La Vallée perdue de James Clavell

Intérêt
Ce film de James Clavell - pourtant unanimement apprécié des cinéphiles – n'a pas connu les destin qu'il méritait. La preuve en est qu'il est difficile de s'en procurer, aujourd'hui encore, le Dvd.


1. Analyse


A le revoir, le film de James Clavell, La Vallée perdue, convainc toujours autant par des atouts inattendus. En premier lieu, le film a des allures de superproduction par le nombre de ses figurants, par l’ampleur de ses mouvements de foule (on songe, notamment, aux scènes de massacres qui ouvrent le film et au siège du château qui le ferme), ou encore par la beauté sauvage de paysages tout à la fois grandioses et paisibles, voire par une reconstitution historique qui rappelle les tableaux de l’époque. Pourtant, à l’inverse, il multiplie, parallèlement, les scènes intimistes et propose une mise en scène souvent dépouillée, loin des effets grandiloquents que le sujet aurait pu permettre. On évoquera, par exemple, - en parfait contraste avec le début du film - les scènes paisibles qui jalonnent, le plus souvent, la cohabitation entre soldats et villageois ; ou les échanges pacifiés entre le Capitaine et Vogel.

Ce procédé du contraste se retrouve, en outre, dans le choix des deux personnages principaux. Autant l'un – affublé précisément du seul nom de Capitaine – se révèle, de prime abord, comme un homme cynique et brutal que la guerre a désespéré du genre humain, autant l'autre – Vogel, son exact contraire – incarne l'intellectuel réfléchi dont les idées généreuses sont mises à mal par la réalité violente de l'époque. Mais cette opposition de deux personnages emblématiques se nuance peu à peu. Découvrant une vallée paisible et devant l'administrer, le Capitaine se prend au jeu et se révèle malgré lui troublé par l'harmonie qui régit les rapports entre les paysans et la nature, voire tenté par l'émotion amoureuse avec Erika. Le film expose alors avec une rare honnêteté, teintée tour à tour de subtile ironie, la cohabitation entre ces deux hommes aussi différents – l'un déterminé et violent quand l'autre, hésitant, est en proie au doute et au scrupule - qui prend longtemps la forme de la joute verbale avant de finir en forme de respect mutuel.

Les deux hommes ont, toutefois, un ennemi commun que symbolise le prêtre dont la haine se nourrit des relents du fanatisme religieux et de l'obscurantisme. La colère du Capitaine niant l'existence de dieu, comme le bûcher dont les flammes dévorent Erika, sont les images indélébiles d'un film qui marque durablement le spectateur. Ne serait-ce que parce que, loin de présenter un propos schématique dans sa condamnation de l’absurdité de la guerre ou du fanatisme religieux, il offre un point de vue nuancé et nous fait réfléchir à la justification de la violence et à l’impossibilité de la neutralité face au mal ;

L'un des derniers mérites de ce film scandaleusement méconnu tient dans une distribution exemplaire dont les acteurs, bien dirigés, sont parfaits : Michael Caine par son charisme, Omar Sharif par son humanité. Quant à Florinda Bolkan, elle est tout simplement belle à damner… un prêtre !


Note :

A la sortie de son film, en 1971, James Clavell avait déclaré que son film « aurait pu avoir pour cadre d’autres lieux et une autre époque : le Vietnam, Israël, par exemple. D’aujourd’hui ou de de demain... » De 1971 à 2015 : demain..., disait-il. Eh bien ! Mais nous y sommes...


2. Synopsis


La guerre de Trente Ans sévit entre l'Autriche et l'Espagne au début du XVII° siècle. A l'automne 1637, en Allemagne, Vogel, homme de culture et de réflexion, se fraie difficilement un chemin à travers les cadavres, dans le froid et la faim, les pillards et la peste. Il arrive, par hasard, après avoir traversé hautes montagnes et profondes forêts, dans une vallée fertile et paisible qui semble avoir été miraculeusement épargnée par la guerre. Nul habitant ne se manifeste. Mais surgit une troupe de mercenaires conduite par le Capitaine. Vogel use de son intelligence pour sauver sa vie menacée par un soldat en faisant du Capitaine un allié provisoire contre le soldat insoumis ; Vogel le convainc même de le garder en vie en insistant sur le fait qu'il peut lui être utile. Par exemple, en persuadant Gruber et les paysans d'accueillir, le temps de l'hiver, les mercenaires en échange de leur protection contre de nouveaux intrus. Le prêtre Sebastian proteste vainement contre cet accord. Mais le pacte est mis en place grâce à la bonne volonté de Gruber qui accepte même qu'Erica, sa compagne, devienne celle du Capitaine.

Toutefois, un jour, un mercenaire tente de violer une jeune fille, Inge qui est protégée par Vogel. Le spadassin essaie vainement de jeter le doute sur Vogel et, pour se venger, va chercher d'autres mercenaires qui attaquent le village. Mais la troupe du Capitaine les met en déroute. Bref, la paix règne - même si elle est fragile - dans la vallée grâce aux efforts de Vogel qui joue les intermédiaires entre Gruber et le Capitaine. L'hiver se déroule ainsi sans incident notable pour le plus grand profit des deux parties.

Pourtant, au printemps, surgit un homme qui annonce la reprise des hostilités dans la région. Sa troupe s'étant reposée, le Capitaine décide de retourner sur le front de la guerre. Il confie à Vogel le soin de protéger le village en se faisant aider de quelques soldats qu'il laisse sur place et promet de revenir. Mais Vogel est peu apprécié du père de Inge et du prêtre. Quant à Gruber, il estime que, depuis le départ du Capitaine, il n'a plus besoin de Vogel et qu'il peut s'en débarrasser. Un incident met le feu aux poudres : le prêtre découvre qu'Erica pratique la sorcellerie. Il la fait torturer et la condamne à être brûlée vive. Vogel intervient en cachette pour abréger les souffrances de la jeune femme. Mais un mercenaire, révolté par tant de fanatisme, pousse le prêtre dans le brasier. La situation empire pour Vogel qui apprend que Gruber prépare une embuscade dans la forêt pour tuer le Capitaine dont il a appris le prochain retour. Vogel se rend alors, en compagnie de Inge qui, amoureuse de lui, ne veut pas le quitter, au-devant du Capitaine. Ce dernier, seul survivant de sa troupe et blessé à mort, confond Inge avec Erika et lui confie son désespoir de l'avoir laissée pour faire la guerre. Il a le temps de révéler à Vogel que l'hiver passée dans la vallée a été pour lui une halte de bonheur ; puis il meurt.

Survient Gruber qui demande à Inge de rentrer au village. Vogel, qu'elle veut suivre, la raisonne en lui conseillant de rester avec son fiancé. La séparation a lieu : les habitants retournent au village tandis que Vogel s'éloigne de la vallée et la quitte. Seul.


3. Fiche technique


  • Titre original : The last Valley
  • Réalisation, scénario, production : James CLAVELL (1971), d’après le roman de J-B PICK
  • Directeur de la photographie : John WILCOX
  • Musiqu : John BARRY
  • Distribution : ’20th Century-Fox
  • Durée : 130 minutes

Distribution :

  • Le Capitaine : Michael CAINE
  • Vogel : Omar SHARIF
  • Erica : Florinda BOLKAN
  • Gruber : Nigel DAVENPORT
  • Le père Sébastien : Per OSCARSSON
  • Hoffman : Arthur O’CONNELL
  • Inge : Madeleine HINDE
  • Pirelli : Yorgo VOYAGIS
  • Julio : Miguel ALEJANDRO
  • Andréas : Christian ROBERTS
  • Graf : Ian HOGG
  • Hansen : Michael GOTHARD
  • Horski : Brian BLESSED
  • Vornez : ’George INNES
  • Frau Hoffman : Irene PRADOR
  • Mathias : John HALLAM



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  Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2017-08-09 09:33:00




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