Les Duellistes de Ridley Scott

Intérêt
Premier film de Ridley Scott - bien avant Alien ou Blade Runner -, Les duellistes propose un récit insolite somptueusement mis en images.


Table des matières

1. Analyse


Ce premier film de Ridley Scott obtint le Prix de la Première œuvre lors de sa présentation au Festival de Cannes en 1977.

Adapté d’une nouvelle de Joseph Conrad, ce film propose un scénario profondément original. Il met en relief une véritable obsession : le désir qu’a Féraud – mû par un sens de l’honneur exacerbé ou une haine de classe atavique - de tuer D’Hubert en dépit des efforts de ce dernier pour mettre fin à un conflit qu’il ne comprend pas et qu’il juge fréquemment « absurde ». Les duels récurrents qui rythment le film ne cessent de gagner en sauvagerie : le premier, à l’épée, se déroule selon les règles de la courtoisie ; le second, au sabre puis à mains nues, révèle, au contraire toute la sauvagerie dont l’homme est capable ; le troisième, à cheval, exprime le désir de tuer. Quant au dernier, au pistolet, il signifie la fin de la confrontation par la mort annoncée de l’un des deux protagonistes.

Les deux raisons originelles du conflit entre les deux hommes, ci-dessus évoquées (lors de sa mise aux arrêts, Féraud se retrouve doublement humilié : d’une part, parce qu’elle intervient devant Madame de Lionne dans le Salon de laquelle il est invité, et, d’autre part, sans doute, parce que D’Hubert est noble alors qu’il n’est lui-même que roturier), ne peuvent suffire à expliquer un sens de l’honneur pareillement développé. De même que le Barry Lindon (1975) de Stanley Kubrick – auquel le film de Ridley Scott fait irrésistiblement penser - montrait la vanité de toute destinée, on peut se demander si Les Duellistes ne met pas en exergue l’ennui et la vacuité de la vie humaine et la volonté acharnée de lui donner un sens et un prix (fussent-ils les plus absurdes !), dans le défi permanent lancé à la mort, renforcé par la haine envers qui touche à l’honneur.

Le plan final – énigmatique – montre un Féraud de dos (qui évoque Napoléon avec son célèbre bicorne) dominant une rivière sinuant dans un magnifique paysage. Faut-il y voir un rapprochement avec le destin de Napoléon, lui aussi humilié et défait ? Ne symbolise-t-il pas, plus généralement, l’échec de toute existence fondée sur des projets qui n’aboutissent jamais ? Cette silhouette immobile finale ne représente-t-elle pas cette ultime méditation - apaisée (sérénité du paysage montrée) - sur la vie ?

On ne peut passer sous silence l’incroyable beauté visuelle de ce film. Il nous offre, d’abord, une immersion juste et vraie dans une période oubliée qui se met à revivre quasi charnellement. L’époque est, en effet, reconstituée avec une extrême précision et un tel réalisme ne se voit que très exceptionnellement : chaque plan est l’occasion d’une nouvelle surprise ! Mais cette reconstitution est photographiée, d’autre part, avec un tel souci esthétique, avec une telle méticulosité que chaque image, soigneusement composée, se présente comme un véritable tableau de maître : agencement des éléments, harmonie des couleurs, jeu des contrastes, tout est somptueusement agencé et mis en valeur. Une parfaite réussite !


2. Synopsis


En 1800, à Strasbourg, le lieutenant de l'armée napoléonienne Gabriel Féraud se bat en duel contre le neveu de maire de la ville, qu'il blesse grièvement. Un autre lieutenant, Armand d'Hubert, est chargé par son supérieur de le mettre aux arrêts. Ce dernier signifie son arrestation à Féraud alors qu’il se trouve au domicile de Madame de Lionne, l’une de ses amies. L'interpellation, pourtant courtoise, est mal ressentie par Féraud qui, pour des raisons peu claires, conçoit aussitôt une vive animosité à l’encontre de d’Hubert qu’il provoque, sur le champ, en un duel dont il sort blessé.

Cette première rencontre conflictuelle sera suivie de plusieurs autres, toujours plus violentes, qui se terminent par autant de combats acharnés. Chacun est blessé à tour de rôle, plus ou moins grièvement. Mais Féraud, animé par une véritable rage meurtrière, ne cesse de poursuivre d’Hubert de sa vindicte lors de leurs rencontres successives.

Une accalmie entre les deux protagonistes semble pourtant possible en 1812, lors de la campagne de Russie, au cours de laquelle ils affrontent ensemble les Cosaques. D’Hubert imagine même une possible entente avec Féraud...

Après Waterloo et l’abdication de Napoléon en 1815, d’Hubert, devenu royaliste, est général, marié à une riche héritière. Il apprend que Féraud, qui n’a pas renié ses convictions bonapartistes, se trouve en prison. Il fait jouer ses relations auprès de Fouché, le chef de la Police, pour le faire libérer, mais n’obtient, en guise de remerciement, qu’une nouvelle provocation en duel. Cette ultime confrontation - au pistolet - tourne à l’avantage de d’Hubert qui épargne Féraud alors qu’il pouvait lui ôter la vie. Ce dernier connaît ainsi la pire des humiliations : le déshonneur de devoir la vie à son ennemi !


3. Fiche technique


  • Réalisation : Ridley SCOTT
  • Titre original : The Duellists
  • Date de sortie : 1977
  • Scénario : Gerald VAUGHAN HUGUES, d’après la nouvelle "The Duel" de Joseph CONRAD
  • Directeur de la photographie : Frank TIDY (Eastmancolor)
  • Musique : Howard BLAKE
  • Décors : Ann MOLLO
  • Costumes : Tom RAND
  • Production : David PUTTNAM, Scott Free Enterprises / Enigma Productions / NFFC
  • Distribution : UIP
  • Durée : 100 minutes

Distribution :

  • Gabriel Féraud : Harvey KEITEL
  • Armand d’Hubert : Keith CARRADINE
  • Adèle : Cristina RAINES
  • Le général : Robert STEPHENS
  • Le colonel : Edward FOX
  • Le commandant : John McENERY
  • Fouché : Albert FINNEY
  • Mme de Lionne : Jenny RUNACRE
  • Jacquin : Tom CONTI



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Droits d'auteur © Henri PHILIBERT-CAILLAT


4. Bande annonce





 
Mots-clef film  1977  Ridley Scott 
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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2016-08-12 10:44:44




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