Mobilier médiéval

Intérêt
Comme en de nombreux domaines concernant la vie au Moyen Âge, nous ne disposons que de très peu de sources pour étudier le mobilier médiéval. Si les sources iconographiques sont relativement nombreuses tout au long de la période, les sources archéologiques font quant à elles cruellement défaut, notamment pour la période allant jusqu’au XIVe siècle (moins de dix objets sont parvenus jusqu’à notre époque).
Table des matières

1. Périodes

S'agissant du mobilier, le Moyen Âge s'étend du VIe siècle jusqu'au XVe siècle. Deux grandes périodes peuvent être distinguées :

  • du Ve siècle jusqu'au XIIIe siècle, soit des Grandes Invasions jusqu'à la période romane ;
  • les XIVe – XVe siècles : la période gothique.

2. Évolution

Le premier mobilier médiéval (avant le XIVe siècle) semble rompre partiellement avec la tradition mobilière latine, du moins par sa « rusticité » et par son décor. Toutefois, on remarque une certaine continuité en ce qui concerne le mobilier princier. Le « trône de Dagobert », par exemple, est d’inspiration classique (par sa forme en X, celle du siège pliant ou curule romain). À l’inverse, durant tout le haut Moyen Âge, l’art en général et le mobilier en particulier subissent la double influence de l’art barbare, notamment importé dans les anciens territoires de l’Empire romain par les Wisigoths et par les Francs, et de l’art chrétien (notamment dans le domaine de l’iconographie et pendant la Renaissance carolingienne).

Durant la période féodale, il convient de distinguer d’une part le mobilier d’usage, à caractère nomade (le coffre et la table à tréteaux) ; d’autre part, le mobilier de prestige ou celui des scriptoria, plus imposant : l’armoire à livres constitue probablement le premier meuble haut ou mi-haut au Moyen Âge.

Les XIIIe et XIVe siècles constituent à tous points de vue une période de grands changements pour l'occident médiéval (politiques, culturels, artistiques...). Le mobilier, qui gagne une importance nouvelle, n'est pas en reste, notamment en raison du développement de techniques nouvelles. Durant cette période, l'art ornemental transforme le meuble en y introduisant des décors de plus en plus élaborés. Les progrès de l'outillage, en effet, permettent de réaliser des meubles plus légers, et de les décorer de motifs qui sont directement empruntés à l'architecture (arcades en ogive, feuillages, etc.). il faut aussi noter qu'avec l'essor du commerce interrégional (les grandes foires médiévales), le tissu (draperies, tapisseries) gagne également une importance nouvelle dans la décoration des intérieurs.

3. Meubles emblématiques

  • le trône, siège de prestige à haut dossier. Il est le siège du prince ou de l'évêque lorsqu'il assure ses fonctions. Dans le même esprit, le maître de maison possède quant à lui une chaire ;
  • le banc (bancus, banca, banckum) sert d’assise de part et d’autre d’une grande table à tréteaux ;
  • le coffre : meuble nomade, dont le succès peut être lié à l'insécurité qui règne durant la période féodale, il sert à la fois de meuble de rangement et de banc. Il peut être richement orné ;
  • l’armarium : on trouve aussi : armariolum, armatorium, armararium, armamentarium, plur. armaria, etc.), c’est-à-dire l’armoire (et par extension le pupitre) qui servait à ranger les livres dans le scriptorium de l’abbaye ;
  • le lutrin (« lieutrin » en vieux français), meuble qui soutient le livre pour la lecture ;
  • le buffet apparaît à la période gothique : il est alors constitué d'un coffre à ouverture frontale posé sur une table.

4. Matériaux

Il faut tout d'abord conscience du fait, qu'au Moyen Âge, l'utillisation de tel ou tel matériau dépend autant de considérations techniques et économiques que de la charge symbolique du matériau. Par exemple, le noyer ne fut utilisé que très tardivement malgré ses avantages certains, en particulier pour la sculpture, car il est connoté très négativement à cause de sa toxicité pour les autres végétaux.

Les essences les plus employées étaient le chêne et le sapin, ainsi que les espèces indigènes (du lieu de fabrication du meuble) : fruitiers, tilleul, aulne, châtaignier, frêne...). Le peuplier, qui sera plus tard très employé pour des meubles de qualité inférieure, n'existe pas encore en europe.

Les métaux et alliages sont aussi très présents, le fer pour la construction, le ferrage, et le renfort des meubles, le cuivre, l'étain et la feuille d'or. Il faut leur ajouter les émaux pour l'ornementation du mobilier princier ou du culte.

5. Techniques et outillage

Le mobilier médiéval a souffert comme beaucoup d'aspects de cette époque de nombreux préjugés (on a même pu lire au début du XIXe siècle que les meubles à tenons et mortaise représentés sur les enluminures n'étaient que des vues d'artiste et ne pouvaient être réalisés avec les techniques d'époque). Il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour que des études sérieuses voient le jour à partir des sources documentaires, iconographiques et surtout archéologiques.

5.1. Les techniques

L'étude des meubles qui nous sont parvenus et de l'iconographie, a révélé deux grands types de construction, où celle à pentures domine : de fortes barres de fer maintiennent les pièces de bois, quant à elles de simple planches taillées à la hache. Elles forment le premier ornement des meubles médiévaux.

Les meubles, exclusivement en bois massif, se font plus élaborés à la fin du Moyen Âge : ils peuvent être assemblés à tenons et mortaise ; la sculpture sur bois les décore de lignes verticales (« plis de serviette » ou « parchemin plissé »). Enfin, dans les grandes régions de production (L'Ile-de-France, la Bourgogne, le Val-de-Loire, l'Auvergne et la Champagne) et dans le nord, les tapisseries (notamment de laine), servent à la fois aux décors et à préserver du froid. A partir du XIVe siècle, les toiles peintes, le velours, le damas sont utilisés, de couleur rouge, bleue, jaune ou blanche.

5.2. Les outils

Les sources sont ici plus nombreuses et permettent de se faire une idée très précise de la caisse à outils du charpentier médiéval. Les représentations de Saint Joseph (voir illustration à droite) constituent une source inépuisable sur les outils du Moyen Âge. On y aperçoit : le marteau, les tenailles, la gouge, la doloire (petite hache), la boite à chevilles, le vilbrequin, la scie à bois, le couteau et la tarière. Sur certaines représentations, on peut aussi remarquer que Joseph travaille assis.

Les pièces d'archéologie nous donnent de précieux renseignements, pour peu que l'on décrypte les traces laissées par les outils. Citons, par exemple, deux des meubles emblématiques de l'époque :

  • Sur le pupitre de Sainte Radegonde, daté du VIe siècle, on a relevé des traces de : pointe à tracer, trusquin, rabot, scie à bois et ciseaux.
  • Sur l'armoire d'Aubazine, de la fin du XIIIe siècle, on trouve des traces de : pointe à tracer, compas, trusquin, outil à rainure, mèche cuillère, rabot et scie à chantourner, gouge de tournage.

Tous ces outils figurent encore en bonne place dans les ateliers modernes, et mises à part la mécanisation et l'électrification de l'outillage, force est de constater que celui-ci n'a que très peu évolué depuis.

5.3. La colle

Parmis les préjugés sur les techniques du Moyen Âge, le plus tenace est que les artisans ne connaissaient pas la colle. Or, le moine Theophilus note au XIIe siècle dans son De diversis artibus que les charpentiers (dans l’acception historique du terme, qui regroupe aussi les menuisiers, les huchiers, les charrons...) utilisaient différentes colles (de poisson, de fromage, de lait, de peau). Il signale aussi que la colle de poisson est fabriquée à base de vessie natatoire d’esturgeon, ce qui constitue encore de nos jours la matière première des meilleures colles. Ces indications tendent à prouver que les colles sont connues et utilisées depuis bien longtemps pour qu’un tel degré de perfection ait été atteint. Il faut aussi signaler que les techniques artisanales ne sont pas un sujet habituel de la littérature de l’époque, ce qui explique le manque de sources documentaires.

5.4. les produits de finition

Dans ce domaine, nous n'avons aucune certitude, mais de fortes présomptions existent. Nous ne disposons d'aucun texte à ce sujet et les traces archéologiques ne nous sont d'aucune utilité dans la mesure ou les finitions sont généralement postérieures à l'époque étudiée. Néanmoins, il est vraisemblable que les meubles en bois brut étaient cirés à la cire d'abeille, et que les ustensiles (manches d'outils, couverts…) étaient huilés. Le doute subsiste quant au mode d'application de la cire. Était-elle étalée au moyen d'une cale de liège, ou d'un chiffon qui liquéfiait mécaniquement la cire par le frottement ? Ou bien était-elle appliquée diluée dans un médium (alcool ou térébenthine) ? Si les dérivés pétroliers étaient connus et utilisés en occident au Moyen Âge, la première méthode semble pourtant la plus vraisemblble, car elle à été décrite au XVIe siècle, l'essence de térébenthine n'apparaissant qu' au XIXe siècle dans les traités d'ébénisterie.
Enfin, les meubles, ustensiles et oeuvres d'art en bois étaient bien souvent peints ou gainés ce qui constitue aussi une finition.

6. Bibliographie

  • Jacqueline Boccador, Le mobilier français du Moyen Âge à la Renaissance, Éditions d’art Monelle Hayot, Paris, 1988 (ISBN 2-903824-13-4)

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Thème:Moyen Âge Thème:Ébénisterie



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Catégorie (1) Mobilier et accessoires 
  Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2010-06-03 16:41:50




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