La Peste d'Albert Camus

Intérêt
Second roman de Camus, La Peste connut un grand succès à sa sortie en 1947 et valut la consécration à son auteur grâce à un récit allégorique toujours moderne par son intemporalité et son universalité.


Table des matières

1. ANALYSE


Averti par la citation de Daniel Defoë mise en exergue (« Il est aussi raisonnable de représenter une espèce d’emprisonnement par une autre que de représenter n’importe quelle autre chose qui existe réellement par quelque chose qui n’existe pas »), le lecteur est incité à comprendre que le titre de l’œuvre, La Peste, a trois significations symboliques : d’abord, au sens propre, celle de la chronique d’une épidémie ; ensuite, celle, allégorique, de l’occupation de la France à partir de 1940 par l’armée allemande (appelée alors, précisément, « la peste brune ») ; enfin, celle, métaphorique, de la condition humaine sur laquelle plane la menace du malheur, de la maladie, du vieillissement et de la mort.

La chronique d’une épidémie

Le narrateur et personnage principal est un docteur, Bernard Rieux qui décrit, d’avril à février 194., l’apparition, la progression puis la régression de la peste. A travers ses observations et les soins qu’il apporte aux malades, jour après jour, c’est la réalité de la maladie qui est montrée. Les symptômes, la lutte, les mesures de précaution (gestes, isolement et quarantaine, usage du sérum, etc.) sont longuement détaillés de façon réaliste, voire crue. Les statistiques, régulièrement mentionnés, confirment l’extension puis le repli de l’épidémie. Cf. Partie 3 « Certains habitants, excédés mettent le feu aux maisons croyant ainsi anéantir la peste, ou attaquent les portes de la ville. On passe alors de l’état de peste à l’état de siège. On fusille deux voleurs pour l’exemple et on institue un couvre-feu à 23h. (p.143)

Une évocation de l’occupation allemande de 1940

C’est, d’abord, la mutation des lieux de vie en zone d’occupation que le couvre-feu transforme en un désert nocturne dont Camus fait une description saisissante : « A partir de onze heures, plongée dans la nuit complète, la ville était de pierre. Sous les ciels de lune, elle alignait ses murs blanchâtres et ses rues rectilignes, jamais tachées par la masse noire d’un arbre, jamais troublées par le pas d’un promeneur ni le cri d’un chien. La grande cité silencieuse n’était plus alors qu’un assemblage de cubes massifs et inertes, entre lesquels les effigies taciturnes de bienfaiteurs oubliés ou d’anciens grands hommes étouffés à jamais dans le bronze s’essayaient seules, avec leurs faux visages de pierre ou de fer, à évoquer une image dégradée de ce qu’avait été l’homme. Ces idoles médiocres trônaient sous un ciel épais, dans les carrefours sans vie, brutes insensibles qui figuraient assez bien le règne immobile où nous étions entrés ou du moins son ordre ultime, celui d’une nécropole où la peste, la pierre et la nuit auraient fait taire toute voix. » (p.143) Cette ville refermée sur elle-même, aux frontières surveillées, évoque bien évidemment la fameuse ligne de démarcation qui séparait le nord (occupée par l’armée allemande) et le sud de la France (appelé zone libre) à partir de novembre 1942 et obligea à une réorganisation administrative. Oran est occupée par la peste, comme une grande partie de la France l’est par les nazis. Ses habitants sont prisonniers (1) et ne vivent plus qu’au présent, le passé étant mort et leur avenir inexistant (« Ainsi, chacun dut accepter de vivre au jour le jour et seul face au ciel. » p.63). Par ailleurs, ils doivent obéir à une administration toute-puissante une fois qu’elle a cessé d’atermoyer sur la nature de l’épidémie. (2) Dès les premiers mois de l’occupation allemande, des camps d’internement sont mis en place pour les étrangers, les opposants et les populations juives et tziganes. Et le stade dans le roman (p.197/219-222), où l’on met en quarantaine les personnes suspectées d’être infectées leur fait écho, dessinant ainsi le décor obligé de tout univers concentrationnaire. De même, les brigades que Tarrou met en place pour lutter contre la peste correspondraient à la Résistance conduite par les maquisards contre les troupes allemandes : « Pour ceux de nos concitoyens qui risquaient alors leur vie, ils avaient à décider si, oui ou non, ils étaient dans la peste et si, oui ou non, il fallait lutter contre elle (…) et ne pas se mettre à genoux. » (p.114) Enfin, la disparition de la peste évoque la fin de l’occupation et les manifestations spontanées nées du retour de l’espoir de retrouver une vie libre (pp.244/245) : de nouveau réunis, les habitants communient dans la joie d’un avenir sans menace.

Une métaphore de la condition humaine

La peste, c’est, enfin, le mal métaphysique. Dès les premières pages du livre, sous une forme humoristique, Camus décrit Oran d’une façon paradoxale. L’auteur y présente une ville, Oran, donc, ses habitants et leurs préoccupations. Il insiste sur le singulier et le banal qui caractérisent les êtres humains dans leurs différences et leurs ressemblances. Oran apparaît différente « des villes et des pays où les gens ont, de temps en temps, le soupçon d’autre chose (…) Oran, au contraire, est apparemment une ville sans soupçons. » (p.6) Pourtant, au détour d’une phrase, on apprend que « Ce qui est plus original dans notre ville est la difficulté qu’on peut y trouver à mourir. » (p.6) Le ton incline alors à la comédie : « On comprendra ce qu’il peut y avoir d’inconfortable dans la mort, même moderne, lorsqu’elle survient dans un lieu sec. » (p.7) Bref, la mort est malvenue à Oran, ville dédiée à la vie et non à cette mort considérée comme « inconfortable » puisque la vie continue alentour ! Le tableau de la condition humaine est ainsi tracé de façon humoristique avant que la tragédie ne fasse irruption dans la ville. Comme l’annonçait Le Mythe de Sisyphe, « Il arrive que les décors s’écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d’usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi mardi mercredi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme, cette route se suit aisément la plupart du temps. Un jour seulement, le « pourquoi » s’élève et tout commence dans cette lassitude teintée d’étonnement. » Ce questionnement, ici, naîtra lorsque le docteur Rioux découvrira un rat mort dans les pages suivantes. Cette Peste qui envoie ses rats mourir à Oran est bien consubstantielle à la condition humaine. Ainsi que le note le docteur Rieux : « Écoutant, en effet, les cris d’allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. » Cet « éternel retour » du mal et, en l’occurrence de la peste, est incarnée par les rats et structure le roman. Ils apparaissent au grand jour à l’entame de l’œuvre ; puis disparaissent au cours du roman avant de refaire irruption au grand jour dans les dernières pages dès que l’épidémie est résorbée. Ainsi le retour des rats à Oran participe de la même métaphore que le rocher que Sisyphe doit hisser sans cesse : celle d’une condition faite à l’homme qui le confronte indéfiniment au malheur récurrent. Pourtant le message n’est pas entièrement pessimiste. Si la peste – ou tout autre fléau – reviendra régulièrement frapper l’humanité, elle lui permet du moins de prendre conscience de sa situation et favorise une lucidité indispensable pour donner à sa vie un sens dans la double acception du terme, à la fois une signification et, donc, une direction. « Il faut imaginer Sisyphe heureux plus grand que ce qui le frappe. » (Le Mythe de Sisyphe [1]) C’est, en effet, confronté au mal que l’homme peut montrer sa grandeur.

Une triple dimension pour une œuvre homogène et moderne

Par ailleurs, si La Peste a été publiée sans la mention « Roman » sur la couverture au profit de la notion de «Chronique » - sans doute par le refus du romanesque -, elle est présentée comme une tragédie - structure en cinq chapitres faisant référence aux cinq actes traditionnels de la tragédie classique - et ses trois dimensions symboliques nourrissent un récit dont les événements dramatiques suscitent, chez les personnages principaux, des débats passionnés sur les notions de bien et de mal et les poussent à évoluer et/ou à adopter des attitudes contradictoires : de l’individualisme égoïste à la solidarité généreuse. C’est ainsi que le journaliste Rambert ne pense qu’à quitter Oran – légalement ou illégalement – avant de décider de rester dans la ville car, dit-il, « Il y a de la honte à être heureux quand les autres souffrent. » Le juge Othon présenté d’abord comme un être froid et indifférent s’humanise après la mort de son fils et veut participer à la lutte contre la peste. Le père Paneloux commence par justifier la mort d’un enfant avant de se réfugier dans l’acceptation muette de ce qui le dépasse et il meurt en silence. Quant à Rieux, son objectif est de lutter jusqu’au bout pour retarder cette mort à laquelle les hommes sont injustement condamnés et qui fait de chaque moment de leur vie un instant précieux. Il n’y a pas de seconde chance ni pour Joseph Cottard qui est retrouvé par la police après la fin de l’épidémie, ni pour le docteur Rieux qui s’apprêtait à retrouver sa femme et à resserrer des liens affectifs qui s’étaient détendus avec le temps. Un autre trait de la condition humaine – qui favorise le sentiment d’exil qui sépare d’autrui – est celui de l’incommunicabilité par le langage « conventionnel par lequel les hommes essaient d’exprimer ce qui les lie à l’humanité. (p.118), que perçoit amèrement le personnage lorsqu’il note que les témoignages les plus chaleureux adressés aux habitants d’Oran « disaient la terrible impuissance où se trouve tout homme de partager vraiment une douleur qu’il ne peut pas voir. » (p.118)

C’est retrouver la question posée par Le Mythe de Sisyphe [2] et L’Étranger [3] : comment se comporter dans un monde absurde ? Les habitants enfermés dans Oran, comme Meursault dans sa prison, savent qu’ils peuvent être condamnés à mort : « Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, (…) Nos concitoyens n’étaient pas plus coupables que d’autres, ils oubliaient d’être modestes (…) Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l’avenir, les déplacements et les discussions ? Ils se croyaient libres et personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux. » (p.33)


Quelques citations pour illustrer le style de Camus :


Humour caustique : « La presse, si bavarde dans l’affaire des rats, ne parlait plus de rien. C’est que les rats meurent dans la rue et les hommes dans leur chambre. Et les journaux ne s’occupent que de la rue. » (p.33)

Goût pour la parabole : « Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et, de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent, et les humanistes, en premier lieu, parce qu’ils n’ont pas pris leurs précautions (…) Nos concitoyens n’étaient pas plus coupables que d’autres, ils oubliaient d’être modestes (…) Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l’avenir, les déplacements et les discussions ? Ils se croyaient libres et personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux. » (p.33)

Beauté magique de la description : « A partir de onze heures, plongée dans la nuit complète, la ville était de pierre. Sous les ciels de lune, elle alignait ses murs blanchâtres et ses rues rectilignes, jamais tachées par la masse noire d’un arbre, jamais troublées par le pas d’un promeneur ni le cri d’un chien. La grande cité silencieuse n’était plus alors qu’un assemblage de cubes massifs et inertes, entre lesquels les effigies taciturnes de bienfaiteurs oubliés ou d’anciens grands hommes étouffés à jamais dans le bronze s’essayaient seules, avec leurs faux visages de pierre ou de fer, à évoquer une image dégradée de ce qu’avait été l’homme. Ces idoles médiocres trônaient sous un ciel épais, dans les carrefours sans vie, brutes insensibles qui figuraient assez bien le règne immobile où nous étions entrés ou du moins son ordre ultime, celui d’une nécropole où la peste, la pierre et la nuit auraient fait taire toute voix. » (p.143)


NOTES :

(1) On rappellera que Camus a songé un temps à appeler son livre « Les Prisonniers ».

(2) Il a fallu aux docteurs Rieux et Castel beaucoup d’efforts pour que la maladie soit nommée et les premières mesures de précaution prises par la préfecture.


2. Consulter aussi sur Libre Savoir les articles sur Albert Camus


Une biographie succincte [4] ;
Le Mythe de Sisyphe [5] ;
L’Étranger [6]
L’Exil et le Royaume [7]


3. RÉSUMÉ DÉTAILLÉ


Partie 1 (pp. 5 à 56)

L’histoire se déroule à O., ville singulière d’après le narrateur qui se propose de relater dans une chronique les événements survenus à partir d’avril en 194... Cette chronique a pour point de départ le surgissement en maints endroits de la ville de nombreux rats venus mourir à l’air libre. Le 28 avril, une dizaine de jours après la découverte des premiers rats, on dénombre ainsi 8.000 rats morts. Le docteur Bernard Rieux conduit sa femme souffrante à la gare, qui s’en va se soigner dans une maison de santé et reçoit sa mère venue remplacer sa bru. Rieux reçoit la visite du journaliste Raymond Rambert qui fait un reportage sur l’état sanitaire de la population arabe. Il doit assister Joseph Grand, l’un de ses anciens patients, pour une tentative de suicide de Cottard, un voisin de ce dernier. Puis il doit s’occuper du concierge de son immeuble, M. Michel, dont la santé s’altère rapidement et qui meurt brutalement dans l’ambulance qui le conduit à l’hôpital. Entre-temps, le docteur a croisé le Père Paneloux, un jésuite estimé de tous, y compris des non croyants, le juge Othon et un certain Jean Tarrou arrivé à Oran quelques semaines plus tôt, qui vit à l’hôtel.. (p.21) Jean Tarrou aime à noter sur son carnet les faits insignifiants dont il est témoin (conversations futiles entendues dans le tramway ; description du manège d’un vieillard qui, du haut de sa fenêtre, attire les chats pour leur cracher dessus) ou remarques sur le temps qui passe trop vite et que l’on apprécie d’autant mieux que l’on s’ennuie. Il s’interroge aussi sur la présence des rats et les cas de fièvre qui atteignent alors la dizaine. (p.26) Rieux assiste à l’interrogatoire policier de Cottard concernant sa tentative de suicide. On apprend que Joseph Grand s’est remis à étudier le latin pour mieux comprendre le sens des mots français. Les cas de fièvre suivie de mort se multiplient et le docteur Castel, un vieux confrère de Rieux, diagnostique la peste. (p.31) Désormais, Rieux se remémore les épidémies de peste qui ont frappé les hommes à travers l’Histoire et imagine les scènes terribles de ce fléau. Puis il chasse ces pensées : « L’essentiel est de bien faire son métier », se rassure-t-il. (p.36) Il s’interroge sur Joseph Grand, un homme bon, qui occupe un emploi subalterne d’employé sans que l’on ait tenu les promesses de promotion faites lors de son embauche et qui essaie de compenser ses difficultés d’expression chaque soir par l’écriture, interprète Rieux. (p.40) Rieux finit par obtenir que la préfecture convoque une commission sanitaire qui décide, en dépit des avis divergents, de prendre des mesures d’urgences (p.46) Joseph Grand note que, depuis sa tentative de suicide, Cottard se montre plus bienveillant envers les autres, comme, dit-il, s’il avait quelque chose à se faire pardonner. De son côté, Rieux sent naître en lui la peur face à la multiplication des cas lorsqu’il imagine les conséquences d’une épidémie. Des mesures plus draconiennes sont enfin prises : à la déclaration obligatoire de la maladie et à l’isolement des malades s’ajoutent la fermeture et la désinfection des maisons ainsi que la quarantaine des proches et la surveillance des enterrements. Mais les sérums envoyés ne sont en nombre suffisant. Le préfet toutefois finit par déclarer l’état de peste et la fermeture de la ville. (p.56)

Partie 2 (pp. 57 à 138)

Les portes de la ville sont donc fermées, le courrier bloqué et les communications téléphoniques limitées aux cas les plus urgents. Restent, pour communiquer avec l’extérieur, les télégrammes. Un fort sentiment d’exil, d’être prisonnier et séparé des siens s’accentue, d’autant plus que nul délai raisonnable ne peut être envisagé pour la fin de l’épidémie. (p.65) La sixième semaine de la peste compte 345 morts. Des mesures de restriction sont prises concernant la circulation, le ravitaillement et l’électricité. La physionomie même de la ville change : des magasins et des administrations ferment et les oisifs envahissent les rues et les cafés. On apprend que Cottard semble réjoui de la situation ; que Joseph grand était marié, mais que sa femme, un jour, l’a quitté par lassitude ; que Lambert voulant quitter la ville à tout prix pour rejoindre sa femme demande un passe-droit à Rieux qui refuse. Rieux, précisément, écrasé de travail, court d’un malade à l’autre et mène une vie mortifère. (p.78) Les autorités ecclésiastiques décident d’une semaine de prières publiques, marquée par le retentissant prêche du père Paneloux pointant du doigt l’origine céleste et la caractère punitif du fléau. (p.84) Joseph Grand invite chez lui Rieux à qui il lit la première phrase de son roman qu’il veut parfaite et qu’il réécrit sans cesse. (p.89) Rambert, se targuant d’être étranger à la ville, cherche à obtenir une autorisation de quitter Oran. Vainement. (p94) En juin, avec les premières chaleurs, le chiffre hebdomadaire des victimes de la peste se monte à 700. Des patrouilles de nuit surveillent d’éventuels manquements à l’interdiction de sortie. Tarrou note que les autorités ne donnent plus que les chiffres quotidiens des décès – une centaine – pour moins démoraliser la population. Il s’aperçoit que les pastilles de menthe ont disparu des pharmacies, comme si l’on croyait qu’elles protégeaient du fléau. La quatre-vingt quatorzième journée de la peste fait 124 morts. (p.103) La peste prend une nouvelle forme, pulmonaire. Rieux et sa mère reçoivent Jean Tarrou qui propose d’organiser des formations sanitaires volontaires pour pallier le manque de personnel. Suite au prêche du père Paneloux, une longue discussion anime les deux hommes à propos de dieu, de la peste et de la mort. (p.111) Jean Tarrou met aussitôt en place ses équipes de formateurs sanitaires. De son côté, le docteur Castel s’attelle à mettre au point un sérum local. Quant à Joseph Grand, il assure le secrétariat des équipes composées par Tarrou, tout en poursuivant son travail sur la première phrase de son roman, dont il tient au courant Rieux et Tarrou. La ville reçoit des témoignages de solidarité du monde entier. Mais, selon Rieux, cette solidarité est trop lointaine, alors qu’il faudrait être ensemble. (p.118) Rambert ayant échoué à quitter la ville par les moyens légaux essaie désormais les solutions illicites. Cottard le met en liaison avec un nommé Garcia, lié à un réseau de passeurs, qui le conduit à un certain Raoul. Mais un premier rendez-vous est annulé. Et il est impossible de contacter les deux hommes. Pour la première fois, un malade guérit. Rieux, Tarrou et Rambert échangent leurs points de vue sur le sens de l’attitude à adopter. Apprenant par Tarrou que la femme de Rieux est hors d’Oran, Rambert décide de se joindre aux équipes de formateurs sanitaires en attendant de pouvoir quitter Oran. (p.138)

Partie 3 (pp. 139 à 153)

A l’occasion d’un vent violent qui assiège Oran, les quartiers du centre-ville sont, à leur tour touchés par la maladie. D’autres, sévèrement frappés par le fléau, sont isolés du reste de la ville. Certains habitants, excédés mettent le feu aux maisons croyant ainsi anéantir la peste, ou attaquent les portes de la ville. On passe alors de l’état de peste à l’état de siège. On fusille deux voleurs pour l’exemple et on institue un couvre-feu à 23h. (p.143) Les enterrements sont désormais placés sous le signe de l’urgence et de la rapidité d’exécution des tâches. On éloigne même les parents lors de l’inhumation. A partir d’août se pose un problème de place en raison du trop grand nombre de victimes. Puis on recourt à la crémation dont les fumées planent sur Oran, qu’elles empestent. (p.148) Le sentiment de séparation s’amplifie chez tous et dans toute la ville. (p.153)

Partie 4 (pp. 154 à 218)

Les mois de septembre et d’octobre sont marqués par une grande fatigue des formateurs sanitaires, qui se mue pour la plupart en une certaine indifférence à ce qui se passe autour d’eux. Rieux confie à Joseph Grand que l’état de sa femme empire ; ce qu’il regrette aussitôt. Il sent que l’épuisement général amène les formateurs à négliger les règles d’hygiène essentielles. Tarrou juge que Cottard se bonifie : de solitaire, il est devenu complice de ceux 3 qui souffrent non sans montrer une certaine méchanceté. Lors d’une représentation d’Orphée, à l’opéra municipal, le chanteur meurt sur scène de la peste. (p.162) Alors qu’il a la possibilité de s’enfuir, Rambert se rend à l’hôpital pour prévenir Rieux et Tarrou que, finalement, il restera au milieu de ceux qui ont besoin de lui. (p.171) Le sérum de docteur Castel est prêt et va être essayé sur Jacques, le fils du juge Othon, dont le cas est désespéré. Mais, pourtant veillé par Rieux, Castel, Tarrou et le père Paneloux, il décède. Ce qui déclenche une brève altercation entre Rieux l’agnostique et Paneloux le prêtre sur le sens à accorder à ce drame de la mort d’un enfant. (p.179) En ville, les prophéties se multiplient - celles de Nostradamus et de Ste Odile sont les plus mentionnées, notamment - et la superstition en vient à se substituer à la religion. Dans son second prêche auquel il convie Rieux, le père Paneloux n’utilise plus le « vous » mais le « nous » et demande à l’assistance un acte de foi absolu : tout accepter ou tout nier. Peu de temps après, le père Paneloux se laisse emporter par une maladie sans que l’on sache s’il s’agit de la peste. (p.191) Cette année-là, à la Toussaint, les cimetières sont désertés. Et la peste s’étend peu, comme si elle avait atteint un palier. Tarrou, Rambert et Grand se rendent au stade où se trouvent les internés mis en quarantaine. Ils y découvrent le juge Othon qui les rejoint pour les saluer et les remercier pour les soins prodigués à son fils. (p.199) Au cours d’une visite au vieil asthmatique, Rieux et Tarrou se retrouvent sur une terrasse dominant la ville et la baie. Au cours d’un entretien qui s’avère une véritable communion de l’amitié, Tarrou confie au docteur le secret de sa vie : une haine de la mort, qu’elle soit décrétée par la justice, la politique ou les guerres. Les deux hommes décident d’aller prendre ensemble un bain de mer comme pour célébrer leur amitié et oublier un instant la maladie. (p.212) Sa quarantaine finie, le juge Othon demande à intégrer les formateurs sanitaires. En décembre, sur les conseils de Rambert qui correspond illégalement avec sa femme, Rieux envoie une lettre à la sienne. Puis un noël de la peste s’installe dans la ville. Grand est à son tour atteint par la peste et demande à Rieux de brûler son manuscrit qui s’avère, en fait, ne contenir que la fameuse première phrase indéfiniment corrigée. Contre toute attente et après plusieurs injections de sérum, Grand guérit. Il en est de même pour d’autres malades. E, pour la première fois depuis le mois de mai, les rats réapparaissent au grand jour. (p.218)

Partie 5 (pp. 219 à 255)

A partir de janvier, la peste recule, même si elle frappe encore, comme pour le juge Othon. La souffrance laisse place à l’espoir car les statistiques du 25 janvier confirment que l’épidémie est enrayée. Les chats réapparaissent eux aussi. (p.224) Cottard, contrairement à tous, s’inquiète du recul de la maladie comme s’il craignait pour son avenir personnel dans une société redevenue normale. Il s’isole peu à peu, puis disparaît. Quand Tarrou le rencontre par hasard et l’accompagne chez lui, des hommes l’attendent et veulent l’arrêter, mais il parvient à s’enfuir. C’est ainsi que s’achèvent les carnets tenus par Tarrou. (p.229) Rentrant chez lui, Bernard Rieux se met à espérer pouvoir recommencer une nouvelle vie et une nouvelle relation avec sa femme. Mais sa mère lui annonce la présence d’un Tarrou malade dont les symptômes évoquent ceux de la peste. Rieux prend sur lui de soigner son ami sans le faire isoler. Mais le lendemain soir, Tarrou meurt, longuement veillé par Rieux et sa mère. Au matin, un télégramme apprend à Rieux que sa femme est décédée depuis huit jours. (p.239) En février, Oran, débarrassé de la peste, s’ouvre de nouveau au monde. (p.246) On a retrouvé Cottard qui, devenu fou, tire sur les passants avant d’être arrêté. Quant à Grand, il est arrivé à ses fins : débarrassée de ses adjectifs, sa fameuse première phrase lui paraît enfin parfaite. On apprend que l’auteur de la chronique n’est autre que le docteur Rieux désireux de témoigner ainsi de cet amour, de cette souffrance et de cet exil qui avaient réuni les hommes. Et pour dire sa certitude qu’il y a chez l’homme plus de choses à admirer que de choses à mépriser, même si le bacille de la peste ne meurt pas et reviendra. (p.255)

NB : Les références aux pages renvoient à l’édition du Livre de Poche (Librairie Gallimard), 1961.


4. BIBLIOGRAPHIE SUCCINCTE


  • Révolte dans les Asturies (1936) : Théâtre.
  • L’Envers et l’Endroit (1937) : Essai.
  • Noces (1939) : Essai.
  • L’Étranger (1942) [8] : Récit.
  • Le Mythe de Sisyphe (1942)[9]: Essai.
  • Le Malentendu (1944): Théâtre.
  • Caligula (1945) : Théâtre.
  • La Peste (1947) : Chronique.
  • L’État de siège (1948) : Théâtre.
  • Les Justes (1949) : Théâtre.
  • L’Homme révolté (1951) : Essai.
  • La Dévotion à la Croix (1953) : Théâtre.
  • Les Esprits (1953) : Théâtre.
  • L’Été (1954) : Essai.
  • La Chute (1956) : Récit.
  • Requiem pour une nonne (1956) : Théâtre.
  • L’Exil et le Royaume (1957)[10] : Nouvelles.
  • Réflexions sur la peine capitale (1957) : Essai.
  • Discours de Suède (1958)
  • Chroniques algériennes (1958)
  • Les Possédés (1959) : Théâtre.
  • Carnets (1935-1959)
  • Le Premier homme (1994) : (manuscrit inachevé).




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mercredi 10 mai 2017 – Anonyme
Intérêt
Très bon travail



mardi 29 mars 2016 – Anonymecamus
Intérêt
la mort,victimes de la mort,consequences et inconvenient de la mort



mercredi 15 avril 2015 – nour92
Intérêt
je vous remercie vivement pour votre volonté de vouloir répandre le savoir. le document est excellent.



vendredi 20 mars 2015 – L'équipe du site LIBRE SAVOIR
Intérêt
Nous vous remercions de votre message. Bonne chance pour vos études !



dimanche 05 octobre 2014 – jeanpatoche17
Intérêt
super résumé merci beaucoup





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