La Réflexion philosophique

Intérêt
Ce premier texte inaugure une série d’articles visant à présenter la Philosophie. Intrinsèque à la pensée humaine, la réflexion philosophique nous concerne tous. En voici une présentation qui se veut accessible.


Table des matières

1. Nécessité de la réflexion philosophique


« C’est pourquoi, voyant que c’est une plus grande perfection de connaître la vérité, encore même qu’elle soit à notre désavantage, que de l’ignorer, j’avoue qu’il faut être moins gai. » (Descartes)

« L’oiseau de Minerve ne prend son envol qu’à la tombée de la nuit. » (Hegel)


La philosophie est connaissance et art de vivre qui conduisent à l’amour, c’est-à-dire à la recherche de la vérité. C’est, avant tout, une réflexion alors que la vie fait des hommes des automates. La pensée « est le caractère distinctif de l’humanité. » Or, la vie quotidienne apporte son lot de réponses (religieuses, politiques, scientifiques, etc.) qui hypothèquent le libre exercice de la pensée. Il est plus confortable, en effet, de se plier aux conformismes qui nous entourent et qui nous apportent des réponses toutes faites et des solutions immédiates. Mais la conséquence en est une mise en sommeil de la pensée qui s’apparente au silence des choses. C’est ainsi que pour Jean-Paul Sartre, le « pour soi » (ou sujet conscient) serait attiré par l’ « en-soi » (la chose) par conformisme. L’ « en-soi » - qui est plein – ne peut que fasciner le « pour-soi » dans la mesure où la conscience est toujours hors d’elle puisque conscience de quelque chose qui lui est différent. La conscience souffre donc de cette distance et rêve à l’impossible fusion avec le monde de la plénitude qu’est l’ « en-soi ».

Ainsi apparaît une contradiction au cœur même de la conscience. Dans un premier mouvement elle tend à retrouver la plénitude des choses qui se manifeste par un mouvement de chosification dont le conformisme est un exemple. Mais au moment où cette quiétude paraît atteinte, la conscience fait l’expérience cruciale de son originalité perdue. (1) Et elle maintient sa différence en s’opposant par la pensée aux choses qui l’entourent. Aussi ne peut-il y avoir de quiétude pour l’être humain : « L’angoisse, c’est le fond de la vie. » professe Gisors dans La Condition humaine d’André Malraux. Autrement dit, l’homme est un être pour qui la réalité est moins un ensemble de solutions toutes prêtes qu’une longue suite de problèmes.

Cette capacité de réflexion est toutefois menacée par une série de dangers qui ont pour noms le dogmatisme ou le scepticisme.

La pensée ne peut pas être au service d’une fin particulière sinon la fin devient le maître de la pensée et si le dogme échappe à la réflexion n’existent plus ni honnêteté intellectuelle ni lucidité. Le propre de la pensée dogmatique est de ne pas discuter ce qu’elle admet dès le départ et au nom de quoi elle prononce condamnations et exclusions. Cette pensée dogmatique et serve rend toute discussion impossible puisque autrui est considéré non comme un égal et un interlocuteur valable, mais comme un sujet qu’il s’agit de convertir ou, à l’inverse, comme un hérétique qu’il convient de proscrire.

Par ailleurs, il faut éviter l’écueil du scepticisme. Le sceptique porte atteinte à la pensée en doutant de son pouvoir - tout comme le dogmatique l’asservissant à une fin. Dans les deux cas, il s’agit d’humilier la pensée.

Or, entre la prétention du dogmatique et le renoncement du sceptique, se place une attitude intellectuelle qui ne conçoit la vérité ni comme définitivement possédée ni comme irréparablement ajournée : elle consiste à rechercher la vérité. Cette recherche de la vérité définit précisément la question philosophique.


2. Les caractères de la réflexion philosophique


Elle est liée à l’aptitude qu’a l’homme de mettre le monde et lui-même en question. Cette propension est singulière et liée à l’aspect inachevé de l’être humain. Dès lors, l’expérience de l’inachèvement permet l’exercice d’une pensée consciente d’être une promesse, une esquisse ou une possibilité : l’homme n’est jamais tout à fait ce qu’il a été et il ne sera jamais tout à fait ce qu’il est. Il fait d’abord l’expérience de sa pauvreté ontologique puisque sa plénitude lui est refusée. La misère de l’homme est donc la condition de l’exercice de sa pensée. Ensuite, par la réflexion, il prend conscience de sa situation dans le monde et il a conscience du monde qui l’environne et le sollicite. Cette prise de conscience instaure une rupture entre lui et le monde. Penser, c’est donc se séparer de soi, des autres et du monde, ce qui est pensé étant toujours à distance de ce qui le pense et ce qui pense n’étant jamais sans viser ce qui peut être pensé. Toutefois si les deux termes sont distincts, ils sont corrélatifs : il n’y a pas d’insularité du sujet pensant et d’autonomie absolue du monde. « Si j’étais arbre parmi les arbres, chat parmi les animaux, je serai ce monde végétal ou animal. Or, je m’oppose à celui-ci par toute ma conscience (…) ce qui fait le fond de cette fracture entre le monde et mon esprit, c’est la conscience que j’en ai. » De cette fracture naît la situation tragique du sujet pensant. Il ne peut s’identifier au monde sans se perdre. Il est au monde au moment où il cesse de penser, c’est-à-dire à l’instant de la mort. Bref, l’existence humaine est rejetée hors du monde tout en lui étant corrélative. Cette situation est à la source de ses affections existentielles que sont le souci, l’angoisse, le sentiment d’inutilité et, enfin, le désespoir. Ainsi que le dit Gisors (A. Malraux, La Condition humaine) : « Tous souffrent et chacun souffre parce qu’il pense et la conscience de la vie ne peut être qu’angoisse. » Il faut toutefois nuancer : ce n’est pas l’exercice de la pensée qui provoque la souffrance, c’est plutôt la souffrance vécue à la suite de la séparation entre l’homme et l’univers qui provoque la réflexion.


2.1. L'exigence de lucidité


La souffrance est donc liée à un exigence de lucidité. L’homme lucide rejette les justifications consolantes et les explications rassurantes. Il veut une existence authentique et non une vie masquée ; si la vie authentique est angoisse (Cf. Sartre et Heidegger), cette dernière ne sera pas occultée mais approfondie. Il se peut que bonheur et condition humaine soient incompatibles. Etre lucide, c’est constater la finitude de l’existence humaine : limite de la mort et de son corps qui l’individualise dans le monde des choses. La conscience que l’être humain n’est donc pas tout et qu’il n’est pas éternel. On peut faire référence à Kyo, le personnage de La Condition humaine de Malraux : « Une grande dépendance pénétrait Kyo : l’angoisse de n’être qu’un homme, que lui-même. Il se souvint des musulmans chinois qu’il avait vus par des nuits pareilles, prosternés dans des steppes de lavande brûlée, hurler ces chants qui déchiraient depuis des millénaires l’homme qui souffre et qui sait qu’il mourra. » On peut aussi rappeler la phrase de Camus (Le Mythe de Sisyphe [1]) : « Les hommes meurent et ne sont pas heureux. » Ce caractère misérable de la condition humaine apparaît quand l’être humain ne s’oublie pas dans un objet ou un être qui le divertit.


2.2. Réflexion et difficulté d’être


Le malaise existentiel – que Sartre nomme la nausée (sentiment de se sentir de trop) et Camus la lassitude – est à l’origine d’un malaise intellectuel (que puis-je ?) et d’un malaise d’ordre pratique (que dois-je faire ?). la connaissance et l’action sont d’abord comprises comme des taches problématiques.

Aussi la réflexion sur le contenu du savoir et sur le sens discuté de nos actes n’est pas l’effet d’une grâce mais aux liée aux difficultés rencontrées par l’être humain. La réflexion naît donc de l’expérience de la précarité de son savoir et du sens discuté de ses actes. C’est au moment où la vie machinale se défait, où les décors familiers s’écroulent qu’apparaît l’interrogation. Une interrogation qui concerne la place exceptionnelle de l’homme dans le monde selon la pensée occidentale. Si la répétition caractérise le monde végétal et animal (le gland reproduit le chêne ; l’animal est guidé par son instinct), elle est le tombeau de la pensée humaine qui se nourrit d’invention. Cette position exceptionnelle dans la nature est diversement expliquée : pour le christianisme, l’être humain est la seule créature faite à l’image de dieu ; le rationalisme cartésien oppose radicalement l’homme qui est une pensée au reste du monde ; les matérialismes capitaliste et marxiste exaltent la domination de la nature par l’humanité. Ainsi peut-on admettre que l’objet de la réflexion philosophique est l’homme et que toute philosophie est un humanisme. Mais la réflexion philosophique est-elle pour autant centrée sur le seul sens de l’existence humaine ?


2.3. La réflexion philosophique naît du refus et de l’étonnement


« Je pensais que pour ce que nous avons été enfant avant que d’être homme et qu’il nous a fallu être gouverné par nos appétits et nos précepteurs (…) il est presque impossible que nos jugements soient si ni si solides qu’ils auraient été si nous avions l’usage entier de notre raison dès le point de notre naissance. » (Discours de la Méthode, 2ème partie)

Descartes refuse ainsi l’évidence trompeuse qui s’attache aux habitudes d’agir et de penser fondées sur notre sensibilité et sur notre éducation qui développent un besoin humain d’accepter, qu’il s’agisse de notre tendance à partager nos croyances, à participer à la vie sociale, à penser et à faire comme autrui de peur de se distinguer. Bref, il convient de refuser l’opinion commune et impersonnelle au profit du jugement et de l’examen critique. Par le refus, le sujet autonome se désaccorde de la société dont il vise à mettre en question les idées et les mœurs. Le philosophe est la mauvaise conscience de la société, comme le montre l’exemple de Socrate vis-à-vis de la société athénienne.

Ce refus de tous les immédiats – qui ne doit pas être un jeu – est soutenu par l’étonnement. Etre étonné, c’est en effet être frappé par l’insolite, ce qui prédispose à examiner. Cet étonnement suppose, par ailleurs, la disponibilité (ne pas favoriser l’esprit de sérieux par l’absorption dans un amour, un métier ou une croyance) et une manière d’être définie par la recherche de la justification (« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? », Leibnitz) qui précède la recherche d’un savoir (« Qu’est-ce que ? ») Le philosophe est ainsi le contraire de l’homme qui croit savoir – par exemple l’esclave dans Le Ménon de Platon – qui s’imagine tout résoudre croyant qu’il possède la solution des problèmes.


2.4. L’allégorie de la caverne : de la réflexion oubliée à la réflexion retrouvée


Description

Dans un premier moment, au Livre VII de La République, Socrate demande à Glaucon d’imaginer des hommes dans une caverne qui sont enchaînés là depuis leur enfance et tournent le dos à l’entrée de manière qu’ils ne peuvent tourner la tête. Sur une hauteur, au loin, un feu est allumé. Entre la caverne et le feu se situe un chemin, bordé d’un mur, sur lequel passent des hommes, porteurs de différents ustensiles, dont certains sont muets quand d’autres parlent. Les prisonniers de la caverne ne voient donc que des ombres projetées et croient que ces ombres sont des choses réelles. (Pour Socrate « Il est indubitable que pour ces gens-là la réalité ne saurait être autre chose que les ombres des objets. »)

Dans un deuxième moment, l’un des hommes est libéré de ses chaînes, forcé à tourner la tête vers l’entrée de la grotte et à s’avancer vers la lumière. Ebloui, il ne voit rien au point que les choses vues antérieurement lui semblent être la seule réalité. (Il s’agit de l’amorce d’une critique du réalisme naïf pour lequel les choses sont telles qu’on les voit.)

Dans un troisième moment, si les prisonniers sont forcés à gravir la montée et si on les maintient à demeurer dans la lumièrre qui les éblouit, ils se révolteront contre le traitement qui leur est infligé et maudiront ceux qui, sous prétexte de leur faire voir le réel, ne parviennent qu’à blesser leurs sens au point qu’ils ne voient plus rien. (Platon montre ainsi qu’il faut s’habituer à la réalité comme auparavant le prisonnier était habitué à l’obscurité, c’est-à-dire à l’illusion.)

Le quatrième moment est celui au cours duquel le prisonnier doit d’abord regarder les ombres, puis les images des hommes et des choses dans l’eau et, enfin, il élève son regard vers la lumière des astres avant de regarder le soleil (Platon affirme ainsi qu’il faut éviter la précipitation et introduire des intermédiaires, phase au cours de laquelle la conscience se libère lentement des anciennes illusions en même temps qu’elle prend possession de la vérité.)


Signification

Le sens immédiat du texte est de démontrer que les habitudes font échec à l’exercice de la réflexion critique. Ses habitudes de penser rendent l’être humain réfractaire aux problèmes nouveaux et en interdisent toute intelligence claire.

S’y ajoute la dénonciation de l’accoutumance comme source de facilité et de dogmatisme : il est plus facile de voir ce que nous avons coutume de voir et il est intolérable de voir mettre en question la réalité que nous considérons comme telle. Le prisonnier de la caverne est prisonnier de l’évidence sensible qui succombe au dogmatisme du sens commun.

Cette allégorie a, en outre, une signification ontologique. En effet, la réalité perçue par notre sensibilité n’est qu’une réalité apparente qui, certes, existe mais dépend de quelque chose d’autre qui fonde sa réalité. C’est le sens du rapport ombres/ustensiles/statues/lumière : sans statues il n’y a pas d’ombres ; sans feu, il n’y a pas d’ombre projetée. Bref, la réalité ne nous est pas donnée immédiatement, elle réclame, pour être trouvée, un véritable effort de recherche.

On peut, enfin, considérer que l’allégorie de la caverne a une signification épistémologique qui apparaît à trois niveaux. Elle est, d’abord, critique de la croyance naïve : le savoir que nous établissons nous renseigne davantage sur nous-mêmes que sur les choses et représente une connaissance subjective. Elle met, ensuite, en évidence la résistance de l’esprit à l’égard de toute réalité nouvelle. Comme le corps, l’esprit est difficile à réformer en ce qu’il a tôt fait d’acquérir des manières de penser qui font obstacle à l’utilisation de nouvelles méthodes et à la compréhension de conceptions inédites. Elle enseigne, enfin, que le temps de la vérité est nécessairement long et qu’il demande sa propre maturation. Pour accéder à la vérité, ne faut-il pas parvenir à se détacher des renseignements sensoriels et, ensuite, multiplier les intermédiaires qui contraignent l’âme à la recherche, qui la détournent de ce qui est précaire (la réalité sensible), avant de l’habituer à ce qui demeure et qui est éternel (la vérité intelligible) ?

L’allégorie de la caverne vise à démontrer que les obstacles à l’entreprise philosophique sont multiples et que la pensée doit surmonter ce qui la disperse dans le monde des choses et qui tend à faire du sujet pensant une chose parmi les choses.


2.5. La réflexion philosophique et l’attitude dubitative


« Je ne saurais aujourd’hui trop accorder à ma défiance puisqu’il n’est pas maintenant question d’agir mais seulement de méditer et de connaître. » (Descartes)

La réflexion implique la volonté de ne pas être dupe. Mais cette défiance ne doit pas porter sur les actes quotidiens qui servent au maintien de la vie. Il faut vivre, d’abord. Aussi l’irrésolution – la conséquence du doute – qui affecterait l’action porterait atteinte à la conservation de la vie. L’homme irrésolu n’est pas un homme réfléchi mais un être sans volonté soumis à l’inquiétude et au désarroi quand il s’agit d’agir. Il s’agit de bien distinguer la vie et la pensée : la vie a besoin, contrairement à la pensée, de réponses rapides à des situations urgentes.

Le doute concerne la pensée et il a pour but de nous délivrer de l’erreur et, donc, à suspendre notre jugement. Par exemple, je me dis : « Ce bâton que je vois brisé dans l’eau l’est-il réellement ou est-ce une banale illusion d’optique ? » Bref, je doute de l’évidence sensible.

Ce doute socratique met en question les acquis intellectuels et les valeurs morales de l’époque : valeur des idées reçues, des opinions, voire de toute prétention au savoir. Il fait apparaître la philosophie comme une superbe ignorance. Non, certes, comme une mise en cause de la connaissance, mais plutôt des produits de la connaissance qui sont proposés. Ce doute a une valeur purificatrice : il nettoie l’âme des connaissances résiduelles mal fondées. Descartes fait même porter son doute non seulement sur les opinions reçues mais sur les vérités qui apparaissent indubitables, telles les vérités mathématiques.

Ainsi le doute commence par nous détacher de l’évidence sensible et rejette les explications obscures ou confuses (« Je ne dois pas moins soigneusement m’empêcher de donner créance aux choses qui ne sont pas entièrement certaines et indubitables qu’à celles qui me paraissent manifestement être fausses. Ce me sera assez pour les rejeter toutes si je puis trouver en chacune quelque raison de douter.» (Descartes)

Mais une seconde fonction du doute est de nous séparer du mouvement naturel de la vie pour revenir à nous-même. De même que l’on « s’installe dans la vie », on doit s’installer dans la pensée.

Enfin, le doute nous fait accéder à une vie authentique, par son pouvoir de recul, dans la mesure où il nous fait nous reprendre en nous interdisant de nous perdre dans les choses, de s’y « engluer », selon Sartre. Dans le doute perce la volonté de refuser les divertissements qui dissimulent les problèmes de la vie intellectuelle et pratique.


2.6. L’acte de réflexion


Il apparaît évident que le sujet s’oublie en tant que sujet percevant dans ce qu’il perçoit et que cette façon d’être semble aller de soi dans ce qu’elle a de naturel. Or, c’est ce qui semble être tout naturel qui conduit au naturalisme, un naturalisme pour lequel le monde est un monde où l’homme dans son originalité est absent. Ce qui n’est pas concevable.

Il faut donc revenir du monde que nous acceptons simplement à la conscience qui le perçoit, ou encore revenir du monde des choses au sujet qui en prend conscience. Ce retour constitue la réflexion. Elle est un retour à soi, une manière de rentrer en soi, mais, simultanément, une façon de sortir de soi. La réflexion porte sur quelque chose préalablement irréfléchi et lorsque nous réfléchissons sur cet irréfléchi, nous le posons du même coup à distance et nous ne coïncidons pas naïvement avec lui. Dans ce cas, le sujet qui réfléchit est amené à sortir de lui-même, mais, dans le même temps, la réflexion suppose l’abandon passager de cette attitude naturelle qui nous fait accepter ce que nous percevons d’une manière naïve. La réflexion est double : réfléchir, c’est réfléchir sur quelque chose ; réfléchir exprime la volonté de se dégager de la chose.

Or, au début, il y a la parole et le geste. Par la parole, l’homme décrit le monde ; par le geste, il s’y adapte. La parole et le geste permettent son insertion dans le monde : l’homme est d’abord attentif aux menaces qui pèsent sur cette insertion et aux moyens de les déjouer. La réflexion va permettre de comprendre ces paroles et ces gestes. Elle est le retour de l’attention à la vie, à soi dans la vie. Sorte de recueillement, la réflexion philosophique vise à faire comprendre au sujet ses paroles et ses gestes pour qu’il communique par le dialogue ce qu’il a analysé et compris.


NOTE

(1) C’est ainsi que Jean Grenier (in Les Iles, 1933) rapporte l’expérience de l’un de ses amis qui découvre Sienne à deux heures de l’après-midi : « Les volets ouverts, il vit un immense espace où tourbillonnaient des arbres, des cieux, des vignes et des églises, cette admirable campagne que Sienne domine de si haut, et qu’il lui semblait voir par un trou de serrure (sa chambre n’était qu’un point noir. Alors, il se mit à sangloter. Non pas d’admiration mais d’impuissance. Il comprit (…) tout ce qu’il ne pourrait pas faire, la vie médiocre qu’il était condamné à subir, il vit réalisé en un instant le néant de ses aspirations, de ses pensées, de son cœur. On lui offrait tout et il ne pouvait prendre rien. Il me dit qu’à cette limite il avait pris conscience pour la première et dernière fois du caractère définitif d’une séparation qu’il n’imaginait jusqu’ici que provisoire et que pourtant il avait été seul à vouloir. Il est vrai que certains spectacles, la baie de Naples, par exemple, les terrasses fleuries de Capri, de Sidi-Bou-Saïd, sont des sollicitations perpétuelles à la mort. Ce qui devait nous combler creuse en nous un vide infini (…) »


NB : Un article sur Libre Savoir enrichit ce qui précède : « La recherche de la sagesse » [2]

Par ailleurs, le sujet de dissertation : «La réflexion philosophique nous détache-t-elle du monde ? » [3] proposé et développé sur le site complète cette étude.





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Droits d'auteur © Sophie LAUZON



 
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