Le Caractère

Intérêt
Qui n'a jamais songé à se comprendre soit pour mieux orienter sa vie en fonction de ses tendances profondes, soit pour corriger ce que l'on estime être une imperfection de notre personnalité ? Par ailleurs, mieux se connaître permet aussi de mieux connaître autrui. L'étude du caractère apparaît bel et bien indispensable...


Table des matières

1. INTRODUCTION


« Le caractère est un noyau de dispositions foncières et congénitales qui constitue la structure somato-psychologique d’un individu. » Le Senne

« J’ai une façon à moi de choisir et de me choisir que je ne choisis pas. » Paul Ricoeur


L’habitude révèle une connivence avec le passé et une acceptation de ce qui est constitué. A son niveau, la répétition semble contester l’hésitation et abolir le choix. La volonté, à l’inverse, se caractérise par le refus de ce qui est. Elle vise à établir ; elle ne vit pas de l’ordre établi. Par ailleurs, l’habitude introduit l’uniformité. L’habituel conduit à former un monde où l’initiative créatrice est suspectée. La volonté, au contraire, permet de poser sa différence. Aussi révèle-t-elle un Moi qui ne renonce pas à lui-même alors que l’habitude semble conduire à une démission de ce dernier. La volonté a pour conséquence une affirmation du Moi grâce à son activité créatrice. « Ma volonté survient toujours en libératrice et messagère de joie : vouloir affranchir. » Nietzsche Dès lors, comment se fait-il que certains sujets s'abandonnent à leurs habitudes quand d'autres ne cessent d'exercer leur vouloir ?

La caractérologie montre qu'une émotivité excessive et une secondarité développée favorisent le pouvoir des habitudes. De même, une grande émotivité liée à un manque d'initiative faciliterait la résignation. S'il en est ainsi à la base des attitudes apparaîtrait un destin qui prendrait la figure du caractère. La part d'inné que comporte le caractère semble dénoncer la liberté du sujet.


2. CARACTÈRE ET SENS COMMUN


Le sens commun voit dans le caractère ce qui permet d'identifier un individu dans l'espace et le temps. Il a la valeur d'un signalement, il unifie en même temps qu'il explique un ensemble de manières d'être qui distingue le sujet. Cependant, le sens commun ne comprend pas le caractère comme une simple marque ; il le perçoit également comme ce qui s'identifie au sujet. Autrement dit, le caractère n'est pas la simple apparence qui me signale, mais aussi ce qui me constitue. S'il en est ainsi, je suis mon caractère et celui-ci ne cesse de se manifester dans les différentes phases de mon existence. Une telle conception conduit à faire du caractère ma situation fondamentale qui tendrait à me déterminer à tel point que je ne serais plus l'être qui se constitue par la suite de ses actes, mais l'être dont l'existence ne serait plus, à travers son histoire, que la répétition de ce qu'il est. Dès lors, le caractère apparaîtrait comme une réalité subie, une sorte de fatalité qui hypothéquerait mon existence .


Cette notion de fatalité est d’autant plus soulignée que le sens commun le rattache à un type. Je suis moins un caractère original que la copie d’un caractère type nécessairement abstrait et auquel l’on tend à m’identifier. Les traits de mon caractère sont alors moins ce qui me singularise que ce qui permet à la sagesse populaire de m’identifier aux modèles qui constituent le fond de la conversation, de l’épopée, du roman, etc : l’on est avare comme Harpagon, ambitieux comme Napoléon ou Julien Sorel, courageux comme Achille ou Bayard... Cette fatalité est liée à des traits universels que l’on applique à des manières d’être conscientes et particulières. Ainsi dit-on d’une personne qu’elle est démonstrative ou débrouillarde comme si elle était une copie définitive du type démonstratif ou débrouillard. Pour le sens commun, comme le précise Paul Ricoeur «  Je vais à l’individu armé de signes et tente de le prendre dans le filet aux mailles serrées de nos abstractions. Et un caractère individuel est alors une composition de caractères abstraits et universels. »


3. LA CARACTÉROLOGIE SELON LE SENNE ET GASTON BERGER


« Trop d’hommes manquent leur destinée, parce qu’ils ne pensent pas que le premier savoir qui convient à un homme, dans la détermination de sa vie, est la connaissance sincère et lucide de son caractère. » Le Senne

Précisément, Le Senne a construit un système d’analyse du caractère (1) qui se veut scientifique.

La typologie qu'il a mise au point nous présente des modèles que les sujets concrets approchent sans les réaliser tout à fait. Ainsi le passionné (Emotif/Actif/Secondaire) est souvent un passionné para sentimental lorsque l'activité est diminuée, ou bien un para flegmatique si l'émotivité est atténuée. D'autre part, cette structure caractérielle doit être complété par ce que Le Senne appelle la largeur du champ de conscience. Il convient de distinguer les esprits analytiques et précis dont le champ de conscience est étroit et les esprits plus intuitifs, plus rêveurs dont le champ de conscience est, à l'inverse, plus large. Enfin, Gaston Berger a complété la caractérologie de Le Senne en définissant la notion de polarité qui met en valeur la différence entre le type Mars et le type Vénus : Le type Mars fait preuve d'autoritarisme et d'agressivité dans la réalisation, tandis que le type Vénus fait preuve de séduction et de diplomatie.

La valeur de cette typologie est de dépasser le stade descriptif où se complaît le sens commun pour donner une explication fondée sur la combinaison des propriétés générales.


4. CARACTÈRE ET LIBERTÉ


Ce statut objectif que la caractérologie donne à ma personnalité semble me délivrer de mes incertitudes. Je crois savoir ce que je suis et je le crois d'autant plus que la caractérologie semble mettre en évidence les propriétés essentielles de mon être. Désormais l'interrogation – suis-je sentimental ou passionné ? - semble avoir sa réponse.

Cependant cette connaissance objective révèle-t-elle dans sa pureté l’irrémédiable, ou bien conduit-elle le sujet à exhiber cet irrémédiable supposé afin de le choyer et de le développer ? Le sujet qui se découvre sentimental (Emotif/NonActif/Secondaire) ne va-t-il pas cultiver son émotivité et sa secondarité au point de la paraître davantage  et excuser ainsi une conduite faite de scrupules et d’indécision ? Comme le souligne Paul Ricoeur : « Il est impossible que cette connaissance objective ne fasse retour sur moi et ne soit happée par une dialectique intérieure qui n’attendait que l’alibi d’une science pour développer ses prestiges destructeurs. » La connaissance objective apporte en l’occurrence une justification à mes attitudes qui ne devraient plus être l’objet de reproches mal fondés. En effet, si la caractérologie révèle la part invincible de moi-même, c’est-à-dire le donné irrémédiable, la volonté, qui, apparemment, dispose, n’est-elle pas fondée sur le caractère et dans ce cas ne suis-je pas volontaire malgré moi ? S’il en est ainsi, les rôles sont donnés au point de départ et chacun joue le rôle que sa nature lui autorise.

Toutefois, ce déterminisme par lequel je m’apparais comme un objet cesse de me tenir dans des limites lorsque je le pense : « Penser jusqu’au bout mon caractère comme objet, c’est déjà m’en délivrer comme sujet. » Autrement dit, c’est à l’occasion de ma pensée sur le Moi considéré comme objet que le sujet est retrouvé. Dans ce cas, la détermination révélée par l’enquête caractérologique est la raison d’une fatalité qui n’est pas de pensée mais de l’ordre de la société et de la passion. C’est en effet la vanité qui conduit le flegmatique à cultiver sa froideur et c’est la crainte d’agir qui amène le sentimental à se complaire dans son manque d’initiative. Ainsi la caractérologie qui devait révéler le sujet le conduit, en fait, à avoir de nouveaux alibis. Par ailleurs, l’examen caractérologique se donne comme regard pénétrant : le sujet est mis à jour. Mais à trop se regarder, on finit par se complaire dans le détail avantageux ou misérable et, donc, à ne plus vivre. Ainsi se dessine-t-il un destin qui est le produit d’une complaisance à l’égard de ceux qui flattent ou excusent.

Ce qui précède ne conduit nullement à révoquer le caractère et ses composantes essentielles, mais contribue à préciser sa signification.

On remarque, en premier lieu, que le caractère, loin de représenter une part inférieure de la personne, l'affecte dans sa totalité : les différents moyens de s'exprimer, qu'il s'agisse des gestes, de la voix, de l'écriture ou de l'attitude sont unifiés par un même caractère qu'ils expriment en même temps que celui-ci leur assure leur originalité. Autrement dit, le caractère représente le Moi qui transparaît dans toutes les manifestations de la personne. Dès lors, le fait d'être dans tout interdit au caractère d'être un véritable objet de pensée. C'est pourquoi les types caractérologiques sont-ils de représentations abstraites loin de tout caractère concret. Par ailleurs, le type caractérologique est une idée générale qui tend à se retrouver chez les individus alors que chaque individu, par la singularité de son comportement spécifique, infirme l'idée générale plutôt qu'il ne la confirme. Le caractérologue semble souvent lié à un platonisme inavoué : les individus participeraient au type caractérologique nécessairement abstrait et général qu'il a établi. Or, dans sa manière de vivre, loin de se conformer à un type, l'individu dénonce cette participation au type caractérologique par une originalité qui le fait reconnaître au milieu de tous les autres. Bref, si le caractère constitue l'essence singulière de chacun, il n'en est pas pour autant la présence en nous d'une idée générale.

Toutefois, si le caractère est compris comme le Moi total concret et particulier, il y a autant de caractères que de sujets particuliers. Dès lors, l'individu n'est pas déterminé par un type caractérologique ; mais il se détermine, c'est-à-dire qu'il s'affirme d'autant plus qu'il consent à son caractère. En effet, changer son caractère consisterait à devenir un autre, c'est-à-dire à s'aliéner et à devenir étranger à soi-même. L'aliénation serait un refus de soi-même. Or, le liberté est sauvegardée par le consentement à ce que je suis. Comme le précise Paul Ricoeur : « Je devine, sans pouvoir articuler cette pensée correctement, que mon caractère dans ce qu'il a d'immuable n'est que la manière d'être de ma liberté. »


NOTE :

(1) S’inspirant des travaux de Heymans et de Wiersma, Le Senne fonde un système d’analyse du caractère qu’il définit selon trois facteurs essentiels : l’émotivité, l’activité et le retentissement des représentations . En voici un résumé succinct.

L'émotivité est censée représenter notre réponse psychique à l'environnement et se manifeste par des signes physiques tels que la rougeur ou la pâleur, les pleurs ou le rire, la colère, etc. Le Senne distingue deux catégories : l'Emotif qui réagit de façon vive aux stimuli/le non Emotif qui montre plus de sang-froid. L'activité est censée représenter notre capacité et notre volonté d'agir. L'Actif est celui qui est porté vers l'action, se fixe des buts et cherche à les atteindre. Le non Actif est plutôt tourné vers lui-même et renonce facilement à agir lorsqu'il rencontre un obstacle. Le Retentissement définit l'influence en nous de ce que nous percevons. Le Senne distingue deux catégories : le Primaire est celui qui vit dans le présent et « secondaire » celui pour qui le passé et l'avenir sont, à l'inverse, prépondérants.

Si l'on combine les facteurs (Emotivité,/Activité/Retentissement) on obtient, au final, huit types de caractères - dont le nom indicatif n'a pas la moindre valeur de jugement :

le type Nerveux : Emotif-nonActif-Primaire
le type Sentimental : Emotif-nonActif-Secondaire
le type Colérique : Emotif-Actif-Primaire
le type Passionné : Emotif-Actif-Secondaire
le type Sanguin : nonEmotif-Actif-Primaire
le type Flegmatique : nonEmotif-Actif-Primaire
le type Amorphe : nonEmotif-nonActif-Primaire
le type Apathique : nonEmotif-nonActif-Secondaire


Pour le lecteur intéressé par la « découverte » de son caractère, il faut signaler l’ouvrage de Gaston Berger (Traité pratique d’Analyse du Caractère, P.U.F., 1952), préfacé par René Le Senne.

Après après avoir longuement étudié les différentes couches de la personnalité, l'auteur examine les critères à la base de la typologie. Puis il propose, en annexe, un questionnaire détaillé aux réponses duquel apparaît le caractère de chacun. Dix questions sont présentées, à titre d'illustration, pour décider de chacun des facteurs principaux (Emotivité/Activité/Retentissement). Dix autres questions concernent les facteurs complémentaires (Largeur du champ de conscience/Polarité). Dix dernières questions visent, enfin, à préciser ce que Gaston Berger nomme les facteurs de tendance (Avidité/Intérêts sensoriels/Tendresse/Passion intellectuelle). Il va de soi que Gaston Berger interprète les réponses et commente la conduite de l'analyse. Au final, chacun peut ainsi avoir un portrait précis de ce qu'il est vraiment.



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Droits d'auteur © Sophie LAUZON et Henri PHILIBERT-CAILLAT



 
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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2017-01-09 10:54:46




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