Signes de M.N. Shyamalan

Intérêt
Ce film de M. Night Shyamalan permet de retrouver, après Sixième Sens ou Incassable, ce même talent pour rendre sensible la présence des morts chez les vivants en proposant un film grand public mais remarquablement construit et mis en scène avec humour, intelligence et sensibilité.


Table des matières

1. Analyse


Ici, point de coup de théâtre final mais, dès la première image du film, la savante mise en place d’un jeu de piste qui se déroule peu à peu, pas à pas, à travers tout un réseau de signes à interpréter pour aboutir à la connaissance et à l’acceptation de soi, étapes indispensables sur le chemin de la sérénité. Et c’est là le vrai sujet d’un film dans lequel le recours aux extra-terrestres apparaît, paradoxalement, à la fois comme la référence à une filiation cinématographique (par exemple, La Guerre des Mondes de Barry Haskin en 1953, d’après le roman de Welles, et Les Oiseaux de Hitchcock), et le point de départ d’un propos original : faut-il croire au hasard et aux coïncidences ou bien tout événement, même le plus cruel, a-t-il un sens voulu par la Providence, sens qui peut nous échapper sur le moment mais que l’on comprendra un jour si l’on sait garder l’espoir ?...

D’emblée, le générique fait naître un sentiment de malaise : les noms des acteurs, du réalisateur, etc. s’inscrivent sur un fond sans couleur définie, voire en noir et blanc, tandis qu’une musique (de James Newton Howard) échappée du Psychose de Hitchcock (et inspirée de Bernard Herrmann) crée un climat d’inquiétude que renforce un fondu au noir ponctué d’une tonalité grave (Cf. la fin du générique de Psychose) qui précède immédiatement le film.

Le premier plan du film montre, à travers une fenêtre, un jardin vide avec balançoire inutilisée. Puis un très lent - et bref - travelling arrière, qui déforme le paysage (détail crucial) et fait de la fenêtre une sorte d’écran de TV, se met en mouvement et donne à voir l’intérieur de la maison saisi à travers un plan fixe (une photo de famille heureuse d’un couple et de ses deux enfants) brusquement interrompu par la superposition, en gros plan, du visage angoissé du pasteur brutalement réveillé.




Chaque élément de cette très brève séquence est hautement signifiant : l’art du réalisateur est précisément de ne pas dire ce qui est arrivé au pasteur (et qui ne se révèlera que peu à peu car, enfermé dans sa douleur, ce dernier refuse de l’évoquer) mais de le suggérer visuellement : par exemple, la balançoire inutilisée fait penser à des enfants sans jeu ni joie ; la vitre qui sépare la maison (vie intérieure du pasteur) de l’extérieur (vie sociale) exprime le refus de la vie ; la photo d’un couple et de ses deux enfants dans une maison silencieuse évoque, certes, le bonheur, mais un bonheur figé dans le passé. La mise en images même (travelling interrompu par un plan fixe, lui-même remplacé par un mouvement violent) traduit un mal être ou un malaise évidents. Tout l’art du cinéma est d’exprimer par l’image et Shyamalan n’a pas oublié la leçon de Hitchcock.

Malaise devant ce générique austère, malaise devant ce jardin déserté, malaise devant cette maison silencieuse, malaise devant cette souffrance du visage réveillé, la tonalité générale du film est donnée dès l’abord.

Sans déflorer l’histoire, il faut signaler que le mouvement de caméra ci-dessus étudié sera repris à l’identique pour une séquence légèrement modifiée, à la fin du film, et que cette reprise donne tout son sens au propos du réalisateur.

Entre temps, Shyamalan distille très progressivement les raisons de ce climat angoissant et du mal-être du Pasteur et de ses proches. Mais, avec une grande habileté, il fait en sorte de communiquer au spectateur cette angoisse et de lui faire partager les affres de ses personnages. On peut évoquer bien sûr Les Oiseaux de Hitchcock pour ce qui est du traitement de l’espace dans le film. On assiste, en effet, sous la pression de forces obscures d’autant plus menaçantes qu’elles ne sont perçues qu’à travers des bruits inquiétants, au même rétrécissement de l’espace (d’abord l’extérieur des champs et de la ferme ; puis l’intérieur aux nombreuses pièces se réduisant par des déplacements successifs à un local souterrain) jusqu’au confinement ultime de la cave, lieu de l’enfermement total privé de toute issue – comme le spectateur est lui-même enfermé dans la salle obscure du cinéma.

Mais ce malaise sourd aussi de la façon même de filmer. Plusieurs fois c’est en plongée que le regard caméra donne à voir personnages et paysages et cette répétition insistante finit par nous faire ressentir quasi physiquement une présence qui observerait d’en haut cette famille en proie au mal-être. Ce procédé rappelle le plan superbe d’Hitchcock filmant la plongée des oiseaux sur la ville, comme si quelque démiurge les lançait délibérément sur la terre.

Le film multiplie les centres d’intérêt et installe dans le film un autre malaise devant la place prise par la télévision au détriment de la vie. Objet central du film, c’est elle qui relie au monde en en diffusant les nouvelles de la menace extra-terrestre (allusion à la célèbre mystification de Orson Welles). Par ailleurs, même éteinte, elle est utilisée par Shyamalan comme l’écran sur lequel se reflète la réalité qu’il filme (autre écran dans l’écran du cinéma) – façon de nous en rappeler l’omnipotence. Sa présence permanente fait d’elle un habitant à part entière de la maison-prison et rythme la vie des enfants. Or cette fenêtre ouverte sur le monde est un écran qui s’interpose entre la réalité et les personnages, comme la fenêtre du premier plan du film séparait – en la déformant – la vision du jardin filmée de l’intérieur : façon subtile et visuellement séduisante de dénoncer la place et les dangers de ce média et la perte de nos repères sensibles dans cet univers de la re-présentation du monde par image interposée qui se substitue à la réalité même et prétend l’incarner.

La dernière séquence du film répète – quasiment à l’identique - celle qui ouvre le film et choisit le même jardin comme point de départ. Débute alors un travelling arrière semblable – marquant le passage du temps, puisque la neige tombe à l’extérieur – qui traverse ensuite la vitre et donne à voir l’intérieur de la maison : la caméra filme la photographie qui est toujours sur la table de nuit et les cicatrices du combat livré contre les extraterrestres pour s’arrêter enfin sur Graham Hess qui s’habille. Les mêmes éléments composent donc les deux séquences, mais certaines différences sont notables, ne serait-ce, visuellement, que par leur différence dans le traitement de la lumière : l’ouverture est sombre quand le final est lumineux. En premier lieu, on s’aperçoit que le travelling n’est plus interrompu par un plan fixe, mais qu’il est continu et assure de la fluidité et de la douceur à la scène. D’autre part, le jardin vide initial est désormais occupé par le frère du pasteur et ses enfants réunis. Par ailleurs, la photo du couple et de ses enfants n’est plus mise en évidence mais montrée, à distance comme d’autres souvenirs photographiés affichés sur le mur (signe évident de l’acceptation, par le pasteur, de son passé douloureux et de son souci du présent). Quant à la vitre de la fenêtre, elle ne sépare plus (elle est brisée suite aux événements) sa « vie intérieure » (symbolisée par la maison), jusque-là anéantie par la mort de sa femme, et « les autres » (le jardin est vivant de la présence de sa famille) qu’il peut de nouveau aimer et aider. D’ailleurs, Graham Hess revêt son habit de pasteur et s’apprête à sortir pour prêcher la bonne parole : son visage est serein et il esquisse même un sourire en entendant les voix enfantines. Il a fait le deuil de son passé et re-naît à la vie.

Il faut, de nouveau, évoquer Les Oiseaux. De même que la menace, dans le film d’Alfred Hitchcock, s’abat du ciel en une sorte de châtiment pour punir les humains de leur futilité mondaine (Cf. le personnage de Mélanie Daniels interprété par Tippie Hedren) et pour, au-delà de leur malaise (les rapports possessifs de sa mère envers Mitch), leur faire comprendre la gravité de la vie et les mettre en paix avec eux-mêmes ; de même, les extraterrestres de Signes naissent du malaise du pasteur et leur attaque va lui permettre de retrouver sa sérénité et le goût de vivre. Autrement dit, chacun des deux films lie mal-être intérieur et menace extérieure, comme si le premier déclenchait le second et que celui-ci aidât à résoudre celui-là. Bref, l’intervention de la Providence ne prend pas les formes attendues mais sa présence nous aide, en définitive, à vivre. Et cette influence se fait par l’entremise des morts qui guident les vivants – c’est bien la femme décédée du pasteur qui délivre le message salvateur à interpréter – à la condition que la foi les anime, au sens propre du mot. On songe au Zadig de Voltaire et, plus précisément, à l’affirmation de l’ange Jesrad : « Il n’y a point de hasard ; tout est épreuve, ou punition, ou récompense, ou prévoyance. »

Un beau film profondément original et riche de significations qui multiplie les questions essentielles et donne à réfléchir en conseillant, dans le plus grand respect du spectateur, de savoir lire les signes essentiel qui entourent notre vie. M. Night Shyamalan fait désormais partie des réalisateurs qui comptent, lui qui enrichit toujours plus, par l’intelligence et la sensibilité, sa palette pour notre plus grand plaisir.


2. Synopsis 


Graham Hess était pasteur lorsque la mort de sa femme lui a fait perdre la foi. Désormais, dans une ferme en Pennsylvanie, il élève seul ses deux enfants : Bo, sa fille, et Morgan, le garçon. Son frère cadet, Merrill, un ancien joueur de base-ball, l'a rejoint et vit avec eux tout en aidant aux travaux quotidiens.

Un beau matin, Graham Hess découvre dans son champ de maïs d'étranges figures géométriques circulaires que l'on dirait tracées avec application. Dans le même temps, les actualités télévisées montrent des figures semblables surgies en différents points du monde. Les phénomènes étranges se multiplient et le doute ne semble plus permis : loin d'être une mystification, ces figures mystérieuses ne seraient-elles pas le signe évident de l'arrivée d'extra-terrestres ?


3. Fiche technique


  • Titre original : Signs.
  • Année : 2001.
  • Réalisation et scénario : M. Night Shyamalan.
  • Directeur : Newton Howard.
  • Production : M Night Shyamalan / Frank Marshall & Kathleen Kennedy / Sam Mercer.
  • Distribution : GBVI.
  • Durée : 106 minutes.

Distribution :

  • Graham Hess : Mel Gibson.
  • Morgan Hess : Rory Culkin.
  • Bo Hess : Abigail Breslin.
  • Merrill Hess : Joaquim Phoenix.
  • L’officier Caroline Paski : Cherry Jones.
  • L’animateur radio : Jose L Rodriguez.


4. Edition DVD zone 2


  • Image : le DVD, labellisé THX, propose des images couleurs en 16/9 au format 1.85 :1. Précises bien qu’assez sombres, elles sont parfaitement assorties à la tonalité générale dramatique du film.
  • Son : l’édition offre le DD 5.1 en anglais et en français, mais on trouve une piste DTS plus précise que le DD 5.1 qui n’existe que pour la VF. Pourtant, que ce soit en DD 5.1 ou en DTS, la bande-son met parfaitement en valeur, de façon brutale ou discrète, tout ce qui est menaçant.
  • Suppléments : on trouve un tournage du film en VO sous titrée ; cinq scènes coupées ; une comparaison entre film et storyboard et un très court-métrage (une minute trente !) qui marque les débuts de M. Night Shyamalan. Un ensemble succinct mais intéressant.
  • Jaquette : l’affiche du DVD associe la famille Hess en clair-obscur présentée au-dessus des figures circulaires. Le titre, central, sépare les deux parties. La couleur ocre et les auréoles lumineuses induisent un certain mystère. Une jaquette suggestive.



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5. Bande annonce




Signes de M.N. Shyamalan




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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2014-02-18 11:12:06




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