La Vérité

Intérêt
La vérité, qu'elle soit ajournée ou qu'elle soit établie, est vécue comme une exigence alors que l'erreur est ressentie négativement. L'allégorie de la Caverne telle que Platon l'a exposée montre bien que la caverne est le lieu d'une épreuve qui permet le passage vers le chemin de la vérité ; une caverne dont la sortie marque l'avènement d'une réflexion nous éloignant des illusion trompeuses.

L'âme fait l'expérience de sa misère intellectuelle au moment où elle se sent victime des puissances trompeuses que sont parfois la sensibilité et l'imagination.


Table des matières

1. Vérité et réalité


La définition classique du sens de la vérité consiste à montrer la concordance de l'esprit et de la chose. Cela suppose que l'esprit peut se représenter le réel tel qu'il est : autrement dit, « Le vrai est ce qui est ; le faux, ce qu'il n'est point. » Dans ce casn la pensée est vraie dans la mesure même où elle est une copie du réel. Or, cette concordance entre la pensée et le réel fait problème. Nous disons, par exemple, que deux mièces de monnaie concordent lorsque nous remarquons l'identité de leur aspect. Si nous disons que telle pièce est ronde, nous affirmons qu'il y a concordance entre cet énoncé et la chose. Or, comment comprendre cette concordance entre deux termes si différents ? Comme le souligne, en effet, Heidegger « La pièce de monnaie est un métal, l'énoncé est absolument immatériel. La pièce de monnaie est ronde, l'énoncé n'a ni figure ni étendue. »

Pour résoudre cette difficulté entre le donné matériel et l'énoncé immatériel, on fait alors appel au jugement. Pourtant le jugement exprime l'activité de l'esprit qui sépare ou unit. Un jugement est considéré comme vrai lorsqu'il sépare ou unit ce qui est effectivement uni ou séparé dans le réel. Comme le précise Aristote : « Le faux et le vrai ne sont pas dans les objets mais dans la pensée. » Cependant si la vérité est liée au jugement, celui-ci porte sur le réel. La vérité consiste alors dans la concordance entre les relations exprimées par le jugement et les relations telles qu'elles sont dans les choses. Une telle conception suppose un parallélisme entre la pensée et l'être, et introduit un dualisme entre les représentations et l'objett qui fait problème.  

2. Vérité et évidence


Si la vérité se situe au niveau du jugement et si le jugement est la mise en relation d'idées, la vérité est alors liée aux caractères de l'idée. Il s'agit donc moind d'examiner la réalité sensible au sujet de laquelle nous sommes souvent exposés à nous tromper - les renseignements sensoriels expriment moins les choses telles quelles qu'ils ne traduisent notre propre état – que d'examiner la nature des idées. D'ailleurs la pensée ne se réfère-t-elle pas à l'idée et non à la réalité sensible ? Comme le précise Descartes : c'est par « inspection » de l'esprit que l'entendement découvre en lui « certaines semences de vérité » qu'il doit établir par attention. Si ces semences de vérité représentent les idées innées qui composent l'entendement en même temps qu'elles s'imposent à lui, on peut en déduire que la vérité habite le sujet sans qu'il n'en ait une conscience claire.

Pourtant il ne suffit pas d'affirmer l'existence des idées, de les concevoir comme étant inhérentes à l'entendement pour penser que le sujet possède la vérité. Il dispose, certes, des moyens pour la conquérir mais il ne la possède pas d'emblée. Ce qui explique, chez Descartes, la portée de la démarche dubitative qui consiste en un travail d'épuration intellectuelle. Le doute cartésien a pour finalité la découverte du vrai. Cette découverte est liée à la critique du dogmatisme du sens commun qui consiste dans l'adhésion immédiate du sujet au contenu de ses représentations ; par exemple, l'adhésion naïve au témoignage des sens. D'autre part, le doute cartésien dénonce la connaissance fondée sur la seule autorité. Il y a dans le doute la manifestation d'une extraordinaire générosité du sujet à l'égard de ses aptitudes intellectuelles qui le conduit à se méfier de la nature sensible et de la tradition. Il faut se fier à ce que l'on établit par sa propre pensée. Ainsi le Cogito que descartes découvre comme « le premier roc de vérité » donne-t-il congé à la sensibilité et à l'autorité dont la valeur respective est critiquée. : « Ayant remarqué qu'il n'y a rien du tout en ceci, je pense donc je suis, qui m'assurre que je dis la vérité sinon que je vois très clairement que pour penser il faut être, je jugeai que je pouvais prendre pour règle générale que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies, mais qu'il y a seulement quelque difficulté à bien remarquer quelles sont celles que nous concevons distinctement. » (Discours de la Méthode) Cette difficulté est toutefois partiellement levée lorsque le sujet, par effort de volonté et d'attention, évite, d'une part, la précipitation qui consiste à donner son consentement à une idée insuffisamment critiquée, et, d'autre part, la prévention qui revient à juger en fonction d'opinions reçues. La précipitation et la prévention une fois levées, le sujet est prêt à recevoir ce qui apparaît évident. L'évidence est le signe de la vérité dès lors que l'idée apparaît claire et distincte.


3. Vérité et utilité


Pour le pragmatisme l'idée vraie est ceelle qui réussit. Autrement dit, est vrai ce qui est efficace. William James affirme ainsi : « Les théories qui opèrent de façon à obtenir des résultats satisfaisants sont vraies. » Pour le pragmatisme la vérité n'est pas d'abord définie, elle se dégage de l'expérience pratique. Cependant il ne suffit pas de dire qu'une idée est vraie parce qu'elle réussit car il peut se faire que la réussite soit liée au fait que l'idée soit vraie. D'autre part, si le succès est le critère de l'idée vraie, cela peut conduire au subjectivisme – à chacun sa vérité – et à l'opportunisme – tendance à se donner des vérités consolantes. L'efficacité seule n'est pas un critère décisif car certaines vérités fausses à un moment réussissent par la suite.


4. La position d'Heidegger


En fait, il faut éliminer les traces du dualisme, restaurer l'objet et le sujet dans leur divinité ontologique. Il faut remarquer que nous demandons «  Qu'est-ce que c'est ? » parce que nous sommes. Ce qui n'est pas ne peut se demander quelque chose est et ce qu'elle est. Il faut donc admettre qu'il existe une correspondance entre le sujet qui est et ce qui est à propos de quoi il s'interroge. Autrement dit, c'est parce que le sujet-Etant est en correspondance avec l'Etre de l'Etant qu'il peut s'interroger sur l'Etant. Ainsi, dans l'acte d'énoncer, le sujet est en rapport avec la chose de telle façon que ce qui se vérifie dans la perception, c'est la chose perçue comme étant visée dans l'énoncé.

La connaissance n'est donc pas la représentation dans l'esprit d'une chose extérieure à l'esprit, elle est découverte de l'Etant ; elle rend présente à l'esprit la chose même : « Dire un jugement vrai signifie : le sujet découvre l'Etant en lui-même ; il énonce ; il montre ; il fait voir l'Etant à découvert. » (Heidegger) Bref, le jugement est découvrant, la chose est découverte. La vérité du jugement consiste à être découvrant ; la vérité de l'Etant consiste dans sont état découvert.




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Droits d'auteur © Sophie LAUZON



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