La Conscience

Intérêt
La réflexion philosophique passe par l'étude de la conscience. Etre conscient, c'est questionner et réfléchir pour se connaître soi-même, appréhender l'univers et les rapports entre soi et l'univers.


Table des matières

1. Introduction


« La conscience est coextensive à la vie. » Bergson

Les expressions « Prendre conscience ou avoir conscience » traduisent bien l’expérience quotidienne du sujet aux prises avec les difficultés. L’obstacle est vécu comme la limite momentanée ou définitive de mon action ou de ma pensée. Le contact avec la difficulté est doublement formateur : d’une part parce qu’il révélateur de ma finitude par la conscience des limites de mon pouvoir lorsque je ne puis franchir l’obstacle ; d’autre part, il est formateur de ma personnalité puisqu’il est l’occasion de mes échecs ou de mes succès et permet ainsi au moi de se réaliser ou de se désagréger. Bref, la présence de l’obstacle permet à la vie de s’abolir ou de se retrouver au travers de l’inconscience qui mésestime l’obstacle ou de la conscience qui mesure l’obstacle à sa juste valeur.


2. Conscience et existence


La conscience n’est pas un objet que l’on possède : dire « je suis conscient » ne signifie pas que la conscience est en ma possession. Elle se saisit plutôt comme une manière d’être attentif ou averti qui se distingue de la manière d’être du rêveur ou du distrait, par exemple. Celui qui s’adonne à la rêverie incarne une manière d’être passive ; il subit le flot des images qui se succèdent et, surtout, sans essayer d’en retenir une. A l’inverse, le sujet conscient est attentif à l’image qu’il retient et sa manière d’être est donc active. Comme le dit Pradines, « La conscience ramasse son être dispersé. » Car le rêveur se disperse dans son image comme le distrait se disperse dans le détail.


Les deux sont sans doute conscience d’images ou de détails, mais il s’agit dans leur cas d’une conscience qui n’est par soutenue par une intention et, par conséquent, plus proche du sommeil que de la veille. Autrement dit, la manière d’être du sujet conscient est une manière d’être organisatrice des rapports entre le sujet le le monde. Avoir conscience du monde, c’est être conscient du problème et des solutions qu’il offre. La conscience est une activité qui rompt avec l’automatisme.


3. Conscience et temps


Cette activité qui est une organisation commençante (cf. Gamelin) intervient au niveau du geste et de la parole soit pour les diriger, pour les suspendre ou encore pour les préparer. Il s’agit d’une intervention dans le présent ; le sujet conscient est d’abord conscient d’un présent problématique. Cependant la réponse à donner est fonction de l’expérience passée et du projet. Comme le remarque Pradines : « La conscience permet au sujet de réagir au présent avec toute son expérience en vue d’un avenir ; c’est une mémoire tenue en main pour des tâches d’avenir. » Bergson, pour sa part, fait de la mémoire le caractère essentiel de la conscience. En effet, si la conscience ne conservait rien du passé, c’est-à-dire si, à tout instant, elle périssait et renaissait, elle serait perpétuel oubli d’elle-même et inconscience. La mémoire est donc coextensive à la conscience à tel point que l’on peut dire que la conscience est mémoire par l’accumulation et la conservation du passé dans le présent.


D’autre part, l’être conscient est l’être présent à une tâche actuelle en vue d’une réalisation prochaine. En effet, l’esprit s’occupe de ce qui est (par exemple l’obstacle) en fonction de ce qui doit être (l’obstacle déjoué). Autrement dit la conscience n’est pas sans une certaine à la vie et toute attention est attente de ce qui doit être. Ainsi la conscience comme mémoire et anticipation de l’avenir nous révèle sa première fonction : « Retirer ce qui n’est déjà plus et anticiper sur ce qui n’est pas encore. » Bergson définit ainsi la conscience comme un trait d’union entre ce qui a été et ce qui sera, un passage entre le passé et l’avenir.


4. Conscience et choix


Cette rétention et cette anticipation qui caractérise la conscience ont une signification biologique. En effet, la prise de conscience est liée à une situation urgente qui demande une réponse. Cette prise de conscience est d’autant plus vive que la difficulté est d’autant plus grande. Dans le fait de prendre conscience s’esquisse le rappel des enseignements passés et les premiers mouvements qui sont riposte à une menace. Cette dernière porte essentiellement sur le corps et tout se passe comme si la conscience allait porter secours au corps.

Mais comment une réalité spirituelle comme la conscience peut-elle secourir une réalité matérielle comme le corps ? Comment ce que ressent le corps pourrait-il se signaler à la conscience ?

Il convient de préciser le rapport existant entre la conscience et le corps. Ensemble d’organes, le corps est physiologiquement un ensemble de fonctions. Le cerveau est donc lié à la conscience en ce sens qu’il en est l’organe, et la conscience la fonction. Seuls les êtres pourvus de cerveau seraient donc capables de conscience. Pourtant Bergson réfute cette argumentation : la digestion étant liée à l’estomac, les êtres dépourvus d’estomac en seraient-ils privés ? La biologie montre précisément que la digestion n’est pas liée à un estomac chez l’amibe. On en conclura avec Bergson que la conscience accompagne le système nerveux le plus simple. La conscience est donc coextensive à la vie. La vie est activité et l’être vivant s’affirme par un ensemble de mouvements qui se différencient en fonction du système nerveux. Tout se passe comme si la vie menacée - qui repose sur des réflexes dont le siège est la moelle épinière -, se transformait en vie conquérante qui repose sur des mouvements volontaires liés au cerveau. Les mouvements, qu’ils soient réflexes ou volontaires, sont des réponses à des problèmes posés. L’excitation éprouvée n’est pas sans provoquer une ou plusieurs réactions. La réaction-réponse, fût-elle brève ou simple, implique un choix. Si bien que, a contrario, l’absence de mouvement signifierait l’absence de conscience. Ainsi que le précise Bergson : « Il est douteux qu’on rencontre la conscience dans les organismes qui ne se meuvent pas spontanément et qui n’ont pas de décision à prendre. » Cependant il n’y a pas d’être qui soit tout à fait incapable de mouvement : « La faculté de se mouvoir est plutôt endormie qu’absente et se réveille quand elle devient utile. » En conclusion, la conscience est d’autant plus vive que la difficulté est plus grande.


5. Structure de la conscience


La conscience n’existe pas à l’état isolé : elle est toujours conscience de quelque chose. Avoir conscience ou prendre conscience, c’est toujours s’ouvrir à quelque chose préalablement oubliée ou méconnue. Ainsi la conscience est-elle révélante ; ce qui suppose quelque chose à révéler, quelque chose qui soit un révélé. Autrement dit, dans l’acte de conscience sont impliqués deux termes, le révélant et le révélé qui empêchent de saisir isolément la conscience. Même si, abstraitement, j’élimine ce dont elle est conscience, je ne puis même pas dire que la conscience est conscience du néant puisque ce dernier serait l’état de la conscience. Si la chose révélée est la condition d’existence de la conscience, celle-ci est la condition de la présence non oubliée de la chose. Bref, la conscience n’existe que quand elle pense à tel arbre ou qu’elle imagine tel visage.


6. Conscience et ouverture au monde


L’expérience de la prise de conscience nous révèle le propre de la conscience qui est de ne jamais être elle-même mais d’être toujours une « visée ». Comme le souligne Sartre, la conscience n’a pas de « dedans », elle n’est que le « dehors ». Elle est en quelque sorte refus absolue d’être substance. Aussi la conscience ne cesse d’échapper à elle-même et, avant d’être présence à soi, elle est présence à autre que soi (« Elle ne se produit qu’en se représentant quelque chose d’étranger à elle ; la conscience est portée par un être qui n’est pas elle. » Jean-Paul Sartre). Elle est donc en état d’ « éclatement » (Husserl) ou bien elle est par essence ouverture au monde. Cette ouverture caractérise le mouvement centrifuge de la conscience qui n’évite de se perdre dans le monde qu’en le ressaisissant. Mais ce qu’elle saisit, c’est ce qu’elle découpe dans l’épaisseur du monde. Par exemple lorsque je que je prends conscience de l’arbre, je le découpe comme un être dans l’être même du monde. Mais, simultanément, que cela est un chose et qu’hors du monde cela n’est rien. Autrement dit, la conscience en tant qu’ouverture au monde a une activité discriminante. : elle pose une chose en néantisant momentanément les autres. C’est cette possibilité de néantiser qui fait que le monde est récupéré sans qu’il soit l’occasion de la perte du monde.


7. Conscience et intentionnalité


Ce mouvement vers le monde nous fait comprendre que « Toute conscience est conscience de quelque chose. » (Husserl) . Ceci nous permet de préciser que la chose qui appartient au monde n’est pas disssoute dans la conscience. En effet, la chose perçue n’est pas un simple perçu qui serait un contenu de la perception, lequel serait un moment actuel de la conscience. S’il en était ainsi, la chose perçue serait immanente à ma conscience. Or, lorsque je perçois un arbre, il n’est pas réduit à un simple contenu de conscience, mais se situe, par exemple, à proximité d’un bâtiment comme une présence opaque à ma conscience. C’est pourquoi, laissée à elle-même, la conscience n’est rien. Toutefois, elle est saisie au niveau de sa visée, c’est-à-dire de son intention. Elle est donc toute dans ce mouvement qui la porte vers les choses. Elle n’est que par ce rapport où la chose est prélevée de l’indifférence générale du monde. La conscience est donc conscience positionnelle du monde. Comme l’écrit Sartre : « Toute conscience est positionnelle en ce qu’elle se transcende pour atteindre un objet et elle s’épuise dans cette position même ; tout ce qu’il y a d’intention dans ma conscience actuelle est dirigée vers le dehors.»

Par ailleurs, la conscience est hétérogène à tout ce dont elle a conscience. Ce qui conduit Sartre à la définir comme la dimension d’être transphénoménale du sujet. Cette hétérogénéité ne rend pas impossible les rapports intellectuels ou affectifs du sujet avec le monde, mais permet de sauvegarder l’originalité respective des deux termes. L’intentionnalité permet d’éviter l’écueil du réalisme qui fait de la conscience une production du monde sans expliquer comment cette conception est l’œuvre de la conscience et, ensuite, d’éviter l’écueil de l’idéalisme qui fait du monde un contenu de conscience sans expliquer pourquoi ce contenu obtenu.


8. Quel est l’être de la chose ?


Chaque matin, la conscience retrouve les arêtes vives des choses. Mais, dans la prise de conscience, quel est l’être des choses dont nous prenons conscience ? Est-ce une entité qui subsiste en elle-même ; est-ce une apparence ou encore est-ce une idée dont l’idéal serait hors d’atteinte ? La définition de la conscience comme conscience de quelque chose nous assurre d’une présence, mais ne nous dit ce qu’est cette présence. Est-ce une réalité concrète ou bien une idée ? Il faut analyser cette présence à partir de l’acte de percevoir. Cette table devant moi est-elle perçue en elle-même ? S’il en est ainsi, comment suis-je amené à la reconnaître et à lui donner un nom ? La conscience qui est indivisible et inétendue nous renseigne sur une chose qui occupe un certain espace susceptible d’être divisé et se caractérise par une certaine consistance. Cette remarque oppose deux réalités hétérogènes. Or, si elles sont l’une par rapport à l’autre, comment l’une peut-elle nous renseigner sur l’autre ? La notion d’intentionnalité ne résout pas le problème de la réalité du monde extérieur. On peut se demander si la chose dont on a conscience ne doit pas être homogène à la pensée tout en étant séparée.




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Droits d'auteur © Sophie LAUZON



 
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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2017-01-26 10:09:35




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