New York, 2 heures du matin d'Abel Ferrara

Intérêt
New York, deux heures du matin n’est pas le Ferrara le plus apprécié. En effet, le scénario, assez convenu, développe le cliché du tueur d’effeuilleuses. Pourtant, les thèmes de son œuvre – l’innocence, la fascination pour le Mal, le sentiment de Culpabilité et la Rédemption toujours possible – s’y retrouvent aisément dans une mise en scène qui reprend les codes du thriller violent et (très) érotique sans vraiment innover.[…]


Table des matières

1. Analyse


Ce film d' Abel Ferrara explore les bas-fonds de New York qu’il saisit, exclusivement de nuit, comme la ville du vice et du crime. Une nuit qui enferme les personnages comme une chape qui pèse sur eux, d’autant plus que l’unité de lieu (le Manhattan des plaisirs) renforce cette impression d’enfermement. Ferrara crée ainsi habilement un climat glauque et oppressant. Les seules échappées, lors de fréquents plans aériens de la ville, contribuent également à renforcer cette atmosphère dans la mesure où la ville scintille comme un immense miroir aux alouettes. Cette récurrence de plans en plongées aériennes peut d’ailleurs passer pour le regard même de Ferrara jeté sur le monde du péché par excellence, un monde nocturne – symbolique de la part d’ombre de l’être humain - où sombrent toutes les illusions et où les âmes – incapables de s’extraire des corps, se débattent vainement et paraissent engluées à jamais. Car le réalisateur multiplie complaisamment, crûment même, les corps nus des filles – sans cesse exhibés – qui se vendent au cours de spectacles sordides au profit des hommes, qu’il s’agisse des clients, des propriétaires des boîtes ou des fournisseurs des danseuses. La Police est présente, surveille ce monde interlope, mais sans vraiment rien pouvoir (vouloir ?) changer. C’est que – regard original du réalisateur – ce monde du sexe (et ses corollaires : l’argent et la drogue) est, d’abord, montré comme une activité lucrative pour tous ceux qui y participent, dans une sorte de connivence générale. Mais ce bel édifice économiquement juteux, qui repose sur l’exploitation du corps de la femme, est bientôt mis en péril lorsqu’un tueur, qui prétend incarner la Vertu et purifier la ville, attaque les strip-teaseuses, les mutile ou les tue.

Le Mal attaqué au nom du Bien par un maniaque meurtrier ! Décidément, nous suggère un Ferrara désabusé, rien ne va plus dans une société humaine qu’il nous montre obsédée par les plaisirs de l’argent, du sexe et de la drogue. Il est d’ailleurs à noter que les personnages – comme ceux de son film récent Christmas (2001) - sont présentés, sans le moindre jugement moral, dans le quotidien de leurs vies et de leurs problèmes saisi comme s’il s’agissait d’une vie banale, ordinaire, alors que le seul qui entend restaurer la pureté des moeurs est un dangereux psychopathe : Ferrara signifierait-il ainsi qu’il est vain d’imaginer une société à l’abri du Mal, et qu’il est préférable de donner à chacun les moyens de l’éviter en faisant appel à sa conscience morale ?... Par ailleurs, au cœur de cette lutte entre Bien et Mal existe un sentiment de culpabilité (signe évident pour le cinéaste d’une conscience morale) qui s’exprime chez Matt depuis son combat de boxe fatal : les nombreux plans récurrents qui, tels des remords, taraudent sa conscience et font naître un profond dégoût de soi, mais aussi un désir obscur de Rédemption. On évoquera ainsi la séquence centrale dans une église (ou le désir d’une vie plus spirituelle), le long plan du Christ en croix (ou le rappel de la compassion pour la souffrance humaine) et la scène de confession à un prêtre (ou le besoin de pardon), qui illustrent visuellement ce thème majeur dans l’œuvre de Ferrara. Le constat s’impose de lui-même : Ferrara fait de son film une allégorie. Cet univers new yorkais nocturne n’est rien d’autre que notre monde moderne dans les ténèbres des instincts les plus primaires, où errent des êtres à la dérive pour avoir oublié l’essentiel – l’amour – et s’être laissé aller aux fausses valeurs du mercantilisme le plus abject, celui de la personne humaine. Quelque vingt ans plus tard, le dernier film de Spike Lee, Vingt-quatre heures avant la nuit, lance la même mise en garde.

Finalement, Ferrara scrute la Grâce qui peut sauver ces âmes égarées et la trouve au fond de l’abjection de la drogue, dans la déchéance du désespoir, à travers l’amour que se portent Matty et Loretta, qui se retrouvent au moment même où ils croyaient s’être, à jamais, perdus. Même s’il nous plonge dans le monde cauchemardesque du vice et du crime, Abel Ferrara sait entrouvrir la porte de l’espoir et l’aspiration à une vie meilleure.


2. Synopsis


Dans le New York nocturne des boîtes de strip-tease – la 42° rue -, un maniaque, chantre de la Vertu, entend débarrasser la société du Vice, et assassine les « effeuilleuses » qui se produisent sur scène… L’une d’entre elle, Loretta (Melanie Griffith), a eu une liaison avec Matt (Tom Berenger), boxeur qui a volontairement arrêté sa carrière à la suite d’un combat qui a mal tourné pour son adversaire. Mais leur relation est dans une impasse qui ne satisfait ni l’un ni l’autre.


3. Fiche technique


  • Titre original : Fear city
  • Scénariste : Nicholas St. John
  • Image : James Lemmo
  • Montage : Jack W. Holmes et Anthony Redman
  • Musique originale : Dick Halligan
  • Producteurs : Bruce Cohn Curtis, Tom Curtis, Jerry Tokofsky et Stanley R. Zupnik
  • Année : 1984

Distribution :

  • Tom Berenger : Matt Rossi
  • Billy Dee : Williams Wheeler
  • Jack Scalia : Nicky
  • Melanie Griffith : Loretta
  • Rossano Brazzi : Carmine
  • Rae Dawn Chong : Leila


4. Edition DVD zone 2


Image : Cinémascope. Plein écran - 1.33:1 (16/9 compatible 4 :3). Le film se déroule la nuit et propose une photo sombre éclairée des lumières criardes des néons, avec un léger flou – voulu – sur les seconds plans. L’image proposée manque de définition mais propose des noirs et des contrastes assez satisfaisants pour un film de cette époque.</avis>

Son : français (Dolby Digital 2.0 Mono) et anglais (Dolby Digital 2.0 Mono). Sous-titres : Français. Le mono est la seule piste-son (proposée en VO comme en VF) qui nous vaut une excellente clarté des voix et une belle ampleur pour la musique, parfois même saturée.

Suppléments : ils sont intéressants dans la mesure où l’on trouve, à côté de la biographie et de la filmographie de Ferrara, une interview du producteur français du réalisateur, Pierre Kalfon, dont voici le détail des parties (« Abel Ferrara par Pierre Kalfon / Rencontre avec Ferrara / Comment survivre à Ferrara lorsqu’on le produit ? / Ferrara, cinéaste ou personnage ? / Nicholas Saint-John, scénariste / Les scripts / Les femmes / Est-ce risqué de produire Ferrara ? / Ferrara d’hier et d’aujourd’hui / Modes de séduction / Ferrara manipulateur / Les projets, l’argent / Italo-américain comme Scorsese ? / Anecdotes »). Mais il est légitime de se demander pourquoi aucun commentaire ni interview de Ferrara lui-même ne sont ajoutés ! Sont également proposés un (intéressant) montage alternatif qui compare dix scènes du film à travers les trois versions différentes qui ont été montées du film. Enfin, les classiques bandes-annonces (originale très centrées sur les corps des « effeuilleuses » et française plus chaste) complètent l’offre.

Jaquette : elle est le fruit d’un montage judicieux : un New York nocturne, illuminé comme un immense Luna Park, a pour ciel une visage de femme dans un lumière mauve, une femme source de tous les désirs… L’image de la sérigraphie est reprise partiellement de la jaquette et, dans des tons sombres rouge, brun et violet, fixe le visage rapproché d’une strip-teaseuse. Les lettres du titre l’encerclent et reproduisent de bien belle façon le scintillement des néons. Il est regrettable que le logo ait été placé sous le rond central et en blanc, car la composition, les couleurs et la définition de la sérigraphie sont très réussies.


5. Bande annonce




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Droits d'auteur © Henri PHILIBERT-CAILLAT


New York, 2 heures du matin d'Abel Ferrara




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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2016-10-24 12:51:59




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