Les Sentiers de la Perdition de Sam Mendes

Intérêt
Road to perdition de Sam Mendes était très attendu après un American Beauty (1999) qui avait séduit. Abordant cette fois un genre très différent – le film de gangsters -, le réalisateur met de nouveau en scène les rapports difficiles entre père et enfant à travers un double drame émouvant.


Table des matières

1. Analyse


Au début du film, sur les images d’une plage au bord de l’océan, une voix off d’enfant évoque son père. Cette séquence d’ouverture se retrouve, deux heures de film plus tard, pour clore le retour en arrière au cours duquel Sam Mendès a raconté l’histoire de ce père et de cet enfant.

Entre-temps, le récit s’ouvre sur l’image de l’enfant remontant, à contre-courant, une foule d’hommes qui sortent de l’usine, en une scène symbolique du retour vers un passé mort (que signifie aussi la couleur sombre de la séquence). Puis se dessine le tableau idyllique et figé – en apparences - d’un univers quasi familial et hiérarchisé qui se trouve bouleversé par les agissements de Connor, le propre fils de Rooney dans la mesure où il entend prendre la place de son père. Les apparences volent alors en éclats et le film bascule dans la tragédie.

Une tragédie qui est, d’abord, celle d’un homme, Michael Sullivan, qui menait jusque-là une double vie et se voit, suite à un enchaînement fatal de circonstances, plongé dans le malheur et contraint, tout à la fois, de s’opposer à ce qui était son milieu affectif et professionnel, de venger sa famille et de protéger son fils et lui-même d’une élimination préventive. Le mot de tragédie est le plus approprié puisque, en simplifiant, un homme doit tuer son père spirituel pour sauver son fils (ce qui évoque Sophocle) tandis qu’un père doit couvrir les agissements du sien qui entend le destituer (thème shakespearien).

On assiste alors à un double mouvement parallèle mais inverse : d’une part, à une descente aux enfers (se venger signifie pour M. Sullivan se retrouver seul contre la pègre) mais aussi à une ascension vers une rédemption spirituelle (assurer la survie de son fils est une façon de se racheter de son passé de criminel et de mauvais père). Mais c’est visuellement - et c’est l’un des atouts du film - que Sam Mendès traduit ce double mouvement : il nous montre un M. Sullivan très entouré à l’écran au début du film (relations nombreuses, amis précieux, réunions chaleureuses et famille refuge) pour, progressivement, l’installer dans une solitude désespérée, en charge d’un enfant qui représente une entrave face à un univers hostile et menaçant alors qu’il est pourchassé par un tueur psychopathe (Jude Law) lancé à ses trousses.

De même, le chemin du rachat se lit à travers les transformations successives d’un décor et d’une lumière très symboliques : la neige glaciale du début du film fond peu à peu ; lui succède une pluie dense, diluvienne, oppressante ; avant que la lumière de l’océan n’envahisse l’image à la fin du film. De la neige au soleil de la mer, de l’ombre à la lumière, ces sentiers-là mènent au salut. Mais un salut qui exige son tribut : le châtiment est souvent le prix à payer pour pouvoir se racheter... On ne peut manquer de souligner la qualité d’une photographie proprement superbe (due au chef opérateur Conrad L. Hall, décédé depuis) qui, souvent, organise une profondeur de champ visant à exprimer le refus des apparences (c’est-à-dire le premier plan) et la sensation (cf. le bas de la jaquette du Dvd) que le héros et son fils sortent littéralement d’un passé trouble (désormais derrière eux) qu’ils rejettent pour s’avancer vers la lumière de la réconciliation avec eux-mêmes.

Il faut absolument insister, par ailleurs, sur trois séquences intéressantes du film. D’abord, la scène du premier meurtre, « partiellement » – façon de signifier qu’un enfant ne peut comprendre qu’une « partie » des choses ? - entrevue par les yeux horrifiés de l’enfant caché, puis découvert et devenu victime obligée offerte au bourreau comme un agneau apeuré sous la pluie ruisselante. Ensuite, la scène de l’exécution des membres de la pègre orchestrée en un tableau nocturne saisissant (filmé au ralenti comme un ballet muet, presque immobile, sous une pluie battante mais silencieuse, souligné par une discrète musique) et magnifiée par une photographie splendide qui dessine, dans un savant clair-obscur, la plus impitoyable des scènes.

Enfin, la séquence du châtiment final visuellement annoncée par une photo surexposée qui met en lumière l’accomplissement du héros sacrifié au moment même où il connaît la rédemption.

Sam Mendès s’interroge ainsi, comme dans American beauty, sur le rôle social des apparences et, en contrepartie, sur notre besoin profond de vérité et d’accord avec nous-même, à travers des personnages nuancés et complexes qui sont, tour à tour, dans l’ombre et la lumière, comme l’illustre la photographie toute en contraste du film. Il signe un film certes très construit mais profondément émouvant, voire poignant qui impose le respect. A voir absolument.


2. Synopsis


Dans le Chicago de 1931, en pleine Prohibition, Michael Sullivan (Tom Hanks) est un tueur professionnel au service du chef de la pègre irlandaise, John Rooney (Paul Newman, qu’il considère comme son père spirituel, tandis que ce dernier lui témoigne estime et affection. Suite à un conflit interne à la pègre, Michael se retrouve contraint, pour protéger son propre fils, de s’opposer à son patron. Dès lors, son existence se trouve bouleversée. Rompant avec son entourage, il n’a plus qu’une obsession : mettre son fils en sécurité et lui proposer une vie différente de la sienne...


3. Fiche technique


  • Titre original : Road to perdition.
  • Réalisation : Sam Mendès.
  • Scénario : David Self , d’après l’œuvre de Max Allan Collins.
  • Directeur de la photographie : Conrad Hall.
  • Musique : Thomas Newman.
  • Production : Twentieth Century Fox / DreamWorks SKG / The Zanuck Company.
  • Distribution : UFD.
  • Durée : 125 minutes.
  • Année : 2001.

Distribution :

  • Michael Sullivan : Tom Hanks.
  • John Rooney : Paul Newman.
  • Maguire : Jude Law.
  • Annie Sullivan : Jennifer Jason Leigh.
  • Frank Nitti : Stanley Tucci.
  • Connor Rooney : Daniel Craig.
  • Michael Sullivan Jr : Tyler Hoechlin.
  • Peter Sullivan : Liam Aiken.


4. Edition DVD zone 2


  • Image : format 2.35 - Ecran 16/ 4/3. Une photographie de très grande qualité due au remarquable travail du Chef-opérateur Conrad Hall, décédé depuis. Souvent sombre, voire décolorée - assortie au propos tragique du film -, l’image offre des couleurs toutes en contrastes. Par exemple, la séquence, pourtant nocturne, de l’exécution collective est somptueuse de précision et de clair-obscur lumineux ! Un modèle du genre. Les couleurs sont par ailleurs travaillées en fonction de l’évolution du récit ; c’est ainsi que les couleurs claires n’apparaissent qu’à certains moments pour illustrer les moments heureux.
  • Son : français et anglais en Dolby Digital 5.1 - sous-titres français, anglais, hollandais, allemands et grecs. Il faut plutôt choisir la VO pour éviter un doublage de Tom Hanks discutable. La musique, omniprésente, inonde les enceintes tandis que les effets d’ambiance (respiration de la mer, moteurs des autos, coups de feu, etc.)sont soigneusement mis en valeur. Il est à noter que ce sont surtout les enceintes avant qui sont sollicitées ; plus rarement les arrière.
  • Suppléments : ils proposent un ensemble correct, sans plus. Faut-il s’attendre à une édition plus huppée prochainement ? Actuellement, le Dvd se trouve à prix réduit (autour de 12 euros). Sont successivement proposés :

Le commentaire audio du film par un Sam Mendes qui s’applique à donner son jugement et ses remarques essentiellement à ce qui se déroule sur l’écran est remarquable d’intérêt : il ne fait aucune digression et propose son point de vue avec un grand souci pédagogique, ce qui est une première qualité. Un autre intérêt de son commentaire est le souci constant qu’il montre de justifier tous les détails de sa réalisation : importance du hors champ, des mouvements de caméra, des couleurs, des détails du récit, des expressions des acteurs, etc. Bref, ce travail de Sam Mendes est un parfait modèle de commentaire audio. Si vous avez aimé ce film, il faut le revoir avec le commentaire audio !

Les Coulisses du tournage du film est, à l’inverse, banal en ce sens qu’il ressemble à la plupart des reportages du même genre. D’une durée de 24 minutes, il propose, selon l’usage, des interviewes des acteurs et de l’équipe technique, entrecoupés d’extraits du tournage ou du film. Les scènes inédites sont proposées avec ou sans commentaire du réalisateur. Il est, évidemment, conseillé de choisir l’option commentaire, ne serait-ce que pour comprendre pourquoi elles s’ont pas été retenues. Au nombre de 12, elles ne manquent certes pas d’intérêt et s’intitulent : « L’heure du dîner/Condoléances/Les mots du cœur/Amour maternel/Le night-club/Confession/Le motel/Récolter des informations/Une danse/ Mr Capone/L’image du père ».

Une galerie de photos propose cinquante clichés et est accompagnée d’instructons pour actionner votre télécommande !

Les biographies des acteurs et de l’équipe du film – en anglais seulement – concernent en fait seulement les acteurs (absence compréhensible de Sam Mendes, réalisateur de deux films seulement). Tom Hanks et Paul Newman se partagent la vedette avec onze pages (écrites et illustrées de photos) consacrées à la carrière de chacun. On le voit, ces biographies ont été soignées !

Les notes de production – en anglais seulement – proposent vingt-quatre pages sur fond d’images fixes et muettes sur la genèse, la conception et la réalisation du film.

  • Jaquette : la jaquette proposée est intéressante car elle met en image une première lecture du film. En effet, le titre la partage en deux parties qui symbolisent les deux vies de Michael Sullivan : en haut, son visage encadré des personnages qui évoquent sa face noire de tueur à gages ; en bas, une superbe photo toute en profondeur le montre avec son fils, dans un décor urbain glacé, marchant vers une nouvelle vie ensemble, d’un même pas. Bref, une jaquette qui, pour une fois, épouse la signification du film !




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Droits d'auteur © Henri PHILIBERT-CAILLAT


5. Bande annonce





 
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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2013-04-15 09:56:38




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