Peuples gaulois

Intérêt
Cet article présente les tribus et peuples gaulois, ainsi que leur organisation.

Si des confédérations de peuples, à la définition floue, sont connues pour l’ensemble du domaine celtique, la répartition en cités (civitates), terme latin évoquant la polis antique, fut appliqué pour la première fois par Jules César à la réalité celtique d’avant la conquête. Ce terme a pu désigner à la fois des confédérations de peuples, leurs territoires et dans une certaine mesure (ce point est sujet à débat chez les historiens de la période) leurs chef-lieux, voire peut-être les prémices d’organisations politiques centralisées.

Table des matières

1. « Cités », peuples et tribus de la Gaule indépendante

Le découpage de la Gaule préromaine en cités fait encore débat ; selon César, des cités (gauloises) existaient en Gaule. Le terme employé par lui est le latin civitas, qui est directement traduisible par « cité ».

Pour les historiens, la question est de savoir quelle réalité recouvre ce terme et, en particulier, s’il établit ou non l’existence de cités gauloises, au sens « classique » (grec ou romain) du terme (polis), c’est-à-dire :

  • un groupement d'hommes ou ensemble des citoyens (participants d'une identité commune)
  • la ville dans laquelle ils vivent
  • le territoire qui entoure cette ville
  • le droit qui les régit

(voir Stephan Fichtl, Les peuples gaulois IIIe-Ier siècles av. J.-C.)

Deux thèses s’affrontent donc : une qui voit dans la civitas gauloise un simple territoire de peuple (la thèse dominante) et une qui en fait avant tout une cité, c’est-à-dire un chef-lieu, le territoire qui en dépend et sa population. Se pose alors également la question des limites des peuples : floues (dans le premier cas), celles-ci devaient être précises dans le second cas.

Au total, le vocable romain qui désignait les peuples gaulois d’avant la conquête et / ou leurs territoires inclut les termes natio (peuple), regio (région), civitas (cité, largement le plus fréquent) et pagus (« pays »), encore chez J. César. Il est difficile de déterminer à quelle réalité précise correspond chacun de ces termes, aussi est-il difficile de trancher.

Au final, une cité était vraisemblablement une « fédération de plusieurs pagi » plus ou moins autonomes, regroupant eux-mêmes plusieurs tribus (Stephan Fichtl, cite sur le dernier point C. Goudineau).

En corrélation avec cette définition, la Gaule indépendante aurait connu, à la veille de la conquête romaine, une évolution menant certains peuples gaulois d'un gouvernement « fédéral » ancien vers un gouvernement « centralisé ». Cette évolution aurait été à la fois récente (fin du IIe siècle ?) et inégale selon les peuples (plus avancée chez les Éduens, par exemple).

Sur le plan des sociétés gauloises, une telle évolution expliquerait la mise en place de magistratures, comme celle des vergobrets éduens, et les nombreux interdits qui étaient attachés à ces fonctions à l’époque de la conquête (comme celui de quitter le territoire de la civitas, encore pour les vergobrets).

Ces conclusions s’appliquent à la Gallia comata que Jules César découvre en -58.

2. Le cas de la « Celtique méditerranéenne »

Concernant la « Celtique méditerranéenne », conquise par Rome auparavant (dès le IIe siècle avant notre ère), Dominique Garcia (dans La Celtique méditerranéenne) arrive notamment aux conclusions suivantes :

  • un habitat urbain original s'est développé sur les rivages du nord de la Méditerranée depuis des zones d'habitat périphériques vers des centres urbains. Ces derniers étaient probablement au départ des sanctuaires d'importance.
  • Ces « villes » indigènes se sont développées rapidement et de manière éphémère : leur développement est marqué par une rupture avec les formes d’habitat antérieures (héritées de l’âge du bronze), au VIe siècle avant notre ère ; dès le IVe siècle, les oppida isolés disparaissent. Le « réseau urbain protohistorique » (D. Garcia) constitué prend brutalement fin avec l’organisation romaine de la provincia (la Narbonnaise).
  • le commerce méditerranéen, massaliote en particulier, accompagne ce phénomène sans que l'urbanisation indigène se fasse sous contrôle massaliote. Au contraire, cette urbanisation est marquée par une hiérarchisation des sociétés indigènes et des heurts intra-ethniques (incendies de sites, violences).
  • le démantèlement du réseau urbain indigène semble avoir eu deux causes : le déplacement des axes commerciaux majeurs (Via Domitia) et l’organisation administrative mise en place par Rome.

L'urbanisation protohistorique du midi de la Gaule a ainsi pu donner naissance à une civilisation méditerranéenne originale, créée au contact de voisins puissants (Étrusques, cités grecques, puis Rome et principautés celtiques au nord) jusqu'à sa disparition à la fin du IIe siècle avant notre ère.

3. Cités de la Gaule romaine

Les Gaulois ont été divisés en 44 cités après la conquête romaine pour être exact. Ces cités, qui avaient formé la Gaule indépendante ou furent créées par Rome à partir de peuples existants, formèrent la Gaule romaine.

En voici la liste, non exhaustive. Certaines cités ont plusieurs capitales, celles-ci ayant été déplacées dans le temps (cette liste correspond au découpage administratif établi à la mort d'Auguste en 14 de notre ère) :

3.1. en Gaule lyonnaise

  • Civitates Foederatæ, unies à Rome et exemptes d’impots.
    • les Éduens - Haedui, capitale Augustodunum (Autun),
    • les Carnutes - Carnutes, capitale Autricum (Chartres),
  • Civitates Liberæ, récompensées de leur fidélités anciennes ou nouvelles mais que l’on espère gagner tout à fait par l’inappréciable avantage de l’immunité.
    • les Segusiaves - Segusiavi, capitale Forum Segusiavorum (Feurs -Loire-),
    • les Viducasses - Viducasses, capitale Aragenuae (Vieux),
    • les Meldes - Meldi, capitale Iatinum (Meaux),
  • Civitates Stipendiariæ, les autres.
    • les Abrincates - Abrincatui, capitale Ingena (Avranches),
    • les Andecaves - Andecavi, capitale Juliomagus (Angers),
    • les Aulerques Éburovices -Aulerci Eburovicii, capitale Mediolanum Eburvicum (Vieil-Evreux),
    • les Aulerques Cénomans - Aulerci Cenomani, capitale Suidinum (Le Mans),
    • les Aulerques Diablintes - Aulerci Diablintes, capitale Noviodunum (Jublain),
    • les Bajocasses, capitale Augustodurum (Bayeux).
    • les Calètes - Caletii, capitale Juliobona Lillebonne et Caracotinum (Harfleur),
    • les Coriosolites - Coriosilitae, capitale Arvii puis Fanum Martis (Corseul),
    • les Lexoviens - Lexovii, capitale Noviomagus (Lisieux),
    • les Namnètes - Namnetes, capitale Condenvincum (Nantes),
    • les Osismes - Osismii, capitales Vorganium Coz Castell Ac’h et Vorgium (Carhaix),
    • les Parisii - Parisii, capitale Lutece et/ou Lucotecia (Paris),
    • les Pictons, Pictoni, capitale Limonum (Poitiers).
    • les Redones - Redones, capitale Condate (Rennes),
    • les Sénons - Senones, capitale Agendicum (Sens),
    • les Turones - Turoni, capitale Caesarodunum (Tours),
    • les Tricasses - Tricassii, capitale Augustobona (Troyes),
    • les Unelles - Unelli, capitale Crouciaconum (Carentan),
    • les Vénètes - Veneti, capitale Dariorigum (Vannes),
    • les Véliocasses - Veliocassii, capitale Rothomagus (Rouen),

3.2. en Gaule aquitaine

    • les Agnutes
    • les Ambilatres
    • les Arvernes,
    • les Petrocoriens (Petrocorii vers Périgueux)
    • les Santones (en Saintonge)

3.3. en Gaule belgique

    • les Rèmes, - capitale Durocortorum (Reims), capitale de la Gaule Belgique (à l’époque romaine)
    • les Atrebates, - capitale Nemetocenna (Arras)
    • les Bituriges Cubes,
    • les Bituriges Vivisques,
    • les Éburons, - capitale Aduatuqua (Tongres)
    • les Leuques, - capitale Nasium (Naix) et Tullum (Toul), peut-être les ancêtres des Lequeux
    • les Morins, - capitale Tarvenna (Thérouanne)
    • les Trévires, - capitale Augusta Treverorum (Trèves)

On peut remarquer que certains de ces noms de peuples - ou de leurs capitales - ont des dérivés à notre époque, soit comme noms de villes - provenant du nom de la capitale de cité ou du peuple lui-même -, soit comme habitants de villes - bajocasse est le nom d'un habitant de Bayeux.

Quelques explications sur le pourquoi des différences de statuts entre les cités, notamment le pourquoi des rares Civitaes Foederatæ:

  • deux raisons très politiques à cela et différentes pour les deux cités Eduenne et Carnute :
    • les Éduens : rappelons que ce sont les Éduens qui ont « prié » Rome d'intervenir en Gaule, en -47, à cause de certains déplacements de peuples gaulois qui risquaient de restreindre, croyaient-ils, leur territoire. N'attendant que cela, Rome a alors envoyé le sénateur et général Jules César, pour intervenir, et ainsi conquérir d'une façon officielle en Gaule. Les Eduens ont toujours eu des accointances avec Rome, cette dernière l'a donc remercié en lui offrant ce statut particulier.
    • les Carnutes : là, on a affaire à une raison différente. La légende qui veut que les druides des différents peuples celtes de Gaule se réunissaient dans la forêt des Carnutes chaque année est vraie, bien que d’une façon différente de l’image donnée par René Goscinny dans sa B.D. Astérix, tome intitulé Astérix et les Goths. C’est la raison principale du statut donné à la cité des Carnutes. Voulant bien se faire voir par les druides, qui ont plus qu’une place importante dans la société gauloise, Rome a décidé de favoriser leur réunion annuelle, en donnant un place importante au lieu de cette réunion. Cette volonté de se faire valoir aux yeux des druides a disparu par la suite lorsque Rome a voulu faire disparaître ces derniers, pour avoir une politique purement basée sur l’influence des pouvoirs humains, chef de cités et autres, que sur les pouvoirs du divin des druides. De plus, l’influence que les cultes et mythes romains semblait avoir aux yeux des Romains sur les Gaulois, une importance plus grande pour favoriser une romanisation plus avancée.
  • les différentes cités ayant le statut de liberæ sont dues au fait toujours et principalement que celles-ci, soit parce que clientes des Éduens, soit pour des raisons autres, ont aidé Rome très tôt lors de la guerre des Gaules. N’oublions pas que par la suite une section de l’armée romaine, une aile, fut constituée entièrement de cavaliers gaulois, très réputés.

4. Autres tribus et peuples gaulois

D'autres tribus ou peuples gaulois ne participèrent pas au découpage administratif romain de la Gaule : voir liste des peuples celtes

5. Voir aussi

6. Bibliographie

À compléter

  • Dominique GARCIA, La Celtique méditerranéenne. Habitats et sociétés en Languedoc et en Provence VIIIe – IIe siècles av. J.-C. , éd. ERRANCE, Paris, 2004 (ISBN 2877722864)
  • Stephan FICHTL, Les peuples gaulois IIIe-Ier siècles av. J.-C., éd. ERRANCE, Paris, 2004 (ISBN 2877722902)


Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2010-06-03 18:06:05




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