Les Mains sales de Jean-Paul Sartre

Intérêt
Cette pièce de Jean-Paul Sartre, écrite et représentée en 1948, est caractéristique de son théâtre qui évoque des « libertés qui se choisissent dans des situations » et plus particulièrement « le moment qui engage une morale et toute une vie ». 



Table des matières

1. SCHÉMA D'ANALYSE


Sartre organise sa pièce autour d'un retour en arrière qui ménage un suspens permettant de tenir en haleine le spectateur durant la représentation. Par ailleurs, il situe les événements en prise directe avec l'actualité de l'époque (1948) puisqu'il décrit la conquête du pouvoir par les communistes en Illyrie, pays, certes, imaginaire de l'Europe centrale mais qui fait penser à la Hongrie d'alors, au lendemain de la 2ème guerre mondiale. Cette situation historique se double ainsi d'une situation morale et politique posant la question de la fin et des moyens de cette prise du pouvoir à propos de laquelle s'affrontent les personnages de Louis, et surtout ceux de Hugo et de Hœderer. De plus, la dimension psychologique aiguise l'intérêt du spectateur en ce sens que la pièce explore les rapports fluctuants entre, notamment, Hugo – le point central – et Hoederer, Jessica et Olga. Enfin, les idées philosophiques de l'auteur sont présentées sans le moindre didactisme mais « en situation ».


1.1. Une structure efficace


La pièce est composée de sept tableaux. Elle est organisée autour d’un retour en arrière : les tableaux I et VII sont situés en mars 1945 et se déroulent au cours de la même soirée (de 21 heures à minuit). Les tableaux II à VI retracent les événements du mois de mars 1943, deux années plus tôt.



Il va de soi que l'entretien entre Olga et Hugo dans la mesure où l'issue de la situation est fixée à minuit acquiert une dimension d'autant plus dramatique que les trois heures avant la prise de décision correspondent à la durée réelle de la pièce sur la scène pour le spectateur.


1.2. Une pièce historique et politique


Un prétexte historique : la situation politique en 1944

a) Causes : la prochaine défaite des Allemands et l'arrivée des troupes soviétiques redistribuent la carte politique en Illyrie.
b) Conséquences : les Soviétiques, sur le point de libérer le pays, entendent installer en Illyrie un régime communiste. Or, le Prince, qui a pactisé avec les troupes allemandes sur le point d'être vaincues, doit, en toute urgence, trouver un allié acceptable pour les communistes, en l'occurrence le Parti Prolétarien de Hœderer, de façon à conserver son pouvoir. Il en est de même pour les Libéraux représentés par Karski – à la différence que ses hommes ont lutté contre l'occupant allemand. Mais le Prince et Karski doivent, d'abord, se faire adouber par le parti de Hœderer, faute de quoi, ils seront balayés par le vent de l'Histoire.
c) Problématique : le Parti Prolétarien doit-il faire la Révolution sans compromission (point de vue de Louis) ou doit-il accepter un compromis avec ses adversaires pour arriver au pouvoir et s'y maintenir (point de vue de Hoederer) ?

Une analyse politique : les thèmes

a) La nécessité de l’engagement.
b) Le conflit des tendances dans un parti.
c) Le conflit entre pragmatisme et idéalisme.
d) Le conflit entre gauchisme et communisme.


1.3. Une représentation des problèmes sociaux


Des classes sociales en lutte dans une situation historique cruciale :

a) Hugo : de l’enfant bourgeois à l’adolescent intellectuel en proie au remords.
b) Slick et George : des enfants du peuple malheureux pleins de ressentiment aux militants du Parti.
c) Hœderer : une volonté de supprimer l’injustice et ses représentants.
d) Karsky ou le parti des Libéraux soucieux de l'intérêt national.
e) Le Prince ou le goût du pouvoir pour lui-même.

La situation de la femme :

a) Une société aliénante qui fait de la femme un objet de plaisir ou le repos du guerrier (Cf. Jessica vue par Slick, George, voire Hœderer).
b) Jessica ou la femme velléitaire : elle est consciente de la situation que son éducation lui a donnée mais ne conçoit son avenir qu’à travers un homme : Hugo, d’abord ; Hoederer, ensuite.
c) Olga ou la révolte contre sa condition et la prise de conscience par l’engagement. Puis le conflit entre le cœur et la raison à propose de Hugo.


1.4. Une œuvre aux ressorts psychologiques


Des personnages différents, voire opposés :

a) Les velléitaires et les insatisfaits ( Hugo et Jessica) marqués par l’immaturité, par l’inconséquence, par le doute et le pessimisme, par la recherche d’eux-mêmes et par l'individualisme. Le Tableau IV, scène 1 qui met en scène les deux personnages présente les rapports entre Jessica et Hugo. On découvre que Jessica se moque facilement de Hugo et n'écoute pas vraiment ce qu'il dit. A l'inverse, elle s'intéresse à ce que fait, dit et est Hœderer. Or, Hugo est présent physiquement devant elle mais il se montre faible physiquement, indécis dans ses choix et manque de personnalité tandis que Hœderer, bien qu'absent sur la scène, lui apparaît fort, sûr de lui et lui rappelle l'image du père tout-puissant.
b) Les « forts » (Louis, Hœderer et Olga) caractérisés
- par le sens des responsabilités
- par une cohérence et une volonté qui les conduisent à passer à l'action une fois la décision prise.


Des personnages en évolution, Hugo et Jessica :

a) Hugo : du doute de soi et de l'atermoiement à la construction de soi-même.
b) Jessica : d'une attitude de jeu et d'amusement à la confirmation de ses impressions : le meurtre d'Hœderer ne doit pas avoir lieu et rien ne doit changer.


1.5. Une tragédie moderne à portée philosophique


Un personnage qui choisit d’assumer son destin :

a) Hugo est tourné vers le passé et ses souvenirs. Il aime parler, ce qui le fait exister. Il recherche d’autant plus la confiance d’autrui qu’il manque de confiance en lui. Il est donc d’autant plus indécis et éprouve une grande difficulté à s’assumer. Rêveur et distrait, il entend exister à travers ce que pensent de lui les autres. (Premier et Deuxième Tableau) Il apparaît comme un personnage puéril et inconséquent. En effet, il refuse qu’on le traite comme un enfant mais montre son égocentrisme et s’évade de la réalité puisqu’il est profondément distrait et tourmenté par de nombreux problèmes personnels. Face à Hoederer qui l’impressionne, il ne sent pas réel (« Je vis dans un décor, déplore-t-il. » (Quatrième Tableau, scène 1).
b) Exister, c’est vouloir et choisir. C’est ainsi que Hugo n’a qu’une peur, c’est de ressembler à son père qu’il déteste parce que ce dernier n’a jamais vu dans sa révolte contre l’ordre social injuste qu’une posture passagère ainsi qu’il le lui fait comprendre  : « Moi aussi, dans mon temps, j’ai fait partie d’un groupe révolutionnaire ; j’écrivais dans leur journal. Ça te passera comme ça m’a passé... » Or, Hugo revendique son choix comme un acte voulu et définitif qui engage à jamais sa vie. Et il ne peut accepter que l’on considère cet engagement comme un geste juvénile romantique. Hugo est un personnage marqué par ses origines bourgeoises qu’il voudrait effacer. Susceptible et romantique, il choisit, par exemple, comme nom dans le Parti celui du personnage de Dostoïevski, Raskolnikff, de Crime et Châtiment, et il entend jouer un rôle actif dans cette Révolution qui s’annonce et ne pas rester le simple secrétaire d’Hoederer. Il révèle même à Olga qu’il « n’a pas envie de vivre. » Hugo manquant de confiance en lui-même, il est persuadé que les autres ne croient pas en lui et, notamment, sa femme Jessica. Ainsi qu’il le confie à Olga (1er Tableau, scène 1) : « Je parle trop (…) Vous n’avez jamais eu confiance en moi. »
c) La décision finale qu’il prend pour échapper au dilemme - s’enfuir comme le lui propose Olga et sauver sa vie, mais rabaisser la mémoire d’Hœderer - s’explique, certes, par sa tentation suicidaire et son désir de jouer un rôle dans l’Histoire mais révèle un choix de vie qui vise à transformer – Cf. le vocabulaire sartrien - un « geste » en « acte authentique » (1). A la différence d’un Ponce Pilate qui « se lave les mains » et de sa femme Jessica : « Je ne connais rien à vos histoires et je m’en lave les mains. » (Cinquième Tableau, scène II), Hugo choisit « les mains sales » en criant, in fine, « non récupérable » et Sartre nous fait assister à cette transformation de Hugo au moment même où il domine enfin son passé, l’ordonne en histoire logique et lui donne une signification par le dénouement qu’il choisit délibérément.


La vision d’un monde « absurde » :

a) des personnages jouets du hasard : « Les plans des souris et des hommes souvent ne se réalisent pas. »  (Robert Burns, 1785) Un hasard qui exprime symboliquement les incertitudes des personnages et la contingence liée aux situations : que se serait-il passé si Hugo n'avait pas surpris Hœderer et Jessica ? La pièce de Sartre nous fait passer du Destin arrêté par les Dieux tel qu'il advient dans la tragédie antique au Hasard moderne, quotidien et prosaïque qui se joue également des hommes.
b) des personnages « floués » par une mort absurde : Hœderer dans la réalisation de ses projets politiques (mort à cause d’un baiser) ; Hugo dans l’affirmation de soi : choix d'une mort que l'on pourrait, aussi et quoi qu'il en veuille, qualifier d'« accidentelle. »


1.6. Conclusion


Les Mains sales expriment, certes, les idées de Sartre mais la pièce respecte les formes théâtrales (contrairement à Les Mouches) , notamment dans le souci de la progression dramatique et la présence de coups de théâtre. Sartre manifeste également une volonté de créer des personnages réels, de chair et de sang, qui ne soient pas seulement l’incarnation d’idées philosophiques ou politiques.

L'intérêt de la pièce et ce qui en fait toute sa richesse consiste dans une construction rigoureuse qui ménage un suspens à la fois haletant et émouvant fondée sur un retour en arrière, et dans sa dimension tout à la fois historique, sociale, psychologique et philosophique.


NOTE :

(1) L’existentialisme peut s’inscrire dans la phrase de Dostïevsky : « Si Dieu n’existait pas, tout serait permis. » Ainsi l’existence précède l’essence et l’homme est libre, voire condamné à être libre. Il est donc responsable de ce qu’il fait et doit s’engager. Ce n’est qu’après sa mort que l’on pourra dire qui il était en faisant le bilan de ses actes. C’est ainsi que Hugo ne devient vraiment ce qu’il était qu’au moment ultime, lorsqu’il s’écrie « non récupérable. »


2. RÉSUMÉ DÉTAILLÉ


Premier Tableau [Mars 1945, chez Olga]

Scène I : La scène se déroule chez Olga qui écoute la radio : le speaker annonce la retraite de l’armée allemande et la progression de l’armée soviétique à la frontière illyrienne. Puis on frappe : c’est Hugo dont semble se méfie Olga puisqu’elle s’empare d’un pistolet avant d’ouvrir. Hugo sort de prison après avoir été condamné à cinq ans pour avoir exécuté Hœderer sur l’ordre du Parti prolétarien. Il précise à Olga qu’on a essayé de l’assassiner en lui offrant des chocolats empoisonnés, signe, selon lui, que le Parti a changé d’avis et le considère, désormais, comme irrécupérable. Malgré leur opposition verbale, on comprend que Hugo et Olga ont été intimes.

Scène II : Une auto s’arrête et un nommé Charles frappe à son tour à la porte. Olga envoie Hugo dans sa chambre. Charles et Frantz entrent et demandent après Hugo pour l’exécuter. Olga ne s’y oppose pas mais exige, auparavant, de voir leur chef, Louis. Scène III : Olga prend la défense de Hugo et demande du temps pour savoir si Hugo est récupérable pour le Parti, ce dont doute Louis. Elle lui propose de revenir trois heures plus tard : elle saura alors si Hugo peut être utile. Scène IV : Hugo, désemparé et indécis, accepte de raconter à Olga son histoire depuis mars 1943 et comment il en est venu à tuer Hœderer.

Deuxième tableau [Deux ans plus tôt, mars 1943, chez Olga]

Scène I : Hugo qui rédige le journal du Parti Prolétarien et Ivan discutent : on apprend que Hugo est au Parti depuis un an et que Ivan a l’impression d’y avoir toujours été. Ce dernier se prépare à un mission : faire sauter un pont.

Scène II : Précisément, Olga entre avec une valise qu’elle confie à Ivan

Scène III : Hugo reproche à Louis et à Olga de ne pas lui faire confiance en le cantonnant à la rédaction du Journal du Parti alors qu’il aimerait agir en mission comme Ivan. Dans la pièce voisine deux personnes s’affrontent, Louis et Hoederer ancien député et secrétaire du Parti à propos de la stratégie à suivre. Hugo renouvelle son souhait d’agir et précise à Olga qu’il ne tient pas à la vie même s’il est marié à Jessica ; qu’il a peur de ressembler à son père, devenu un conservateur avec l’âge. Scène IV : Louis expose la situation : Hœderer est favorable à un accord avec le Régent fasciste et les sociaux-démocrates de Karsky, ce qu'il réprouve. Il propose donc à Hugo, en mal d'action, de s'installer avec sa femme, en tant que secrétaire, chez Hoederer le traitre et de l'éliminer dès qu'il le lui fera savoir.

Troisième tableau [Le pavillon de Hoederer dans lequel s’installent Hugo et Jessica]

Scène I : Jessica, d’abord seule dans la pièce, fouille les affaires de Hugo et subtilise un objet. Elle découvre que Hugo conserve douze photos de lui-même, comprend son narcissisme et son envie de devenir un homme d’action. Hugo qui entre aussitôt finit par lui dire qu’il va tuer Hœderer. Mais Jessica ne le prend pas au sérieux. On s’aperçoit qu’existent entre eux, en fait, des rapports d’enfants qui jouent l’un avec l’autre.

Scène II : Les gardes du corps de Hœderer s’invitent et entendent fouiller Hugo qui refuse énergiquement. La confrontation qui s’ensuit dégénère en opposition de classe entre origine bourgeoise (Hugo) et ouvrière (Slick).

Scène III : Entre Hœderer qui essaie de désamorcer la tension. Après avoir remarqué la beauté de Jessica, il oblige ses hommes à respecter Hugo même s’il diffère d’eux par ses origines. La fouille prévue a bien lieu mais ne donne aucun résultat puisque Jessica avait enlevé l’arme de la valise.

Scène IV : Sous le charme de Jessica, Hœderer resté seul avec le couple, met en garde Jessica : sa séduction est dangereuse pour la stabilité du groupe. Sous les questions directes et abruptes de Hœderer, Hugo révèle une indécision et un trouble, un complexe d’enfant riche et narcissique qui finissent par intriguer Hœderer qui fouille la valise et découvre les photos de Hugo.

Scène V : Hœderer parti, Jessica et Hugo reprennent leurs jeux d’enfant. Mais Jessica se révèle une femme libre et sans illusions sur son mari qu’elle a vu pour la première fois face à, dit-elle, de vrais hommes. Hugo confie qu’il a cru vivre une scène de comédie lors de la fouille, signifiant que rien ne lui semble tout à fait vrai dans la réalité. Il ajoute qu’il a du mal à s’imaginer en assassin. Ils se battent, enfin, pour la possession de l’arme que Hugo récupère.

Quatrième tableau [Bureau de Hœderer. Hugo, seul, touche le stylo puis la cafetière de Hœderer]

Scène I : Jessica entre et surprend Hugo qui sursaute. Ils se disputent à propos de sa venue et du fait qu’elle a apporté le révolver dont ne veut pas Hugo. Aussi Jessica lui reproche-t-elle de ne pas avoir encore agi en tuant Hœderer car, rien ne se passant, elle s’ennuie. Pour s’en débarrasser, Hugo prend l’arme mais, au lieu de sortir, Jessica se met à examiner les affaires de Hœderer, s’interroge sur son écriture et, plus généralement, sur son activité quotidienne. Comme Hugo lui confie que Hœderer fait exister tout ce qui, pour lui, n’est qu’un décor, elle lui demande tout à trac de ne pas le tuer. Hugo, décontenancé, l’interroge tout en s’interrogeant lui-même , « Tu crois donc que je vais le tuer ? », comme pour s’en persuader. Puis il demande de nouveau à Jessica de quitter le bureau.

Scène II : Entre Hœderer qui s’étonne de la présence de Jessica et reproche à Hugo de ne pas être maître de sa femme. Jessica lui répond que Hugo n’est pas son mari mais son petit frère. Hœderer la rudoie en la faisant sortir.

Scène III : Hœderer demande à Hugo de ne plus laisser entrer Jessica car la tentation risque d’être trop forte. Par ailleurs, il révèle à Hugo qu’il se sait menacé et que ses ennemis politiques aimeraient le tuer avant qu’il ne reçoive Karsky et le Prince.Dans la discussion qui suit, Hœderer confie qu’il est passé directement de l’enfance à l’âge adulte et fait remarquer à Hugo qui se sent jeune que c’est le symptôme d’une maladie bien bourgeoise. Sentant Hugo de plus en plus mal à l’aise, il lui propose de l’aider.

Scène IV : Slick et George font entrer Karsky, secrétaire du Pentagone, et le prince Paul, le fils du régent. Karsky, qui connaît Hugo veut lui donner des nouvelles de son père mais Hugo refuse. Karsky lui reproche alors d’être la responsable de sa mort ; Hugo lui répond qu’il est quitte puisque son père est responsable de sa vie. Karsky et Hœderer se défient en soulignant leurs différences. Le Prince intervient pour apaiser les esprits et prôner l'union nationale pour sauver l'Illyrie. Il brosse un tableau de la situation et reconnaît que, sous la menace allemande, son père a dû mettre en veilleuse les revendications des travailleurs. Et déclarer la guerre à L'URSS, ajoute Hœderer. Le Prince valorise Karsky qui représente un mouvement de résistance national aux Allemands. Il précise à Hœderer que Karsky et lui-même sont prêts à une union de toutes les forces illyriennes, y compris avec le Parti Prolétarien de Hœderer. Il propose, en cas d'accord, la création d'un Comité National Clandestin constitué de douze voix dont quatre pour lui, six pour le Pentagone de Karsky et deux pour le Parti d'Hœderer. Le Prince justifie le nombre de voix prévu pour Karsky par le fait que son Pentagone représente 56 % de la population et la bourgeoisie, alors que le Parti prolétarien de Hœderer ne regroupe que 20 % de la population. Il précise enfin qu'il y aura fusion des trois composantes et l'entrée du Parti Prolétarien dans le Pentagone de Karsky. Hoederer rejette l'offre du prince, qu'il juge absurde et propose, à son tour, un Comité Directeur réduit à six membres dont trois pour le Parti prolétarien et trois pour le Prince et Karsky. Quant aux organisations clandestines – qu resteront autonomes – elles n'agiront que sur ordre du Comité Directeur. C'est au tour de Karsky de refuser et de menacer de quitter la réunion. Mais le Prince entend rester. Hœderer rappelle alors à ses deux interlocuteurs la situation nouvelle qui se présente désormais : l'Illyrie est sur le point d'être envahie par les armées soviétiques alors que l'Allemagne commence à battre en retraite , ce qui explique, selon Hoederer, leur brusque envie d'une union nationale. Il ajoute que Karsky et le Pentagone ont besoin du Parti prolétarien – qui serait leur caution morale – le jour proche où les troupes soviétiques pénètreront en Illyrie, car, alors, les Soviétiques choisiront le Parti prolétarien – et ses alliés – comme parti de gouvernement. Karsky et le Prince sont bien obligés de discuter quand Hugo prend la parole, malgré l'ordre de se taire que lui intime Hœderer, pour dénoncer avec véhémence la proposition d'Hœderer à ses ennemis. Furieux, il met la main à sa poche pour dégainer son arme. Une explosion retentit alors.

Scène V : George, Léon et Slick, puis Jessica entrent en courant. Karsky est le seul blessé de l’attentat qui, affirme Hœderer, le visait. La réunion va se poursuivre à l’étage mais Hœderer demande à Hugo de ne pas y assister.

Scène VI : Hugo, amer, découvre que Louis ne lui a pas fait confiance et se plaint, quitte à éveiller les soupçons de George et de Slick. Jessica intervient, à deux reprises, pour donner le change en faisant dévier la conversation sur leur couple, puis sur un enfant qu’elle attendrait. Hugo tombe au sol, ivre mort.

Cinquième tableau [Hugo dort. Olga entre pendant que Jessica est dans la salle de bain]

Scène I : Olga Lorame se présente à Jessica ; c’est elle qui a jeté la bombe, quitte à tuer Hugo puisque Louis pense qu’il a trahi dans la mesure où Hœderer est toujours en vie. Une conversation tendue s’engage entre la femme de cœur (Jessica) et la femme de tête (Olga) comme elles se nomment. Puis Olga réveille Hugo et lui annonce qu’il a 24 heures pour accomplir sa mission, faute de quoi il sera remplacé et abattu. Enfin Olga s’enfuit.

Scène II : Hugo se lamente : il allait tirer quand la bombe a explosé. En peline crise existentielle, Hugo finit par demander à Jessica ce qu’elle ferait à sa place. Malgré sa surprise d’être sollicitée, Jessica propose à Hugo de tout avouer à Hœderer et de se mettre à sa disposition. Mais il refuse déclenchant le courroux de Jessica qui brosse un tableau féroce de la condition de la femme infantilisée et passive qui lui a été faite et qui lui interdit tout choix. Jessica et Hugo finissent par reconnaître qu’ils ne se sont jamais vraiment aimés. Mais on frappe à la porte et Hugo, transfiguré, croit que c’est Olga qui revient.

Scène III : Mais c’est un Hœderer à la recherche, semble-t-il, d’une chaleur humaine qui entre. Jessica les oblige à discuter. Hugo reproche à Hœderer son alliance contre nature avec Karsky et le Prince. Hœderer lui rétorque qu’il est impossible de prendre le pouvoir sans leurs forces et que le Parti serait balayé s’il se les mettait à dos ; Hugo en appelle alors à la conformité avec les idées du parti. ; Hœderer met en avant l’efficacité du combat. Puis Hœderer reproche à Hugo son sens de la pureté et, implicitement, lui demande d’apprendre à se salir les mains comme lui l’a déjà fait. Il finit par mettre Hugo face à ses contradictions : Hugo aime plus les principes que les hommes.

Scène IV : Entrent George et Slick à la recherche de Hœderer. Les trois hommes quittent la pièce.

Scène V : Jessica pense que Hœderer a raison et que, en dépit de ses réticences, Hugo en est lui-même convaincu. Mais Hugo nie et annonce qu’il finira le travail le lendemain.

Sixième tableau [Le bureau de Hœderer]

Scène I : Jessica informe Hœderer du projet de Hugo et ajoute que ce dernier, en fait, ne veut pas vraiment le tuer car il l’apprécie beaucoup. Mais Hugo se présente et Hœderer demande à Jessica de sortir par la fenêtre pour ne pas être vue.

Scène II : Hœderer faut parler Hugo en pensant qu’il est trop intellectuel pour passer à l’acte. Une fois de plus, Hugo exhale son amertume : personne ne l’aime ; personne ne lui fait confiance. Cependant, Hœderer lui tourne le dos ; Hugo met la main à sa poche ; Hœderer se retourne et lui demande son arme. Hugo finit par avouer à Hœderer qu’il n’a pas tiré parce qu’il l’aime bien. Il demande à sortir de la pièce.

Scène III : Jessica, qui s’est cachée dans l’embrasure de la fenêtre, réapparaît et s’offre à Hœderer qui résiste mais finit par l’embrasser.

Scène IV : C’est alors qu’entre Hugo : il croit que Hœderer lui a menti lorsqu’il lui a tendu la main et que sa générosité envers lui n’était qu’un prétexte pour s’approprier Jessica. Hœderer a beau vouloir s’expliquer, Hugo n’écoute plus, s’empare du révolver et tire à trois reprises sur Hœderer. Avant d’expirer, ce dernier a le temps de donner le change à Slick et George entrés dans la pièce en affirmant que Hugo n’a tiré que par jalousie parce qu’il n’a pas supporté qu’il couche avec Jessica.

Septième tableau [Dans la chambre d’Olga]

Scène unique : Hugo en est à la fin du récit de son histoire et confie à Olga que, lorsqu’il est rentré dans le bureau, il venait dire à Hœderer qu’il acceptait son aide mais que la vision du baiser entre lui et Jessica avait tout déclenché : un sentiment de trahison avait balayé son amitié naissante pour Hœderer. Olga semble soulagée que Hugo accepte son geste et compte, lui dit-elle, le faire rentrer au Parti. Mais elle doit, d’abord, lui faire un aveu : le Parti a changé sa ligne politique. Abasourdi, Hugo entend Olga lui tenir le discours même que tenait Hœderer concernant le compromis nécessaire avec Karsky et le Prince et découvre qu’il a tué Hoederer pour rien. Après avoir étouffé sa colère, et enfin sûr de lui, Hugo transforme son geste en acte : il refuse d’être récupéré et s’offre aux balles de Louis et de ses acolytes malgré les cris d’Olga en sa faveur.


3. COMPLÉMENT


L’éditeur René Château vient de faire paraître en Dvd le film Les Mains sales réalisé par Fernand Rivers et Simone Berriau en 1951. D’une durée de 100 minutes, ce film en noir et blanc inspiré de la pièce de Jean-Paul Sartre est interprété, notamment, par Pierre Brasseur, Daniel Gélin, Claude Nollier, Monique Arthur et Jacques Castellot.




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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2017-10-06 09:02:02




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