Seul au monde de Zemeckis

Intérêt
Dans Seul au monde, Robert Zemeckis reprend le thème de Robinson Crusoe. La plupart des commentaires ont salué la performance de Tom Hanks, tout en déplorant soit la longueur du film, soit sa banalité. Pourtant, Zemeckis, à travers la prise de conscience de son personnage, propose une réflexion salutaire sur le sens de la vie et entend nous faire jeter un regard critique sur les valeurs auxquelles nous soumettons notre existence. Faut-il ajouter que ce film prenant mérite d’être redécouvert ?...


Table des matières

1. Analyse


L’homme et le temps

Dans les films de Robert Zemeckis le thème du temps est récurrent. Le film Retour vers le futur [1] le rappelle assez. Le titre même et le récit de science-fiction qu’il recouvre combinent, en une comédie irrésistible, théorie scientifique de la relativité du temps et application fantaisiste nourrie des rêves humains de jouer avec - on ne peut résister au plaisir de la citation ! - « le continuum spatio-temporel ». Seul au monde, à l’inverse, - comme d’ailleurs Forrest Gump - s’empare du même thème du temps mais le traite, cette fois, de façon plus grave.

D'emblée, Zemeckis fait du temps l'enjeu essentiel de la structure de son film organisé comme un triptyque. Construit autour d'un personnage principal (Chuck Noland, interprété par Tom Hanks) et d'une durée de cent quarante minutes (hors générique), le récit propose trois parties nettement différenciées à la fois par les événements qui surviennent au héros, par le retentissement qu'ils ont sur sa personnalité et par la modification de sa perception du temps qui s'ensuit.

Le film propose, d'abord, une sorte de longue introduction de trente minutes centrée sur Chuck Noland dont le portrait est rapidement brossé : ingénieur de la FedEx, société internationale d'acheminement de courrier dans les meilleurs délais, il apparaît comme un homme pressé, vivant dans l'urgence, efficace, prêt (ou contraint, car il n'est pas sans quelque humanité) à faire passer sa carrière avant sa femme, en lutte de tous les instants avec le temps qui passe trop vite à ses yeux, comme tout adepte forcené du rendement.

Puis, suite à un accident d’avion survenu au cours d’un vol professionnel qui le jette, seul et désemparé, sur une île déserte, commence l’essentiel du film. Par un de ces retournements dont le destin a le secret, lui, l’homme pressé qui rêvait d’arrêter le flux du temps, se retrouve confronté à un temps figé, qui ne s’écoule plus mais prend des allures d’éternité immobile et qui fait vaciller sa raison lorsqu’il comprend qu’il ne peut être secouru. Cette rupture avec son univers personnel et affectif - symbolisée par la chute visuelle et, surtout, sonore, de l’avion dans l’océan et son immersion passagère dans l’océan, sorte de retour au liquide amniotique originel qui précède une re-naissance - et le séjour de quatre années qui s’ensuit sur l’île, Zemeckis les transcrit dans la durée même de son film puisqu’il leur consacre quatre-vingts minutes, étirant le temps pour le spectateur comme pour son personnage, de façon à opérer une identification plus vraisemblable. L’homme moderne (c’est-à-dire Chuck Noland ET le spectateur, en l’ocurrence !) dont la vie est organisée autour du travail et du loisir - le divertissement pascalien - qui donnent un sens à la vie et évitent l’ennui métaphysique se trouve alors confronté à cet ennemi qu’est le temps.

Une première tentative de départ de l’île échoue dans la peine et le sang. Noland trouve alors refuge dans une grotte que l’on pourrait assimiler à une nouvelle matrice. On rappellera, ici, le beau roman de Michel Tournier sur le thème de Robinson - Vendredi ou les limbes du Pacifique [2] - dont l’extrait suivant fait écho, me semble-t-il, à l’épisode symbolique de la grotte : « Il est écrit qu’on n’entre pas dans le Royaume des Cieux si l’on ne se fait pas semblable à un petit enfant. Jamais parole d’Evangile ne s’est appliquée plus littéralement. La grotte ne m’apporte pas seulement le fondement imperturbable sur lequel je peux désormais asseoir ma pauvre vie. Elle est un retour vers l’innocence perdue que chaque homme pleure secrètement. Elle réunit miraculeusement la paix des douces ténèbres matricielles et la paix sépulcrale, l’en-deçà et l’au-delà de la vie. » (in Folio, p. 112). Une grotte, qui est retour aux origines de l’espèce (Cf. le générique de Le Boucher [3] de Chabrol), de l’individu (Cf. le tableau L’origine du monde de Courbet), et, qui est maternelle (Cf. le manoir de Norman Bates dans Psychose [4]).

Sur cette île socialement vide , Noland va pourtant trouver de quoi survivre dans la présence du colis à livrer, qui le rappelle au devoir de sa fonction, et dans la construction (matérielle et spirituelle) de Wilson, ce Vendredi d’artifice qui le sort peu à peu de lui-même et l’ouvre aux autres.

Le film s’achève comme il avait commencé. Le parallèle est évident : la dernière partie - à son retour à la civilisation, Chuck Noland apprend que sa fiancée, après l’avoir longtemps attendu, s’est mariée et, prenant conscience que le temps est, aussi, irréversible, il décide de s’en aller loin d’elle pour ne pas déranger sa nouvelle vie - dure également trente minutes et reprend dans sa séquence finale exactement celle du début. Cette reprise symétrique de durée et de sujet donne d’ailleurs son sens au film. A l’ouverture du film, un agent de la FedEx vient réceptionner un colis dans une propriété isolée nommée « Dick et Bettina ». A la fermeture du film, c’est Chuck Noland qui rapporte le colis qu’il a sauvé du naufrage et qui a accompagné son séjour sur l’île mais le prénom « Dick » a disparu ; il ne reste plus que celui de « Bettina » avec laquelle il échange quelques mots au hasard de leur rencontre.

Au dernier plan, le regard caméra nous montre le héros à un carrefour, se tournant successivement dans les différentes directions puis, en gros plan, fixe son visage qui exprime, face au spectateur, une souffrance indécise : une nouvelle vie est à commencer. sera-ce avec cette Bettina dont le paquet - destiné à l’origine à Dick son mari - lui a sauvé la vie ?

Zemeckis joue sur la durée dans la structure de son film (30’/80’/30’), ce qui s’accorde parfaitement à son propos : le temps mesuré par l’horloge n’est décidément pas celui perçu par la conscience qui l’accélère ou le ralentit selon qu’il lui paraît trop lent ou trop rapide. Cette variation dans la représentation qu’a Chuck Noland du temps avant l’accident et, ensuite, sur l’île prépare une réflexion qui débouche sur le problème du sens de la vie. Après avoir vécu la réussite, puis le châtiment, il connaîtra sans doute la rédemption, conscient désormais des enjeux : c’est moins la conscience du temps qui passe trop vite et le sentiment d’urgence qui en découle qui importent que la façon dont on l’utilise ; et l’ambition professionnelle a peu de prix si elle se construit sur les décombres des vraies valeurs humaines de la présence au quotidien, de la chaleur et de l’amour envers les autres.

Un beau film, grave et émouvant.

NB : On peut aussi remarquer que le nom du personnage, Noland, est bien symbolique (No-land, c’est-à-dire Sans-terre) et peut s’interpréter comme la volonté d’avoir le seul souvenir comme territoire... A moins que l’on n’y voie l’échec d’une forme de vie naturelle, utopique (Cf. Platon et Thomas More)...


2. Synopsis


Chuck Noland, ingénieur de la FedEx, société de transport de courrier, est un employé dévoué qui consacre tout son temps à la société qui l'emploie et ne cesse d'innover pour livrer encore plus rapidement les colis urgents. Il décide même de faire l'impasse sur le Réveillon avec sa fiancée , Kelly, pour acheminer à destination un dernier colis.

Il s'envole donc vers une nouvelle destination professionnelle lorsque son avion, victime d'un grave incident, s'abîme dans le Pacifique. Seul survivant, Chuck utilise un canot de sauvetage et finit par gagner un îlot inhabité. La nouvelle vie qui l'attend le jette dans le malheur de l'inadaptation et de la solitude. Il organise tant bien que mal sa survie en déployant des trésors d'ingéniosité. A l'aide des colis FedEx que lui apporte la marée, il s'organise une vie précaire : il fabrique des couteaux en se servant des lames de patins à glace ; des cordages avec des bandes de cassettes vidéo, et un filet de pêche avec le tulle d'une robe du soir. Surtout, il se donne un compagnon - nommé Wilson - qu'il crée à l'aide d'un ballon de volley sur lequel il dessine un visage humain, symboliquement tracé avec son sang.

Peu à peu, il apprend à trouver l'eau dont il a besoin, à pêcher et même à faire du feu. Une nuit, il aperçoit au loin les lumières d'un bateau. Il tente en vain de l'atteindre avec son canot. Son désespoir grandit et il lui arrive de songer au suicide.

Un jour pourtant, un morceau de coque en plastique s'échoue sur le rivage, qui lui donne l'idée de construire un radeau. Ainsi, après cinq ans passés sur l'île, parvient-il à s'en évader en compagnie de Wilson. Il emporte en outre avec lui une montre offerte par Kelly le soir du Réveillon et un colis de la FedEx adressé à un certain Dick Peterson.

Il navigue et dérive pendant des semaines, essuie une tempête qui endommage son radeau, perd Wilson au cours de l'événement, mais finit par être recueilli par un cargo qui le rapatrie aux Etats-Unis. A son retour, il découvre que Kelly l'a longtemps attendue, puis a fini par épouser un dentiste dont elle a eu une petite fille. La mort dans l'âme, Chuck décide de laisser Kelly à sa nouvelle vie.

Il décide de livrer lui-même le colis de la FedEx qui a accompagné sa vie sur l'île et qu'il a emporté sur son radeau à la destinataire, Bettina Peterson. Puis Chuck se retrouve à un carrefour. Il semble hésiter : il est à la croisée des chemins et l'avenir s'ouvre devant lui. Peut-être aux côtés de Bettina ?...


3. Fiche technique


  • Titre original : Cast away.
  • Année : 2000.
  • Réalisation : Robert Zemeckis.
  • Scénario : William Broyles.
  • Musique : Alan Silvestri.
  • Production : Dreamworks/Twientieth Century Fox.
  • Distribution : VIP.
  • Durée : 114 minutes.

Distribution :

  • Chuck Noland : Tom Hanks.
  • Kelly Frears : Helen Hunt.
  • Stzan : Nick Searcy.
  • Bettina Peterson : Lari White.
  • Jerry Lovett : Chris Noth.


4. Edition DVD zone 1


Une superbe édition de deux DVD dans un étui muni à l’intérieur d’un volet mobile qui contient le second disque. Le DVD propose une très belle image que ce soit dans l’avion, sur l’île ou dans les paysages de campagne américaine. Seules les scènes nocturnes sont moins bien compressées. La piste sonore en VO est encodé en DTS ES (la piste française est en DD surround) et DD 5.1 EX mais les seuls sous-titres disponibles sont anglais et espagnols. Elle transcrit avec précision et ampleur tous les bruits ambiants, notamment bien sûr sur l’île. Mais elle devient furie lors de l’accident d’avion et de sa plongée dans l’océan. Impressionnant ! Les suppléments qu’il serait fastidieux d’énumérer sont nombreux et passionnants mais non sous-titrés en français. La jaquette du DVD affiche un Tom Hanks hâve, barbu, inquiet. Il est vraiment seul au monde dans le film comme sur la jaquette ! Assez banal.



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Droits d'auteur © Henri PHILIBERT-CAILLAT



5. Bande annonce





 
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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2016-09-12 18:14:32




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