Philosophie : « Qu'est-ce que le Moi ? »

Intérêt
S’il est une question qui nous concerne au premier chef et se pose à chacun d’entre nous, c’est bien la suivante : « Qu’est-ce que le Moi ? »


Table des matières

1. Introduction


Au préalable, il faut insister sur le sentiment de notre identité et d'une identité dans le temps. Nous nous reconnaissons, en effet, - que ce soit pour nous en féliciter ou le regretter- dans les divers changements qui nous affectent. De l'enfance à la vieillesse, quiconque fait l'expérience d'une réalité permanente qui le distingue des autres. Cependant, il est légitime de se demander si cette personnalité est personnelle ou si elle est le produit de la société.


2. Le Moi est un produit de la société


1° - Il convient de remarquer que nous sommes ce que nous avons été. La personnalité présente répète la personnalité passée : elle en est même la manifestation. Le Moi est donc liée à la mémoire, laquelle en étant conscience de mon identité à travers le temps, me dégage de l’instant où le Moi ne cesserait de se faire ou de se défaire. Or, l’évocation du Moi passé implique des cadres sociaux qui constituent nos repères. Le sujet remarque que son histoire personnelle est liée à l’histoire générale des hommes.

2° - Le sujet, par ailleurs, exerce une fonction sociale : il joue un rôle et porte à travers le temps la marque du personnage ; le Moi peut alors être considéré comme l’intériorisation de mon personnage dans la mesure où je finis par être ce que j’exerce. Ce procédé de personnification est sans doute critiquable dans la mesure où il ne faut pas confondre « avoir un rôle », c’est-à-dire «  avoir une personnalité » et « être une personnalité. » cependant tout se passe comme si nous exprimions ce que la société attend de nous. « La condition des commerçants est toute de cérémonie. Le public réclame d’eux qu’ils la réalisent comme une cérémonie. Il y a la danse de l’épicier, du tailleur, du commissaire priseur par quoi ils s’efforcent de persuader à leur clientèle qu’ils ne sont rien d’autre qu’un épicier, qu’un commissaire priseur, qu’un tailleur. » (Jean-Paul Sartre)

3° - La personnalité est ainsi le reflet des influences sociales : l'étiquette, les rites, les conventions d'une société finissent par former le Moi. Ainsi la littérature, loin de nous faire vivre d'autres vies, nous conduit à nous identifier au personnage admiré. Nous sommes ou tendons à être le modèle (le chanteur ou l'auteur à la mode). Mais me Moi est-il uniquement commandé par des normes extérieures ?


3. Le Moi est une illusion


1° - Le Moi, mais ce n’est personne ! Qu’est-ce qui fait, en effet, que nous soyons nous ? Détachons-nous du monde extérieur et revenons à nous-même. Nous remarquons aussitôt que nous ne saisissons que des affections : nous avons froid ou chaud ; nous nous sentons fiévreux ; nous éprouvons du plaisir ; nous nous sentons mal à l’aise. Dans ce cas, on peut dire que le Moi n’est pas séparable des qualités qui l’affectent. A la limite il n’est que ces qualités et nous ne le saisissons alors pas comme différent de ces qualités.

2° - Le Moi n’est qu’un mot. Cette position est soutenue par certains philosophes empiristes. Pour David Hume (1711-1776), le Moi n’est qu’une collection d’états de conscience : « L’esprit est une sorte de théâtre où plusieurs perceptions font successivement leur apparition, passent, repassent, s’écoulent et se mêlent en une infinie variété de positions et de situations. Il n’y a pas proprement en lui de simplicité à un moment unique, ni d’identité à différents moments, quelque penchant naturel que nous ayons à imaginer cette simplicité et cette identité. » Il convient de remarquer que toute connaissance du Moi ne peut aboutir car en intervenant soi-même, on se déforme. Nous avons sans doute le sentiment de notre identité à travers notre différence, mais lorsque nous essayons d’expliquer les caractères du Moi, nous nous heurtons aux limites de toute connaissance qui ne peut que saisir l’objet. Ainsi que l’affirme Jules Lagneau (1851-1894) : « Il n’y a pas de connaissance subjective. »


4. Le Moi est une conquête


1° - On peut remarquer que nous avons conscience de notre Moi au moment où nous devons faire un effort et où la volonté est concernée alors que l’autre m’apparaît chose parmi les choses quand je le vois dispersé dans les occuptaions et placé dans un monde extérieur. Sa personnalité semble alors subir le monde et se réduire à une individualité physique ou à un personnage. Le Moi se manifeste au sein de l’activité volontaire. Ainsi Descartes affirme « Je pense donc je suis. » mais le Moi cartésien n’est saisi qu’à l’occasion du doute volontaire. Aussi le « Je » n’est-il pas la conclusion d’un raisonnement, mais est-il lié à l’action d’une réflexion qui fait effort pour organiser ses pensées.

2° - Ainsi le Moi n’est pas une réalité à connaître, mais à créer. On peut dire qu’on est ce que l’on veut être. Le Moi n’est pas un Moi empirique, c’est un Moi de valeur. Il se situe entre un passé voulu et un avenir à constituer. Par ailleurs, « Le Moi n’est un en soi mais pour soi. » ce qui fait qu’il n’est pas rigoureusement délimité. Il en découle que se connaître ne consiste pas à se complaire en soi, mais à être mécontent de soi. L’unité du Moi est précaire puisque nous ne coïncidons pas avec nous-même. Nous essayons, en effet, de nous unifier, d’être cohérent. Le Moi est un effort pour vaincre les contradictions inhérentes au Moi présent : par exemple, le tiraillement entre la nostalgie et l’espoir ou encore entre ce que nous avons été et ce que nous ne sommes pas encore mais que nous voulons être.


5. Conclusion


Le problème de la personnalité n’est pas un problème psychologique mais plutôt un problème de valeur. Le Moi est moins ce qui est donné que ce qui est à créer : ainsi que le conseille simplement et magnifiquement Jules Lequier (1814-1862) : « Faire et, en faisant, se faire. »




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Droits d'auteur © Sophie LAUZON



 
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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2017-05-22 11:03:31




Commentaires


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mardi 20 juin 2017 – Anonyme
Intérêt
Il est dit en conclusion: Le problème de la personnalité....

Parlons nous du Moi ou de la personnalité? Comme si le moi serait la personnalité. Je dirai Moi est un mécanisme , un collecteur de situation perçues par le corps et les attribuant à lui. Moi n a pas de valeur, il ramasse, ensuite il y a le petit moi qui trie, qui sépare en bien et en mal ce que vit le corps.

Il est intéressant de regarder Moi comme une capacité de nous même, surtout pas la personnalité, mais encore quelque chose d antérieur. Car qui suis je ? si je suis capable de percevoir ma personnalité, si je suis capable de considérer que ma personnalité provient d une capacité que j ai. Donc je serai en amont de tout cela?







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