The African Queen de John Huston

Intérêt
Ce classique de John Huston a fait l’objet d’une nouvelle édition en Blu-ray le 6 avril 2011 : une occasion de (re)découvrir ce merveilleux film, où se mêlent aventures, humour et émotion, brillamment interprété par deux magnifiques acteurs.


Table des matières

1. Analyse


Ce film charme par le dosage parfait qu’il réussit entre l’humour, l’aventure et l’émotion, d’autant plus qu’il est porté par les deux grands comédiens, Humphrey Bogart et Katherine Hepburn, choisis avec bonheur par John Huston.

L’humour naît, dès l’entame du film, du contraste que forment le révérend Sawyer et sa sœur Rose, si typiquement anglais, et l’environnement africain aussi peu conforme à ce qu’ils sont. La première scène est d’ailleurs désopilante, qui les montre comme sanglés dans leur raide dignité britannique en train d’apprendre leurs cantiques religieux aux enfants qui les transforment aussitôt en mélopée africaine. On commence d'ailleurs par entendre les cris naturels des animaux de la jungle qui se noient ensuite dans la joyeuse et hilarante cacophonie des chants qui emplissent l'église. A ce premier décalage succède un second non moins savoureux : Rose et son frère, à table, se restaurent en montrant leurs bonnes manières, alors que l’aventurier Charlie engouffre la nourriture avec force bruits inconvenants. Temple, prières et maintien rigide, d’un côté, vieux rafiot, gin et naturel, de l’autre.

Cette figure du contraste - relayée par les images de la nature : des rapides du fleuve à l’enlisement marécageux - structure le début du film et met en exergue humoristiquement l’incompatibilité entre les deux personnages. Pourtant, cete relation va progressivement se transformer. A la confrontation initiale née de leurs différences de milieu et de caractère, à la guerre des sexes qui les oppose, succède progressivement une cohabitation pacifique, puis une forme de connivence.

C’est qu’entre-temps la dimension insensée de leur entreprise, comme la promiscuité sur le bateau ou encore les dangers de leur environnement les poussent à se rapprocher. Les changements s’opèrent peu à peu sous nos yeux : Rose, la vieille demoiselle prude abandonne sa réserve et devient plus naturelle ; Charlie se civilise, montre une bonne volonté évidente et devient même coquet. Les circonstances les incitent d’abord à s’entraider, puis ils en viennent à se compléter, enfin à se dépasser : Rose, entêtée et inexpérimentée aiguillonne Charlie et l’oblige à se surpasser, par exemple dans l’épisode des rapides à franchir ou dans celui de la réparation de la chaudière. Quant à Charlie, il pousse Rose à acquérir le sens des réalités et, progressivement, cette « Rose » fanée du début du film se métamorphose en une « african Queen » impétueuse !

John Huston excelle à mettre en images cette évolution : il donne à voir, dans le même plan, ses deux personnages – signes d’une forme d’égalité respectueuse – ou bien il va de l’un à l’autre à l’aide de fréquents panoramiques, établissant ainsi entre eux un lien presque tangible. Sa mise en scène commence par annoncer l’effacement progressif de leurs différences avant de proclamer la complicité rieuse qui les unit. Le film s’achève d’ailleurs dans un éclat de rire riche de significations. D’abord, sur le sens d’une épopée qui n’est victorieuse que par un double hasard puisque c’est une pluie providentielle qui remet en mouvement le bateau et un courant fortuit qui dégage l’épave ! L’action est donc illusoire… Surtout, les regards entre Rose et Charlie ne laissent aucun doute sur leur complicité affective : cet éclat de rire final est bien celui du bonheur entre deux amoureux qui viennent, malgré leur âge avancé, de découvrir l’amour.


2. Synopsis


Au début de la Première Guerre mondiale, en 1915, dans cette Afrique qu’ils ont pour mission d’évangéliser, une vieille fille anglaise, Rose Sawyer, et son frère, le Révérend Sawyer apprennent des cantiques à des Africains. Arrive alors Charlie Allnutt, un aventurier canadien qui transporte sur son vieux bateau toutes sortes de marchandises dont il approvisionne les villages à l’entour. Le repas qui suit entre les trois personnages aiguise le contraste entre les Anglais et le Canadien dont l’éducation et le style sont à l’opposé des leurs. Le Révérend exhale sa rancœur contre l’avancement, injustifié selon lui, d’un autre pasteur ; Allnutt leur apprend l’entrée en guerre de l’Angleterre avant de les quitter.

Précisément, les Allemands débarquent et incendient le village, où ne restent plus que les deux Anglais. Mais le Révérend, victime d’une insolation, meurt, laissant sa sœur seule.

De retour au village le lendemain, Charlie Allnutt découvre le drame : il insiste pour enterrer le Révérend au plus vite. Puis il se propose d’embarquer Rose sur son vieux raffiot, l’African Queen, et de la mettre en sécurité dans un lieu neutre jusqu’à ce que la paix revienne. Elle accepte. Mais, au grand dam de Charlie, une idée folle germe en Rose, cette patriote intransigeante, lorsqu’elle découvre des explosifs à bord : descendre les rapides de la rivière pour rejoindre les Anglais ; puis s’attaquer au Luisia, une canonnière allemande qui, à quelques centaines de kilomètres, patrouille sur un lac pour s’opposer à l’avancée des troupes anglaises, et attendre le moment favorable pour la couler avec les moyens du bord.


3. Fiche technique


  • Réalisateur : John Huston.
  • Titre original : The African Queen.
  • Année : 1951.
  • Durée : 1h45.
  • Scénario : James Agee, John Huston, Peter Viertel et John Collier, d’après le roman de C.S. Forester.
  • Musique : Allan Gray, exécutée par le Royal Philarmonic Orchestra, sous la direction de Norman del Mar.
  • Ingénieur du son : John Mitchell.
  • Directeur de la photographie : Jack Cardiff.
  • Procédé : Technicolor.
  • Chef décorateur : Wilfrid Shingleton.
  • Tournage : extérieurs près de Biondo au Congo (Afrique)/Studio à Londres.
  • Producteur : S.P. Eagle.
  • Production : Romulus-Horizon.

Distribution :

  • Humphrey Bogart : Charlie Allnutt.
  • Katharine Hepburn : Rose Sawyer.
  • Robert Morley : le révérend Samuel Sawyer.
  • Peter Bull : le capitaine de la « Luisa ».
  • Theodore Bikel : 1er officier de la « Luisa ».
  • Walter Cotell : 2ème officier de la « Luisa ».
  • Gerald Ohn : sous-officier de la « Luisa ».
  • Peter Swanwick : 1er officier de la « Shoona ».
  • Richard Marner : 2ème officier de la « Shoona ».


4. Bande annonce

La bande annonce de la nouvelle édition du film.



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  Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2012-07-25 10:05:55




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