Philosophie : « La distraction est-elle un bien ou un mal ? »

Intérêt
La distraction a mauvaise presse auprès des adultes qui mettent souvent en garde les adolescents contre ce qu'ils dénoncent comme un grave défaut, voire comme un fléau, précisent-ils. Mais la distraction est-elle vraiment un mal ?


Table des matières

1. Introduction


Il existe une ambiguïté de la distraction puisque l’on est distrait et l’on se distrait. Dans le premier cas, on subit alors que dans le second on agit. La passivité du distrait est généralement décriée : c’est le comportement de Ménalque (La Bruyère, Les Caractères, 1696) dont le comportement confine à l’étourderie tandis que la recherche de la distraction est mieux accueillie dans la mesure où le sujet est plus respectueux de son hygiène mentale. Cependant, cette ambiguïté ne rompt pas l'unité du phénomène de la distraction. Être distrait ou se distraire définissent deux façons de s'absenter du monde. Cette absence est-elle coupable ou salutaire ?


2. Description de la distraction


L'expérience nous montre qu'il existe différentes distractions dont la rêverie, l'oubli du savant ou le divertissement sont les formes générales. Cependant la distraction est d'abord le corrélat de l'attention.

1° - En effet, la conscience attentive élit un objet ou une idées susceptible d’être examiné, décrit, critiqué ou encore compris. Cette élection implique le rejet des autres objets ou idées par où se manifeste le délaissement, l’oubli et le désintérêt. Autrement dit, le sujet attentif est nécessairement distrait à l’égard de tout ce qui n’a pas un rapport avec l’objet de l’attention. Ainsi Thalès ne peut être à la fois au ciel étoilé et au puits. Cependant, si l'attention implique la distraction, il convient de remarquer que la distraction est une attention déguisée. L'homme victime d'un accident dans la rue fait preuve de distraction mais, en même temps, c'est l'attention à l'égard de sa rêverie intérieure ou d'un problème préoccupant qui explique son absence de concentration.

- Toutefois, le fait d’être distrait signale le détachement momentané à l’égard du monde quotidien. Cela se révèle à la fois dans la distraction rêverie et dans la distraction concentration. Le rêveur et le savant se détachent de tout ce qui gêne la jouissance affective de l’un et l’intérêt intellectuel de l’autre. Autrement dit, dans ces cas, il n’y a pas distraction sans dévalorisation des êtres et des choses.

- Enfin, le divertissement tel que l’entend Pascal est une distraction liée à l’action. Le sujet agit pour oublier sa condition absurde et pour fuir sa responsabilité. La distraction devient alors synonyme de manque de lucidité et de vie inauthentique. Mais elle représente apparemment le moyen temporel pour accéder au bonheur. Peut-on, toutefois, penser que l’inauthenticité soit la garantie du bonheur ? Derrière le bien apparent que la distraction semble accorder, n’y a-t-il pas un mal plus profond ? On peut remarquer que le divertissement commence par promettre le bonheur mais, in fine, c’est le désenchantement qui l’accompagne.


3. La distraction est nuisible


1° - Le sujet distrait révèle une faiblesse de sa volonté qui ne peut se fixer sur un objet précis. La volonté se transforme alors en dispersion. Ainsi le sujet entreprend-il mais sans aller jusqu’au bout. Ce qui montre un être qui ne sait pas ou qui ne peut pas favoriser la continuité. Or, le succès d’une œuvre, d’une entreprise ou d’une vie est liée à l’effort constant que justifie la fin à réaliser. Par ailleurs, il convient de remarquer que le distrait absorbé (Archimède ou Curie) porte atteinte à lui-même.


2° - La caractère nuisible de la distraction apparaît dans les rapports avec autrui. Le distrait dissipé déconsidère les autres dans la mesure même où l’on ne peut lui faire confiance. La distraction dévalorise alors le sujet distrait et, à la limite, le rend inutile. D’autre part, en rompant le contact avec le réel, le distrait donne congé aux urgences de la vie quotidienne. Il peut ainsi être à l’origine de désordres, voire de catastrophes.

3° - Dans le divertissement, le sujet révoque d’une manière magique les problèmes que lui posent sa condition. La distraction que procure le divertissement, loin d’éliminer la difficulté, ne fait que la différer. La considération des problèmes humains n’est en aucune façon définitivement ajournée et l’oubli de nos misères ne peut être que momentané.


4. Utilité de la distraction


Il convient de remarquer que la distraction a une valeur d'enseignement. En effet, les intentions cachées sont révélées à la suite d'actes manqués (lapsus ou gestes) qui apparemment échappent au contrôle de la conscience. La distraction est en ce cas utile puisqu'elle révèle la personnalité profonde. D'autre part, il doit y avoir une raison d'être de la distraction puisque le phénomène est général. Il semble, en effet, que si la distraction était sans valeur elle n'existerait pas. Se pose alors le problème de la finalité de la distraction. Le but de toute distraction n'est-il pas de détendre le sujet.


5. Conclusion


L’expérience quotidienne nous montre que le rôle de la distraction est, dans le présent, de reposer le sujet et, dans le futur, de préparer une attention meilleure. Comme le précise Alain : « Qui se prive de sommeil se prive d’éveil ; qui ne dort pas assez est littéralement empoisonné par sa propre agitation ; qui a dormi est lavé. »



NB : L’anecdote décrivant Thalès observant le ciel tout en marchant et ne voyant pas le puits dans lequel il tombe est la figure même du philosophe distrait.




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Droits d'auteur © Sophie LAUZON



 
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Commentaires


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mercredi 04 novembre 2015 – Anonyme
Intérêt
"Mais elle représente apparemment le moyen temporel pour accéder au bonheur. Peut-on, toutefois, penser que l'inauthenticité soit la garantie du bonheur ? Derrière le bien apparent que la distraction semble accorder, n'y a-t-il pas un mal plus profond ? On peut remarquer que le divertissement commence par promettre le bonheur mais, in fine, c'est le désenchantement qui l'accompagne." ils commençaient à aller assez loin dans leur résonnement, puis d'un coup ils sont revenus dans une conclusion que l'on pourrait bâcler et subvenir en 30 secondes. Cet article est putain de logique à part quelques notions que l'on ne peut pas trouver directement, mais bon, désintéressement là, surtout que le début de l'article est compliqué à comprendre alors qu'il ne dit que des futilités ou presque. ce que j'en ai retenu c'est qu'ils sortent cette phrase de nulle part : "Mais elle représente apparemment le moyen temporel pour accéder au bonheur. Peut-on, toutefois, penser que l'inauthenticité soit la garantie du bonheur ?" (inauthenticité à comprendre ici comme irréalité je pense) et ils n'ont pas développés ni expliqués ces idées, ils les ont forcément prisent quelque part mais ils ne citent pas la source, coup de gueule.





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