Raisons d'Etat de Robert De Niro

Intérêt
Ce second film de Robert Niro explore l’histoire récente des Etats-Unis à travers le destin d’un homme lié à l’institution que représente la CIA pour en montrer le côté obscur et pour le moins inquiétant. Bref, Il était une fois l’Amérique selon De Niro...


Table des matières

1. Analyse


Raisons d’État et des tas de raisons pour louer la cohérence du film de De Niro…

L’acteur-réalisateur propose un film sombre, glauque et dérangeant dans la mesure où le récit se réfère à plusieurs époques qui s’entrelacent pour mieux retracer l’histoire occulte de la CIA et de la politique des Etats-Unis, à travers le destin d’un personnage, Edward Wilson, dont la personnalité, grise et terne, a été marquée à jamais par le suicide brutal et énigmatique de son père. Certes, les fréquents retours en arrière narratifs, comme les projections temporelles vers l’avant, opérés à des époques qui interfèrent avec le récit principal - les années 1919 (la mort du père), 1940 (l’engagement en Angleterre, 1950 (la création de la CIA) et 1961 (l’échec du débarquement anti-castriste de la Baie des Cochons) - interviennent de façon inopinée, mais toujours en situation et enchaînées avec fluidité, et obligent à une attention permanente si l’on ne veut pas se perdre dans les méandres du récit.

Mais ce procédé, loin d’être un artifice, est en parfaite adéquation avec le propos du réalisateur, soucieux de placer le spectateur dans une position inconfortable pour mieux lui faire partager ces sentiments d’insécurité et de confusion qui naissent de ce monde parallèle et souterrain : secrets, dissimulations, mensonges, manipulations rythment, en effet, vie privée et vie publique, qui finissent par se confondre dans la méfiance généralisée envers les autres, la retenue des émotions ou la hantise, chez Edward, de garder une réputation sans tache. Ce désir obsessionnel de pureté se construit sur la scène primale du suicide du père qui a failli et est devenu le parfait contre-exemple de ce qu’il faut souhaiter être (Cf. le refus obstiné d’Edward d’ouvrir la lettre de son père expliquant son geste). Les rapports entre père et fils, symboliques de la transmission exemplaire des valeurs, sont au centre du film : la relation entre Edward et son père préfigure sa relation avec son propre fils qu’il vit comme une douloureuse répétition à valeur d’exorcisme. Et le film lorgne du côté de la psychanalyse collective lorsque, en filigrane, transparaît l’absence – à l’écran - du Père de la Nation, le Président, représenté par ses seuls services secrets (FBI et CIA) qui en sont réduits à invoquer ses « souhaits » pour justifier leurs actes. Ou de la religion par la référence biblique du titre original « The good shepherd/le bon Berger » qui est une allusion à la parabole du « Bon berger » qu’évoque L’Evangile selon Saint-Jean.

Dès lors, les fréquents retours en arrière ont pour but légitime de montrer que les mêmes causes produisant les mêmes effets, les rapports entre Edward et son père, comme ceux entre Edward et son fils, achoppent sur les mêmes obstacles : l’indifférence et le secret (une scène bouleversante fait précisément entendre à Edward les paroles de son fils à la femme qu’il aime et qui sont la réplique exacte de celles qu’il avait lui-même adressées sans lendemain à une amie sourde dans sa jeunesse - des paroles comme un écho tragique à ses trahisons), auxquels s’ajoute le dilemme qu’il doit résoudre (que choisir entre la raison d'état et son propre fils ?). Par ailleurs, la complexité du récit, ou encore les glissements inopinés d’une époque à l’autre ne font qu’insister plus encore sur le mensonge érigé en mode de vie et sur le trouble permanent de ces vies placées sous haute surveillance. Bref, c’est sous le signe de la confusion que se déroule un film nimbé d’une photographie sombre, comme si le réalisateur plongeait volontairement ses personnages au service de la politique d’un pays dans un univers glauque où les coups bas sont donnés au nom de principes moraux. Matt Damon, introverti, figé dans la même attitude, corseté dans ses peurs et ses certitudes, raidi dans le gris de sa tenue passe-partout, arbore un masque faussement impassible qui, au fond, dissimule mal un profond sentiment d’impuissance. John Turturro, comme Alec Baldwin, Angelina Jolie et Tammy Blanchard, sont tous excellents comme De Niro égal à lui-même.


2. Synopsis


Dès son plus jeune âge, Wilson a été élevé dans le sens de l’honneur et l’amour de son pays. Ce qui le conduit à dénoncer l’un de ses professeurs pro-nazi au FBI à la fin des années trente. Plus tard, étant donné qu’il est un excellent étudiant de l’université de Yale, il est choisi par une sorte de société secrète aux ambitions planétaires, qui vise à développer les valeurs de fraternité entre ses membres, la Skull and Bones Society. Puis son intégrité le fait accéder aux renseignements secrets, l’OSS et il devient un agent secret modèle au cours de la seconde guerre mondiale.

Après quoi, avec l’aide de ses collègues, Wilson fonde la Central Agency of America, la célèbre CIA, organe primordial du contre espionnage, dont l’utilisation du secret et du mensonge va, très vite, en faire un état dans l’Etat.

En avril 1961, Edward Wilson met au point une opération pour renverser le régime de Fidel Castro : le débarquement dans la Baie des Cochons. Mais ce coup de force échoue lamentablement : un agent double aurait renseigné les castristes. Une enquête s'ensuit qui doit faire la vérité. Se sentant menacé, Wilson mène ses propres recherches.

Mais cette vie de dévouement, de secrets et de mensonges entre en conflit avec sa vie personnelle et le « Bon berger » est amené à sacrifier sa brebis préférée...


3. Fiche technique


  • Titre original : ’The good Shepherd
  • Réalisation : Robert De Niro
  • Année : 2006
  • Durée : 2h47mn
  • Scénario : Eric Roth
  • Musique : Bruce Fowler et Arvo Pärt
  • Photographie : Robert Richardson
  • Montage : Tariq Anwar
  • Décors : Jeannine Claudia Oppewall
  • Costumes : Ann Roth
  • Production : Robert De Niro, James G. Robinson et Jane Rosenthal
  • Producteurs délégués : Chris Brigham, Francis Ford Coppola, Howard Kaplan, Guy McElwaine et David C. Robinson

Distribution :

  • Matt Damon  : Edward Wilson
  • Robert De Niro  : Bill Sullivan
  • Angelina Jolie ) : Clover Wilson
  • Joe Pesci  : Joseph Palmi
  • Alec Baldwin  : Sam Murach
  • William Hurt  : Philip Allen
  • Billy Crudup  : Arch Cummings
  • John Turturro  : Ray Brocco
  • Michael Gambon : Dr Fredericks
  • Keir Dullea  : Sénateur Russell
  • Tammy Blanchard  É: Laura
  • Lee Pace : Richard Hayes
  • Eddie Redmayne : Edward Jr.
  • Martina Gedeck : Hanna Schiller



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Droits d'auteur © Henri PHILIBERT-CAILLAT


4. Bande annonce



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