La Mémoire dans la peau de Doug Liman

Intérêt
Ce film de Doug Liman d’après le roman de Robert Ludlum fut si remarqué à sa sortie en 2001 qu’il fit l’objet de deux suites : La Mort dans la peau (2004) et La Vengeance dans la peau (2007). Une trilogie cinématographique qui met ainsi en images la série des trois romans.


Table des matières

1. ANALYSE


Adapté d’un roman de Robert Ludlum, le film est présenté comme un film d’espionnage par la jaquette sans doute pour l’histoire de manipulation qu’il propose mais c’est, avant tout, un excellent film d’action.

Déjà, ce film surprend par le choix du cadre : film américain, il se déroule en Europe et, pour l’essentiel, sur le territoire français, et même à Paris montré et utilisé de façon originale et intéressante. Il est à noter que les décors sont variés et contrastés : intérieur des chambres et des bureaux, extérieurs des villes et de la campagne. Il offre, en outre, une organisation judicieuse du récit qui alterne soudains passages de pure violence et courts moments de répit où les deux fugitifs font le point sur leur situation et ce qui menace de les séparer.

Il confronte, par ailleurs, deux responsables cyniques et manipulateurs à Jason Bourne et sa compagne d’infortune, réunis par les circonstances mais toujours au bord de la rupture. Il traduit même, visuellement, ce contraste en opposant les lieux clos des « chasseurs » (bureaux bardés d’électronique et reliés en permanence au monde entier) et l’espace libre que les deux fugitifs parcourent pour résoudre le mystère. Il installe également un type de héros peu commun. Ces agents dormants « machines à tuer » sont dotés de capacités qui relèvent de la science-fiction. En effet, d’une part, Jason n'a pas été tué par les deux coups de feu tirés contre lui. D’autre part, il flotte, inconscient, sur les eaux, sans se noyer. Enfin, il lui est même possible de tomber d'un immeuble et de s'en sortir à peu près indemne. Et, précisément, il propose un traitement fouillé du thème de la recherche de son identité véritable par le héros. En effet, Jason Bourne conditionné pour être une machine à tuer se révèle progressivement, à l’inverse, comme un être altruiste, généreux et humain. Autrement dit, la séquence initiale de l’immersion dans la mer (on peut la considérer comme le liquide amniotique) symbolise une nouvelle naissance et s’apparente à un second lavage de cerveau – le premier a fait de lui une machine à tuer - qui va lui permettre de retrouver sa véritable identité. L’amnésie apparaît dès lors comme le prétexte d’une reconquête de soi et d’une réappropriation de sa personnalité oubliée, enfouie, dans son passé de tueur.

Le propos du film est d’une grande cohérence : le projet de la CIA (fabriquer des tueurs sans âme, ni foi ni loi) a échoué en raison d’une croyance erronée selon laquelle on peut faire disparaître la sensibilité d’un être. Et c’est replacé précisément dans les conditions mêmes de son échec (face à la présence imprévue d’enfants), que Jason Bourne retrouve brusquement la mémoire. Le réalisateur justifie ainsi pleinement ce retour à la conscience de soi chez son personnage qui est bien loin d’être un artifice de récit. Matt Damon, parfait dans le rôle, apporte justement à son personnage une dimension humaine qui contraste avec les réflexes de tueur qui lui ont été inculqués, créant ainsi un héros ambivalent tout à fait original au cinéma. De son côté, Franka Potente, avec son physique banal mais séduisant, contribue à rendre crédible la normalité et l’existence du couple.

Doug Liman signe un film qui est une excellente surprise et l’on souhaiterait suivre de nouvelles aventures puisqu’il existe trois romans ! On ne manquera pas de noter l’excellence de la course poursuite de voitures (en Mini Cooper !) dans Paris qui, sans avoir les moyens de celle de « Ronin », est un modèle du genre.

Pour dire un dernier mot avant de quitter le film à regret, il faut bien évoquer une séquence finale qui propose une fin heureuse en accord avec nos désirs de spectateur car elle se justifie par la signification même du film, en faisant écho à la séquence initiale : l’individu inanimé et amnésique flottant sur une mer marseillaise nocturne du début du film est devenu, in fine, ce personnage reconstruit, qui se souvient de celle qui l’a aidé et s’approche d’elle - toujours à proximité d’une mer, grecque celle-ci (à Mykonos) -, mais cette fois il est en pleine lumière, pour conquérir, après un beau voyage vers lui-même, tel le Jason grec de l’Antiquité, la Tunique d’or (Mary) qui n’espérait pas le revoir. Entre-temps, le film s’est déroulé pendant deux heures pour notre plus grand plaisir !


2. SYNOPSIS


Un homme, entre la vie et la mort, est repêché en Méditerranée à cent kilomètres au large de Marseille par des marins, et hissé à bord de leur bateau de pêche, l’Aventura : il a deux balles dans le corps et un microfilm implanté sous la peau. Lorsqu’il sort de son hypothermie, l’homme, sans doute doté d’une constitution hors norme qui lui a évité une mort quasi certaine dans l’état et la situation où il se trouvait, se révèle étrangement amnésique : il n’a aucun souvenir des événements antérieurs, et, fait plus grave, ne se souvient même plus de son identité. La lecture du microfilm que l’on découvre implanté dans sa hanche donne toutefois une information : le numéro d’un compte de banque suisse.

Une fois débarqué sur la terre ferme et après avoir remercié l’équipage qui lui a sauvé la vie, il se rend à Zurich et, dans la salle des coffres-forts de la banque, ouvre le coffre dont il a le numéro. Il y découvre une mallette remplie de billets de banque, un révolver et, surtout, un passeport au nom d’un nommé Jason Bourne et plusieurs passeports de noms différents mais arborant sa photo, qui semblent l’attendre. Mais il est aussitôt traqué par des inconnus qui entendent l’éliminer. Il ne se tire d’affaire qu’avec l’aide d’une jeune femme, Mary. Au cours de ces événements qui mettent en danger sa vie, il se rend compte qu’il est doté de qualités physiques et mentales hors du commun. Qui est-il ? Qui veut le tuer et pour quelles raisons ? Quelle est cette organisation qui le poursuit implacablement ? Privé de mémoire, cet homme part à la recherche de son identité en compagnie de la jeune femme dont le destin est désormais lié au sien. Pendant ce temps, à Washington, au bureau de la CIA, Ted Conklin identifie notre héros comme étant Jason Bourne, l’un de ses meilleurs agents dont il avait perdu la trace…

Une longue traque s’ensuit, qui contraint le couple à une vigilance de tous les instants pour échapper aux tueurs lancés à leur poursuite : sans cesse menacés, les changements d’identité et de résidence dessinent le quotidien de leur vie. Pendant que des bribes de souvenirs remontent d’un passé qu’il a oublié, ce héros amnésique va de surprise en surprise jusqu’à connaître une forme inattendue de rédemption, d’abord, et de bonheur, enfin.


3. FICHE TECHNIQUE


  • Réalisation : Doug Liman.
  • Titre original : The Bourne Identity.
  • Année : 2001.
  • Scénario : Tony Gilroy et William Blake Herron, d’après le roman de Robert Ludlum.
  • Directeur de la photographie : Oliver Wood.
  • Musique : John Powell.
  • Production : Doug Liman, Patrick Crowley, Richard NGladstein / Universal Pictures. Distribution : United International Pictures.
  • Durée : 118 minutes.

Distribution :

  • Jason Bourne : Matt Damon.
  • Marie : Franka Potente.
  • Conklin : Chris Cooper.
  • Le professeur : Clive Owen.
  • Ward Abbott : Brian Cox.
  • Wombosi Adelawe : Akinnuoye-Agbaje.
  • Zorn : Gabriel Mann.


4. EDITION DVD


  • Image : une image de toute beauté aux couleurs vives et précises. Les scènes de nuit sont satisfaisantes.
  • Son : la piste DTS est réservée à la VF, la VO devant se contenter du DD : c’est regrettable. Il s’agit d’un film d’action et chaque moment fort est souligné sur toutes les enceintes. Lors des moments de répit, la piste sonore excelle à traduire musicalement le climat d’inquiétude qui est celui dans lequel baigne le film.
  • Suppléments : un ensemble riche puisque le dvd propose un commentaire audio du réalisateur, une fin diffférente (mais très proche de celle du film), la scène de la ferme en version plus longue, des scènes coupées, un video-clip de Moby Extreme ways), la bande-annonce et le tournage.

Le film est sorti en 2009 en Blu-ray dans un coffret qui réunit les trois films.



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Droits d'auteur © Henri PHILIBERT-CAILLAT


5. BANDE ANNONCE





  Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2015-02-10 17:12:01




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