Oppidum

Intérêt
Un oppidum (du latin n. oppidum, pl. oppida : lieu élevé, fortification) est un lieu élevé (généralement situé sur une colline ou sur un plateau) dont les défenses naturelles ont été renforcées par la main de l’homme au temps des Celtes.

Les oppida sont connus grâce aux descriptions de Jules César, dans La Guerre des Gaules. Ils se caractérisent par des murs de terre et de pierres, renforcés par des traverses de bois. Ce type de mur particulier aux oppida gaulois est nommé murus gallicus. À l’inverse, dans les îles britanniques, où de nombreuses enceintes fortifiées sont connues, de simples levées de terre ou murs de pierres étaient utilisés.

Le nom oppidum est couramment utilisé pour désigner des sites de taille très différente, allant de 1 ou 2 jusqu'à plusieurs centaines d'hectares : l'enceinte de l'oppidum de Manching, près d'Ingolstadt en Bavière (Allemagne), a ainsi pu entourer jusqu'à 350 hectares de terrain. D'autre part, les sites connus sous ce nom ont pu être utilisés du début du premier âge du fer jusqu'au premier siècle de notre ère. Dès lors, cette diversité se retrouve dans le rôle qu'ont pu jouer les oppida.

1. Le rôle des oppida

Sur le continent et tout particulièrement en Gaule, certains oppida ont pu être considérés comme les premières formes de « villes », ou comme des « centres proto-urbains » de l'Europe barbare, ce qui a donné lieu à la dénomination de « civilisation des oppida » pour désigner la réalité socio-économique qui prédominait à la veille de la guerre des Gaules. Les difficultés d'interprétation sur la question sont nombreuses : on ne connaît des infrastructures du réseau des oppida que ce que l'archéologie nous laisse entrevoir. Aussi, les avis des archéologues divergent quant à l'importance exacte que ces lieux pouvaient avoir dans la civilisation celtique, et en particulier dans la civilisation gauloise à la veille de la conquête romaine.

Comme le montrent des fouilles accomplies sur les sites de Manching, sur un mont du Luxembourg (Titelberg), ou encore à Bibracte (sur le mont Beuvray, en France), il est acquis que les oppida les plus importants ont connu une répartition régulière et dense de constructions sur leur site, au plus tard à partir du IIe siècle avant notre ère.

L'organisation de certains oppida durant la période finale de La Tène a pu être rapprochée dans une certaine mesure du modèle des cités archaïques du monde classique. Il semble qu'à l'origine, en effet, le développement particulier de certains sites ait été lié à l'existence d'un lieu de culte important (Entremont, au nord d'Aix-en-Provence ou l'Alésia des Mandubiens.

Pour Stéphane Fichtl, (Les peuples gaulois, Paris, 2004), le terme de civitas employé par César dans ses Commentaires a pu aussi correspondre dans certains cas à une réalité politique au coeur de laquelle l’oppidum, véritable chef-lieu, pouvait concentrer le pouvoir politique d’un peuple ou d’une fédération de peuples sur ses « clients » et dans un territoire délimité : la meilleure illustration de cette hypothèse est l’exemple des Éduens, dont la magistrature suprême (des Vergobrets) s’exerçait à l’intérieur de ce territoire.

Des concentrations d’importations méditerranéennes découvertes dans plusieurs oppida ont quant à elles révêlé l’importance que pouvaient avoir certaines de ces « places fortes » dans les réseaux commerciaux reliant le monde « barbare » au monde méditerranéen, dès avant la période laténienne.

Certains oppida, en effet, purent jouer un rôle politique majeur à l’époque des principautés celtes du premier Âge du fer en permettant à une aristocratie locale de contrôler les voies de passage et d’asseoir son pouvoir sur un territoire pouvant aller jusqu’à 80 kilomètres de diamètre (comme dans le cas de Hohanesperg, en Allemagne, cf. Patrice Brun, Princes et princesses de la Celtique, Paris, 2000).

L'oppidum du Mont Lassois, en Côte d'Or, qui est associé à la découverte de la tombe princière de Vix, est un exemple de ces forteresses de la fin de la période de Hallstatt.

2. Typologie

Plusieurs types d'oppida existent : ils ont été définis à partir de la forme des fortifications et peuvent être rangés en deux grandes catégories qui sont les « fortifications de barrage » et les « enceintes de contour ». ¤ Les fortifications de barrage s’appuient sur un élément topographique qui protège naturellement le site. On peut distingue différents types de structures selon la géographie du site :

  • Les éperons barrés où l’on renforce par un rempart le côté non protégé par l’éperon rocheux. (Entremont)
  • Les méandres barrés (Besançon), où le méandre d’une rivière ou d’un fleuve est fermé par un barrage.
  • Les confluences barrées, où la ville se situe entre deux bras d’eau se rejoignant ; le barrage protégeant l’ouverture de l’oppidum sur la terre.
  • Les bords de falaise ou de fleuve, où le barrage protège, de la même manière que pour les confluences barrées, l’ouverture de la ville sur la terre.
  • Les segments de crête où l’on protège par deux remparts les voies d’accès à la crête.

¤ les enceintes de contour, quant à elles, regroupent les cas où le rempart encercle totalement la ville, soit que celle-ci se trouve sur un relief sans réelles défenses naturelles (Mont Beuvray), soit qu’elle soit située dans une plaine (Manching). Le rempart suit généralement une même ligne de niveau.

Pendant la Tène Finale, de nombreuses oppida avec une fortification de barrage se dotent d'une enceinte complète qui revêt un aspect purement symbolique (et non militaire), séparant la ville de la campagne, à l'instar de la cité pendant la période archaïque dans le monde méditerranéen. De même, les enceintes de contour ne suivent plus une seule ligne de niveau et peuvent dévaler des pentes. Sur d'autres site enfin, on voit apparaitre des tracés de remparts géométriques comme des cercles (Manching).

3. Bibliographie et liens

  • O. Buchensenschutz et I. Raltson, « Les fortifications des Âges des métaux » in Archéologia 154, pp. 26-35.
  • Patrice Brun, Princes et princesses de la Celtique. Le premier âge du fer en Europe 850-450 av. J.-C., Paris, 1987
  • Stéphane Fichtl, Les peuples gaulois. IIIe-Ier siècles av. J.-C., Paris, 2000
  • Stéphane Fichtl, La ville celtique. Les Oppida de 150 av. J.-C. à 15 ap. J.-C., Paris, 2000
  • Dominique Garcia, La Celtique méditerranéenne. Habitats et sociétés en Languedoc et en Provence du VIIIe au IIe siècle avant J-C, Paris, 2000



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Thème:Monde celtiqueThème:Rome antiqueThème:Histoire urbaine



Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2011-05-21 10:52:29




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