue (?) tentative de meurtre sur la route tétanisante par un sens du suspens particulièrement angoissant ; ou les interventions téléphoniques du Zodiac ; et, surtout, la visite que fait Graysmith à un témoin douteux dans le sous-sol de sa maison en une scène glaçante d’effroi par le seul travail sur le décor, l’éclairage et les sons ; ou encore celles qui touchent à la vie des enquêteurs et des journalistes, notamment celle de Robert Graysmith, dont la vie privée, insolite et dérisoire, est montrée avec tendresse. On évoquera à part la scène finale au cours de laquelle Graysmith se rend chez celui qu’il pense être le Zodiac. (1)

Le film insiste aussi sur les effets des meurtres et des lettres publiées sur les policiers (les rivalités, les à peu près ou les erreurs), sur les journalistes (le souci d’être les premiers à divulguer l’information l’emporte sur celui d’informer la police) et le public (la fascination pour le tueur remue des pulsions refoulées).

Il est à noter que ce sont deux « couples » qui recherchent et encadrent le tueur : un duo de journalistes et un binôme de policiers. Mais à mesure que le récit avance dans le temps et que l’enquête piétine, ces quatre personnages connaissent un sort différent, jusqu’à quasiment disparaître de l’écran. C’est en premier le journaliste Paul Avery qui renonce à suivre l’affaire parce qu’ « elle n’est plus d’actualité », et mène une vie désormais marginale sous la dépendance à l’alcool et à la drogue. Puis l’inspecteur Armstrong abandonne l’enquête pour rejoindre la Brigade des fraudes et avoir plus de temps à consacrer à sa famille. Enfin, l’inspecteur David Toschi, las des errements de l’enquête, demande à être dessaisi. Bref, du quatuor de départ, seul demeure Robert Graysmith , le journaliste-dessinateur, pourtant peu concerné au début de par sa fonction, mais de plus en plus fasciné et déterminé à aller jusqu’au bout, ainsi que l’exprime la phrase qu’il prononce : « I need to know who he is... And I need to know that it’s him./Il faut que je sache qui il est… et que c’est lui. ». Contrairement aux trois personnages précédents, il est prêt à tout sacrifier, y compris l’amour de sa femme, Melanie, et sa présence auprès de ses enfants, au point de les laisser abandonner la cellule familiale.

Ces trois effacements successifs de l’écran mettent donc, parallèlement, en valeur Jake Gyllenhaal, le survivant du quatuor, comme si Fincher concentrait le film sur une sorte de face-à-face pour le moins inhabituel, voire étrange, entre un dernier enquêteur obnubilé, égaré, de plus en plus présent à l’écran - au point de l’occuper quasiment seul - et un tueur, le Zodiac, dont les messages se raréfient, tandis que s’espacent, puis cessent, ses crimes horribles. Bref, l’un entreprend et s’active de plus en plus, quand l’autre fait silence et disparaît de l’actualité des faits-divers.

Cette réduction progressive du nombre des personnages pendant le déroulement du film associée à une certaine dissolution de leurs motivations ou de leur personnalité porte un nom : la lente usure de toute chose par l’effet corrosif du temps qui passe. Ce thème majeur s’incarne déjà dans la durée même du film (deux heures et demie) qui épouse celle de l’enquête : plus de vingt ans, en effet, séparent l’année 1969 (premiers crimes et premières lettres) de l’années 1991 (identification plausible mais non prouvée du Zodiac).(2)

Cet étonnant thriller faisant éprouver le sentiment du temps qui s’écoule, qui use les êtres, les transforme et prive de sens leurs efforts, apparaît comme une évidente métaphore de la condition humaine. Finalement ne peut-on penser que ce Zodiac enseveli désormais sous un épais et inattendu silence, que ce tueur en série qui cesse sans doute d’agir, est, lui aussi, la victime de la fuite du temps qui a fini par le faire douter de sa « mission » et/ou qui l’a métamorphosé en une autre personne différente ? Le film ne donne certes pas de réponse, mais il permet de se poser la question...


2. Notes


(1) Le journaliste-dessinateur entre dans un commerce et regarde en silence Arthur Leigh Allen, droit dans les yeux ; et l’on voit le regard du suspect, désarçonné, se modifier. Ce qui révéle sa culpabilité. Filmée en plan moyen et en champ/contre-champ, cette séquence nous dit, par le seul jeu des regards, que le masque social derrière lequel se dissimule l’individu n’est qu’un fragile et dérisoire paravent.

Cette scène est, certes, la phase ultime de la quête de Graysmith, celle qui répond à la double question qu’il se posait et qui justifiait sa recherche. Mais sa valeur est plus générale : ne correspond-elle pas, pour le spectateur du film, à une sorte de miroir dans lequel il voit son propre reflet ? La vision de Graysmith et d’Allen confrontant leur regard ne renvoie-t-il pas le spectateur à la conviction intime de l’ambiguïté de l’âme humaine, ainsi dédoublée ? Comme s’il voyait incarnées à l’écran, face à face, à la fois sa conscience morale (le dessinateur pouvant représenter son Moi) et ses pulsions (le Zodiac étant son çà) se jaugeant et se jugeant… Un brillant dédoublement faisant écho au plan final de Psychose [3] d’Hitchcock, qui expose au regard incrédule du spectateur la dualité Norman Bates/Madame Bates – en un seul personnage qui les confond magistralement.

(2) Outre le récit d’une quête vouée à l’échec, le thème majeur du film, celui du temps qui passe, se transcrit à l’écran à travers un hommage cinéphile très présent qui va de The Most Dangerous Game (Les chasses du comte Zaroff) de 1932 aux références à Bullitt (1969) et à Dirty Harry (1971) pour son tueur, Scorpio (qui est même projeté à l’écran), ainsi que par les nombreuses affiches de film fixées, de façon récurrente, aux murs des décors.


3. Synopsis


Le 20 décembre 1968, Betty Lou Jensen demande à son ami David Faraday de changer le lieu de leur rendez-vous, une cafeteria trop fréquentée à son goût, pour la lake Herman road plus isolée. Mais, alors qu’il fait nuit, une voiture se range derrière la leur, un homme en descend et fait feu à bout portant sur les deux jeunes gens. Le jeune homme survivra à ses blessures. Une lettre adressée au San Francisco Chronicle revendique le crime. Puis quatre cryptogrammes parviennent à leur tour à la presse, qui valent à l’assassin le nom de Zodiac. L’un de ces cryptogrammes est déchiffré par un professeur d’histoire.

D’autres crimes suivent : Le 27 septembre 1969, un jeune couple pique-niquant au bord d’un lac voit arriver un homme muni d’un fusil qui les menace, les fait s’attacher, avant de les poignarder sauvagement. Un nouveau message codé est envoyé à la presse par le tueur en série. Le 11 octobre de la même année, un chauffeur de taxi est, à son tour, assassiné dans la rue d’un quartier chic de la ville. Puis le Zodiac avertit les médias de son intention d’attaquer un car d’enfants et défie ouvertement la police. C’est l’angoisse à San Francisco où se propagent les plus folles rumeurs sur l’identité de l’assassin et où se multiplient les aveux ou dénonciations fantaisistes. Une femme prétend avoir été attaquée dans son automobile et son nouveau-né jeté par la portière : un vent de panique souffle sur la ville.

Deux inspecteurs sont chargés des recherches : l’inspecteur confirmé, David Toschi, et son méticuleux partenaire, l'Inspecteur William Armstrong. Du côté de la presse, le brillant journaliste Paul Avery mène sa propre investigation, tandis que le jeune et timide journaliste-dessinateur, Robert Graysmith, semble de plus en plus concerné par cette affaire singulière et cherche à sa façon d’interpréter les signes révélés par le Zodiac.

Pourtant, à mesure que les années passent, les enquêtes successives débouchent sur autant d’impasses, où se fourvoient les deux inspecteurs confrontés à la concurrence de la presse qui garde pour elle certains renseignements, faisant ainsi obstacle à l’élucidation du mystère. Plus grave, la lassitude s’installe : le journaliste Avery se retire de l’enquête ; l’Inspecteur Armstrong se fait muter dans un autre service ; l’inspecteur Tosch renonce à son tour. Mais le journaliste-dessinateur, pourtant le moins informé et expérimenté des trois, et qui est même extérieur à l’enquête, persévère envers et contre tout.

Malgré sa rencontre avec une jeune femme, Melanie, son mariage et ses enfants, il reste obnubilé par la découverte de l’assassin. Il reprend l’enquête en se servant des dossiers et des indices accumulés par les policiers de San Francisco, mais aussi de Vallejo, qu’il met en correspondance, jusqu’au jour où sa conviction intime est faite : le Zodiac est ce suspect pédophile, Allen, qui connaissait la première victime, Betty Lou Jansen, dont il était le voisin. Graysmith se rend sur son lieu de travail, le regarde et lui fait comprendre qu’il l’a identifié. On retrouve le premier témoin, David Faraday, et on le pressent pour témoigner contre Allen, le Zodiac présumé…


4. Fiche technique


  • Année : 2006.
  • Durée : 158 mn.
  • Réalisateur : David Fincher.
  • Scénariste : James Vanderbilt.
  • Auteur : Robert Graysmith (Livre autobiographique).
  • Compositeur : David Shire.
  • Directeur de la Photographie : Harris Savides.
  • Société de distribution : Warner Bros France.
  • Production : Warner Bros. Pictures.
  • Production : Paramount Pictures, Phoenix Pictures.

Distribution :

  • Inspecteur William Armstrong : Anthony Edwards.
  • Melvin Belli : Brian Cox.
  • Robert Graysmith : Jake Gyllenhaal.
  • Melanie : Chloë Sevigny.
  • Paul Avery : Robert Downey Jr.
  • Inspecteur David Toschi : Mark Ruffalo.
  • Sergent Jack Mulanax : Elias Koteas.
  • Capitaine Marty Lee : Dermot Mulroney.
  • Sherwood Morrill : Philip Baker Hall.
  • Linda Ferrin : Clea Duvall.
  • Arthur Leigh Allen : John Carroll Lynch.




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5. Bande annonce





 
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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2016-10-24 12:10:08




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