Traqué de William Friedkin

Intérêt
Les amateurs de films d’action n’ont pas oublié William Friedkin : French Connection (1972), Police Fédérale Los Angeles (1985) ou encore Jade (1995). Son cinéma privilégie souvent des morceaux de bravoure qui restent encore présents dans les mémoires. Son dernier film, Traqué (2002), renoue avec ce style particulier qui se prolonge d’une réflexion sur la violence. La récente édition en Dvd est l’occasion de le (re)découvrir.


Table des matières

1. Analyse


Le préambule du film – bref, mais traumatisant par son extrême violence - met en scène un commando américain chargé d’exécuter un chef de milice Serbe qui extermine la population civile kosovar au moment où l’Otan bombarde le pays, déclenchant ainsi la guerre du Kosovo. Il précise cruellement les enjeux du film : le massacre de civils et l’exécution barbare du chef Serbe expose explicitement le thème de la sauvagerie animale et le film semble illustrer, à l’évidence, la célèbre affirmation du philosophe Hobbes : « A l’état de nature, l’homme est un loup pour l’homme.» William Friedkin nous montre, en effet, l’homme à l’état de nature…

Précisément, la séquence qui succède au préambule donne à voir, au cœur d’une forêt de l’Oregon, dans un paysage vierge enneigé, un loup pris au piège. Et c’est encore l’image d’un loup qui clôt le film dans un retour au même paysage naturel immaculé. Entre-temps, Friedkin déroule son implacable démonstration en cinq épisodes qui couvrent environ vingt-quatre heures. Les deux scénaristes (David et Peter Griffiths) imaginent deux personnages primitifs inspirés d’un Rambo qui se pourchassent sans trêve, comme dans Le Fugitif, et s’affrontent en un combat d’une sauvagerie toute animale, semblable à celui du final de Predator Ces trois références (et il y en a bien d’autres) ne sont pas rappelées pour dévaluer le film mais, bien au contraire, pour insister sur l’originalité du propos de Friedkin : proposer, avec Traqué, un condensé du film d’action de ces vingt dernières années et, en parallèle, conduire une réflexion sur la violence chez l’être humain.

L’instructeur L.T. Bonham (Tommy Lee Jones), qui forme des commandos prêts-à-tuer et à survivre dans les pires conditions, a eu pour élève Aaron Hallam (Benicio Del Toro) dont l’intervention au Kosovo prouve l’efficacité de l’enseignement reçu. Mais cet apprentissage a créé en lui une dépendance à son maître et une inadaptation à la vie quotidienne (il suffit, à titre d’exemple, d’évoquer l’étonnante relation avec sa fille à laquelle il ne sait que proposer, comme jeu, d’identifier les traces au sol d’un écureuil !). Attaché à son professeur, tel un chien à son maître, il lui lance un appel au secours qui reste sans réponse. Il décide alors d’utiliser un autre mode d’écriture qui leur est commun : le meurtre…

Tout le talent de Friedkin se retrouve dans des scènes d’action toujours innovantes et maîtrisées : on songe, bien sûr, à celle de la guerre, dans le préambule. Mais l’attaque des deux chasseurs, l’évasion et, surtout, la traque qui s’ensuit est magistrale dans sa construction et efficace dans son déroulement. Elle propose alors, jusqu’à la fin du film, toute une succession de véritables morceaux de bravoure. D’abord, une poursuite en voiture très originale, suivie d’une traque à pied dans une ville considérée par le gibier et le chasseur comme l’équivalent d’une jungle dont il faut savoir lire les signes. Enfin, au bord d’impressionnantes chutes d’eau, a lieu le combat final, orchestré comme un somptueux retour au cerveau reptilien et à l’âge de pierre, où l’on aiguise son silex et forge son couteau dans un corps à corps d’une sauvagerie bestiale qui résonne comme un écho à la violence de la nature dans le fracas des eaux.

Les décors du film, variés et symboliques, nous font traverser successivement des paysages vierges recouverts de neige, de splendides forêts primitives de l’Oregon, la ville montrée comme une jungle et des cascades que l’on imagine surgies des origines du monde. Par l’utilisation même du décor, David Friedkin rappelle, inlassablement, que la Nature est démesurée, inhumaine et sauvage (les paysages, mais aussi les éléments : eau, feu, neige), et animale (l’aigle qui plane, puis le loup) et que l’homme (les chasseurs de cerf et les habitants de la ville) porte encore en lui, depuis la nuit des temps, cette marque originelle. Ce propos explique aussi le contraste – appuyé – entre les vêtements, modernes, des deux hommes qui se pourchassent et leur combat à la fureur toute préhistorique. A cet égard, un autre contraste mérite d’être souligné : si Bonham libère le loup du piège qui l’emprisonne et le laisse aller libre, il se refuse à aider Hallam dont il brûle les lettres. Serait-ce à dire que cet échec personnel du maître signifie que l’être humain ne peut se satisfaire de sa part animale, contrairement à ce qu’enseignait Bonham ?

La signification du film se situe, me semble-il, dans la mise en perspective de l’ouverture du film (dans la neige, Bonham libère le loup du piège et l’encourage) et de la fermeture (une main – celle de Bonham, certes, mais il n’est pas montré et c’est un désaveu de sa part, une façon de signifier qu’il a refusé de lui tendre la main - jette les lettres de Hallam au feu, puis, dans la neige, passe le loup du début,). Friedkin oppose ainsi les deux dimensions antagonistes de l’être humain : pour Hallam, chien fidèle, l’homme a un besoin vital d’humanité, alors que pour Bonham, loup solitaire et indifférent, l’homme n’est toujours qu’un animal (Cf. Hobbes pour qui « L’homme est un loup pour l’homme. »)et doit se montrer stoïque comme l’écrit Vigny dans la Mort du Loup :

  • « Gémir, pleurer, crier est également lâche
  • Seul le silence est grand.»

Le film s’inscrit tout entier entre les deux points de vue de Hobbes et de Vigny.

Au moment où s’enflamment les pauvres lettres de Hallam jetées par Bonham dans la cheminée, une voix off, sourde, se fait entendre, qui cite la Bible et dit la phrase terrible : « Abraham give me your son/Abraham donne-moi ton fils. » Rappelant ainsi la soumission – ou la nécessité - du sacrifice pour complaire à l’autorité du Dieu tout puissant de la règle et de l’obéissance…

Tommy Lee Jones se montre aussi convaincant que dans ses films précédents. Benicio Del Toro est aussi implacable dans son métier de tueur que surprenant par le regard d’enfant perdu qu’il adresse à son mentor. Connie Nielsen, dans un rôle en retrait, affiche une beauté sereine.


2. Synopsis


Un instructeur de commando à la retraite est sollicité pour résoudre une série de meurtres rituels inexpliqués. Il va utiliser ses connaissances pour retrouver l’assassin qui se trouve être le meilleur de ses anciens élèves et qui éprouve envers lui une attachement quasi filial …


3. Fiche technique


  • Titre original : The Hunted.
  • Réalisation : William Friedkin.
  • Année : 2002.
  • Scénario : David Griffiths, Peter Griffiths, Art Monterastelli.
  • Directeur de la photographie : Caleb Deschanel.
  • Musique : Brian Tyler.
  • Production : Lakeshore Entertainment.
  • Distribution : CTV International.
  • Durée : 95 minutes.

Distribution :

  • Bonham : Tommy Lee Jones.
  • Aaron Hallam : Benicio Del Toro.
  • Abby Durrell : Connie Nielsen.
  • Loretta Kravitz : Jenna Boyd.
  • Irene Kravitz : Leslie Stefanson.
  • Crumley : Robert Blanche.


4. Edition Dvd zone 2


  • Image : le format de l’image est respecté : 1.77 - 16/9 compatible 4/3. L’image est superbe : que le réalisateur filme la nature (forêt vert sombre ou paysage immaculé de neige) ou la ville (multicolore), le rendu est d’une grande qualité et les couleurs saturées d’une belle façon ! Paramount propose une nouvelle fois une belle image (on se rappelle l’exemplaire remasterisation de « Il était une fois dans l’Ouest »). Mais il est vrai qu’il s’agit, cette fois, d’un film très récent…
  • Son : La VF : DD 2.0, DD 5.1 et DTS ; VO : DD 5.1 sous-titrée en français. La bande-son qui - il faut le noter pour les amateurs de VF - privilégie la VF (pas moins de trois pistes pour la VF : toutes les installations sont donc concernées) est tout simplement dévastatrice. Dès le Prologue de la guerre du Kosowo, c’est un déluge de sons qui jaillit des enceintes (fracas des tirs, vrombissements des hélicoptères, cris d’horreur, etc.) et inonde la pièce. La piste DTS se distingue par une précision accrue des effets et une grande dynamique. Mais en dehors de cette impression somme toute facile à obtenir dès l’instant qu’il s’agit d’un film d’action, on mettra plutôt l’accent sur un effet inhabituel - et très réussi – qui porte sur les voix. Qu’on en juge. Alors que sur l’écran s’affiche deux chasseurs, vus de dos, tout à la poursuite de leur gibier, une voix, qui sort des enceintes arrière, les interpelle et les fait se retourner, face à nous donc ! Une belle utilisation de l’espace sonore, qui pourrait donner des idées aux ingénieurs du son qui nous habituent trop souvent à une utilisation trop banale des pistes sonores.
  • Suppléments : ils se répartissent sur les deux Dvd même si le 2 est réservé officiellement aux Bonus. Sur le Dvd 1 (celui du film) le Menu propose, en effet, en cliquant sur Versions le choix des langues mais aussi l’accès au commentaire audio de Friedkin. Le réalisateur commence par évoquer sa rencontre avec Tom Brown, un Traqueur qui lui a expliqué qu’il avait appris d’un Indien son métier, à savoir comment repérer et interpréter les indices lors d’une traque. Ce personnage lui a dévoilé également son travail avec les Forces Spéciales qu’il a formées aux techniques d’élimination, d’évasion et de survie. Bref, selon Friedkin, c’est cette rencontre qui lui a inspiré Traqué. On apprend, entre autres, que les deux combats entre Del Toro et Jones s’inspirent d’une forme de combat, appelé Kali, en vigueur aux Philippines et qui se caractérise par un corps à corps sauvage. Pour ce qui est du film, Friedkin donne ses clefs (par exemple, pour lui Del Toro/Hallam est assimilable au loup du film). Mais, curieusement, il ne semble pas conscient de toutes les significations de son film qui semblent lui échapper (on ne peut en effet associer Hallam au loup, sauf à modifier le portrait qu’il fait de Bonham !)De même, le Menu ménage un accès aux bandes-annonces de Traqué (en VF), de La Cité de Dieu (VO sous-titrée), de Maléfique (film français ), de Lost Memories (présenté sans paroles avec une magnifique musique en forme d’oratorio : BA très réussie), et de Ultime Killer (VF). Le Menu des Suppléments du Dvd 2 présente plusieurs modules : un Portrait de William Friedkin en VOST (58’). Par une déclaration préalable, le réalisateur affirme son sentiment de penser comme les spectateurs et son désir de viser le grand public (« J’étais le public », dit-il en faisant référence à l’époque de French Connection). Ensuite, des interviews de réalisateurs ou d’acteurs (Allen Garfield, David). Puis Au cœur de Traqué en VOST (47’). Ce supplément permet de cerner de façon précise les problèmes de réalisation qui peuvent se poser pendant le tournage et les interventions nécessaires avec les acteurs. Quatre chapitres mêlent les interviews des participants au film : La Poursuite reprend des remarques figurant déjà dans le commentaire audio par Friedkin, mais les approfondit ; La Traque montre le visage et donne la parole au fameux Tom brown qui explique ce qu’était son métier et précise son rôle sur le tournage ; Le Tournage remet en première ligne Friedkin qui disserte sur sa définition du film d’action et commente le tournage. De nouveau, on a droit à certaines redites… ; A Couteaux tirés évoque le duel final à Port Angeles, près des chutes du barrage de l’Elwha. Ensuite, Six scènes inédites (VO sous-titrée) sont proposées. Elles ont sans doute été supprimées pour des raisons de rythme. Elles sont toutefois intéressantes dans la mesure où elles nous replongent dans le film en le détaillant. Enfin, plusieurs bandes-annonces du film complètent, de façon classique, ces suppléments.
  • Boîtier/Jaquette : le boîtier des deux Dvd propose un système de fixation des Dvd très pratique : il suffit d’enfoncer le centre et le Dvd sort de son logement sans que l’on ait à accompagner le mouvement. Pour ce qui est de la jaquette, sur un fond de ciel tourmenté, les deux acteurs sont figés dans la pose du défi, prêts à se combattre. On notera toutefois que les regards ne se fixent pas : signe, sans doute, du contentieux moral qui les fait s’affronter. Une jaquette qui illustre le thème essentiel de la sauvagerie humaine. On peut regretter le fond blanc du boîtier car la présentation des deux disques est intéressante. Par une composition symétrique inversée, les deux héros, armés d’un couteau, se font face, chacun sur son Dvd. Les deux images sont belles : de bas en haut, sombres puis claires, elles insistent à la fois sur le contraste entre les deux personnages, mais aussi, par la symétrie de présentation, sur l’identité qui les unit. Bref, l’ensemble est en parfaite adéquation avec le sens du film.



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5. Bande annonce




Traqué de William Friedkin




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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2015-02-10 18:27:00




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