La 25ème heure (24 heures avant la nuit) de Spike Lee

Intérêt
Sorti en 2002, La 25ème heure se révèle un film très prenant. En effet, Spike Lee, à contre-courant de la plupart des productions des grands studios, entend nous alerter sur les dérives de notre époque en rappelant les valeurs essentielles. A travers le cas individuel de son personnage, il brosse, en filigrane, un portrait de New York et de ses habitants. Son diagnostic est sans appel : l’Amérique va mal.


Table des matières

1. Analyse


Monty Brogan va donc passer les heures qui lui restent à vivre libre en compagnie de son père, de son amour appelée Naturelle, et de ses deux amis les plus proches, Jakob (professeur) et Francis Xavier (courtier en bourse). Tout à son désespoir, solitaire, il commence par accuser les autres et vomit une colère aveugle contre les Immigrés (Indiens, Pakistanais, Latinos, etc.), les événements politiques (Ben Laden et le terrorisme), la réalité sociale (les aides aux pauvres), les racistes anti-blancs ou anti-noirs, etc. Mais la présence de ses proches le remet en face de ses responsabilités : il procède alors à un véritable examen de conscience qui le conduit à remettre en cause la vie qu’il a menée jusqu’alors. Spike Lee insiste ainsi sur les évidences : toute rédemption passe par la nécessaire reconnaissance de ses erreurs, ce qui ne peut être rendu possible que par la présence affective d’un entourage chaleureux : lien amoureux grâce à Céleste, amical grâce à Jakob et à Francis Xavier, familial grâce à son père. Le réalisateur met l’accent sur ces trois valeurs morales qui sont négligées au profit de la course à l’argent. Cet argent qui a gâché la vie de Monty est aussi ce qui gangrène New York : à l’image de Monty prêt à se dévouer pour un chien à l’agonie, New York étale ses beautés (de nombreux plans exaltent la magie de la ville et la douceur d’y vivre simplement) que l’on n’apprécie qu’au moment de les perdre. Jamais la prison – sans qu’on ne la voie jamais dans le film – n’avait été décrite de façon aussi terrible qu’à travers de simples paroles. On peut considérer d’ailleurs que Spike Lee place son personnage comme s’il allait vivre ses derniers instants de vie, d’où la tension permanente du film.





Elargissant son propos, il montre une Amérique malade du 11 septembre 2001 : dès le générique sont filmés les deux faisceaux qui rappellent les deux tours anéanties et, au cœur même du film, « Ground Zero » est longuement présenté, cependant que s’élève le lamento d’une musique poignante. Faut-il comprendre que l’adoration du Veau d’or est à la source de ce mal-être américain et qu’il ne peut, comme en ce qui concerne Monty, ne disparaître que si les Américains s’amendent et changent leur vie ? Le film ouvre quelques pistes : la drogue est devenue un commerce comme un autre pour Brogan, alors qu’elle tue ; la Bourse et la spéculation de Francis Xavier en forme de jeu mettent en réalité en danger des pans entiers de l’économie ; l’école – fondement de la société – ne remplit plus sa fonction, comme le vit Jakob dans ses rapports particuliers avec la jeune fille qui est son élève. Le tableau est sombre et pour en revenir aux « personnages » principaux, Monty et l’Amérique (symbolisée par New York) vont connaître le même purgatoire. Le parallèle entre l’individu et la nation est si fort que la métaphore s’impose d’elle-même.

Le dénouement - d’une étonnante puissance onirique – montre à Brogan ce que sa vie pourrait être s’il choisissait de fuir. On notera simplement - pour ne pas déflorer ce qui s’apparente à une sorte de coup de théâtre - que sur l’écran en défile l’illustration visuelle : mariage avec Céleste, enfants, petits enfants, vieillesse à deux et en famille… Cette magnifique séquence, ce pur moment de cinéma, s’interrompt sur un plan de Brogan qui donne tout son sens au film et, surtout, renvoie le spectateur du film à lui-même et à ses propres choix de vie. « Do the right thing » conseillait déjà Spike Lee dans l’un de ses précédents films… Il est alors temps de mettre en perspective la haine de l’autre que Monty déversait face aux visages cosmopolites, au début du film, et l’amour que les regards de ces mêmes visages cosmopolites lui adressent, lors de son départ final : à travers cette évolution du film - qui conduit du refus hostile à la compassion généreuse - se dessine en effet l’idée, pour Spike Lee, que TOUS les New Yorkais, TOUS les Américains sont sur le même bateau et qu’ils n’arriveront à bon port qu’après après avoir traversé ENSEMBLE l’océan des difficultés qui les attendent.

Un film généreux et humaniste – sans aucun doute le meilleur de Spike Lee – qui entend rappeler les évidences : tout choix engage sa vie et se révèle souvent irréversible ; aussi ne faut-il pas faire d’erreur, reconnaître les vraies valeurs de la générosité, et ne pas se laisser abuser par le miroir aux alouettes de l’argent facile et de la haine instinctive, car la prison et l’individualisme sont synonymes de mort.


2. Synopsis


A New York, Monty Brogan (Edward Norton) distribue de la drogue pour devenir riche. C’est pour lui, semble-t-il, un travail à peu près comme un autre. Mais il est dénoncé aux autorités, se fait confondre et est condamné à passer sept années en prison. Le film nous donne à voir ses dernières vingt-quatre heures de vie d’homme libre avant qu’il n’intègre la prison d’Otisville qui l’attend.


3. Fiche technique


  • Titre original : The 25th Hour
  • Réalisation : Spike Lee
  • Année : 2002
  • Scénario : David Benioff , d’après son roman 24 heures avant la nuit
  • Directeur de la photographie : Rodrigo Prieto
  • Musique : Terence Blanchard
  • Production : 40 Acres and a Mule Filmworks / Industry Entertainment / Gamut Films
  • Distribution : GBVI
  • Durée : 134 minutes

Distribution :

  • Monty Brogan : Edward Norton
  • Jakob Elinsky : Philip Seymour Hoffman
  • Francis Xavier Slattery : Barry Pepper
  • Naturelle Rivera : Rosario Dawson
  • Mary D’Annunzio : Anna Paquin
  • James Brogan : Brian Cox
  • Kostya Novotny : Tony Siragusa


4. Edition DVD zone 2


Image : le format video : 2.35 : 1, 16/9 compatible 4/3. Le transfert réalisé par l’éditeur propose une image de qualité conforme à celle du cinéma : bien définie, sans grain particulier et dotée de beaux contrastes. Les images du film sont plutôt sombres et elles illustrent justement le propos « noir » du film.

Son : les pistes sont encodées en DD 5.1 (VO et Vf) et l’utilisation des enceintes arrière est parcimonieuse, sauf lors des premières scènes (l’épisode du chien) et, surtout, au cours de la soirée d’adieu dans le Club Privé où toutes les enceintes et le caisson de graves sont sollicités. Il faut faire une mention particulière pour la magnifique musique de Terence Blanchard, toute en mélancolie et en présence obsédante, qui fait partie du film don’t elle épouse toutes les variations pour culminer dans le chant choral de douleur qui monte de la vision des décombres du « ground zero » (Cf. les images). Poignant !

Suppléments : le DVD offre des suppléments intéressants que l’on peut évoquer par ordre d’importance. D’abord, les commentaires de Spike Lee sous-titrés en français qui sont indispensables pour comprendre les enjeux du film et enrichir sa propre vision. Ensuite, le commentaire de David Benioff - scénariste-auteur du roman « The 25th Hour » qui a inspiré le film – permet de mieux appréhender la naissance du projet, puis, les phases de sa réalisation. Par ailleurs, un sujet de 24’, intitulé « l’évolution du cinéaste », évoque ses films précédents et le tournage du dernier ; mais il laisse sur sa faim tant cette sorte de rétrospective est superficielle. On fera une exception pour la (pourtant trop brève) intervention de Martin Scorsese qui définit fort justement le cinéma de Spike Lee comme un cinéma engagé dans le monde d’aujourd’hui. D’autre part, sept scènes coupées par le réalisateur sont également proposées et servent à préciser quelles furent les intentions de Spike Lee dans le montage de son film : à l’évidence, elles n’étaient pas indispensables ! Enfin, des scènes du « ground zero » en plein nettoyage rappellent l’une des scènes clés du film.

Jaquette : elle expose les couleurs rouge et noire (les couleurs mêmes du crépuscule et du désespoir, mais peut-être aussi de l’aube de l’espoir) du destin gâché de Monty dont le visage et la silhouette disent la solitude et le désespoir. En fond, une vue de New York esquisse le cadre de la tragédie.



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Droits d'auteur © Henri PHILIBERT-CAILLAT


5. Bande annonce





 
Mots-clef film  USA  drame  2002  société  Spike Lee 
Évaluation 76.92 %
Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2017-08-21 09:47:40




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