The Hours de Stephen Daldry

Intérêt
Stephen Daldry, le réalisateur de Billy Elliot, adapte au cinéma le roman éponyme de Michael Cunningham, The Hours (Prix Pulitzer, 1978), et propose un film sensible et inspiré qui saisit la musique douce-amère des mouvements les plus intimes de la conscience dans ses rapports avec la vie et la mort.


Table des matières

1. Analyse


Le film propose une composition subtile de trois histoires : celle de la romancière anglaise Virginia Woolf (Nicole Kidman), gagnée par la folie, en train d’écrire un roman « Mrs Dalloway » dans les années 1920-1930 ; celle de Laura Brown (Julianne Moore) que la lecture du roman une vingtaine d’années plus tard pousse à remettre en question sa vie qui ne la satisfait pas ; celle, enfin, de Clarissa Vaughan (Meryl Streep) que son ami, Richard (Ed Harris), poète atteint du Sida, appelle précisément Mrs Dalloway, sans doute par dérision eu égard à la vie qu’elle mène. Ainsi se trouve établi un lien fort entre les personnages qui nous sont présentés. Quant aux trois époques, elles ne sont pas suivies chronologiquement mais s’interpénètrent et l’on passe de l’une à l’autre, par exemple, par un geste (mettre des fleurs dans un vase) qui est commencé par l’une des héroïnes et achevé par une autre. Bref, la fluidité du récit est une constante qui se teinte, poétiquement, de douceur, mais plus souvent de souffrance. Le fil conducteur du récit est la femme dont l’image dans la société, à travers la place qui lui est assignée, ses rapports avec les hommes, et, au-delà, son regard sur la souffrance de la vie et la déchirure de la mort, se dessine peu à peu, heure après heure.

Le choix des trois époques permet au réalisateur d’observer, de façon subtile, une évolution sensible. Le rôle - exclusivement – social qui est imposé (femme au foyer et épouse pour Virginia et Laura, épouse et mère pour Laura, infirmière maternelle pour Clarissa), source de toutes les frustrations, est de moins en moins pesant : si Virginia se suicide, Laura peut refuser et choisit de se séparer de ses enfants et de son mari ; quant à Clarissa, elle mène une vie libre et assume son lesbianisme. Le film porte bel et bien un regard sensible sur l’évolution de la condition féminine ces dernières cinquante années. Mais il le fait en toute délicatesse laissant se dérouler les heures de la vie intime de ces trois femmes. Pourtant ce changement vers le choix de vie n'est pas sans laisser de traces : Laura réapparaît vingt ans plus tard sans avoir pu effacer un sentiment de culpabilité né du conflit entre don de soi et désirs personnels, et Clarissa mène une vie chaotique entre Richard, son amie et sa fille.

Le plus symptomatique du malaise général se révèle dans la bisexualité des personnages, signe sans doute d’une incompréhension de ce que les femmes et les hommes attendent les uns des autres, puisque l’on semble attiré par son contraire tout en se tournant vers son semblable. Ce malaise dans les rapports humains se double d’un mal être existentiel qui pousse à une réflexion permanente et douloureuse sur le sens de la vie, dont on ne sort pas indemne, notamment pour la romancière et le poète, Virginia et Richard : l’Art devient une exploration de la condition de l’être humain dans ses rapports avec la vie, la maladie et la mort.

Ce film éprouvant mais indispensable, qui donne à voir, à sentir et à réfléchir, est magnifié par une réalisation soignée et inspirée à la hauteur de ses ambitions. C’est ainsi que pour mieux suggérer le sentiment d’oppression qui étouffe les femmes contraintes de se conformer à leur rôle social, Stephen Daldry filme des lieux confinés d’intérieurs qui enferment, aux couleurs le plus souvent sombres, dans un camaïeu de bruns, de rouge-brun et de marron. Les seules échappées vers l’extérieur – le jardin ou la gare – sont, de même, présentés comme des lieux clos, cadrés en plans moyens qui réduisent l’espace aux seuls personnages. Choix des couleurs et utilisation de l’espace retranscrivent visuellement la chape de plomb morale qui pèse sur la vie des femmes. Surtout, le réalisateur met en scène une symbolique visuelle sans cesse inspirée. On songe, par exemple, à l’épisode du gâteau que Laura se croit obligée de préparer pour son mari (ah, le regard de juge de l’enfant !) et qui est décoré d’une couleur bleue dérangeante ; gâteau aussitôt mis à la poubelle ; puis refait avec la même couleur bleue. Comment mieux dire l’aversion du personnage pour les taches ménagères et les obligations familiales sinon par ce bleu (le rejet), cette poubelle (le dégoût) et ce nouveau gâteau (la contrainte ou la culpabilité). On prendra comme derniers exemples, trois séquences visuellement splendides qui concernent chacune des héroïnes. D’abord, dans le prologue, l’entrée dans la rivière de Virginia, filmée sous l’eau quand le courant la déshabille des oripeaux sociaux. Puis la scène onirique où Laura, allongée sur un lit d’hôtel, revit la noyade de Virginia cependant que l’eau fatale submerge la pièce et emporte son corps, en une vision somptueuse qui opère poétiquement le fusion entre l’écrivain, le roman et sa lectrice. Enfin, la séquence où, peu à peu, Clarissa voit Richard au milieu des cachets de médicaments qui jonchent le sol, s’approcher de la fenêtre, s’asseoir dans l’embrasure, dire son amour pour elle et son désespoir du temps qui a passé, et basculer dans le vide en une chute brutale.

Un film indispensable.


2. Synopsis


Le film de Stephen Daldry met en scène la journée particulière de trois femmes vivant à trois époques différentes. Est d'abord évoquée, sous les traits de Nicole Kidmann, l'écrivain Virginia Woolf (1882-1941) en proie à de sérieux problèmes psychologiques à Richmond à proximité de Londres où son mari lui a trouvé un refuge paisible, pense-t-il, contre les tracas de la ville. Elle entame la création d'un nouveau roman, Mrs Dalloway, qui sera son œuvre la plus achevée. Mais son état ne s'améliore pas et elle se suicide par noyade en laissant une bouleversante lettre d'amour à son mari, l'assurant qu'il lui a apporté un grand bonheur et le remerciant pour l'attention qu'il lui a manifesté.

C'est, ensuite, une jeune femme, Laura Brown, interprétée par Julianne Moore, qui vit en Amérique dans les années 1950. Elle est enceinte d'un second enfant et lit le roman écrit par Virginia Woolf, Mrs Dalloway. Le roman fait écho à son propre mal-être qui et elle songe au suicide. Elle est observée par son fils, Ritchie, qui perçoit le désespoir de sa mère. Mais plutôt que de se suicider, Laura décide d'abandonner sa famille pour mieux assurer sa survie à travers une nouvelle existence.

Le troisième personnage, Clarissa Vaughan (Meryl Streep) vit au XXI° siècle : éditrice de New York, elle entretient une relation lesbienne avec son amie Sally. Son meilleur ami, le poète Richard Brown, n'est autre que Ritchie, le fils de Laura Brown. Ce dernier, atteint du Sida, appelle Clarissa Mrs Dalloway car il estime qu'elle est l'incarnation de l'héroïne du roman de Virginia Woolf dans la mesure où elle est hantée par la même idée de bonheur tout en vivant de façon superficielle en multipliant les réceptions. Richard doit recevoir un prix littéraire. Mais, le jour-même de la réception, il se suicide en se jetant par la fenêtre en présence de Clarissa, persuadé qu'elle vivra mieux sans lui.


3. Fiche technique


  • Titre original : The Hours
  • Réalisation : Stephen Daldry
  • Scénario : David Hare, d’après le roman de Michael Cunningham
  • Directeur de la photographie : Seamus McGarvey
  • Musique : Philip Glass
  • Production : Scott Rudin / Robert Fox
  • Distribution : TFM
  • Durée : 114 minutes

Distribution :

  • Clarissa Vaughan : Meryl Streep
  • Laura Brown : Julianne Moore
  • Virginia Woolf: Nicole Kidman
  • Richard : Ed Harris
  • Kitty : Toni Collette
  • Julia : Claire Danes
  • Louis : Jeff Daniels
  • Leonard Woold : Stephen Dillane
  • Sally : Allison Janney
  • Dan Brown : John C Reilly
  • Vanessa Bell: Miranda Richardson
  • Barbara : Eileen Atkins
  • Nelly : Linda Basset
  • Jack Rovello : Richie Brown


4. Édition DVD zone 2


Image : arborant des couleurs sombres dans une dominante de bruns et de marron, l’image est parfaitement définie. Son : part essentielle du film, la musique sensible et inspirée de Philip Glass sonne toujours merveilleusement juste : le DD 5.1 lui donne une présence qui sert de contrepoint à la douleur des âmes. Suppléments : une édition de deux DVD qui nous offre des suppléments de grande qualité. Par ordre d’intérêt, on citera l’étude indispensable de la vie et de l’œuvre de Virginia Woolf qui est la bienvenue, et les commentaires audio du romancier, du réalisateur et des actrices. « The lives of Mrs Dalloway » retrace utilement la genèse du roman de Michael Cunningham et son adaptation au cinéma. « The musics of The Hours » consacré à la musique est passionnant. Par contre, l’ensemble des entretiens avec les actrices est d’un moindre intérêt. La jaquette du DVD est très sobre, centrée sur les visages des trois actrices, sur un fond blanc. On peut noter une certaine différence dans les expressions des visages qui évoque l’évolution signalée dans l’analyse : la tristesse de Nicole Kidman, l’expression «  neutre » de Julianne Moore et le sourire esquissé de Meryl Streep.



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Droits d'auteur © Henri PHILIBERT-CAILLAT


5. Bande annonce





 
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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2016-08-30 10:20:59




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