Philosophie : Que faut-il penser de cette affirmation de Bergson : « Un être intelligent porte en lui de quoi se dépasser. » ?

Intérêt
Table des matières

1. Introduction


Se dépasser, c'est se réaliser autrement. Cela revient à nier ce qui nous est donné au profit d'une construction. Cette dernière implique donc la représentation d'une fin et le choix des moyens pour l'atteindre. Ce qui satisfait à l'étymologie. Cependant cette possibilité de se dépasser suffit-elle à caractériser un être intelligent ? L'invention dont fait preuve l'être qui entend se dépasser ne présuppose-t-elle pas la compréhension du problème et la critique des moyens qui conduisent à la solution ?


2. Dépassement et répétition


Le fait de se dépasser s'oppose au fait de se répéter. Le dépassement implique l'affirmation d'une manière d'être nouvelle par laquelle le sujet réfute une part de ses limites. Il y a une création de soi par soi qui met en valeur une action constitutive de son être. L'être est alors une conséquence du faire et le dépassement est la manifestation d'un sujet actif qui refuse ses limites naturelles. L'être qui se dépasse, c'est l'être qui projette d'être ce qu'il n'est pas afin de ne plus être ce qu'il est. La répétition, au contraire, implique une affirmation d'une manière d'être passée et par laquelle le sujet accepte ses limites. Il y a une permanence de soi qui met en valeur un être constitué. Le faire est alors une conséquence de l'être et la répétition est la manifestation d'un sujet qui accepte, consciemment ou inconsciemment, ses limites naturelles. L'habitude et l'instinct sont des manières de faire qui révèlent un sujet dont la manière d'être est prisonnière du passé. L'intelligence, au contraire, apparaît dans des manières de faire adaptatrices. Elle est ouverture aux problèmes nouveaux. Une double question se pose alors : la possibilité de se dépasser rend-elle compte de l'intelligence d'un être ? Et, à l'inverse, l'être qui ne se dépasse pas est-il démuni d'intelligence ?


3. Intelligence et contemplation


Comprendre le monde et soi-même ne conduit pas nécessairement à la double transformation du monde et de soi-même. Le privilège accordé à l’action ne doit pas nous faire oublier la valeur de la contemplation. La mise en pratique du savoir telle qu’elle apparaît dans la réalisation technique suppose un discrédit de la nature. Ainsi le sentiment de l’étrangeté de la nature, l’hostilité que nous croyons y découvrir ne sont-ils pas la conséquence de notre ignorance ? Dans ce cas, l’être intelligent ne sera-t-il pas celui qui cherche à établir un savoir (connaissance du monde et de soi-même) qui lui permettra d’accepter lucidement la nature en général et sa nature. Alors que les passions conduisent à se révolter. La pensée grecque majore cette lucidité qui conduit à s’accepter en toute conscience : Socrate demande de « se connaître soi-même. » Le stoïcien accepte lui-même et le monde tels qu’ils sont, une fois compris que l’ordre de la nature est un ordre rationnel. Cependant si le sage est le sujet dont le vouloir est mesuré par le savoir que l’intelligence établit et si le fou est le sujet dont l’attitude est guidée par la passion, peut-on dire que l’être intelligent soit simplement celui qui comprend. N’est-il pas aussi celui qui invente ? Et s’il en est ainsi le dépassement n’est-il pas retrouvé ?


4. Intelligence et action


En fait, l'intelligence ne peut être réduite à la compréhension. Celle-ci est un des facteurs du comportement intelligent et caractérise l'attitude spéculative. Or, si l'homme est un être qui pense, c'est aussi un être qui agit. L'action, d'ailleurs, est partagée par tout être doué de mouvement. Elle est la caractéristique essentielle de la vie. L'action vitale peut être parfaite, innée, spécifique et représente alors l'instinct. Ou bien elle peut être tatonnante, élaborée et plastique et représente alors l'intelligence. L’intelligence est le moyen qu’a trouvé la vie pour déjouer les obstacles matériels. Elle apparaît chez lhomo faber dans l’art de fabriquer et d’utiliser les outils. C’est l’outil qui permet à l’homme de dépasser ses limites corporelles et, en transformant le milieu, de dépasser la nature. Elle apparaît chez l’homo sapiens dans l’art d’utiliser les concepts qui permettent à l’homme, en phrasant le monde, de ne plus coïncider avec lui.

Ainsi, par l’intelligence, l’homme dépasse-t-il sa condition naturelle en « débordant le donné par le construit », selon Delacroix.




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Droits d'auteur © Sophie LAUZON



 
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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2016-04-18 10:22:20




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