Science et Technique

Intérêt
Si la science consiste à comprendre le réel, à l'expliquer et à en prédire les lois, la technique revient à agir sur le réel. Quels rapports entretiennent science et technique ?


Table des matières

1. Introduction


L'homme regarde et fait. Il regarde les choses naturelles ou les modifie. Ces deux activités mettent en valeur deux aspects différents de son corps - les organes visuels et la main - et répondent à deux intentions différentes : la vue, comme le souligne Platon est l'organe sensoriel le plus intellectualisé ; elle est avide de connaissances. La main, au contraire, paraît faite pour transformer le donné. Selon que nous voyons ou touchons la nature, celle-ci nous apparaît de deux façons différentes : au niveau de la vue, elle se présente comme une énigme que la pensée veut résoudre tandis que, au niveau de la main, elle est un obstacle à nos désirs.

Bref, l'homme doit s'attacher à résoudre l'énigme ou à transformer l'obstacle. Il est ainsi conduit soit à majorer son savoir, soit à exprimer son pouvoir. Mais, entre savoir et pouvoir, deux styles de vie se dessinent : l'un qui met l'accent sur la contemplation, l'autre qui mise sur l'action, de sorte que l'on retrouve l'antique opposition entre l'activité intellectuelle (la science) et l'activité technique (la technique).


2. Distinction entre science et technique


La pensée scientifique s'efforce d'éliminer la contingence apparente des phénomènes pour en établir la nécessité. La science va donc être la recherche et l'établissement des lois. Or, la loi en exprimant le rapport constant et nécessaire qui lie deux ou plusieurs phénomènes unifie au niveau intelligible la diversité sensible. Ce rapport constant et nécessaire fait que la loi est un jugement objectif rendu universel et impersonnel par l'expression mathématique, d'une part, et par la vérification expérimentale, d'autre part ? Elle exprime la réalité des choses dont la perception ne nous fait saisir que les apparences. Ainsi apporte-t-elle une connaissance claire et distincte qui permet à l'humanité de lieux comprendre le monde et, donc, de rassurer.

La technique est la recherche et l’établissement de procédés et de moyens mis au service d’une volonté qui tend à maîtriser la nature – la technique s’oppose donc à la nature. Elle apparaît comme la manifestation d’un pouvoir. Mais exercer un pouvoir, c’est toujours en vue d’une fin à atteindre. Ainsi le procédé technique subordonne-t-il l’utilisation des moyens à la réalisation d’états jugés utiles. Si l’utilité est le critère de la technique, cette dernière constitue une activité qui tend à supprimer les insuffisances douloureusement ressenties par l’être humain. Elle apparaît ainsi comme la conséquence des prétentions et des besoins humains. Comme le remarque Heidegger, « c’est une interpellation au sens d’une provocation. »

Il s'ensuit donc que la science ne tient pas compte des répulsions ou des préférences humaines, mais qu'elle se borne à expliquer sans tenir compte des besoins vitaux. A l'inverse, la technique permet à l'humanité de plier la nature à ses désirs pour qu'elle ne soit plus subie comme une fatalité. En outre, la science, par la systématisation des lois, vise constituer un univers rationnel plus vrai que le monde sensible où les faits nous paraissent contingents alors que la technique tend, au contraire à substituer un milieu artificiel dominé à une nature brute donnée. Bref, science et technique obéissent à deux vocations différentes : le savant a pour idéal de découvrir la réalité quand le technicien entend réaliser un idéal.


3. La technique est tributaire de la science


Si l’on examine le procédé technique, on s’aperçoit que le rapport essentiel est celui de moyen à fin. Ce procédé est la mise en œuvre de moyens pour atteindre une fin et met en jeu une méthode qui tend à le réaliser. Aussi cette fin, dans sa réalisation, apparaît-elle comme un effet de cause par des besoins insatisfaits. Mais la volonté de réaliser implique un processus qui sous-tend un savoir. La technique réalise la fonction d’un savoir et d’un vouloir. De fait, toute connaissance permet de prévoir et la prévision permet de pouvoir. On retrouve ainsi une intention profonde de la conscience scientifique. Bacon ne dit-il pas « On ne commande à la nature qu’en lui obéissant. » et Auguste Comte ne constate-t-il pas : « Savoir pour prévoir, prévoir pour pouvoir » ?

Pourtant l'habileté technique a précédé la conscience de savoir méthodique : comment expliquer qu'une technique ait souvent précédé le savoir correspondant ? Répondre à cette question revient à répondre aux exigences vitales de l'être humain. La satisfaction des besoins vitaux implique l'utilisation et la transformation des choses. Mais avant d'adapter son milieu, l'humanité est naturellement adaptée à ce milieu. Cette adaptation originelle permet à la vie de perdurer. Aussi les premières techniques sont dans le prolongement des actes naturels. C'est ainsi que la technique du projectile est dans le prolongement du bras. Ce qui permet de remarquer que la technique s'enracine dans la vie.

D'autre part, la technique traduit un mouvement de conquête dont la valeur est liée à la notion de succès. Or, l'établissement d'une technique et sa nécessité peuvent s'expliquer par la méthode des essais et des erreurs qui servent à comprendre, par exemple, le comportement animal. Le succès technique suppose une multitude d'échecs au cours desquels s'affirme progressivement le savoir-faire.


4. La science est dépendante de la technique


Nous pouvons, en effet, concevoir une technique sans science. L’instinct apparaît comme une technique spontanée, mais il est difficile de concevoir une science sans une technique préexistante. Il faut toutefois faire preuve de prudence. Si la science profite bien évidemment des renseignements donnés par une technique préexistantes, cela ne signifie nullement qu’il y ait une relation d’hérédité entre l’efficacité technique et l’explication scientifique, ni que le vrai soit un autre nom de l’utile. Ce rapport entre science et technique n’est pas un rapport héréditaire mais un rapport de libération par rupture. L’essor de la science a pour condition l’échec de la technique. La science doit à la technique des occasions et des problèmes. En effet, lorsqu’un problème scientifique se pose, c’est qu’un insuccès technique a étonné un individu ou un groupe. On peut évoquer, à titre d’exemple, le problème rencontré par les fontainiers de Florence au XVII° siècle (1). L’insuccès technique conduit l’humanité à rechercher la raison de ses insuccès, c’est-à-dire à séparer ses rêves et ses constatations. Et, autrement dit, à établir les conditions nécessaires à la justesse de ses prévisions et à la solidité de ses productions. Le commerce, l’art militaire et la navigation, entre autres, ont posé à l’humanité des problèmes de calcul, de mécanique et d’astronomie. La science doit aussi à la technique des instruments. Par exemple, le verre qui constitue une invention capitale en ce sens qu’il permet d’isoler le phénomène à observer, et qui permet à la seule vue la présence qui se dérobe à l’intervention du toucher. Ce verre du microscope est un instrument par excellence dans la mesure qu’il permet à l’homme de ne pas se mêler à ce qu’il regarde. Le laboratoire, c’est de l’intelligence morte que l’intelligence vivante du savant ressuscite. C’est en ce sens qu’il faut entendre Pasteur : « Les laboratoires sont des temples, des demeures sacrées. »


NOTE (1) :


Rappelons brièvement les faits. À l'époque de Galilée (1564-1642), les fontainiers de Florence se trouvaient face à un problème insoluble : ils ne pouvaient aspirer l'eau à plus d'une dizaine de mètres au-dessus du niveau du fleuve Arno quelles que soient les différentes pompes mises au point par les ingénieurs de la ville. Les plus grands savants débattaient du problème ainsi posé : pourquoi l'eau ne peut-elle être pompée au-delà de cette hauteur ? Torricelli, le mathématicien disciple de Galilée décédé depuis deux années, s'attelle à la résolution de l'énigme. Il remplace l'eau par du mercure - ce qui permet d'éviter de manipuler des colonnes d'eau de dix mètres de hauteur - et retourne le tube, après l'avoir obturé, sur un bassin de mercure. Il constate que le mercure ne se vide pas dans le bassin et qu'il en reste 76 cm (cette hauteur est équivalente à une colonne d’eau de 10 mètres) dans le tube. Il en déduit que la pression de l'air empêche que le tube ne se vide et que, donc, la pression de l'air contrebalance le poids du mercure. C'est pourquoi l'eau de l'Arno ne peut être aspirée au-dessus de 10 mètres. Ainsi un problème technique est-il bien à l'origine d'une découverte scientifique : celle de la pression atmosphérique.




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Droits d'auteur © Sophie LAUZON



 
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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2013-12-18 10:36:49




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