Photo obsession de Romanek

Intérêt
En hommage à Robin Williams qui vient de disparaître. Prix Spécial du Jury de Deauville en 2002, Photo obsession révèle un réalisateur de talent, Mark Romanek, dont on peut s’étonner qu’il ait dû attendre 2010 pour tourner un autre film (Never let me go).


Table des matières

1. Analyse


Mark Romanek signe avec tact et sensibilité un film très prenant sur un personnage névrosé fascinant : Seymour Parrish, dit « Sy » .

Sa réalisation est un modèle du genre dans la mesure où elle est parfaitement adaptée au sujet du film. C’est ainsi que le réalisateur définit l’univers de son personnage à la fois dans l’espace (il fait évoluer « Sy » dans des lieux clos, voire très confinés comme son appartement ou la grande surface où il travaille) et par des couleurs sans éclat et froides (des blancs, des gris, des gris bleu glacials.) ; ou, à l’inverse, par des couleurs trop vives pour ne pas paraître artificielles comme le monde dans lequel il vit. A cet univers étriqué, à cette vie triste et sans couleurs de « Sy », il oppose le monde des gens « normaux » qui se déplacent, contrairement à son personnage, dans un espace élargi et sans limite en permanence éclairé de couleurs toutes plus vives les unes que les autres.

Par ailleurs, le portrait de « Sy » est longuement développé et, notamment, ses relations difficiles tant sur le plan professionnel (il n’est pas reconnu à sa juste valeur par son responsable) que, d’une façon plus générale, dans ses relations avec autrui (ses différentes tentatives pour communiquer et échanger échouent.)

C’est que « Sy » porte en lui un lourd secret qui le sépare de ses semblables : d’ailleurs, le réalisateur le filme souvent derrière une vitre ou une vitrine, ou encore dans le reflet d’un miroir, comme s’il n’était pas immergé dans la vie réelle, mais, à part, dans un univers parallèle.

Dès lors, c’est l’appareil photo qui sert de médiateur entre cette réalité que « Sy » contemple à distance et la représentation qu’il en a dans les photos. Il ne lui reste donc plus qu’à vivre par procuration en utilisant les photos de ses clients pour créer un univers imaginaire (le réalisateur propose d’ailleurs quelques séquences oniriques surprenantes) et en s’inventant une vie qui ressemblerait à celle d’autrui

Mark Romanek, enfin, toujours soucieux d’exprimer visuellement le propos qui est le sien, multiplie discrètement les signes avant-coureurs du drame qui se met en place et finira par éclater. C’est une photo de Sy posée sur la table familiale qui nous « annonce » qu’il vient de s’immiscer dans la vie des Yorkin ; ce sont des remarques et des avertissements du Directeur de la grande surface qui « préparent » le facteur déclenchant de la crise ; c’est, enfin, l’intérêt de Sy pour Jake Yorkin qui « préfigure » la révélation au policier au terme du film. Il s’ensuit d’ailleurs un dernier plan final des plus surprenants et d’une grande force : tout l’art du réalisateur est, ici, de suggérer – visuellement – plutôt que de dire.

Cette dernière séquence, précisément, qui montre Sy aligner des photos au contenu inattendu est digne des plus grands moments de cinéma pour tout ce que l’image suggère et révèle quant au mystère du personnage. Du très grand art dans la mesure où le spectateur est amené ainsi à reconsidérer, dans ses toutes dernières minutes, le film, et à modifier in extremis son point de vue.

Plus subtilement, par une mise en abyme judicieuse, Mark Romanek établit un effet de correspondance entre fiction et réalité et nous laisse entendre que le spectateur, avec le cinéma, comme Sy avec ses photos, vit lui aussi par procuration. Et que la frontière entre la fiction et la réalité n’est pas aussi hermétique que l’on peut le croire : une simple question de (p)Sy(chologie), en somme…


Ce film, qui a amplement mérité son Prix du Jury de Deauville en 2002, montre un grand respect pour un personnage, Sy, que l’on n’est pas près d’oublier. Il faut dire que Robin Williams est tout à fait remarquable. Et l’on attendait avec impatience un autre film d’un réalisateur capable de mettre autant d’humanité dans le regard porté sur un personnage et de proposer une réalisation visuellement aussi suggestive.


2. Note


Deauville 2002 : Prix du Jury, Prix Journal du Dimanche du Public et Prix Première attribué par les lecteurs du journal, Photo obsession a été présenté au Festival de Sundance en janvier 2002. Mark Romanek, né en 1959, a déjà réalisé Static en 1985 avec Keith Gordon et Amanda Plummer.


3. Synopsis


Personnage terne et timide, Sy Parrish est le responsable du Service photo de tirage rapide d’un centre commercial, SavMart. Il mène une vie très solitaire et semble n’avoir qu’une seule passion : la photographie.

Son métier lui permet pourtant de vivre par procuration à travers les photographies que les clients lui portent à développer. Précisément, Sy Parrish s’est pris d’intérêt pour une famille, les Yorkin, un couple sans histoire avec un enfant, dont il finit, d’une certaine façon, par partager la vie. Il va jusqu’à éprouver de l’affection pour la mère et le fils à qui il consent de menues faveurs.

Peu à peu, cette « intimité » le pousse à s’immiscer dans leur vie sans qu’ils en soient conscients. C’est ainsi que des murs entiers de son logement sont couverts de copies des photos originales des Yorkin. Par le hasard des développements de photographies qui lui sont confiés, il découvre que le mari, Will Yorkin, entretient une liaison extra conjugale. Il lui est alors intolérable que ce modèle de famille idéale qu’il s’était construit avec les Yorkin soit ainsi battu en brèche, d’autant plus que sa situation au centre commercial est remise en question par son chef qui lui reproche des frais de tirage injustifiés et finit par le licencier au premier prétexte.

Dès lors, Sy Parrish décide d’intervenir et joue les redresseurs de tort envers le mari…


4. Fiche technique


  • Titre original : One Hour photo
  • Date de sortie : 2002
  • Réalisation : Mark Romanek
  • Scénario : Mark Romanek
  • Directeur de la photographie : Jeff Cronenweth
  • Musique : Reinhold Heil, Johnny Klimek
  • Production : Killer Films / Catch 23 Entertainment
  • Distribution : UFD
  • Durée : 98 minutes

Distribution :

  • Seymour Parrish dit "Sy" : Robin Williams
  • Nina Yorkin : Connie Nielsen
  • Will Yorkin : Michael Vartan
  • Bill Owens : Gary Cole
  • Jake Yorkin : Dylan Smith
  • Le détective Van Der Zee : Eriq La Salle
  • Maya Burson : Erin Daniels
  • Bill Owens : Gary Cole




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Droits d'auteur © Henri PHILIBERT-CAILLAT


5. Bande annonce





 
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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2015-02-10 18:10:54




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