Shining de Kubrick

Intérêt
En 1980, Stanley Kubrick démontre tout son savoir-faire en réalisant un film d'horreur, alors qu'il utilise, pour l'essentiel, le plein jour d'un paysage immaculé de neige et le vaste espace d'un hôtel immense transformé paradoxalement en huis clos de la terreur. Il signe ainsi un nouveau chef-d'œuvre.


Table des matières

1. Analyse


Stanley Kubrick s'est intéressé à un genre que l'on ne s'attendait pas à lui voir explorer - le film fantastique - avec la même réussite que pour le reste de son oeuvre. Pour réaliser ce film magistral, il adapte à sa façon un roman de Stephen King - qui n'en sera d'ailleurs pas satisfait - et construit un film très personnel et profondément fascinant tant par les mouvements de caméra que par la mise en place d'un fantastique original, notamment à travers le décor inquiétant d'un hôtel hors du commun, essentiel dans la création d'un climat de peur, et d'un dénouement inouï.

D’emblée, par une séquence d’ouverture profondément innovante, Kubrick installe une atmosphère dérangeante. Il ne s’agit pourtant que de filmer une voiture - une Walkwagen Coccinelle jaune - qui gravit une route de montagne pour gagner un immense hôtel situé en altitude. Mais la caméra, par des plongées aériennes verticales ou obliques, et d’incessants travellings avant sur des paysages sauvages, accompagne, suit, perd, puis retrouve la voiture, d’un lacet à l’autre, suggérant impression de fuite en avant accélérée et sentiment de malaise, dans la mesure où ce regard caméra singulier, voire fantasque, semble, tel celui d’un aigle, jouer avec sa proie, la Coccinelle. Mais s’il s’agit là d’un jeu déconcertant, il est - sans aucun doute - cruel car l’étonnante composition musicale - dont le thème est emprunté à Berlioz (Dies irae de La Symphonie fantastique) et adapté par Rachel Wendy et Carlos Elkind - qui accompagne les images scande une marche funèbre inéluctable et annonciatrice d’un destin tragique, par le martèlement de ses notes graves. D’autant plus qu’un second thème musical fait d’une sorte de glissement de violons aigus qui se prolongerait en un mouvement plaintif renforcé de cris, interrompt le premier, accentuant l’impression d’étrange. Puis les deux mêlent leurs sonorités singulières juste avant que la caméra ne donne à voir l’Hôtel.

Précisément, le regard caméra qui a quitté l’auto saisit alors en plan général un paysage grandiose par un nouveau travelling avant : un immense hôtel au pied d’un sommet partiellement enneigé. Ce bâtiment, de la même couleur grise que la roche nue environnante, apparaît comme un bloc minéral constitutif de la montagne même dont il serait une sorte d’excroissance. Cette impression est renforcée par sa forme ramassée et puissante, ainsi que par ses dimensions impressionnantes au pied d’un sommet enneigé.

Cet Hôtel Overlook apparaît comme le personnage central du film et mérite que l’on s’attarde à en faire le portrait. Déjà, le générique l’installe, spatialement, au-dessus de hautes montagnes, presque inaccessible et loin de tout comme le suggère au cours du générique la longue course de l’auto. D’autre part, le plan initial qui le fait découvrir insiste sur son imposant volume et le parfait ordonnancement du style. Le bâtiment se situe, enfin, au bord d’un vide qui se creuse, vertigineux, devant lui. Surtout, son nom anglais, à double sens (qui voit par-dessus), peut signifier Hôtel dominateur, mais aussi Hôtel au regard supérieur.

Kubrick accumule, d'autre part, les signes de l'étrange et du surnaturel : on apprend, d'abord, que, non loin de là, pour survivre, des hommes se sont livrés au cannibalisme ; qu'en outre, cet hôtel est construit sur un ancien cimetière indien. Le Directeur de l'hôtel précise même à Jack - par honnêteté, dit-il - qu'un précédent gardien des lieux, pris de folie, a massacré sa famille. Quant au fils de Jack Torrance, Danny, il semble posséder un don mystérieux - qu'il partage avec le cuisinier noir, Halloran, du restaurant - qui lui fait « voir des scènes du passé de l'hôtel et « pressentir » certains événements. Par ailleurs, Jack, écrivain sous tension en panne d'inspiration créatrice, adopte une conduite de plus en plus inquiétante, une fois installé dans l'hôtel avec sa femme et son fils.

Cet Hôtel, désormais montré de l'intérieur jour après jour, fait écho aux immensités montagneuses désolées et ajoute son propre espace démesuré, qui accentue encore le sentiment de solitude, de sorte que, paradoxalement, cet immense décor vide - fait de salles trop nombreuses, de pièces trop vastes, de couloirs trop longs, de plafonds trop hauts - est susceptible de se peupler des visions du fils, puis de celles du père, sans que l'on sache vraiment, dans un premier temps, si elles relèvent de l'imagination ou si elles sont bien réelles. Tout l'art de Kubrick consiste donc à faire naître l'horreur du vide même de ces espaces inhabités. On songe aux plans récurrents montrant Jack Torrance à sa table de travail perdu dans l'immensité de la salle, ou encore à Danny parcourant inlassablement ces interminables couloirs au point de faire naître le malaise d'une menace diffuse chez le spectateur.

Ce climat propice à l’étrange et au fantastique, le réalisateur le renforce en ajoutant au vide - tout apparent - dans l’hôtel, le vide autour de l’hôtel à l’occasion d’une tempête de neige qui l’isole en coupant toute liaison. C’est ainsi que l’hôtel apparaît, à chaque changement temporel (Un mois plus tard/Samedi/Lundi/Mercredi/16 heures) qui s’affiche à l’écran, toujours plus incertain : d’abord, clairement filmé en plein jour ; puis plus sombre au crépuscule (lumières allumées) ; enfin, de plus en plus indistinct dans la tempête de neige. De même, la durée temporelle se réduit (de la mention d’un mois à une journée, puis d’une journée à une ultime indication horaire) et semble s’éterniser, cependant que se restreint parallèlement l’espace (de la montagne à l’hôtel, puis de l’hôtel à son contenu : chambre 237/The Gold room/La chambre/le bureau/le labyrinthe). Le huis clos est alors total et l’histoire peut se répéter, qui lie indissolublement les personnages, leurs visions et le passé de l’hôtel. Aux esprits dont l’Hôtel Overlook a pris possession et que, depuis lors, il enferme, il peut désormais adjoindre, en s’emparant d’elle, une âme fragile et, en l’occurrence, prédestinée, celle de l’écrivain qui vit, en effet, dans et par l’imaginaire, comme un messager entre les deux dimensions que sont le surnaturel et le réel.

La moquette des couloirs ou celle de la chambre de Danny représente des entrelacements géométriques qui rappellent le réseau du labyrinthe végétal présenté en plongée sous la forme d’une maquette qui s’anime sous le regard de Jack qui le surplombe, comme le regard caméra surplombait la montée de la Volkswagen vers l’hôtel Overlook. Cette ramification des formes et cet entrecroisement des lignes suggèrent avec une grande force visuelle la toile d’araignée menaçante d’une entité surnaturelle qui emprisonne ainsi dans ses rets ses futures victimes, d’abord en marquant son emprise sur elles, puis en capturant leur esprit.

La tragédie s’accomplit précisément dans un nouveau décor tout aussi insolite et effrayant que le précédent : le jardin en forme de labyrinthe qui est - il faut le souligner - la parfaite représentation visuelle de la folie d’un cerveau possédé par l’obsession meurtrière.
Le hurlement qui accompagne la mort de l’écrivain ne fait que traduire l’emprise de l’Hôtel sur lui et la captation définitive de son âme, tout en faisant de sa métamorphose ultime une forme de régression : on n’oubliera pas de sitôt l’effroi que suscite le plan saisissant d’un Jack Torrance figé dans la glace tel une statue de sel et on goûtera longtemps l’ironie de la chanson (Midnight with the stars and you/Minuit sous les étoiles avec vous) au rythme enjoué qui ponctue le triomphe de ce Réceptacle du Mal qu’est l’Hôtel Overlook au moment même où il ajoute - dans cette tétanisante photo de famille datée du jour de l’inauguration de l’Hôtel (21 juillet 1921 !!!) en forme de tableau de chasse - sa nouvelle et dernière victime en date : Jack Torrance ! Le regard du générique qui suivait l’ascension de Jack Torrance, la future victime, tout en le guettant, était bien celui de l’Hôtel Overlook, ce prédateur qui capte les âmes à travers le temps et les immortalise dans une photo de fête, leur procurant ainsi une immortelle jeunesse !

Pourtant, comme souvent chez Kubrick, plusieurs niveaux d’interprétation du film coexistent. On peut aussi voir plus clairement dans The Shining l’échec dramatique d’un écrivain qui s’était donné rendez-vous avec lui-même pour retrouver (sinon trouver enfin) une inspiration que sa femme et son enfant - c’est-à-dire le quotidien domestique - ne cessent de contrarier : autrement dit, comment tout artiste peut-il concilier les exigences de la création artistique et les contraintes de la vie familiale sans sombrer dans le mutisme et la stérilité ? Préoccupation autobiographique, sans doute, que ces affres du créateur. A moins que cette folie qui envahit Jack ne naisse en définitive que de la cruelle conscience de son impuissance créatrice. Lucidité et folie... Ne peut-on lire, par ailleurs, dans cette tentative de s’isoler - la traditionnelle tour d’ivoire du poète devenue hôtel isolé ! - pour trouver l’inspiration créatrice, comme un désaveu infligé par Kubrick à son personnage : contrairement à ce que pense Jack, l’art ne se nourrit-il pas de la présence même des autres ? Créer pour l’artiste, ne revient-il pas à trouver un juste milieu entre le monde et lui ? Comme l’évoquait si justement la nouvelle de Camus, « Jonas ou l’artiste au travail » et sa fin ambiguë (in L’Exil et le Royaume ), l’artiste ne doit-il pas se montrer tout à la fois « solitaire « et « solidaire » ?

Le lent travelling avant qui donne à voir, au plus près, cette photo qui ferme le film et dont l’accompagnement musical renforce la gaieté révèle, en effet, un Jack Torrance sans doute délivré de ses tourments, rajeuni, souriant et heureux. Un Jack Torrance présenté comme l’homme jeune qu’il fut avant le mariage, la paternité et le métier. Un Jack Torrance peut-être enfin débarrassé du poids des encombrantes et insupportables responsabilités de la maturité.

Un film magistral qui se voit et se revoit toujours avec le même plaisir renouvelé et la même admiration pour le talent de Kubrick.


2. Synopsis détaillé


Générique

Le regard caméra filme en plongée une volkswagen de couleur jaune qui fait l’ascension d’une route de haute montagne à travers de somptueux paysages de champs, de forêts et de roches nues jusqu’à ce qu’apparaisse un immense bâtiment qui se fond, par sa couleur grisâtre, dans la montagne. [2mn53]

L’entrevue

Un homme, Jack Torrance, traverse le hall de ce bâtiment qui se révèle être l’hôtel Overlook : il a rendez-vous avec M. Ullman, le directeur. [4mn]

Une nouvelle séquence montre, en alternance, la femme de Jack, Wendy, et son fils, Danny. La famille, s’est récemment installée, à Denver et Danny semble déplorer de ne pas avoir d’ami avec qui jouer. Mais il a une sorte d’alter ego, Tony, qui incarne le don de transmission des pensées dont il est pourvu. Interrogé par Danny, son double ne souhaite pas passer l’hiver dans l’hôtel Overlook où son père a rendez-vous. [4mn51]

Pendant ce temps, on apprend que Jack Torrance est venu pour un entretien d’embauche : il est volontaire pour assurer la garde et l’entretien de l’hôtel pendant la période de fermeture d’hiver de cinq mois jusqu’au 1er mai. Le directeur insiste sur le sentiment de solitude et d’isolement qui peut être difficile à supporter. Mais Jack semble sûr de lui et de sa famille et balaie ces objections. Comme ultime mise en garde, Ullman lui révèle alors qu’en 1970, le gardien, un certain Charles Grady, pris d’une folie inexplicable, a assassiné sa femme et ses deux filles à coups de hache avant de se suicider d’un coup de fusil dans la bouche. La cause en serait le mal d’enfermement, une forme de claustrophobie touchant les personnes qui vivent ensemble trop longtemps cloîtrées ensemble. Jack, bien qu’impressionné par ce qu’il vient d’apprendre, détend l’atmosphère en plaisantant sur le goût de sa femme pour les films d’horreur et accepte l’emploi. [8mn31]

De son côté, à Denver, Danny converse toujours avec avec son double, Tony, qui lui annonce que son père a accepté de garder l’hôtel et s’apprête à téléphoner la nouvelle à sa mère. Ce qui se confirme. Danny demande à Tony pourquoi il ne veut pas aller dans cet hôtel. Tony refuse, mais, en guise de réponse, Danny a la vision d’un déluge de sang qui se répand à travers une double porte rouge et inonde un vaste couloir tout en entrevoyant l’image fugitive de deux fillettes jumelles. [10ème mn]

Jour de la clôture annuelle

De nouveau, la volkwagen jaune est filmée dans son ascension vers l’hôtel Overlook, mais, cette fois, la caméra donne à voir l’intérieur de la voiture. Jack Torrance est accompagné de sa femme et de son fils. Il semble morose et répond brièvement aux questions. Sa femme lui demande si c’est dans cette région que se déroula la tragédie du groupe Donner qui pendant la conquête de l’ouest avait dû avoir recours au cannibalisme pour survivre. [12ème mn]

Le Directeur devant prendre son avion à 20h30 et le personnel finir son travail dès 17h30, il organise, pour les Torrance, la visite des lieux (intérieurs et extérieurs) tout en prodiguant ses conseils sur les tâches à effectuer. De son côté, Danny a découvert le salon de jeux. Pour la deuxième fois, la vision des deux petites filles habillées en bleu lui apparaît. Le Directeur répond aux questions de Wendy : la construction de l’hôtel a commencé en 1907 pour s’achever en 1909. Il précise qu’il est bâti sur un ancien cimetière indien et que les autochtones se sont battus pour empêcher sa construction. Puis, c’est au tour du chef-cuisinier noir, Dick Halloran, de présenter la cuisine et les énormes quantités de provisions stockées dans la chambre froide ou dans la resserre de l’hôtel. [16ème mn] Wendy s’étonne que Hallorann puisse appeler son fils « Doc », ce qu’il ne peut savoir. Le cuisinier donne plusieurs réponses peu satisfaisantes et finit par détourner l’attention de la jeune mère. Toutefois, alors que Hallorann continue de donner ses informations, Danny se sent interpellé par la voix du chef-cuisinier qui l’interroge sur son don (le « shining », lui dit-il) de percevoir les pensées d’autrui. Lorsqu’ils se retrouvent seuls, le chef-cuisinier lui révèle que, lui aussi, communiquait avec sa grand-mère de cette façon. Puis il l’interroge habilement et apprend l’existence de Tony (« Le petit garçon qui vit dans ma bouche ; c’est comme si je m’endormais, et il me montre des choses. Mais quand je me réveille, je ne me rappelle pas tout. »). Inquiet, Hallorann le met en garde contre une chambre de l’hôtel (n°237) en lui faisant promettre de ne jamais y aller. [22 mn30]

Un mois plus tard

Les Torrance sont désormais installés : Danny parcourt les couloirs interminables de l’hôtel sur son tricycle ou explore avec sa mère le labyrinthe végétal. Pendant ce temps, Jack essaie de renouer, non sans difficultés, avec le travail de l’écriture. Ne trouvant pas d’idées intéressantes et désoeuvré, il a du mal à rester à sa table, et se distraie en s’exerçant au lancer de balle contre les murs ou contemple le labyrinthe exposé en modèle réduit sur une table du salon. [27 mn19]

Mardi

Au cours d’une de ses randonnées à tricycle dans les couloirs, Danny passe devant la chambre 237. Intrigué, il essaie d’ouvrir la porte. En vain. De nouveau, s’impose à lui la vision des deux fillettes. A sa table de travail, Jack s’efforce de travailler quand il est interrompu par l’arrivée de Wendy. Excédé par ses questions futiles, il l’accuse de l’empêcher d’écrire et la chasse sans ménagement. A l’extérieur, une tempête fait rage pour la plus grande joie de Wendy et Danny qui jouent dans la neige. [32ème mn]

Samedi

La tempête s’étant installée, Wendy vérifie les moyens de communication, mais le téléphone ne fonctionne plus. Elle joint le Service des Forêts par la radio pour s’entendre dire de la laisser branchée en permanence, car il arrive que le téléphone soit coupé jusqu’au printemps.

Danny continue de se distraire en pédalant de toutes ses jambes sur son tricycle lorsque, au détour d’un couloir, il se retrouve face aux deux fillettes en robe bleue qui l’invitent avec force sourires à venir jouer avec elles. Mais, cette fois, la vision se double de celle de leurs deux corps sanglants abattus à coups de hache. Effrayé, Danny appelle son double, Tony, qui lui rappelle les conseils de Hallorann : ce ne sont que des images irréelles. [36m45]

Lundi

Danny se rend dans la chambre de son père qui lui apparaît fatigué et malade. Ce dernier lui demande s’il est heureux dans cet hôtel. Danny répond par l’affirmative et interroge son père pour savoir s’il pourrait faire du mal à sa mère et à lui-même. Jack, surpris par la question, entreprend de le rassurer. [40mn55]

Mercredi

Une balle lancée qui roule jusqu’à lui interrompt Danny en train de jouer avec ses autos. Il se lève, sui le couloir et découvre la chambre 267, porte grande ouverte. De son côté, Wendy s’affaire dans la chaufferie lorsqu’elle entend un cri de terreur. Elle se précipite dans le salon où Jack, terrifié, lui raconte le cauchemar qu’il vient de faire : il la tuait ainsi que Danny avant de les découper en morceaux. Sur ces entrefaites, arrive Danny, silencieux. Sa mère découvre qu’il porte sur le cou des marques de strangulation. Danny ne répondant pas à ses questions, elle se tourne vers son mari qu’elle accuse de violences. [46mn26] De plus en plus hagard et agité de mouvements désordonnés, Jack marche dans les couloirs jusqu’à se trouver devant « The Gold Room », une vaste salle de spectacle avec bar, ouverte et vide, dans laquelle il entre et qu’il éclaire. Désireux de boire une bière, il s’adresse à un certain barman Lloyd… qui apparaît, le salue et se met à son service. En vaine de confidences, Jack se justifie de ne pas avoir fait de mal à son fils, même s’il reconnaît l’avoir bousculé il y a plusieurs années de cela. Une batte à la main, Wendy surgit dans la salle pour prévenir Jack que, selon les dires de Danny, une femme se trouve dans la chambre 237, qui a essayé de l’étrangler. [52ème mn]

Loin de là, Dick Hallorann regarde le bulletin météo de la télévision lorsqu’il est assailli par la vision de Danny dans son lit en train de trembler sous le coup d’une peur panique. Un enchaînement se fait avec Jack qui pénètre dans la chambre 237 pour découvrir dans la salle de bain une femme nue qui sort de la baignoire, s’approche de lui et l’embrasse : quand Jack ouvre les yeux, il voit, dans le miroir qui lui fait face, que la jeune femme désirable s’est transformée en une vieille femme ricanante. Jack sort de la chambre qu’il ferme à double tour et s’enfuit. [58ème mn]

Dick Hallorann, inquiet de ce qu’il a pu lire dans les pensées de Danny, s’efforce de joindre l’hôtel. En vain : la ligne est en dérangement.

Jack rejoint Wendy qui s’est enfermée dans sa chambre et veille sur Danny. Il lui explique que la chambre 237 est vide. Wendy, sceptique, ne comprend pas ce qu’il s’est passé et, malgré les propos rassurants de Jack prétendant que Danny s’est sans doute blessé lui-même, demeure bouleversée au point d’envisager de quitter l’hôtel. De sa chambre, Danny, par son don de transmission de pensée, suit la conversation qui s’envenime car Jack refuse d’abandonner ce travail de gardien qui lui est indispensable pour s’accomplir en tant qu’écrivain. Il ne se voit pas retrouver les emplois subalternes qu’il a connus jusque-là. Il en vient à reprocher à Wendy de lui avoir gâché la vie, quitte brusquement la pièce et s’en va errer dans les couloirs jusqu’à ce qu’une chanson qui résonne dans le couloir attire son attention. [1h03mn]

Dick Alloran, désireux de se rassurer, contacte le Service des Forêts et demande à son interlocuteur d’envoyer un message radio aux Torrance pour savoir si tout se passe bien pour eux pendant la tempête.

Guidé par une musique de fête, Jack se retrouve dans « The Gold Room » noire de monde à l’occasion d’un bal dansant qui précède le dîner de gala. Il y est accueilli par le « Bonsoir, M. Torrance. » du majordome. Les invités sont tous habillés à la mode des années 1920 : certains dansent au son de « Midnight with the stars and you » joué par un orchestre tandis que d’autres consomment à leur table dans une atmosphère de fête joyeuse. Transformé par l’euphorie ambiante, Jack, détendu et facétieux, retrouve Lloyd au bar qui le sert aussitôt, mais refuse d’être payé au motif « que cet argent n’a pas cours ici et que c’est un ordre de la Direction. ». Dans la salle, il se heurte à un serveur qui renverse son plateau sur lui. Ce dernier le conduit à la salle de bain pour l’aider à se nettoyer. Jack apprend qu’il se nomme Delbert Grady. Etonné, Jack l’interroge brièvement, puis lui rappelle son suicide après qu’il eut tué sa femme et ses deux filles. Mais Grady affirme n’en avoir aucun souvenir, et, comme pour changer de sujet, le prévient que son fils cherche à faire venir une personne à l’hôtel et ajoute qu’il se sert de son don de transmission de pensée pour s’opposer à son père. Jack en conclut que sa femme est responsable d’avoir manipulé son fils. Grady conseille alors à Jack de corriger sa famille comme lui-même avait corrigé ses filles qui ne se plaisaient pas à l’hôtel, puis leur mère qui s’était opposée à lui. Jack semble convaincu. Il retourne vers son appartement et entend l’opérateur du Service des Forêts essayant d’entrer en communication avec l’hôtel ; il met en panne la radio : désormais l’hôtel est isolé. [1h13mn]

Toutefois, Dick Hallorann, de plus en plus inquiet de ne pas avoir obtenu de nouvelles, a pris l’avion pour Denver, puis une auto et se dirige, dans la tempête, vers l’hôtel Overlook. De son côté, Wendy ne se déplace plus sans sa batte de base-ball. Passant devant la table de travail de Jack, elle découvre, horrifiée, qu’il a tapé à la machine la même phrase (« All work and no play makes Jack a dull boy/Tout ce travail sans loisir rend Jack cinglé ») sur des dizaines de pages dans des typographies différentes ! [1h17mn] Jack la surprend. Une violente discussion – que Danny, en proie à une nouvelle vision de déluge de sang, capte à distance – naît entre eux à propos de leur présence à l’hôtel : Wendy souhaite montrer Danny à un médecin ; Jack, qui veut honorer son contrat, s’y oppose.

Par son comportement (il la suit pas à pas dans l’escalier) et par ses paroles (il lui promet de la frapper), Jack se montre de plus en plus menaçant au point que Wendy n’a d’autre ressource que de l’assommer d’un coup de batte et de l’enfermer dans la resserre à provisions pendant qu’il est étourdi. Wendy lui annonce qu’elle va s’en aller avec Danny dans la chenillette. Mais Jack, sarcastique, lui promet une surprise ; ce qu’elle constate très vite : il a saboté le moteur. Elle et Danny ne peuvent s’enfuir. [1h27mn]

16 heures

Jack, toujours enfermé, entend que l’on frappe à la porte : c’est Delbert Grady dont la voix lui reproche son échec à donner une leçon à sa femme. Jack lui promet de se rattraper. Pendant ce temps, Dick Hallorann, dans une chenillette à présent, s’approche de l’hôtel. Alors que sa mère dort, Danny entre dans la chambre, s’empare du couteau de Wendy et écrit sur la porte de la chambre le mot « meurtre » à l’envers prononcé de plus en plus fort par Tony, son double. Réveillée en sursaut par les cris de Danny/Tony, Wendy n’a que le temps de reprendre ses esprits avant d’entendre des coups de hache fissurer la porte : c’est Jack qui s’est libéré (ou, plutôt qui a sans doute été libéré) et procède à la punition conseillée par Grady. [1h33mn] Elle empoigne Danny, se réfugie dans la salle de bain et fait sortir son fils par l’étroite fenêtre qui ouvre sur l’extérieur. Mais son corps ne peut passer. Jack après avoir défoncé la porte de la chambre, met à mal celle de la salle de bain. Mais Wendy le blesse d’un coup de couteau avant qu’il n’entre. Le bruit de la chenillette de Dick Hallorann enfin arrivé distrait son attention et il abandonne Wendy pour se porter au devant du cuisinier qui est entré dans l’hôtel par la porte entrouverte et appelle pour savoir ce qui se passe. Jack le tue d’un coup de hache. Un cri retentit : c’est Denny qui s’était caché et a perçu le meurtre. [1h41mn]

Devenu complètement fou, Jack poursuit son fils, le menaçant de sa hache sanglante. Ce dernier sort et se réfugie dans le labyrinthe végétal. Mais Jack branche les projecteurs qui illuminent l’extérieur avant de se lancer après Danny. L’enfant, après avoir couru dans les allées, a l’idée de marcher à reculons dans ses propres pas, puis de reprendre les traces de sa course. Ainsi parvient-il à sortir du labyrinthe, alors que son père tourne en rond et se perd. Dennis et sa mère s’enfuient dans la chenillette de Dick Hallorann pendant que Jack meurt terrassé par le froid. [1h50mn]

Sur le fond musical de « Midnight with the stars and you », le regard caméra zoome sur une galerie de photos affichées à l’un des murs de l’hôtel, puis présente en gros plans successifs la photo souvenir du bal du 4 juillet 1921 ; au centre, au milieu des convives, un Jack Torrance rajeuni arbore un sourire irrésistible. [1h52mn]


3. Fiche technique


  • Titre original :The Shining.
  • Réalisation, scénario et production : Stanley KUBRICK.
  • Co-scénariste : Diane JOHNSON. D’après le roman de Stephen KING.
  • Directeur de la photographie : John ALCOTT.
  • Musiques : BARTOK, PENDERECKI, LIGETI, BERLIOZ, arrangements de Wendy CARLOS et Rachel ELKIND.
  • Décors : Roy WALKER.
  • Production : Hawk Film / Peregrine / Warner Bros.
  • Distribution : Warner-Columbla.
  • Durée : 120 minutes.
  • Année : 1980.

Distribution :

  • Jack Torrance : Jack NICHOLSON.
  • Wendy Torrance : Shelley DUVALL.
  • Danny Torrance : Danny LLOYD.
  • Dick Hallorann : Scatman CROTHERS.
  • Stuart Ullman : Barry NELSON.
  • Charles Grady : Philip STONE.
  • Lloyd, le barman : Joe TURKEL.
  • Bill Watson : Barry DENNEN.
  • Les filles de Grady : Lisa et Louise BURNS.
  • Les rangers : David BAXT, Manning REDWOOD.
  • Suzy, la secrétaire : Aison COLERIDGE.
  • Le policier : Burnell TUCKER.
  • L’hôtesse : Jana SHELDON.


4. Edition DVD zone 2


Image : le DVD propose des images d’une grande netteté, parfaitement ciselées et magnifiant une luminosité de qualité et de savants contrastes : pari inverse de celui du Psychose [1] en noir et blanc de Hitchcock : faire naître la peur en pleine lumière et en couleurs !

Son : remasterisé en DD 5.1, le DVD joue musicalement sur la distorsion et sur des silences d’autant plus angoissants qu’ils sont entrecoupés de soudains effets percutants.

Suppléments : le DVD offre, comme suppléments, le tournage du film (34’ sur un Kubrick en plein travail et notamment sur ses difficultés avec l’actrice Shelley Winters), et son documentaire par la propre fille du réalisateur. Et l’inévitable bande-annonce. Le tournage du film, même trop court, est passionnant. Que ce soit la jaquette ou la sérigraphie, elles mettent en valeur le regard « fou » de Nicholson. Celui de la sérigraphie est très, très inquiétant !



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Droits d'auteur © Henri PHILIBERT-CAILLAT


5. Bande annonce


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