Moyen Âge

Intérêt
L’expression Moyen Âge désigne dans l’histoire de l’Europe la période historique intermédiaire comprise entre l’Antiquité romaine et les Temps modernes. Par convention, le Moyen Âge commence en 476 (date de la déposition du dernier empereur romain d’Occident par un chef barbare) et il s’achève en 1492 (date de la découverte du « nouveau monde » par Christophe Colomb).


Protohistoire

Histoire

Antiquité

Moyen Âge

Époque moderne


Table des matières

1. Précisions lexicales

L’expression « Moyen Âge », formée à partir du latin medium aeuum (littéralement, « âge intermédiaire ») fut forgée à la Renaissance pour désigner la période qui s’étendait entre l’âge d’or antique et sa redécouverte par les humanistes. Elle se chargea d’un sens péjoratif (Flavio Biondo de Forlí, historiarum ab inclinatione Romanorum imperii decades, 1480) pour désigner une époque à laquelle, selon ses détracteurs, l’homme n’avait pas accompli de progrès.

En français, l’adjectif correspondant à Moyen Âge est médiéval. Moyenâgeux, quant à lui, est péjoratif.

L'histoire du Moyen Âge, en tant que discipline, se nomme « Histoire médiévale ». Un historien qui étudie le Moyen Âge est appelé « médiéviste ».

2. Quelles limites pour le Moyen Âge ?

Les bornes les plus communément admises vont de la chute de l'Empire romain d'Occident (476), jusqu'à la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb (1492).

Mais d'autres repères sont possibles :

  • pour le début du Moyen Âge, le pillage de Rome par les troupes d'Alaric, en 410, marque les esprits des contemporains comme le signe annonciateur de la fin de l'Empire (saint Augustin) ;
  • la reconnaissance par Théodose du christianisme comme religion d'État (396), correspond à la date de la séparation entre l'Empire romain d'occident et l'Empire romain d'Orient. Ce dernier perpétue la civilisation antique au Moyen Âge sous la forme de l'Empire byzantin, alors que les « barbares » prennent le pouvoir en Occident.
  • la bataille d'Andrinople (378) sanctionne l'avènement de la cavalerie lourde et le déclin des troupes d'infanterie, marquant ainsi le commencement d'un millénaire de supériorité de la cavalerie sur l'infanterie.
  • antérieurement, la conversion de Constantin au christianisme – survenue, selon ses hagiographes, en 312 – marque les débuts de l'essor de cette religion aux dépens du polythéisme antique.

Ces différentes options indiquent combien une césure événementielle claire est difficile à trouver pour marquer le commencement d'un nouvel âge : par certains traits, l'empire romain avait déjà fortement changé avant la fin de l'Antiquité : les empereurs du IIIe siècle avaient abandonné la toge et les tuniques de la période classique, adoptant les braies des légionnaires, d'origine celte ou germanique. L'amphore avait été abandonnée au profit du tonneau, bien plus économique. Enfin, de nombreux peuples barbares étaient devenus fédérés, établissant des relations durables avec le monde romain. L'empire romain avait donc déjà perdu certains caractères « antiques ».

Aussi, certains historiens – en premier lieu l’historien allemand Aloïs Riegl, au début du XXe siècle – ont repoussé la limite supérieure d’une période nommée « Antiquité tardive » (Spätantike), en mettant justement l’accent sur la permanence de traits caractéristiques de la fin de l’Antiquité jusqu’au règne de Charlemagne, voire jusqu’aux derniers Carolingiens (Xe siècle). Une telle conception s’est d’abord imposée chez les historiens des « franges » du monde romain, où sa pertinence était plus évidente. Il a fallu attendre 1977, avec Henri-Irénée Marrou (dans Décadence romaine ou Antiquité tardive ?) pour que l’historiographie française exprime des interrogations sur la pertinence du découpage conventionnel pour mettre fin à la vision péjorative du « bas Empire ». Aujourd’hui, histoire ancienne et histoire médiévale se partagent la connaissance des grandes caractéristiques de l’Occident du IIIe siècle jusqu’au VIIIe siècle.

Pour la fin du Moyen Âge, d’autres repères chronologiques ont été proposés, mais fondamentalement ils ne remettent pas en cause la limite supérieure de la période : parmi ceux-ci, on peut citer la date de la chute de Constantinople, en 1453 (Christophe Keller, Histoire du Moyen Âge depuis le temps de Constantin le Grand jusqu’à la prise de Constantinople par les Turcs, 1687), qui est aussi la date de la fin de l’Empire byzantin. Elle est utilisée principalement en histoire de l’art. 1456, date de l’invention de l’imprimerie à caractères métalliques mobiles, attribuée à Gutenberg, est privilégiée par l’historiographie allemande. 1492 est aussi la date de la prise de Grenade par le roi d’Espagne, qui marque la fin de la Reconquista. 1517, date de la publication par Martin Luther de ses 95 thèses, marque les débuts de la Réforme : elle fait voler en éclat la relative unité religieuse de l’occident médiéval et entraîne le déclenchement des guerres de religion. Etc.

3. Découpage interne

Le Moyen Âge a longtemps été divisé en haut Moyen Âge et bas Moyen Âge. Cependant, les historiens ont proposé d'autres découpages plus pertinents :

  • Régine Pernoud (1) : Le haut Moyen Âge (de la chute de l’Empire romain à Charlemagne), l’époque carolingienne, l’âge féodal (milieu du Xe à la fin du XIIIe siècle) et le Moyen Âge pour les XIVe et XVe siècle
  • Jacques Le Goff (2) : l’Antiquité tardive (jusqu’au Xe siècle), le Moyen Âge central (An Mil-1348, la Grande Peste) et le Moyen Âge tardif (guerre de Cent Ans-Réforme)

Ces limites sont liées aux références géographiques ou thématiques de l'historien.

Cependant, la distinction d'une période centrale qui s'étendrait des environs de l'an mille jusqu'à la grande épidémie de peste en 1348 paraît pertinente, en raison de la permanence d'un état de société – celle-ci est est organisée par la féodalité et divisée en trois ordres – et d'un nouvel essor, en premier lieu démographique et économique, de la chrétienté. L'expression « civilisation médiévale » (s'agissant de l'Occident et sans autre précision) correspond généralement à cette période.

4. Principales caractéristiques de l'Occident médiéval

À compléter

4.1. Économie

Contrairement aux idées reçues, après une courte période de repli, voire de régression que connaissent les « royaumes barbares » (au VIIe siècle surtout), le Moyen Âge connaît un développement économique de l'occident. Un certain nombre de progrès techniques accompagnent ce dernier : le moulin se répand, l'introduction de la jachère, puis l'assolement triennal permettent d'accroître la productivité de l'agriculture, etc. Cette dernière bénéficie également de l'intérêt que lui portent les grandes seigneuries (Suger, notamment) et de d'importants défrichements. Elle permet de nourrir un « monde plein » au XIIIe siècle.

Si l’économie médiévale demeure essentiellement rurale – surtout au haut Moyen Âge, période pendant laquelle les villae (grands domaines ruraux) sont les principaux centres (de l’Antiquité jusqu’à la fin de la période carolingienne) –, elle bénéficie néanmoins à la civilisation urbaine. Mise-à-mal durant l’Antiquité tardive, celle-ci connaît un nouvel essor au Moyen Âge central : la ville redevient le lieu du pouvoir et les capitales se développent (Paris, sous Philippe Auguste) ; elle devient aussi un centre de production, qui accueille à ses marges un commerce important et dans lequel émerge une nouvelle couche sociale : la bourgeoisie.

L’artisanat, les grandes foires, comme celles de Champagne, puis le commerce maritime, dominé par les Gênois, contribuent à un accroissement général des échanges. Ils bénéficient de la monétarisation qu’ils accélèrent : après une diminution de la masse monétaire au haut Moyen Âge – tandis que l’argent du nord de l’Europe supplée au manque d’or (les deniers mérovingiens ou les sceattas anglo-saxons) – la tendance s’inverse avec la consolidation des États et la masse monétaire s’accroît. La monnaie entre durablement, bien que de manière limitée, dans l’économie à partir du XIIe siècle : en témoignent la monétarisation des revenus de la seigneurie à la fin de la période médiévale. Ce nouvel outil aggrave toutefois la crise que connaît le XIVe siècle et entraîne, par exemple, les problèmes financiers récurrents du royaume de France, rendus célèbres par l’affaire du procès des templiers, sous Philippe IV le Bel.

À la fin du Moyen Âge, la conscience de l'importance qu'il y a à drainer les métaux précieux forme à la fois la cause dernière de la conquête de l'Amérique et le socle du futur mercantilisme.

4.2. Religion

Le christianisme est au cœur de l'histoire médiévale : il modèle l'idéologie de la période, principalement en raison de son universalisme et à cause de la montée en puissance de l'Église catholique, organisée autour de la papauté de Rome. Les frontières de l'occident médiéval, alors que ce dernier échappe à toute unité politique, se confondent aussi avec celles de la chrétienté.

Devenu religion d’État dans l’Empire romain pendant l’Antiquité tardive (à partir de l’Édit de Milan, en 313), le christianisme, en effet, se diffuse au haut Moyen Âge à partir de plusieurs foyers : l’Irlande, les royaumes francs, les royaumes anglo-saxons et Rome. La dilatation de la chrétienté s’accompagne de la mise en place de la hiérarchie ecclésiastique – l’Église en venant à désigner cette dernière – et la papauté, qui se hisse à la tête de celle-ci, devient un des principaux pouvoirs en occident : l’évêque de Rome, dont l’autorité spirituelle s’appuie sur la primauté du siège de l’apôtre Pierre, devient le souverain pontife.

Cette évolution est lente (Ve – XIIIe siècle) et se heurte à de nombreux obstacles :

– en premier lieu, à des résistances internes : les dogmes de l'Église catholique, formulés lors des conciles, se définissent progressivement et doivent triompher des hérésies (l'arianisme des Wisigoths demeure la foi des rois de la péninsule ibérique jusqu'au VIIe siècle ; celui des Lombards menace un temps – jusqu'au milieu du VIIIe siècle – Rome de disparition). Bientôt, le christianisme romain doit s'imposer face à Byzance, notamment pendant la crise iconoclaste ( 726 – 843). Au XIe siècle, la rupture avec le christianisme oriental est consommée, mettant fin au problème. Presque aussi importante est la question de l'adoption d'une liturgie unique : les Églises nationales possèdent leurs propres traditions qui ne se fondent que progressivement : la liturgie irlandaise, qui fixe la fête de Pâques à une date différente, l'emporte dans les îles britanniques jusqu'au synode de Whitby (664). En développant la mission chrétienne (à partir de 610) et en tissant des relations privilégiées avec les souverains « barbares » (notamment, en s'appuyant sur les rois anglo-saxons et sur l'expansion des Francs en Germanie), Rome parvient partout à unifier les traditions de l'Église et dans le même temps, à affirmer son rôle à la tête de celle-ci, sauf chez les Slaves qui demeurent dans la sphère d'influence byzantine.

– Des résistances externes limitent l’influence de la papauté, parce que les pouvoirs laïcs entendent s’immiscer dans les affaires de l’Église et diriger celle-ci dans leur aire d’influence : les rois lombards, tout d’abord, veulent soumettre l’Église romaine. Aussi, le pape fait appel aux Carolingiens (milieu du VIIIe siècle), mais ces derniers, comme leurs prédécesseurs, ne se privent pas pour distribuer les terres de l’Église à des laïcs. Lorsque l’Empire chrétien renaît en occident (800), le rapport entre les pouvoirs de l’Empereur et du pape ne sont pas définis autrement qu’en termes de rapport d’influences. Il tourne dans un premier temps au détriment de la papauté, alors que l’Église, mais aussi le pouvoir impérial traverse à tous points de vue une crise grave, au Xe siècle, et il faut attendre la réforme grégorienne (seconde moitié du XIe siècle – premier tiers du XIIe siècle) pour que le pape n’affronte l’Empereur germanique, lors de la querelle des Investitures. Cette dernière, qui s’achève sur un compromis, est déterminante pour assurer l’indépendance du siège apostolique. Au XIIIe siècle, enfin, la papauté triomphe, grâce à son arme principale : l’excommunication, à son rôle dans l’essor de la chrétienté, à travers la croisade, mais aussi grâce à son pouvoir temporel et grâce à ses richesses. Le pape Innocent III applique lors de son « règne » (1198 – 1216) les principes de la théocratie pontificale, qu’avaient formulés pour la première fois les Dictatus Papae (1075).

L'essor de l'Église ne peut être dissocié de l'effort de christianisation de la société et des consciences : cette dernière demeure un combat constant durant tout le Moyen Âge.

Selon les conceptions chrétiennes, conformément au modèle des apôtres dans les évangiles, l’Église conçue comme l’assemblée des fidèles unis dans la foi doit se répandre « jusqu’aux confins de la terre ». Pour cela, elle peut s’appuyer sur le soutien de ses membres influents – comme en Germanie, où elle accompagne le conquérant franc – mais surtout, elle doit reposer sur un acte d’adhésion volontaire et, en cela, elle ne peut compter que sur les effets de la prédication : cet état de fait est à l’origine du double visage de l’expansion chrétienne au Moyen Âge : à la fois pacifique et d’ordre spirituel, mais aussi marquée par la guerre et par la violence.

Au haut Moyen Âge, les missions chrétiennes de prédicateurs isolés, appuyés par Rome lorsqu'elle le peut, repoussent avec succès les limites politiques de la chrétienté en amenant à la conversion des rois barbares et en s'appuyant sur l'influence des rois chrétiens – comme les rois francs, dont l'adhésion au christianisme remonte à Clovis (496) – mais leur préoccupation dernière, qui est de faire entendre le message du Christ aux peuples des derniers, demeure un objectif des plus difficiles à quantifier. Elles sont le plus souvent l'œuvre de moines, comme saint Colomban en Gaule, saint Augustin de Canterbury dans le Kent ou saint Boniface en Frise.

À cette fin, l’Église se heurte également à des résistances à l’intérieur même de la chrétienté, où le clergé épiscopal est à la tête de l’encadrement des fidèles, surtout dans les campagnes : symptomatique, le mot « païen » – paganus, celui qui habite la campagne – désigne celui qui pratique l’ancienne religion polythéiste avant de désigner tout ce qui n’est pas chrétien. Le respect de la morale chrétienne, en particulier, fait l’objet d’injonctions des conciles, des synodes mérovingiens, puis carolingiens. Ces derniers ne cessent de rappeler les interdits, notamment l’esclavage, de condamner les coutumes païennes et de tenter de limiter la violence privée.

Pendant la période féodale, les synodes s'attachent à lutter contre les violences seigneuriales (Paix de Dieu, trêve de Dieu), la simonie, le nicolaïsme, et enfin contre les hérésies.

Ces dernières se développent sporadiquement (autour de l'an Mil) et, très rarement, s'installent durablement comme en Languedoc, avec le Catharisme ou en Pologne, avec Jean Hus (1369 – 1415), etc. À partir du XIIIe siècle, la papauté peut s'appuyer pour cette tâche sur les ordres mendiants, franciscains et surtout, dominicains.

Mais la tentation du recours à la force est grande et la violence caractérise souvent, en dernier recours, le combat pour l'unité de l'Église, qu'implique sa première définition : elle marque la « christianisation » forcée de la Saxe par Charlemagne (seconde moitié du VIIIe siècle), donne lieu à la croisade des Albigeois, à la naissance du tribunal de l'Inquisition sous le pape Grégoire IX (1227 – 1241), aux guerres hussites, etc.

Enfin, un aspect majeur de la religion au Moyen Âge est son rôle dans les arts et la culture : dès l’Antiquité tardive, en effet, la culture latine classique se réfugie dans les monastères, où l’on continue à enseigner le trivium et le quadrivium. Face à l’illétrisme du peuple et des aristocrates barbares, ces derniers et, plus largement, l’Église, demeurent le cadre par excellence où survit l’Écrit : les lettrés, théologiens, hagiographes et chroniqueurs qui témoignent de leur temps, sont des moines ou des évêques. Certaines idées héritées de la Rome antique, comme celle de l’État, qui disparaît au VIIe siècle, y sont conservées et pénétrées par le christianisme.

À travers la renaissance carolingienne, portée par Alcuin, la réforme clunisienne, la réforme grégorienne, puis avec la création des ordres mendiants et l’essor des Universités, au XIIIe siècle, les renouveaux culturels et spirituels émanent des gens de religion. L’art roman qui se diffuse avec Cluny et l’art gothique, qui naît à Saint-Denis avant de gagner l’Europe entière sont des arts religieux. Il faut en fait attendre la fin du Moyen Âge (XIVe – XVe siècle) pour qu’une culture profane se développe à nouveau en France, dans l’entourage royal des légistes et en raison des démêlés du roi avec la papauté.

Enfin, en toute logique dans ce contexte, les textes à partir desquels se forme l’idéologie – en particulier de la société et du pouvoir – au Moyen Âge sont les sources chrétiennes : l’Ancien testament donne son cadre à la royauté médiévale (Charlemagne est comparé au roi David), les œuvres des Pères de l’Église (notamment saint Jérôme et surtout saint Augustin, avec La cité de Dieu) encadrent les rapports sociaux et enfin, le Nouveau testament, dont les Évangiles fournissent à la fois l’exemple de vie apostolique qui anime les ordres mendiants et le terreau de l’humanisme à travers l’Incarnation, se trouve à l’origine du renouveau idéologique qui marque la fin de la période. Aussi, dans une large mesure, la religion chrétienne inspire et modèle la société médiévale en lui fournissant à la fois sa hiérarchie (au sommet de laquelle se trouve le roi, intermédiaire de son peuple avec le Christ) et la première de ses institutions : l’Église, qui supplée à la disparition de l’État et à l’affaiblissement des pouvoirs publics.

4.3. Société

la société au haut Moyen Âge est essentiellement rurale et caractérisée à tous les niveaux par l'existence de liens de dépendances personnelles. Ces derniers, qui se sont substitués à l'ordre public, prolongent pour une part le clientélisme antique et relèvent d'autre part d'une conception chrétienne nouvelle de l'ordre social.

Notamment, l’esclavage est interdit par l’Église : le servage occupe la place qu’il laisse vacante et le même mot qui désignait l’esclave antique (servus) désigne à travers le serf médiéval des conditions sociales très différentes. Notamment, le serf n’est pas juridiquement un bien meuble, propriété de son maître, mais un homme dépendant d’un seigneur.

Aux niveaux supérieurs de la hiérarchie sociale, les relations entre les hommes libres sont caractérisées par les liens de vassalité : le vassal doit aide et conseil (auxilium et consilium) à son suzerain, c’est-à-dire à l’homme auquel il a prêté serment de fidélité.

De tels liens impliquent un certain nombre de devoirs, au nombre desquels le plus important est, à l’origine (sur le modèle carolingien du IXe siècle), le service militaire dû au suzerain (l’ost) : les chevaliers (milites) sont des nobles.

En parallèle, le vassal reçoit quant à lui un fief (beneficium) de son suzerain : il s’agit le plus souvent du droit de jouir d’une terre, mais parfois, plus souvent à la fin du Moyen Âge, d’une bourse ou d’une rente.

Le fief, dont les lointaines origines se trouvent dans les charges ou honneurs conférés par le souverain carolingien à ses compagnons d'armes, tend à devenir héréditaire au XIe siècle.

Ces liens de dépendances ont pour conséquence principale une forte hiérarchisation sociale. Différents critères divisent également la société médiévale :

– d'ordre moral ; selon les conceptions du clergé, la société idéale est composée de trois ordres qui se distinguent par le mode de vie : les moines, les clercs et le reste des laïcs. Au sein de ces derniers, l'Église distingue encore ceux qui sont mariés de ceux qui sont vierges.

– D’ordre fonctionnel ; à la précédente division se superpose du IXe siècle jusqu’au XIe siècle une autre division tripartite : elle rassemble le clergé et les moines : « ceux qui prient » (oratores), la noblesse (nobiles) : ceux qui combattent (bellatores, pugnatores) et le peuple : « ceux qui travaillent » (laboratores). Avec l’essor urbain, à partir du XIIe siècle, une nouvelle classe, la bourgeoisie, se développe au sein du peuple : elle tire son nom des « bourgs » nouvellement créés, où vivent ses membres, et rassemble essentiellement les riches artisans (notamment les bouchers) et des rentiers.

– D’ordre juridique ; les seigneurs (domini) se caractérisent par le fait qu’ils détiennent le « pouvoir de juger et de contraindre » (le pouvoir banal, ou ban) les hommes de leur seigneurie (le terme désigne à la fois le pouvoir lui-même et le lieu ou les personnes auxquels il s’applique). S’y attachent un certain nombre de privilèges : le droit de lever l’impôt directement (la taille), d’exiger des corvées, le droit de moudre le grain et de cuire le pain, le droit de péage, etc. Les seigneurs ne doivent pas être confondus avec la noblesse : les abbayes et l’Église constituent également de grandes seigneuries (voir seigneurie ecclésiastique). Au sein du peuple, dans les campagnes, les hommes libres qui exploitent un alleu ou une tenure (terre attribuée contre un loyer) coexistent avec les serfs (servi) : la dépendance juridique, sociale et économique de ces derniers par rapport à leur seigneur possède un caractère héréditaire (servage personnel), ou bien ce caractère est lié à la terre qu’ils exploitent (servage réel). Toutefois, les contraintes exactes qui pèsent sur les hommes de la seigneurie varient selon la région et selon l’époque considérées. Au départ expression d’un lien personnel très fort entre Loire et Rhin, le servage y devient progressivement le signe d’une condition sociale inférieure. À partir du XIIe siècle, des chartes de franchises octroyées aux villageois permettent la constitution de ces derniers en « commune » et l’accession de serfs au statut d’hommes libres. Ce phénomène s’explique d’abord par de nouveaux défrichements (fondation d’essarts, de bastides, etc.), pour lesquels les seigneurs ont besoin de bras, quitte à renoncer à une partie de leur ban. Il touche en premier lieu les grands centres de peuplement, puis les villages voisins.

– D'ordre économique ; avec l'affaiblissement des derniers Carolingiens, les princes se sont accaparés la majorité des terres. Aussi, à la fin du Xe siècle, le roi est moins riche que les grands féodaux qui entretiennent de nombreux vassaux et frappent leur monnaie. À la fin de la période féodale, l'essor urbain et les progrés techniques bouleversent l'ordre social : au début du XIVe siècle, le sort économique de la bourgeoisie est plus enviable que celui que connaissent les hommes libres des campagnes reculées. Notamment, comme pour l'ensemble de la population urbaine, la dépendance de cette nouvelle classe à l'égard des seigneurs est bien moins importante que dans les campagnes ; toutefois, le développement du commerce avec les grandes foires médiévales permet à une riche paysannerie d'émerger dans les campagnes.

4.4. Guerre

  • Le Moyen Âge est l'âge de la chevalerie, marqué par la supériorité de la cavalerie sur l'infanterie. Pour cette raison, elle devient avant tout l'affaire des nobles.
  • L'Église tente de limiter la violence en l'encadrant, surtout à partir du XIe siècle (mouvement de la Paix de Dieu) : l'idéologie de la Croisade et celle du chevalier courtois naissent de ces efforts.
    • Neuf croisades sont entreprises (de 1095 à 1272) avec comme but premier de reprendre le tombeau du Christ et constituent une première expansion militaire européenne hors d'Occident.
    • La papauté s'implique dans ces mouvements et soutient en particulier la croisade contre les hérétiques : croisade contre les Albigeois (1208 – 1229) et croisade contre les Hussites (1418 – 1437).
  • La vocation militaire de la ville décline au profit du château-fort : ce dernier est au départ construit en bois et en terre (la motte féodale), puis en pierres surtout à partir du XIIe siècle. Les villes s'enferment derrière des murailles.
  • À la fin du Moyen Âge, les engins de siège se développent et les armes de tir (arc long anglais, puis armes à feu) contribuent à la fin de la chevalerie en rendant inutiles l'héroïsme et les armures.

4.5. Art

  • Au haut Moyen Âge, une fusion s'opère entre l'art antique, le premier art chrétien encore figuratif, et l'ornementation barbare, celtique et germanique, qui multiplie les motifs abstraits, pour évoluer vers un symbolisme nouveau.
  • L’art des enluminures se développe dans les monastères (VIIe siècle) et le livre (codex) constitué de feuillets en velin cousus devient une œuvre, digne d’être offerte aux souverains, comme la bible de Charles le Chauve (IXe siècle).
  • L'art médiéval est un art religieux : aux églises romanes qui doivent inspirer la crainte de Dieu et communiquer le message de l'Ancien Testament aux fidèles illetrés, succèdent les grands chantiers des cathédrales gothiques, dont les flèches et les vitraux doivent élever l'Homme vers la lumière divine.
  • En 1286, une partie de la nef et du transept de la cathédrale gothique Sainte-Croix d'Orléans s'effondre, montrant que les limites des techniques de construction médiévales ont été atteintes. Au XIVe siècle, d'autres chantiers s'arrêtent, parfois définitivement comme à Narbonne, faute de capitaux ou, dans ce cas, parce que la construction entre en conflit avec les intérêts de la ville.

4.6. Éducation et culture

La culture, en premier lieu classique, se réfugie dans les monastères à la fin de l'Antiquité : un fossé se creuse progressivement entre les élites chrétiennes lettrées et le peuple, largement illetré, pendant le haut Moyen Âge.

L’évolution est perceptible notamment dans le domaine linguistique : le latin devient la langue de l’Église (uerbum Dei [1]) tandis que la langue vernaculaire ou « vulgaire » s’en éloigne ; après Césaire d’Arles, qui recommande l’emploi d’une langue simple pour la prédication et demande dans le même temps que les clercs reçoivent une meilleure instruction (début du VIe siècle), Grégoire de Tours mentionne dans ses Dix livres d’Histoire (572) que la langue qu’il écrit s’est abâtardie. En 813, les canons du concile de Tours demandent aux prêtres de traduire leurs sermons « en langue romaine vulgaire ou tudesque pour que tous puissent comprendre facilement ce qui est dit ». L’emploi du roman et du francique par Louis le Germanique et par Charles le Chauve, pour se faire comprendre de leurs troupes lors des serments qu’ils prononcent à Strasbourg (842), constitue encore une étape de cette évolution. Il faut attendre le XIIe siècle pour qu’une littérature profane, écrite en langue d’Oc dans le sud et en langue d’Oïl dans le nord voit le jour en France.

Les tentatives pour lutter contre la disparition de la culture antique sont nombreuses, à la fois au sein du clergé qui doit être capable de lire les Saintes Écritures, ainsi que le rappellent sans cesse les synodes, et auprès de la noblesse : dans l’Espagne wisigothique qui vient d’abandonner l’arianisme, Isidore de Séville attache une attention particulière à la formation des prêtres et à l’instruction des princes wisigoths, faisant du royaume de ces derniers un véritable conservatoire de la littérature classique. En même temps, celle-ci est désormais considérée à la lumière du christianisme, et les citations qu’il fait dans ses Étymologies participent d’une forme nouvelle de raisonnement. Dans le royaume des Francs, il faut attendre la fin du VIIIe siècle pour que la renaissance carolingienne s’emploie à restaurer l’enseignement du trivium et du quadrivium pendant le règne de Charlemagne. Celle-ci s’appuie sur quelques personnalités, parmi lesquelles il faut citer l’anglo-saxon Alcuin venu de York, en Northumbrie. Bède le Vénérable avait écrit son Histoire ecclésiastique (732) non loin de cette métropole et c’est également à partir de ce foyer culturel insulaire que la renaissance anglo-saxonne voit le jour sous le règne d’Alfred le Grand (871 – 899) : l’essentiel du corpus de textes en vieil anglais dont nous disposons en fut la production.

De cette période, la Cité de Dieu de saint Augustin, la Consolation de Boèce, les Dialogues de Grégoire le Grand, les Étymologies d’Isidore de Séville et l’Histoire ecclésiastique de Bède comptent parmi les œuvres dont les copies sont les plus nombreuses au Moyen Âge.

Alfred le Grand, souverain éclairé, est également le créateur de l'université d'Oxford. Sur le continent, il faut attendre le XIIe siècle pour qu'un contexte démographique, économique, social et politique favorable permette à la scolarisation des laïcs de progresser à nouveau de manière significative dans les villes, filles comprises. L'université se développe en France, à Paris, et dans l'Empire romain-germanique, mais ses étudiants demeurent une élite qui reçoit un enseignement en latin (voir Éducation au Moyen Âge).

Les Croisades, enfin, remettent l'Occident chrétien en contact avec les œuvres des auteurs romains et grecs qui, pour certaines, s'étaient perdues mais que les Byzantins et les Arabes avaient conservées. Elles préparent ainsi indirectement le terrain pour la redécouverte de l'Antiquité par la Renaissance italienne, à partir du XVe siècle.

5. Voir aussi

5.1. Articles connexes

5.2. Bibliographie

  • collectif, L’histoire médiévale en France (1969-1989) Bilan et perspectives (n° 20, Paris, 1989), éd. Seuil, Paris, 1991
  • Aloïs Riegl, Spätrömische Kunstindustrie, Vienne, 1901
  • Henri-Irénée Marrou, Décadence romaine ou Antiquité tardive ?, éd. Seuil, Paris, 1977
  • Georges Duby, Le Moyen Âge, éd. A. Skira, 1984
  • Régine Pernoud, Pour en finir avec le Moyen Âge, éd. du Seuil, 1977 (1)
  • Jacques Le Goff, La civilisation de l’Occident médiéval, Paris, 1984
  • Jacques Le Goff, Dictionnaire raisonné de l’Occident médiéval, éd. Fayard, 1999 (2)
  • Jacques Heers, Le Moyen Âge une imposture, éd. Perrin, 1992

5.3. Liens externes

Sites universitaires

Autres institutions

Divers

Sources

Sites collaboratifs


haut Moyen Âge

Moyen Âge central

bas Moyen Âge

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Thème:Histoire



Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2010-06-03 18:08:00




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