Les Tendances

Intérêt
C'est de l'instinct animal à l'être humain que se mesure le parcours de nos tendances. Qu'elles soient primaires ou supérieures, elles entrent en conflit et nous poussent à nous défendre et/ou à nous adapter.



Table des matières

1. Introduction


En premier lieu, il s'agit distinguer les activités tendancielles des activités automatiques. Celles-là sont susceptibles, en effet, de se développer par l'observation, l'exercice ou l'intelligence, tandis que celles-ci, comme l'instinct ou l'habitude, sont déterminées ou fixes. Les activités tendancielles diffèrent, en outre, des réactions impulsives qui désignent un entraînement où le sujet paraît « agi », alors que la tendance indique une direction prise. Il fait toutefois préciser que cette direction n'est pas établi cette direction n'est pas, d'abord, établie, sinon elle relèverait des réactions automatiques. En fait, cette direction s'affirme au cours de la maturation de l'organisme et de l'exercice. La tendance apparaît ainsi, comme le remarque Pradines, à la jonction du plan de l'automatisme et du plan de la mémoire et de l'expérience


2. Définition de la tendance


Au préalable, il convient de distinguer entre la tendance à » et la « tendance vers ».

« Tendre à » indique une tendance repliée sur le sujet même et exprime une réaction spontanée à certaines influences. Par exemple, je tends à retirer la main d'un objet brûlant ; je tends à lancer mes bras en avant lorsque je tombe ; je tends à pâlir ou à rougir sous le coup d'une émotion. Ainsi la «  tendance à » exprime-t-elle une réaction à des excitations qui peuvent être directes et spéciales  (réaction contre la douleur) ou à des excitations indirectes et générales (l'influence du milieu sur le timide ou le vantard). Cependant ce dynamisme se referme sur le sujet. Or, la véritable tendance ne consiste-t-elle pas à aller vers l'objet ?

« Tendre vers » exprime, en effet, l'élan du sujet vers quelque chose d'extérieur à lui. Cette « tendance vers » marque une lacune et l'exigence de trouver un complément. Ainsi n'a-t-on pu ranger parmi les tendances primitives que la faim, la soif et le besoin sexuel - qui sont exigences d'objets complémentaires. Les tendances alimentaires, sexuelles et grégaires semblent donc les seules tendances essentielles de l'activité élémentaire. Les tendances de locomotion pédestres ou ailées sont subordonnées à celles qui précèdent. De même, les tendances ludiques, qui mettent en valeur une action intéressée et anticipée (de la vie sociale) n'apparaissent qu'après les trois tendances primitives.


3. Explication de la tendance


Schéma général

Pour mieux comprendre ce qu'est la tendance, il faut faire appel à la notion de conduite. Une conduite se caractérise par une « tension psychologique ». L'intensité de cette tension fait que la conduite est accélérée, suspendue ou arrêtée. Ainsi une conduite est en état de « basse tension » quand les actes ne demandent pas une dépense d'énergie, par exemple pour le sommeil, la détente ou la rêverie. Elle est, au contraire, en haute tension lorsque les actes investissent une grande énergie, par exemple dans les actes créateurs et volontaires. C'est là le schéma général sur le fond duquel se détache la tendance comme forme. L'apparition d'une tendance obéit à un développement.

Apparition de la tendance

Pierre Janet distingue-t-il deux périodes. En premier lieu, la phase de latence qui peut des décomposer en deux parties : la tendance commence à s'ériger progressivement ; le sujet éprouve un besoin qui se manifeste d'abord d'une manière diffuse et qu'accompagne par la suite une inquiétude. Par exemple, éprouver la sensation de faim lors d'un travail. Puis, pour s'imposer la tendance réclame de la part du sujet un effort et celui-ci l'aide par l'imagination, l'observation ou la réflexion. La deuxième période est une phase de consommation au cours de laquelle la tendance est satisfaite . Cette phase est précédée par le désir et la tendance fait corps avec elle-même.

Tendance et énergie psychique

L'énergie psychique se répartit différemment selon les tendances. Ainsi les tendances vitales investissent-elles une forte énergie psychique quand les tendances supérieures – par exemple esthétiques – en investissent beaucoup moins. On peut remarquer que ces dernières se manifestent le plus souvent lorsque les tendances vitales sont satisfaites.

En outre, la tension psychique varie selon la nature des actes. Dans nos relations avec autrui, certains actes sont peu coûteux, alors que d’autres exigent un grand effort. On prendra pour exemple l’ordre que s’intime Julien Sorel : «  A dix heures, je prendrai la main de Madame de Raynal. » (Le Rouge et le Noir de Stendhal).

Tendance et histoire du corps

Si la tendance se détache sur le fond de la conduite, l'apparition des différentes tendances dépend du développement organique. La maturation du corps est symétrique de l'histoire psychologique du sujet. Et c'est au cours de cette histoire que les tendances apparaissent successivement. Ainsi, à la suite des tendances vitales, apparaissent les tendances ludiques caractérisées par le besoin de consommer de l'énergie. Leur succèdent les tendances sentimentales où cette énergie est consommée dans des cas précis (sport, voyage, aventure). Enfin apparaissent les tendances de prestige qui caractérisent l'homme arrivé à sa maturité.

Cependant si l'apparition d'une tendance dépend de la maturation corporelle, elle dépend aussi de l'activation qui est produite par une prise de conscience : la lecture donne le goût des voyages ; le cinéma peut faciliter les tendances agressives.


4. Le conflit des tendances


La vie psychologique est faite de tensions qui exprime des conflits dont la résolution amène le sujet à agir. Mais la réussite n'est pas toujours au bout de la tentative.

La psychanalyse a étudié avec la plus grande perspicacité l'aspect conflictuel des tendances en présence. En premier lieu, il peut y avoir conflit entre la tendance et la réalité extérieure lorsque les conditions matérielles ne permettent pas de satisfaire le besoin. Un second conflit peut opposer la tendance à l'oeuvre et la conscience morale : les impératifs sociaux et moraux empêchent la satisfaction du besoin. Enfin, deux tendances peuvent entrer en conflit et le sujet doit arbitrer dans la difficulté.

Les trois stades de développement

Pour la psychanalyse, le développement de la personnalité est lié aux tendances psycho-sexuelles et se fait selon trois différents stades. Au stade oral (jusqu'à 18 mois) prédomine l'incorporation et la possibilité de déclencher le mécanisme de la générosité. S'ensuit le stade anal (de 18 mois à 3 ans) caractérisé par une attitude de rejet et l'apparition des premières manifestations de l'agressivité. Au stade phallique (de 3 à 7 ans) les rapports avec les parents se compliquent : le garçon est attiré par sa mère (complexe d'Oedipe) et la fille par son père (complexe d'Electre). le sujet porte à ses organes génitaux. Apparaît alors la tendance à l'exhibitionnisme : les garçons s'affirment par des initiatives et les filles se replient sur elles-mêmes. S'ensuit une période dite de latence vers 7 ou 8 ans. Enfin, le stade génital, à la puberté, se définit par le réveil des impulsions sexuelles.

Ce développement psycho-sexuel peut entraîner des conflits mal résolus. Ainsi, si le passage d'un stade à l'autre est indispensable, il peut être rendu difficile par le milieu dans lequel évolue l'enfant. Un reproche adressé de façon véhémente ou maladroite peut faire naître un interdit : l'expression « Tu n'as pas honte » peut avoir des répercussions négatives selon le moment où elle est dite et en fonction des personnes présentes. On dit alors qu'il y a fixation à l'un des trois stades. Toutefois, il n'est pas possible de tout laisser faire car la personnalité se constitue au cours des passages d'un stade à l'autre et le rôle de tout éducateur n'est pas de se substituer au sujet, mais de l'aider à passer normalement ces stades. Tout l'art délicat de l'éducation consiste à accepter les tendances qui apparaissent tout en présentant à l'enfant des conflits à sa mesure de façon qu'il puisse les surmonter et se développer en évitant qu'il ne fixe à un stade antérieur. Ainsi en est-il de la tendance à tout porter à sa bouche, ce qui généralise le réflexe de succion ; ou encore de la tendance à rejeter, ce qui exprime une attitude négative ; voire de la tendance à s'exhiber qui permet de prendre conscience de sa différence. Ce parcours de développement permet ainsi de se poser en s'opposant.

Les mécanismes de défense : refoulement, projection

Mais si ses tendances sont brimées, l'enfant se fixe à l'un des trois stades et le comportement de l'adulte qu'il devient reprend cette fixation sous forme de perversion. Ainsi une fixation au stade anal peut conduire à un comportement adulte sadique ou masochiste tandis qu'un manque d'affection dans l'enfance peut expliquer l'avarice. Par ailleurs, le développement des tendances et les obstacles rencontrés pour les satisfaire peut entraîner l'apparition de mécanismes de défense utilisés par le Moi qui entend étouffer les tendances jugées comme inacceptables. Le plus fréquent se nomme refoulement. Le refoulement revient à ne pas prendre conscience de la tendance désagréable qui peut être source de conflit. C'est le cas lorsque la tendance se heurte à l'impossibilité matérielle de la satisfaire ou bien à des convenances sociales, ou encore à une autre tendance. Le refoulement est un danger intérieur au cœur même de la personnalité dans la mesure où cette dernière rejette une tendance en la considérant comme étrangère : la refoulant, il adopte une conduite inhibée.

Le refoulement est un mécanisme de défense qui porte sur le « soi », mais « le moi » se défend en invoquant autrui. Il s'agit alors de la projection qui consiste à attribuer à autrui ses propres tendances : la tendance n'est pas niée mais, comme c'est plus ou moins le cas dans le refoulement, on dit que c'est l'autre qui l'éprouve. Par exemple, je hais telle personne, mais les convenances sociales et la morale pratique m'interdisent ce sentiment. Aussi vais-je opérer un retournement : ce n'est pas moi qui la hais, c'est elle, au contraire, qui me déteste et me force à la haïr (cf Jean-Jacques Rousseau dans ses Confessions). Le mécanisme de la projection permet d'échapper au sentiment de culpabilité et à rejeter toute responsabilité.


Les mécanismes d’adaptation : dérivation et sublimation


Contrairement aux mécanismes de défense qui nient ou projettent sur autrui la tendance refoulée, il existe d'autres mécanismes – socialement utiles - qui redistribuent les tendances et nous permettent de nous adapter au milieu.

Lorsque la tendance conserve son orientation mais change d'objet, on est dans un mécanisme de dérivation : ce processus permet d'assigner à la tendance un objet et une utilité sociale. Par exemple, l'agressivité va être dérivée vers la compétition sportive ou la critique littéraire : de même, la tendance maternelle peut être dérivée vers l'amour des animaux.

Il existe aussi une dérivation à la fois de l'orientation et du but de la tendance : il s'agit alors de la sublimation au cours de laquelle l'énergie de la tendance est mise à la disposition de la personnalité. Ce mécanisme se trouve à la base de la plupart des œuvres artistiques (littéraires, musicales, picturales, etc) et scientifiques. Dans l'oeuvre d'art, l'auteur exprime ses conflits en dérivant les tendances qu'il ne peut maîtriser par lui-même et dont il arrive à se libérer par l'écriture : c'est ainsi que Goethe écrit Werther pour se délivrer de l'idée de suicide.




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Droits d'auteur © Sophie LAUZON






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