La Fleur du mal de Claude Chabrol

Intérêt
l’un des derniers films de Claude Chabrol, La Fleur du mal apparaît comme un condensé même de l’œuvre du réalisateur, tant par ses thèmes que par sa mise en scène.


Table des matières

1. Analyse


Le récit que propose Claude Chabrol met en rapport, par l’intermédiaire du personnage de Tante Line (Suzanne Flon), le passé mystérieux (un crime s’est déroulé à la Libération) et le présent incertain d’une famille bourgeoise de Bordeaux (mère candidate politique, père insignifiant coureur de jupons, enfants incestueux). Situant son action dans le Bordelais, Chabrol propose une histoire qui fait évidemment penser à François Mauriac et à son Nœud de vipères (1932).

Le titre choisi s’inspire du recueil de Baudelaire, Les Fleurs du mal, mais, mis au singulier, désigne explicitement le sexe féminin comme l’origine des problèmes humains – au double sens du terme que donne Courbet à son tableau, L’origine du monde, représentant précisément le sexe féminin. Le film de Chabrol peut s’apparenter à une psychanalyse de l’âme humaine dont les abysses traversent à l’identique les générations. On pourrait même ajouter que si la grande Histoire ne se répète pas, celle des individus est un éternel recommencement…Le drame enfoui de Tante Lise se trouve, en effet, exhumé au cours d’une campagne électorale menée par la mère Anne (Nathalie Baye), et les jeunes gens, François (Benoît Magimel) et Michèle (Mélanie Doutey), vont revivre, peu ou prou, la même expérience. Pour Chabrol, l’Innocence (longuement développée dans les dialogues entre François et Michèle) contient la graine d’un Mal - et du sentiment de culpabilité qui s’ensuit – qui va germer en fleur vénéneuse.

Une fois de plus, serait-on tenté de dire, Chabrol explore le monde trouble de la psyché : le Bien et le Mal et les sentiments d’innocence et de culpabilité parcourent une œuvre inscrite dans le terreau de la réalité sociale. La Fleur du Mal nous propose l’essentiel de son univers. D’emblée, un travelling avant sous une végétation de fourrés se glisse silencieusement dans une maison, monte un escalier et entre dans une chambre où gît un cadavre qui a l’ « exquise » bonne idée de désigner le drap de sa main ensanglantée. Le drap, c’est-à-dire le lit, généralement lieu des rapports sexuels. L’ascension de la caméra pouvant s’apparenter à une érection. C’est l’image qui doit dire rappelait Hitchcock… Ce mouvement de caméra très chabrolien annonce, à l’évidence, une exploration des zones dissimulées (fourrés qui cachent, chambre qui abrite l’intimité) de l’être humain. Il peut avoir un autre sens : le réalisateur nous guide ainsi dans son univers, que le film propose en un saisissant raccourci : on y trouve, en effet, la province des notables sur fond de rivalités politiques (Cf. Les Noces rouges, 1973) ; le sud ouest (Le Boucher[1], 1970) ; les rapports oedipiens entre parents et enfants (La Décade prodigieuse, 1971) ; la confusion entre le Bien et le Mal par leur contamination réciproque (Que la bête meure[2], 1969) sans oublier, en une sorte de rappel ironique et distancié bien dans sa manière, les scènes de repas (il nous offre même, sarcastique, quelques gros plans sur les plats !) et les commentaires sur la bonne chère ou sur les vins. La Fleur du mal filme même une pharmacie qui rappelle, biographiquement, celle des parents de Chabrol. Il s’agit bien d’un condensé des thèmes profonds de son œuvre.

Chabrol prend son temps pour nous faire entrer dans son récit, puis pour nous perdre dans le dédale de l’âme humaine avant de nous demander, dans la scène ultime et à travers ses personnages, de faire bonne figure et de sauver les apparences. Car, « Chez ces gens-là, Monsieur ! » pourrait-on dire en citant Jacques Brel… On ne peut manquer, à ce propos, d’évoquer la visite de la candidate politique, Anne, dans la cité des « gens d’en-bas » et de ses incroyables propos si « gens d’en-haut » (Cf. la bande annonce ci-dessous). Pour être juste, il faut bien reconnaître que le discours des électeurs modestes à qui elle rend visite est tout aussi calamiteux. Chabrol a conservé intacte son ironie mordante.


2. Synopsis


Après un séjour aux Etats-Unis, François retrouve sa région bordelaise et sa famille. Sa belle-mère, Anne, mène campagne pour les élections municipales. Mais un tract répand les pires calomnies sur la famille Charpin-Vasseur. Il est vrai que tous les membres sont très liés par des liens redoublés entre les trois générations et à l'intérieur même des générations : que ce soit Pierre Charpin, sa fille Tante Line, aujourd'hui femme âgée, sa nièce Anne et Gérard et les enfants Michèle et François si proches par les liens du sang et de l'affection... Qui s'attaque ainsi au passé de cette famille et dans quel but ?


3. Fiche technique


  • Réalisation : Claude Chabrol.
  • Scénario : Caroline Eliacheff, Louise L Lambrichs.
  • Adaptation et dialogues : Claude Chabrol.
  • Directeur de la photographie : Eduardo Serra.
  • Musique : Matthieu Chabrol, interprétée par l’Orchestre Symphonique Français.
  • Production : MK2 / France 3 Cinéma.
  • Distribution : MK2.
  • Durée : 104 minutes.
  • Année : 2002.

Distribution :

  • Anne Charpin-Vasseur : Nathalie Baye.
  • François : Benoît Magimel.
  • Tante Line : Suzanne Flon.
  • Gérard : Bernard Le Coq.
  • Michèle : Mélanie Doutey.
  • Matthieu : Thomas Chabrol.


4. Edition DVD Collector zone 2


Image : la copie offre une belle image aux couleurs chatoyantes et aux contrastes soignés pour les scènes d’intérieur.

Son : le DD 5.1 met surtout en valeur les voix et les dialogues, la musique n’intervenant que ponctuellement et brièvement pour souligner certains moments ou certaines transitions entre les scènes. Le son est présent frontalement la plupart du temps.

Suppléments : ils sont utiles pour mieux comprendre les enjeux du film. On y trouve le tournage retracé en 25’ ; un portait de Chabrol de 52’ ; un sujet sur le film expliqué par l’auteur (à travers l’étude concrète des détails de la réalisation : mouvements de caméras, par exemple) et qui est intitulé fort justement « La Leçon de cinéma » ; un autre sujet de 10’ qui permet à l’auteur de commenter les personnages de son film ; un entretien avec la scénariste Caroline Eliacheff. S’ajoute enfin douze bandes-annonces de la Collection Claude Chabrol. Un bel ensemble indispensable au film.

Jaquette : l’affiche du DVD illustre parfaitement le propos du film. Une belle photo de famille très colorée et édifiante, où chacun rivalise d’élégance et de bon goût (le sourire n’est qu’esquissé voire réprimé dans un style très compassé) s’inscrit dans un cadre élégant. Mais, au premier plan, une fleur carnivore laisse entendre que ce ne sont là qu’apparences…




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Droits d'auteur © Henri PHILIBERT-CAILLAT


5. Bande annonce




La Fleur du mal de Claude Chabrol




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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2014-02-02 10:44:57




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