Les pleins Pouvoirs de Clint Eastwood

Intérêt
Ce thriller de 1997 sort de l’ordinaire en ce qu’il affiche ouvertement une dimension autobiographique tout à fait inattendue.


Table des matières

1. Analyse


Au-delà de l’évident thriller « politique », ce film de Clint Eastwood est loin d’être insignifiant, ne serait-ce que pour son propos éminemment autobiographique et son évocation des rapports entre l’art et la réalité.

L’image du Père est omniprésente dans ce film. Mais les deux personnages qui l’incarnent, Luther Whitney (Clint Eastwood), le cambrioleur de haut vol, et le Président des Etats-Unis Allen Richmond (Gene Hackman), en proposent deux figures contrastées. Le Président, pourtant symbole emblématique du pays, sert de repoussoir. Alors qu’il devrait être une sorte de Père de la Nation, il ne respecte pas une jeune femme qu’il brutalise, avant de la laisser tuer lâchement ; il bafoue même l’amitié de son mentor, celui qui l’a fait élire ; il vit, enfin, dans un mensonge permanent. Bref, ce « thriller » est, aussi, « politique » en ce que le réalisateur épingle ses concitoyens à travers les représentants politiques qu’ils se choisissent : classe politique et proche entourage présidentiel du déshonneur américain sont ainsi visés par cette satire, et l’on apprécie l’humour du nom donné à un hôtel, que la caméra saisit ironiquement, « Watergate Hotel » !

Par un contraste ironique, c’est le cambrioleur qui apparaît comme la figure idéale du Père, comme le montre la structure même du film.

En effet, le film s’ouvre sur un musée où sont exposés des tableaux de maître représentant des scènes de la Bible (Jésus en croix, Marie et l’enfant Jésus, etc.). Luther Whitney (Clint Eastwood) y trace des esquisses de mains et de regards d’après les originaux. La dernière séquence du film se déroule dans une chambre d’hôpital : le même Luther, cette fois, fait le portrait complet du visage de sa propre fille, Kate, allongée sur lit.

Si l’on précise que Kimber Eastwood, la propre fille de Clint Eastwood, apparaît dans le film (comme guide d’un groupe de touristes visitant la Maison blanche, elle croise son père-réalisateur venu déposé un message au Président) la mise en abyme est évidente. Le préambule (l’esquisse dessinée) et l’épilogue (le portrait achevé) prennent alors un tout autre sens et enrichissent le propos du film : celui de l’accomplissement d’un père par la redécouverte de l’importance des liens de la paternité et de la fidélité à sa famille.

Entre-temps, chronologiquement situé au centre du film dont il est le cœur même, un moment magique de cinéma révèle au spectateur l’exploration que Kate fait de la maison, qu’elle ne connaissait pas, de son père et des indices qui témoignent de sa présence. La caméra scrute le visage de la jeune femme dans sa découverte des photos d’elle depuis son enfance jusqu’au moment présent, installées par son père, sur tous les meubles et affichées sur les murs, nous faisant partager le crescendo de son émotion : ainsi ce père, qu’elle avait rejeté et dont elle pensait qu’il avait disparu, n’avait cessé d’être présent et avait photographié, à son insu, tous les moments importants de sa vie, lui témoignant ainsi d’un amour fidèle. Un moment, discrètement souligné par une musique élégiaque, d’autant plus émouvant que l’on a vu, à plusieurs reprises dans cet appartement, le père sans la fille, et que l’on voit, alors, la fille sans le père, avant que les deux ne soient in fine réunis.

Un troisième – sans doute parmi d’autres… - intérêt du film se trouve dans la très longue scène du meurtre qui est vue par Luther de l’autre côté d’un miroir sans tain, et propose un second exemple de mise en abyme : Luther se contente de regarder sans jamais intervenir pour faire cesser l’insoutenable ; ce qui renvoie, à l’évidence, le spectateur du film à sa position de voyeur, à la fois écoeuré et fasciné par ce qui se déroule sur l’écran. Autrement dit, Clint Eastwood incite à une subtile allusion aux rapports qu’entretiennent l’art et la réalité , ou encore, si l’on songe à l’aspect autobiographique du film, à la part de rêve que comporte nos vies : si « Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs », il semblerait que Clint Eastwood le sût mieux que quiconque…


2. Compléments


Les droits du roman de Richard Baldacci, avocat new-yorkais, avaient été achetés par Castle Rock, qui en avait confié l’adaptation au vétéran William Goldman ("oscarisé" pour Butch Cassidy et le Kid et Les Hommes du Président). Lorsque Clint Eastwood s’y intéressa, il lui demanda de développer le personnage de Luther, qui à l’origine mourait à la moitié de l’histoire. Deux thèmes musicaux du film furent composés par Eastwood lui-même : Power Waltz et Kate’s Theme. Les filles du réalisateur figurent ici dans de petits rôles : Alison dans celui d’une étudiante des Beaux-Arts, et Kimber dans celui de la guide de la Maison Blanche. Tourné à Baltimore et à Washington, Les pleins Pouvoirs fut projeté en clôture du 50e festival de Cannes.


3. Synopsis


Un amateur d’œuvre d’art, dessinateur à ses heures s’exerçant dans les musées, Luther Whitney, se révèle être un redoutable spécialiste du cambriolage. Alors qu’il est en train de « visiter » une villa qu’il croit vide, il est contraint de se dissimuler en toute hâte, suite à l’intrusion inopinée d’un couple passablement éméchée. Il comprend qu’il s’agit de la propriétaire des lieux, Christy Sullivan, qui s’apprête à tromper son mari, Walter Sullivan, un conseiller influent à Washington, avec le Président des Etats-Unis, Alan Richmond, par ailleurs meilleur ami de son mari.

Luther, à travers la protection d’un miroir sans tain, assiste passivement à une scène éprouvante au cours de laquelle le rendez-vous galant se transforme en une violente altercation qui dégénère sous la double emprise de la colère et de l’alcool : la jeune femme se rebiffe et blesse Richmond avec un coupe-papier avant d’être abattue par les deux gardes du corps, Burton et Cullin. La secrétaire du Président, Gloria Russel, présente sur les lieux, ignorant que la scène a eu un témoin, décide aussitôt de camoufler le crime passionnel en crime de rôdeur. Avant de s’enfuir avec son butin, Whitney se saisit du coupe-papier.

L’enquête est confiée à un policier expérimenté, Seth Franck, qui se met sur la piste du cambrioleur que tout désigne, Whitney. Pourtant, s’il le soupçonne d’être l’auteur du vol, il se refuse à le considérer comme le criminel. Pendant que l’enquête se déroule, le Président assure son mentor, le mari de celle qui était sa maîtresse et dont il est responsable de la mort, de son affection, lors d'une cérémonie diffusée à la télévision. Spectateur, Whitney, qui pensait à quitter le pays pour se protéger, décide alors de tout faire pour confondre le Président, cet assassin hypocrite.

L’enquête conduit Seth Frank à la propre fille de Whitney, Kate, devenue procureur. Ensemble, il s’introduisent dans la propre maison de Whitney en son absence : Kate a la révélation que ce père - dont elle pensait qu’il l’avait abandonnée - s’est, en fait, toujours tenu à proximité d’elle, la prenant sans cesse en photo tout au long des années passées. Elle accepte d’aider Seth Frank à organiser un rendez-vous avec son père. Mais ils sont mis sur écoute par Burton, l’un des gardes du corps du Président, et un piège est organisé pour abattre Whitney. Méfiant, ce dernier parvient à échapper à ses ennemis, non sans avoir toutefois pris contact avec sa fille.

Le Président décide alors de faire disparaître Kate en faisant précipiter sa voiture dans un précipice. Celle-ci, blessée, est transportée à l’hôpital où Cullin, l’un des gardes présidentiels doit l’achever. Une fois de plus, Whitney contrarie ces projets et se débarrasse du tueur. Excédé, il met au courant Sullivan des agissements du Président à qui il donne, comme preuve, le coupe-papier.

Dès lors, les événements s’enchaînent heureusement. Burton se suicide, Seth Frank arrête Gloria Russell, et Sullivan, qui se rend chez le président, le découvre inanimé : il s’est suicidé. Cette version officielle masque, en réalité, l'exécution de Alan Richmond par Walter Sullivan à l'aide du couteau du crime, qui venge ainsi le meurtre de sa femme ! Whitney, enfin, comprend que Seth Frank, désormais, veillera sur sa fille…


4. Fiche technique


  • Titre original : Absolute power
  • Année : 1997
  • Réalisation et production : Clint EASTWOOD
  • Scénario : William GOLDMAN, d’après le roman de David BALDACCI
  • Directeur de la photographie : Jack N. GREEN
  • Musique : Lennie NIEHAUS
  • Production : Karen SPIEGEL - Malpaso
  • Distribution : UFD / UGH Ph / Castle Rock / Turner
  • Durée : 121 minutes

Distribution

  • Luther Whitney : Clint EASTWOOD
  • Le président Alan Richmond : Gene HACKMAN
  • Seth Frank : Ed HARRIS
  • Kate Whitney : Laura LINNEY
  • Bill Burton : Scott GLENN
  • Tim Cullin : Dennis HAYSBERT
  • Gloria Russell : Judy DAVIS
  • Walter Sullivan : E.G. MARSHALL
  • Christy Sullivan : Melora HARDIN
  • Michael McCarty : Richard JENKINS




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Droits d'auteur © Henri Philibert-Caillat


5. Bande annonce





 
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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2016-06-08 13:23:34




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