Tideland de Terry Gilliam

Intérêt
Sorte de conte de fée, ce nouveau film de Terry Gilliam permet de retrouver l'univers excessif de son réalisateur qui aborde, dans un foisonnement d'images insolites de mort, de deuil - mais aussi d'amour -, le monde imaginaire, souvent effrayant, de l’enfance.


Table des matières

1. Analyse


« Peut-être que si je ferme les yeux, et que je me concentre très fort, je me réveillerai dans ton rêve... »

Ce souhait exprimé par l'enfant-adolescente Jeliza-Rose donne le ton mi-poétique, mi-fantastique du film...

Terry Gilliam, à son habitude, nous invite à un voyage éprouvant, sans ménager le moindre repos pour que le spectateur puisse reprendre son souffle. Il multiplie les cadrages obliques et les gros plans de scènes difficiles pour mieux renforcer le malaise qui nous saisit dès les premières minutes. On y voit une mère droguée à la méthadone qui maltraite sa fille, Jeliza-Rose (Jodelle Ferland) ; un père, Noah (Jeff Bridges), chanteur de rock sur le retour, plus complice avec l’enfant, mais également drogué et dont la piqûre quotidienne est préparée par sa propre fille. On comprend combien un tel environnement prédispose Jeliza-Rose à vivre dans un imaginaire d’autant plus effrayant que sa mère, puis son père, victimes de surdoses, la laissent seule dans la vie... avec ses curieuses poupées et son livre d’Alice au pays des Merveilles ! Mais Jeliza-Rose, contrairement à l’héroïne de Lewis Caroll, cherche à fuir la réalité sordide et mortuaire que lui font vivre ses parents, puis ses voisins, pour éviter d’être contaminée par la folie des adultes - et non par ennui.

Les décors particulièrement travaillés – et réussis - jouent sur le contraste entre l’extérieur (vastes champs dorés de collines vallonnées) et les intérieurs (sordides, noirs et menaçants, habités de momies qui évoquent le Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Mais le mal rôde partout, dans les maisons comme dans la nature (creusée de profondes et menaçantes excavations), surtout quand les êtres humains sont encore plus étranges que les plus mauvais rêves.

Le film est, précisément, un long cauchemar de deux heures qui peut se lire comme le passage féminin de l'enfance à l'adolescence dans un canevas, un foisonnement d'images surréalistes, sans le moindre trucage numérique - sauf erreur. Les premiers trois-quarts d'heure sont très prenants. Puis, une certaine lassitude s'installe, notamment quand le récit insiste trop lourdement sur la découverte de la sexualité par Jeliza-Rose, avant que la dernière demi heure ne relance l'intérêt.

Un film à voir, toutefois, ne serait-ce que pour l’étonnante Jodelle Ferland qui se confond avec son personnage et fait montre d’un incroyable talent pour son âge. L’actrice et son personnage sont d’ailleurs plus emblématiques et fascinants que ne l’est l’Ofelia de Le labyrinthe de Pan (de Guillermo del Toro) dans un registre assez voisin, mutatis mutandis, bien évidemment...


2. Synopsis


Après le décès par surdose de sa mère, la petite Jeliza-Rose s’installe avec son père Noah, un rocker sur le retour, dans une maison isolée reçue en héritage. Mais le musicien meurt lui aussi d’une surdose administrée par sa propre fille. L’enfant se réfugie alors dans son monde imaginaire avec pour seule compagnie la présence de quatre poupées sans tête. Sa fuite dans le rêve est encouragée par des voisins quelque peu anormaux.

En effet, ces voisins (la grande soeur Dell, sorte de fantôme vêtu de noir et portant un masque d’apiculteur, et son jeune frère Dickens) ne se sont jamais remis de la mort de leur mère et entretiennent des rites funéraires particuliers. Simple d’esprit, Dickens passe le plus clair de son temps dans une carcasse d’autobus qu’il considère comme son sous-marin. Par ailleurs, il prend les champs pour des fonds marins qu’il explore vêtu d’une combinaison de plongeur sous-marin.

Jeliza-Rose discute sans cesse avec ses poupées et encourage Dickens, désormais devenu son amoureux, à mener à bien son ambitieux projet : tuer le terrible requin, en l’occurrence le train à grande vitesse qui passe à proximité de la maison…


3. Fiche technique


  • Titre original : Rose in Tideland
  • Année : 2005
  • Réalisation : Terry Gilliam
  • Scénario : Tony Grisoni, Terry Gilliam, d’après le roman TIDELAND de Mitch Cullin
  • Directeur de la photographie : Nicola Pecorini
  • Musique : Mychael et Jeff Danna
  • Production : Jeremy Thomas
  • Distribution : Bac films
  • Durée : 117 minutes

Distribution :

  • Jeliza-Rose : Jodelle Ferland
  • Dickens : Brendan Fletcher
  • Dell : Janet McTeer
  • La reine Gunhilda : Jennifer Tilly
  • Noah : Jeff Bridges
  • Patrick : Dylan Taylor
  • La femme : Wendy Anderson
  • La mère de Dell : Sally Crooks



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Droits d'auteur © Henri Philibert-Caillat


4. Bande annonce





 
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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2016-10-30 10:25:31




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