L’Étranger d'Albert Camus

Intérêt
L’Étranger de Camus est publié en 1942 à une époque où il semble impensable de se soustraire à l’Histoire. Pourtant, ce court roman évoque la seule condition qui est faite à l’homme à travers un récit limpide illustrant cette phrase  : « L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. » (Albert Camus, Le Mythe de Sisyphe)


Table des matières

1. Introduction


L’Étranger, publié, en 1942 retrace, comme le Procès [1] (1925) de Franz Kafka – qui l’a vraisemblablement inspiré -, l’histoire d’un homme qui se retrouve jugé et condamné par la société. Le personnage principal n’est autre qu’un « homme ordinaire » (comme le chanterait Robert Charlebois) montré à travers ses sensations physiques plutôt que mû par ses sentiments ou ses idées. Le récit est, par ailleurs, rédigé au passé composé et pratique le mélange des tons ; on y trouve, malgré la gravité du propos, un humour, certes sous-jacent, mais toujours présent. A travers le roman se déploie une triple intention chez l’auteur : proposer le portrait d’un personnage dont le nom « l’Etranger » insiste sur son côté énigmatique, et dont les événements qui le concernent mettent en exergue une vie sentie comme une sorte de passe-temps à la recherche des plaisirs naturels instinctifs ; et, en contrepoint, dresser le tableau foncièrement pessimiste de la condition humaine.


2. Analyse


2.1. Structure


L’Étranger est composé comme un diptyque aux deux volets presque semblables du point de vue formel. En effet, une première partie (83 pages dans l’édition du Livre de poche), faite de six chapitres, retrace la vie quotidienne de Meursault, une fois qu’il a appris le décès de sa mère, jusqu’au meurtre qu’il commet sur une plage. Une seconde partie (87 pages) constituée de cinq chapitres est mise en parallèle, qui décrit sa vie en prison et les phases de son procès jusqu’à sa condamnation à la peine capitale. Formellement, tant par le nombre de pages que par le nombre de chapitres, les deux parties suggèrent la symétrie.

Pourtant, ces deux « moments » de la vie du personnage, sont présentés sous la forme du contraste, dans la mesure où la seconde moitié du livre consiste à porter un jugement sur les événements qui se sont déroulés dans la première moitié.

A la fois symétriques et dissemblables, les deux parties du récit sont toutefois soudées et unifiées par le même thème récurrent qui parcourt l’œuvre : l’omniprésence de la mort. Qu’il s’agisse de la première phrase du récit (l’annonce de la mort de la mère de Meursault), du centre du récit (le meurtre de l’Arabe) et de sa fin (la condamnation à la peine capitale), Camus dessine cette figure obsédante de la condition humaine qu’est la conscience d’une vie promise à la mort.

Dès lors, le personnage de Meursault qui attend sa condamnation dans sa prison atteint à la métaphore : sa prison, comme une image de la condition humaine ; sa condamnation, comme un rappel que tout être humain est, dès sa naissance, condamné à mort.


2.2. Portrait de Meursault, l’étranger à lui-même et aux autres


Il n’est pas inutile de rappeler l’étymologie du nom du personnage. Camus avait d’abord songé au patronyme de « Mer/sault (leil) » – qu’il dut juger trop symbolique – pour retenir finalement « Meur(tre)/sault(leil) ». A peine moins allusif, ce choix a le mérite de mettre en évidence et en parallèle la double portée du roman et d’en rappeler la composition. Le héros de L’Etranger a, en effet, pour caractéristique principale de se définir comme un être authentiquement naturel dont la vie instinctive et sensuelle le conduit, sous l’effet du soleil, au meurtre. Dès lors, cet homme « naturel » et « innocent » se retrouve jugé par une société dont les valeurs et les critères d’appréciation ne sont pas les siens.

On concèdera bien volontiers que son absence de toute émotion apparente lors de la mort et de l’enterrement de sa mère peut, après tout, être perçue comme une forme de pudeur. On rappellera, de même, qu’il appelle sa mère « Maman » - signe d’affection - et non « Ma mère » et que la remarque qu’il fait lorsqu’il entend Salamano sangloter pour la disparition de son chien (« Et au bizarre petit bruit qui a traversé la cloison, j’ai compris qu’il pleurait. Je ne sais pas pourquoi j’ai pensé à maman. ») montre sa sensibilité. Mais il est vrai que la suite du roman, qui s’attache à multiplier les notations les plus insignifiantes, laisse le lecteur perplexe : quel étrange personnage que ce Meursault…

Par son goût profond des joies physiques que sont, par exemple, les bains de mer avec Marie, longuement détaillés, ou encore l’insistance à célébrer les plaisirs de l’amour avec la même Marie, Meursault marque son attirance pour une vie naturelle fondée, apparemment, sur les sensations physiques souvent mentionnées dans le roman. Un personnage sur qui, de ce fait, le physique a un fort retentissement. Ainsi son insuffisance de sommeil est-il maintes fois signalé – pour le déplorer. De même, le sentiment fréquent qu’il a de se sentir fatigué ou encore son extrême sensibilité à la chaleur et aux rayonnements du soleil signalent assez combien Meursault est un être d’instinct et de nature. Il ressort de cette première approche du personnage que sa propension aux plaisirs naturels le rend, certes, heureux, mais dénote, aussi, une apparente fragilité dès lors qu’ils ne sont pas comblés ou qu’il est amené à aller au-delà de ses capacités. Ainsi qu’il l’avoue à son avocat : « Cependant, je lui ai expliqué que j’avais une nature telle que mes besoins physiques dérangeaient souvent mes sentiments. » (II, 1 p.96)

Par ailleurs, Meursault, au gré de ses remarques, insiste sur ce que sa vie a de machinal. La force des habitudes chez lui – et chez les autres – est plusieurs fois mentionnée comme un principe explicatif des vies d’autrui : Salamano, par exemple, « Il n’avait pas été heureux avec sa femme, mais dans l’ensemble, il s’était bien habitué à elle. Quand elle était morte, il s’était senti très seul. » Ou encore à propos, cette fois, de son chien : « Il a eu raison de me faire remarquer qu’il était habitué à celui-là. » Quant à lui, il apprécie ainsi le retentissement de l’événement que représente la mort de sa mère : « J’ai pensé (…) que maman était maintenant enterré, que j’allais reprendre mon travail et que, somme toute, il n’y avait rien de changé. » (I, 2) Ce retour à sa vie habituelle semble le rassurer. Sa propre vie est réglée par des habitudes auxquelles il ne déroge peu ou pas sous peine de voir son équilibre en danger. Ainsi, l’enterrement de sa mère synonyme de congé de travail, de trajet aller et retour à Marengo, de veille du corps de sa mère toute une nuit et de longue marche à pied pour suivre le convoi funèbre, le contraint à dormir douze heures d’affilée pour retrouver son équilibre ! De même, le surlendemain de l’enterrement, après les bains de mer, le cinéma et la nuit d’amour avec Marie (I, 2), Meursault précise qu’il n’aime pas le dimanche et se rendort aussitôt jusqu’à dix heures. Cette propension au sommeil apparaît, à l’évidence, comme une façon de dissimuler la vacuité de sa vie ainsi que le montre cette journée du dimanche dont il passe les dix heures (de dix heures à 22 heures !) à ne rien faire sinon à préparer son repas, à le consommer et, surtout, à observer, depuis son balcon, les va-et-vient extérieurs. Et l’opinion qu’il exprime lorsque la nuit arrive (« J’ai pensé que c’était toujours un dimanche de tiré. ») signifie assez l’absence de toute vie spirituelle.

Mais aussi de toute préoccupation matérielle. Nul détail (objets personnels, décoration, etc.) n’est donné sur l’appartement de Meursault ni sur son lieu de travail ; aucune indication ne précise sa situation financière ni sociale ; rien ne décrit son apparence physique, etc.

Autrement dit, dans cette première partie du récit, Meursault nous est présenté comme un personnage différent de la plupart de ses semblables. On en prendra pour preuve, à propos du décès de sa mère, ses fréquentes excuses à l’idée d’avoir à déranger son patron, son ami restaurateur Céleste ou encore le Directeur de l’asile. A l’inverse des personnages « normaux », installés dans la vie sociale qui ont une raison de vivre fondée sur des valeurs, Meursault manifeste une grande indifférence à ce qui est important pour les autres. Ainsi, face au directeur de l’asile très prévenant à son égard, Meursault remarque qu’il joue son rôle à la perfection ; à son patron qui lui propose un poste de responsabilité à Paris et insiste sur l’ambition et la réussite, il répond par la négative ; à Marie qui rêve de mariage, Meursault oppose une sorte de résistance passive. A son patron, il refuse l’idée même d’une promotion (I, V - p.63) : « J’ai dit que oui mais que dans le fond cela m’était égal. (…) J’ai répondu qu’on ne changeait jamais de vie, qu’en tout cas, toutes se valaient et que la mienne ici ne me déplaisait pas du tout. » A Marie qui lui demande s’il veut se marier avec elle, il tient un discours semblable (I,V - p.64) : « J’ai dit que cela m’était égal et que nous pourrions le faire si elle le voulait. (…) je lui ai expliqué que cela n’avait aucune importance et que si elle le désirait, nous pouvions nous marier. » Même les personnages les moins conformistes du roman ont une raison qui guide leur vie : Salamano organise son existence autour de son chien ; la petite femme du restaurant autour de ses manies, alors que Meursault semble décidément ne s’en tenir qu’à une vie calme tissée d’habitudes et de sensations que rien ne doit venir troubler. En témoignent abondamment son refus de porter le moindre jugement sur autrui : « Personne ne peut savoir. » ; mais aussi son langage, qui multiplie les mêmes expressions : « ça m’est égal/ça ne fait rien » ; ou son acceptation passive des hasards de la vie : à aucun moment, il ne remet en question sa relation avec Raymond, même lorsqu’il découvre que ce dernier violente une femme ; ou encore l’intérêt qu’il accorde à des choses futiles, comme ses remarques longuement développées à propos de… la serviette mouillée pour s’essuyer les mains ! Pour Meursault l’indifférent, tout semble se valoir (le mariage avec Marie ou le non-mariage/l’amour de Marie ou d’une autre/l’amitié d’un souteneur ou la vie avec un chien que l’on frappe).

Ainsi cette première approche du personnage de Meursault impose une évidence : la structure en diptyque du roman évoquée ci-dessus (Partie I : les faits/Partie II : le jugement) vise à produire un effet double, lui aussi. La lecture de la « Première Partie » surprend le lecteur dans la mesure où Meursault ne lui semble pas, par bien des côtés, son « semblable » : en effet, une multitude de connotations relevant de la simple sensation ou de l’instinct se substitue à l’évocation espérée des sentiments essentiels. Nonobstant, la lecture de la « Deuxième Partie » ne le satisfait pas non plus car l’interprétation des faits par les représentants de la société est excessive, voire fallacieuse. Dès lors - l’un des sens du livre – se trouve ainsi posé le problème de la réalité et de la vérité. Peut-on atteindre à la vérité d’un être humain ? Ni le langage ni l’institution judiciaire, ni leur représentants (avocats et prêtre) ne permettent de communiquer et de (se) comprendre. Ainsi, s’il n’est pas concevable de réduire l’homme à ses seuls actes, il ne serait pas non plus envisageable de saisir l’essence de son être. C’est pourtant ce que s’attache à mettre en œuvre la justice des hommes.


2.3. Meursault consacré étranger aux autres par la société (à l’occasion d’un procès symbolique).


L’instruction de son affaire, puis le déroulement de son procès sont pour lui l’occasion d’un étonnement renouvelé. Et il s’en dissocie, y assistant – sans vraiment y participer - comme le ferait un simple observateur non concerné par les débats. On peut noter, dès l’abord, que c’est le même regard ingénu (ou naturel) de Meursault que celui de la Première Partie qui se pose sur l’institution judiciaire ou pénitentiaire. Mais il s’y ajoute une tonalité souvent humoristique née d’une vision plus corrosive qui se manifeste, dans la Deuxième Partie, par une intervention accrue de l’auteur. Camus organise ainsi une double lecture contrastée de la personnalité de Meursault (comment cet homme si simple dans ses goûts, si modeste dans ses besoins et si banal dans son quotidien peut-il devenir ce monstre froid dénoncé par le procès qui lui est fait ?) qui vise à faire prendre conscience au lecteur du sentiment de l’absurdité de la condition humaine comme le révèlent les toutes dernières page du roman.

Quatre représentants emblématiques de la société (juge d’instruction, avocat, procureur et prêtre) sont tour à tour – chacun ayant droit à son chapitre (II,1 II,2 II,4 II,5) – pris pour cible dans le roman. Au cours de trois entretiens ou lors du procès, le même reproche est fait à Meursault, qui s’adresse moins à ce qu’il a fait qu’à ce qu’il est. Et qui remet en question ce à quoi ils croient. Aussi, en une démarche commune- même si elle n’est pas concertée -, entreprennent-ils de le séduire pour le « convertir » à leurs valeurs, l’amener à regretter et à se sentir coupable. Avant de le rejeter dès qu’ils le découvrent hermétique à leurs efforts.

C’est, d’abord, le juge d’instruction (II, I) qui ouvre le bal en écho au prêtre qui ferme le ban (II, V). Entre-temps, l’avocat et le procureur auront défilé.

Tous deux croient en Dieu et réprouvent Meursault le mal pensant.

L’avocat. D’entrée son avocat, s’appropriant l’affaire, utilise le « Je » en parlant de Meursault, confinant ce dernier dans un rôle de témoin passif. Sans chercher à comprendre qui est Meursault, il s’attache à mettre au clair, d’un strict point de vue de la pratique professionnelle, les éléments à charge de son dossier en lui conseillant d’éviter, devant le tribunal, certaines de ses remarques sur sa mère (il ne juge pas utile d’évoquer une apparente indifférence due à la fatigue et au sommeil comme l’affirme Meursault) et de ne pas hésiter à mentir (ce que refuse Meursault). Et il le quitte, fâché de ne pas avoir fait entendre raison à ce client si différent, voire étrange dans la mesure où il refuse de dire ce qu’il ne pense pas même par intérêt personnel.

Le juge d’instruction. Le juge d’instruction témoigne bonne volonté et affabilité et met en confiance Meursault. A la différence de l’avocat, il paraît s’intéresser à la personnalité de Meursault au point de lui confier abruptement : « Ce qui m’intéresse, c’est vous. » En fait, ce qu’il souhaite savoir c’est pourquoi Meursault a attendu avant de tirer quatre coups de feu supplémentaires sur un cadavre. Faute d’obtenir une réponse claire, il évoque Dieu et interpelle Meursault sur ses croyances religieuses. Puis, ce dernier niant toute croyance en un jugement inattendu (« Je n’ai jamais vu d’âme aussi endurcie que la vôtre. » (p.103) né d’un refus d’admettre que Meursault peut être différent, voire étranger en ce qu’il refuse d’afficher une croyance qui n’est pas la sienne.

A la suite de ces deux entretiens déterminants, Meursault qui, jusqu’à la fin de l’instruction, ne sera plus reçu par le juge d’instruction qu’en compagnie de son avocat, constate : « En vérité, ils ne s’occupaient jamais de moi à ces moments-là. » (p.105)

Bref, l’avocat et le juge d’instruction ont décidé qu’un homme qui refuse de mentir (contrairement au souhait de l’avocat) ou qui s’abstient de faire semblant de croire en Dieu (comme le lui demandait le juge d’instruction) n’est pas digne d’intérêt et qu’il ne mérite pas d’attention particulière. Meursault est bel et bien un étranger à leur univers tant par sa personnalité (difficulté à confier ses impressions) que par ses valeurs (pudeur, sincérité, refus des notions morales ou des croyances religieuses).

Le procureur, à son tour, constate l’étrangeté de Meursault et, sans vouloir vraiment la comprendre au cours des débats – il se contente d’interpréter les faits selon les préjugés schématiques de sa fonction -, refuse de l’accepter et la condamne sans équivoque : « Il a déclaré que je n’avais rien à faire dans une société dont je méconnaissais les règles les plus essentielles. » (p.150)

Le prêtre, enfin. Il est celui qui donne à Meursault l’occasion d’une prise de conscience - ou d’un exposé, longtemps différé et enfin révélé, de ses pensées sur la vie – et scelle le sentiment de son étrangeté radicale au monde. Meursault refuse, en effet, de voir ce que le prêtre lui demande de voir au-delà de la simple réalité sensible, c’est-à-dire « un visage divin. « C’est ce visage qu’on vous demande de voir », insiste l’homme de dieu. (p.173) D’autre part, symboliquement, Meursault refuse que ce dernier l’ « embrasse » : Meursault n’est pas de cette sorte d’homme qui s’aveugle et se réfugie dans des croyances trompeuses destinées à donner un sens à « cette vie absurde », se jouant ainsi la comédie. Ainsi qu’il le confie, le seul visage qu’il ait vu sur les murs de la prison « avait la couleur du soleil et la flamme du désir : c’était celui de Marie. » (p.174) Surtout, lucide, il clame sa foi dans la seule certitude qu’il ait : la vie est d’autant plus précieuse qu’elle doit s’achever un jour : « J’étais sûr de moi, sûr de tout, plus sûr que lui, sûr de ma vie et de cette mort qui allait venir. Oui, je n’avais que cela. Mais, du moins, je tenais cette vérité autant qu’elle me tenait. J’avais eu raison, j’avais encore raison, j’avais toujours raison. (…) C’était comme si j’avais attendu pendant tout le temps cette minute et cette petite aube où je serais justifié. Rien, rien n’avait d’importance et je savais bien pourquoi. Lui aussi savait pourquoi. (…) Tout le monde était privilégié Il n’y avait que des privilégiés. Les autres aussi, on les condamnerait un jour. Lui aussi, on le condamnerait. Qu’importait si, accusé de meurtre, il était exécuté pour n’avoir pas pleuré à l’enterrement de sa mère ? (…) » (p.176-7)

Sa révolte devant l’attitude (charitable, mais condescendante) du prêtre est la mise au clair, par la parole, de son irrémédiable étrangeté à cet univers rassurant créé par la société des hommes.

Considérer que la condition humaine est absurde revient à comprendre que le durée de vie est notre seul bien et la mort le mal absolu. Meursault en a une conscience aiguë : il sait que sa vie est brève et qu’elle lui sera retirée un jour. Dès lors, il rejette tout ce qui tend à dissimuler cette cruelle vérité. Et, notamment, le respect de rites qui s’apparente à une comédie à jouer (lors d’un enterrement ou d’un procès) ou de la croyance en ces valeurs trompeuses que sont le mensonge social (l’ambition prônée par son patron) ou la croyance en Dieu (si chère au juge d’instruction). La seule vérité consiste à ne pas découvrir trop tard que « La vie est un songe dont la mort sonne le réveil. » (Calderon), mais à s’y préparer et à vivre en conséquence. La vie « machinale » que mène Meursault dans la première partie du roman illustre, par son indifférence même, cette conscience de l’absurde de toute vie et son refus de toute illusion.

Ce que Meursault représente – le regard lucide sur l’absurdité d’une vie destinée à disparaître – ne peut qu’être rejeté par ceux qui se dissimulent la vérité et se forgent de fallacieuses raisons de vivre en ce monde ou en imaginant un au-delà rassurant. Et la phrase finale, en apparence, si énigmatique - « Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine. » (p.179) - délivre le message que Meursault adresse à ses semblables : qu’on le haïsse, en effet, et qu’à travers lui on rejette ce qu’il représente, c’est-à-dire cette condition absurde qui est faite à l’être humain. Tel un Christ, Meursault devient le symbole de la condition humaine et se charge d’en porter, aux yeux d’autrui, toute l’absurdité. Les « cris de haine » annoncés des spectateurs de l’exécution s’adresseront en fait à ce qu’il représente, l’absurde, et signifieront leur refus de l’accepter.

Ainsi la deuxième partie révèle-t-elle le sens du livre : Meursault est donc bien cet « étranger » aux autres qui remet en question notre façon d’être, de sentir ou de penser et dont l’existence même est intolérable parce qu’elle nous rappelle que tout est vanité. Ce personnage est, en effet, scandaleux en ce qu’il dissipe à jamais le voile des illusions : nous devons vivre dans la conscience que nous mourrons un jour et ne pas sacrifier notre court temps de vivre et notre présent en divertissements trompeurs.


2.4. La vacuité de la condition humaine


Le roman dépeint l’insignifiance de la condition humaine, ainsi que le révèle la longue description du dimanche – qui occupe un chapitre entier du roman ! - tel qu’il est vécu par Meursault à travers sa réflexion en forme de conclusion à la fin de la journée : « J’ai pensé que c’était toujours un dimanche de tiré. » (p.38).

Une condition humaine qui repose en outre sur une absolue contingence ainsi que finit par le formuler Meursault après ses heures de réflexion en prison : « Comme si tous les chemins familiers tracés dans le ciel pouvaient mener aussi bien aux prisons qu’aux sommeils innocents. » (p.143) Ainsi tout se vaut : au cœur d’un monde sensible étranger à tout ce qui est humain, dans une nature indifférente, les êtres vivent de hasards et n’ont pas à regretter ce qui a été ou à espérer ce qui aurait pu être. Le bonheur espéré se réduit à un simple sentiment de satisfaction passager ou récurrent : « J’ai retrouvé un à un, comme du fond de ma fatigue, tous les bruits familiers d’une ville que j’aimais et d’une certaine heure où il m’arrivait de me sentir content/Oui, c’était l’heure où, il y a bien longtemps, je me sentais content. » (pp.142-3) Tout semble se valoir ; seuls comptent les rares instants privilégiés parsemés dans un temps de vie réduit.


2.5. Un meurtre symbolique


Une rencontre organisée par le Hasard

La rencontre qui aboutit à l’irrémédiable est parfaitement justifiée du point de vue du récit. En effet, Meursault, comme on l’a déjà évoqué, est très dépendant de ses sensations physiques. Or, le matin de ce jour fatal, dès son lever, il déplore avoir peu dormi et se sent fatigué. D’autre part, il se dépense physiquement en se baignant à trois reprises. Puis il fait un solide repas abondamment arrosé de vin. En outre, les affrontements sur la plage ont lieu en plein soleil. Surtout, il ressent tout le choc émotionnel de la rixe et de la blessure de Raymond. Et, pour finir, il subit les pleurs et les cris des deux femmes. Tous ces faits expliquent combien Meursault n’est plus dans un état normal, lui qui n’aime rien tant que d’éviter l’inconfort de ce qui déroge à ses habitudes, comme l’a montré le décès de sa mère.

En outre, lorsque Meursault repart seul sur la plage pour retrouver le silence et la fraîcheur de la source, c’est-à-dire une forme de sérénité, il doit une nouvelle fois affronter la canicule et se trouve au bord de l’insolation (« La brûlure du soleil gagnait mes joues et j’ai senti des gouttes de sueur s’amasser dans mes sourcils. C’était le même soleil que le jour où j’avais enterré maman et, comme alors, le front surtout me faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sous la peau. ») Dès lors, lorsqu’il constate la présence de l’« Arabe » à l’ombre, il n’est plus, physiquement et psychologiquement en état de faire demi-tour. Le drame qui s’ensuit n’est, certes, pas justifiable, mais il n’est pas surprenant et procède d’un enchaînement quasi inéluctable des faits.

Une forme lyrique

Le récit du meurtre tel qu’il en est fait par Camus surprend par son style. Alors que l’Étranger est rédigé en phrases simples, le plus souvent juxtaposées, à partir d’un vocabulaire usuel et banal, la scène du meurtre, à l’inverse, multiplie les métaphores et relève de la prose lyrique. Ce traitement si littéraire rappelle la description de l’enterrement du corps de la mère de Meursault : « Il y a eu encore (…) les géraniums rouges sur les tombes du cimetière (…), la terre couleur de sang qui roulait sur la bière de maman, la chair blanche des racines qui s’y mêlaient (…) » Mais aussi la fin du roman : «  (…) je me suis réveillé avec des étoiles sur le visage. Des bruits de campagne montaient jusqu’à moi. Des odeurs de nuit, de terre et de sel rafraîchissaient mes tempes. La merveilleuse paix de cet été endormi entrait en moi comme une marée. » C’est dire que Camus soigne tout particulièrement les moments importants de son récit et que le lyrisme qui nourrit son style naît du propos même du texte.

Autrement dit, la forme et le fond donnent à la scène du meurtre une importance cruciale. Reprenons le contexte de la fin de la première partie. Meursault entend échapper à la brûlure du soleil (« Je pensais à la source fraîche derrière le rocher. J’avais envie de retrouver le murmure de son eau, envie de fuir le soleil, l’effort et les pleurs de femme, envie de retrouver l’ombre et son repos. ») et cherche un refuge de fraîcheur près des rochers et de la source : « Mais quand j’ai été plus près, j’ai vu que le type de Raymond était revenu. »

Le meurtre s’accomplit dans le plus pur style des tragédies antiques. C’est, d’abord, le hasard de la rencontre qui évoque le destin des tragédies. C’est aussi le vocabulaire qui renvoie au passé : « La lumière a giclé sur l’acier et c’était comme une longue lame étincelante qui m’atteignait au front. (…) Je ne sentais plus que les .cymbales du soleil sur mon front et, indistinctement, le glaive éclatant jailli du couteau toujours en face de moi. Cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux. C’est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m’a semblé que le ciel s’ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. » Cette description, qui reproduit les temps antiques, évoque la toute-puissance des éléments – ciel, mer et soleil - sur Meursault, comme le théâtre antique mettait en scène les Dieux se jouant de l’être humain. On retrouve chez Camus la même notion grecque de mesure et de limite à ne point franchir sous peine d’offenser les Dieux et d’être sacrifié : « A cause de cette brûlure que ne pouvais plus supporter, j’ai fait un mouvement en avant. Je savais que c’était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant d’un pas. Mais j’ai fait un pas, un seul pas en avant. (…) J’ai compris que j’avais détruit l’équilibre du jour, le silence exceptionnel d’une plage où j’avais été heureux. Alors, j’ai tiré (…) » C’est donc bien à deux reprises (le mouvement en avant, puis le coup de feu) que Meursault franchit la limite et désobéit à l’ordre naturel qu’il sait d’instinct devoir respecter. Victime de l’Hybris, il subira le châtiment de la Némésis. De même que le chêne de La Fontaine (in Le chêne et le roseau, Livre I, 23), qui défie le ciel lors de son discours au roseau, sera déraciné par la tempête envoyée par les Dieux pour le punir de son orgueil démesuré, de même Meursault, qui a transgressé (« Je savais/J’ai compris », reconnaît-il lui-même, mais après avoir agi) son propre sentiment de la limite, sera condamné à mort. Une condition misérable que celle de l’homme incapable de mesurer la conséquence de ses actes…

Une dimension symbolique

Cette utilisation de la tragédie antique ajoute à la scène du meurtre une autre dimension, historique celle-là. Comment ne pas voir dans ces quelques pages l’esquisse symbolique d’une représentation – consciente ou inconsciente ? - du fait colonial concernant l’Algérie et sa conquête par la France ? Reprenons la scène. Dans une première phase, deux personnages se retrouvent en un même lieu, l’un, nommé « le type de Raymond » ou « l’Arabe » est déjà installé ; l’autre, Meursault, arrive ensuite avec pour objectif de profiter de la fraîcheur de l’ombre. Il y a donc défi et conflit - puisque tous deux revendiquent le même espace, c’est-à-dire la même terre – et le nouvel arrivant tue, en toute responsabilité, le premier occupant, qui est pourtant passif, comme le colonisateur détruit le colonisé, qui ne peut l’en empêcher. La description de la scène dessine la figure contrastée de l’inégalité même : l’un est allongé (passif) quand l’autre est debout (dominateur) ; celui-là est armé d’un couteau (tradition) quand celui-ci tient un révolver (modernité). Dans une deuxième phase, toutefois, Meursault, le nouvel arrivant, par son geste même, a conscience d’ « avoir détruit l’équilibre du jour », c’est-à-dire d’avoir dépassé une limite, ce qui pourrait traduire le sentiment de mauvaise conscience du colonisateur. Une troisième phase se joue lors du déroulement du procès de Meursault qui sera condamné par la justice comme l’est le colonisateur au regard de l’Histoire.

Il est à remarquer que si Meursault, devant la justice, ne s’excuse pas, à l’instar du colonisateur, il a, toutefois, le sentiment d’une erreur et d’une faute dès le premier coup de feu : sentiment d’avoir agi contre la nature en ne restant pas à la place qui doit être la sienne et de ne pas avoir respecté une immobilité synonyme de non intervention...


2.6. Une satire de la justice


Mise en abyme voulue par Camus ? – alors que cette instruction et le procès permettent au lecteur de mieux comprendre Meursault, la société, à l’inverse, méconnaît la réalité des ressorts psychologiques du personnage. Plus Meursault se révèle à travers ses remarques de prisonnier et d’inculpé, plus les autorités judiciaires s’égarent dans des points de vue superficiels et inexacts, faisant de lui un homme sans sentiment, sans regret et criminel avec préméditation (le procureur) ou bon travailleur, aimant sa mère (son avocat). Ainsi se crée un hiatus entre le point de vue du lecteur et le jugement porté par les autorités judiciaires sur Meursault à la faveur duquel Camus instruit le procès d’une justice qui prétend à la vérité quand elle se contente de débats superficiels.

Un procès tributaire du « moment » de son déroulement

Le procès doit se dérouler en été, ce qui est, de l’aveu d’un journaliste à Meursault, une saison où les quotidiens se vendent mal et les faits ont donc été montés en épingle, voire dramatisés, par la presse de façon à créer un événement susceptible d’intéresser les lecteurs (« Vous savez, nous avons monté un peu votre affaire. L’été, c’est la saison creuse pour les journaux. Et il n’y avait que votre affaire et celle du parricide qui vaillent quelque chose. ») p.124

D’autre part, le procès d’un parricide qui se déroule en même temps que celui de Meursault crée une proximité inquiétante : il est en effet à craindre qu’un procureur avisé joue de la mise en parallèle de l’attitude de Meursault à la mort de sa mère et du crime de parricide. Par ailleurs, comme le précise son avocat à Meursault, les débats « (...) ne dureraient pas plus de deux ou trois jours (…) la cour sera pressée parce que votre affaire n’est pas la plus importante de la session. Il y a un parricide qui passera tout de suite après. » (p.121)

A cette proximité inquiétante des deux affaires s’ajoute la présence d’un envoyé spécial d’un journal parisien venu pour le parricide, ce qui ne peut qu’ajouter encore au parfum de scandale que dégage le procès de Meursault dans la mesure où ce journaliste est chargé par sa rédaction de rendre compte des deux affaires. Bref, un procès qui se fût déroulé en hiver sans qu’un parricide fût jugé simultanément eût été sans doute fort différent.

Un milieu judiciaire d’habitués

Le procès se déroule dans un milieu judiciaire qui met en présence des gens différents (journalistes, gendarmes, professionnels de la justice) mais unis par une connivence certaine, comme le note Meursault : « J’ai remarqué à ce moment que tout le monde se rencontrait, s’interpellait et conversait, comme dans un club où l’on est heureux de se retrouver entre gens du même monde. Je me suis expliqué aussi la bizarre impression que j’avais d’être de trop, un peu comme un intrus. » (p.124). Ou encore, « Mon avocat est allé vers les journalistes, a serré des mains. Ils ont plaisanté, ri et ils avaient l’air tout à fait à leur aise. » (p.125)

De même, après la plaidoirie de l’avocat de Meursault, ce dernier note une évidente connivence entre professionnels qui s’exerce moins sur sa finalité (la plaidoirie joue-t-elle en faveur de l’accusé ?) que sur le talent de leur confrère (« J’ai entendu : « Magnifique mon cher. L’un d’eux m’a même pris à témoin : « Hein ? » m’a-t-il dit. ») (p.154)

Au final, l’accusé ne peut que se sentir dans une situation inconfortable face à des professionnels aguerris et complices oeuvrant, entre eux, dans un univers qui leur est si naturel. En fait, alors que le procès est un lieu de parole – et en premier lieu, pour entendre celle de l’accusé - censé faire naître la vérité, les spécialistes la confisquent et s’arrogent le droit de parler comme s’ils étaient l’accusé. Ainsi Meursault s’étonne-t-il auprès du gendarme que son avocat dise : « je » chaque fois qu’il parle de lui. Le gendarme lui confirme que « Tous les avocats font ça. » (p.152) De même, lorsqu’il veut intervenir pour donner son avis pendant les débats, son avocat le lui déconseille : « Taisez-vous, cela vaut mieux pour votre affaire. » A travers son personnage, Camus ironise : « Mon sort se réglait sans qu’on prenne mon avis. De temps en temps, j’avais envie d’interrompre tout le monde et de dire : mais tout de même, qui est l’accusé ? C’est important d’être l’accusé. Et j’ai quelque chose à dire. » (p.144-5)

Un spectacle théâtral

L’univers judiciaire évoque le monde du spectacle et, notamment, celui du théâtre. Le prétoire (« cette salle close », p.123) réunit des spectateurs venus assister à un spectacle qu’ils espèrent distrayant. Leurs yeux sont d’abord fixés sur les figurants : gendarmes en uniformes, journalistes, huissiers et jurés « anonymes réunis pour épier le nouvel arrivant et en juger le ridicule » (p.123). Puis ils voient arriver les acteurs dans leurs costumes de scène : l’avocat « en robe », le procureur « un grand homme mince vêtu de rouge, portant lorgnon, qui s’asseyait en pliant sa robe avec soin. » (p.125), la cour (« Trois juges, deux en noir, le troisième en rouge, sont entrés avec des dossiers. »), les témoins, enfin. Une sonnerie – les trois coups du théâtre - retentit même, qui rythme les différents moments du spectacle (entrée ou sortie des acteurs).

Les acteurs jouent un rôle convenu : le procureur est le moteur d’une action animée par les suspensions ou les interruptions de séance ; il est aidé des avocats, au cours du défilé et de l’interrogation des témoins ; les dialogues sont percutants ; le ton est grave, la voix émue ; le jeu des acteurs et leurs gestes sont variés : le procureur se lève et s’assied, fait des effets (« s’écrie avec force », « s’est redressé encore, s’est drapé dans sa robe ») et accuse (« Il s’est tourné vers moi et m’a désigné du doigt. »), tandis que l’avocat s’anime (« Mon avocat s’est écrié en levant les bras, de sorte que ses manches en retombant ont découvert les plis d’une chemise amidonné. ») p.142. Il arrive même que les deux acteurs principaux s’affrontent directement avec force gestes et Camus ne résiste pas au plaisir de croquer les spécialistes en un tableau hilarant : « L’avocat levait les bras et plaidait coupable, mais avec des excuses. Le procureur tendait ses mains et dénonçait la culpabilité, mais sans excuses. » (p.144)

La gestuelle s’accompagne, en outre, d’effet de voix : « l’avocat général s’est arrêté et, après un moment de silence, a repris d’une voix très basse et très pénétrée. »

De leur côté, les spectateurs interviennent et saluent le jeu des acteurs (« Le public a ri » p.142/« Il y a eu des rires dans la salle. » p.151) ou apprécie la tonalité tragique de la situation (« Quand le procureur s’est rassis, il y a eu un moment de silence assez long. » p.150)

Un jeu sur le langage

Que ce soit la défense ou l’accusation, chaque partie vise, pour convaincre, à trouver la formule percutante. Camus s’amuse en proposant quelques tournures savoureuses. Ainsi, au procureur qui s’acharne à évoquer l’attitude de Meursault lors de l’enterrement, l’avocat lance-t-il : « Enfin, est-il accusé d’avoir enterré sa mère ou d’avoir tué un homme ? » sous les rires du public. (p.142) Mais le procureur reprend la formule de l’avocat pour la tourner à son avantage : « Oui, s’est-il écrié avec force, j’accuse cet homme d’avoir enterré une mère avec un cœur de criminel. » Cette phrase, qui n’a aucun sens, emporte pourtant l’adhésion du public (« Cette déclaration a paru faire un effet considérable sur le public. ») On citera enfin, comme exemple d’abus de langage, la formule utilisée par le procureur pour désigner la décision de Meursault de mettre sa mère à l’asile : « Un homme qui tuait moralement sa mère se retranchait de la société des hommes au même titre que celui qui portait une main meurtrière sur l’auteur de ses jours. » (p149)

D’autre part, le langage judiciaire se sert de phrases ou d’expressions si étranges qu’elles semblent irréelles et mal venues, voire surréalistes et incompréhensibles au commun des mortels. C’est ainsi que le procureur, en conclusion de son réquisitoire, affirme que « son devoir était douloureux, mais qu’il l’accomplirait fermement. » En quoi consiste donc cette douleur du procureur ? « Je vous demande la tête de cet homme (…) et c’est le cœur léger que je vous la demande. » Eh bien, sa douleur est donc de demander la mort d’un homme en refusant de prendre en compte la gravité de sa décision !

On citera, enfin, le verdict officiel du jugement : « Le président m’a dit dans une forme bizarre que j’aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français. » (p.157)

Une lecture partielle et partiale des faits

Comme le note Meursault à propos du réquisitoire du procureur, les faits sont travestis et passés au prisme de valeurs morales et de la raison : Marie est devenue « sa maîtresse » ; les événements, pourtant fruits d’un hasard et d’un enchaînement tragiques, sont présentés avec clarté (« Sa façon de voir les événements ne manquaient pas de clarté. Ce qu’il disait était plausible. » note Meursault du réquisitoire du procureur). Autrement dit, la raison judiciaire organise les impondérables de la vie et les éléments passionnels selon une logique rigoureuse qui éloigne de la vérité, puisqu’elle ne prend pas en compte la contingence de toute réalité. Meursault reconnaît – certes ironiquement - le talent du procureur à reconstruire la réalité des faits (« Ce qu’il disait était plausible. ») p.146 Mais que dire d’une justice qui s’attache à rechercher cohérence et vraisemblance au détriment de la recherche de la vérité.

En outre, puisque juger revient à ne pas chercher ce qui correspond à la réalité, mais à organiser la vraisemblance, il va de soi que cela interdit toute compréhension et favorise la simplification caricaturale : Meursault n’est ni « monstrueux », comme le prétend le procureur, (p.150) ni « travailleur honnête » comme le soutient son avocat. (p.154).

Une manipulation des témoins

Chaque témoin est utilisé par l’une ou l’autre partie en sa faveur. Personnes peu, voire pas du tout, habituées à parler en public face à des professionnels de la parole, elles ne peuvent pas exprimer leur vérité (« Céleste a déclaré qu’il voulait encore parler. On lui a demandé d’être bref. Il a encore répété que c’était un malheur (…) Le président lui a encore enjoint de quitter la barre./Marie a éclaté en sanglots, a dit que ce n’était pas cela, qu’il y avait autre chose, qu’on la forçait à dire le contraire de ce qu’elle pensait./Il faut comprendre, disait Salamano/il faut comprendre – mais personne ne paraissait comprendre (…) » p.136-9 Bref, les témoins sont des instruments que l’on manipule soit en limitant leur temps de parole, soit en les contournant pour les faire dire ce qu’ils ne pensent pas, soit encore en les faisant se contredire (l’avocat général fait dire à Thomas Perez qu’il n’a pas vu pleurer Meursault ; l’avocat de Meursault lui fait reconnaître qu’il ne l’a pas vu ne pas pleurer. p.134-5) Cela revient, en somme, à fausser les témoignages qui deviennent ainsi peu crédibles.

Cette manipulation a également cours avec les jurés. Comment pourraient-ils ne pas être influencés par le parallèle longuement développé – mais totalement injustifié – que dresse le procureur entre la prétendue indifférence de Meursault lors de l’enterrement de sa mère et le crime de parricide qui va être jugé peu après son procès ?

Le procès de Meursault révèle donc une justice toute relative, plus proche de la parodie que de la vraie justice.


2.7. La chronologie dans le roman


Comme le fait apparaître le relevé des indications temporelles livrées par le roman, L’Étranger se déroule à peu près sur une année : « Je peux dire qu’au fond l’été a très vite remplacé l’été. »(p.121)

Première partie (début de l’été) :

SEMAINE 1

  • Jeudi (p.7) : Meursault apprend la mort de sa mère par un télégramme ; il demande deux jours de congé à son patron et part à 14 h pour assister à la veillée, le soir même, à Marengo.
  • Vendredi (p.20) : Le lendemain, il assiste aux obsèques et rentre à Alger dans la nuit.
  • Samedi (p.30) : Il se rend à la plage où il rencontre Marie Cardona, une ancienne dactylo de son bureau, avec laquelle il se baigne en toute intimité, va voir un film de Fernandel, puis passe la nuit.
  • Dimanche (p.33) : Marie partie tôt, Meursault se retrouve seul et passe la journée à observer la rue de son balcon.

SEMAINE 2

  • Lundi (p.39) : Il travaille à son bureau et, rentré chez lui, rencontre ses voisins Salamano et Raymond.
  • Mardi/mercredi/jeudi et vendredi (p.53) : Il travaille bien à son bureau, selon ses propres termes. Il va deux fois au cinéma avec Céleste.
  • Samedi : (p.53) Marie le rejoint et ils passent la journée ensemble à la mer, puis la nuit chez Meursault.
  • Dimanche (p.55) : Raymond corrige une fille. Intervention d’un gendarme. Marie quitte l’appartement de Meursault à 13 heures. Vers 15 heures, Raymond vient se justifier aux yeux de son voisin et lui demande de témoigner en sa faveur. Le chien de Salamano a disparu.

SEMAINE 3

  • Jour indéterminé (p.62) : Raymond téléphone au bureau de Meursault : l’un de ses amis les invite à passer le dimanche à son cabanon au bord de la mer. Le patron de Meursault lui propose vainement une promotion à Paris. Le soir, Marie lui demande s’il veut se marier avec elle. Il dîne chez Céleste et observe la petite femme bizarre. Il converse avec Salamano à son retour chez lui.
  • Samedi (p. 73) : Meursault témoigne au commissariat en faveur de Raymond.
  • Dimanche (p.72) : La journée au cabanon s’achève par le meurtre commis par Meursault.

Deuxième partie (fin de l’été/automne/hiver/printemps de l’année suivante) :

  • Jour indéterminé (p.93) : Premiers interrogatoires dès l’arrestation.
  • Une semaine plus tard (p.93) : Premier entretien avec le juge d’instruction.
  • Le lendemain (p.94) : Première visite de l’avocat.
  • Peu de temps après (p.97) : Nouvel entretien avec le juge d’instruction.
  • Cinq mois plus tard : (p. 119) : Le gardien lui indique qu’il est en prison depuis cinq mois.
  • Onze mois plus tard : L’instruction est achevée fin mai. (p.104)
  • Fin juin (p.121) : La Cour d’assises siège. Le procès est prévu pour durer « deux ou trois jours ».


3. Résumé (par chapitre et par paragraphe)


Première partie

Chapitre I : Meursault apprend que sa mère est décédée à l’asile de Marengo située à quatre-vingts kilomètres d’Alger. (§1) Il réfléchit aux modalités pour s’y rendre. (§2) Le départ en autobus a lieu, le jour même, à 14 heures, après le déjeuner pris au restaurant de son ami Céleste. (§3) Il dort pendant quasiment tout le trajet. (§4) Il fait à pied les deux kilomètres entre Marengo et l’asile. (§5) le Directeur de l’asile tient à le recevoir et à lui témoigner sa sympathie pour l’épreuve qui le touche et en mémoire d’une pensionnaire qu’il connaît depuis trois années. Il assure Meursault qu’il a bien fait de placer sa mère dans cet asile où elle était heureuse, entourée de personnes de son âge. (§6) Meursault se souvient alors du chagrin de sa mère lorsqu’elle s’était retrouvée à l’asile et de ses pleurs lorsqu’il lui rendait visite. Puis, en quelques mois, elle s’y était habituée et n’aurait pas voulu quitter l’établissement. La dernière année, il était aller la voir peu souvent car cela lui prenait son dimanche et lui coûtait des efforts. (§7) Meursault, accompagné du Directeur, se rend à la morgue pour veiller sa mère. Il apprend que l’enterrement aura lieu le lendemain matin à dix heures et que sa mère a demandé à être enterré religieusement. Il note qu’elle n’avait jamais été préoccupée par la religion. (§8) Meursault entre dans la morgue où se trouve une infirmière. (§9) Le concierge arrive qui lui propose d’ouvrir le cercueil, mais Meursault n’y tient pas. L’infirmière quitte la pièce et le concierge s’assied derrière Meursault. (§10) Meursault et le concierge veillent ensemble. Ce dernier répond volontiers aux questions posées par Meursault et précise qu’il est en fonction depuis cinq années. (§11) Parisien et âgé de soixante-quatre ans. (§12) Il est arrivé dans l’asile comme indigent, puis s’est proposé pour occuper le poste de concierge. Meursault se rend compte qu’il tient à ne pas être assimilé aux pensionnaires. (§13) Au crépuscule, l’infirmière revient et se met à tricoter ; le concierge éclaire la pièce et lui apporte une tasse de café. Meursault a du mal à supporter la lumière vive. Après avoir hésité, il finit par fumer avec le concierge avant de somnoler. (§14) Il est réveillé par l’arrivée d’une dizaine de pensionnaires venus veiller leur amie. Il les observe et note les signes physiques de vieillesse. (§15) L’une des pensionnaires, amie intime de la mère de Meursault selon le concierge, se met à pleurer sans pouvoir s’arrêter. (§16) Meursault, fatigué par la veille, a du mal à supporter le silence de la pièce. Il continue d’observer les vieillards. (§17) Puis il se rendort par intermittence et se réveille : un vieillard le regarde fixement. Les pensionnaires quittent la pièce en serrant tous la main de Meursault. (§18) Au matin, Meursault se rafraîchit chez le concierge et goûte la beauté de la campagne où il promènerait volontiers. (§19) Mais il doit se rendre chez le Directeur qui donne ses instructions pour l’enterrement. Meursault a une pensée pour ses collègues en train de se lever pour se rendre au travail. Il refuse une nouvelle fois de voir sa mère. (§20) Le Directeur lui confie, amusé, qu’il a autorisé Thomas Perez, le « fiancé » de sa mère, à assister à l’enterrement. (§21) Le curé de Marengo assisté de deux enfants de chœur arrive et s’adresse à Meursault. (§22) Dans la morgue, le cercueil est fermé. A l’arrivée de Thomas Perez, le cortège se met en place. (§23) Meursault note l’extrême chaleur et imagine la douceur du paysage le soir. (§24) Le cortège se met en mouvement vers l’église qui se trouve à trois-quarts d’heure de marche. Meursault ne sait pas répondre à une question qui lui est posée sur l’âge de sa mère. Sous le soleil impitoyable, chacun souffre de la chaleur, mais plus encore Thomas Perez qui ne peut suivre l’allure du convoi et coupe à travers champs pour rejoindre le cortège. Le Directeur marche avec beaucoup de dignité. (§25) Après l’église, Meursault attend l’autobus au village et arrive de nuit à Alger. Epuisé, il se promet de dormir pendant douze heures. (§26)

Chapitre II : Au réveil, Meursault se rend compte que la mauvaise humeur manifestée par son patron à la nouvelle de son deuil s’explique par le fait que l’enterrement lui donne quatre jours de congé. Il est navré pour lui. (§1) Il décide d’aller se baigner au port. Il rencontre Marie Cardona, une ancienne connaissance, avec laquelle il passe la journée dans l’eau (§2). Puis au cinéma pour y voir le film de Fernandel que Marie lui propose. Enfin, ils passent la nuit ensemble. (§3) Le lendemain, dimanche, il se réveille seul car Marie est allée voir sa tante. Aussi se rendort-il jusqu’à dix heures et décide de prendre son repas chez lui et non chez Céleste pour éviter les questions sur l’enterrement. (§4) L’après-midi, désoeuvré, il traîne dans l’appartement à l’abandon, lit un vieux journal et découpe une réclame pour la coller dans un cahier. Après quoi, il se met au balcon. (§5) Il observe les rares passants (couple et leurs trois enfants, jeunes gens habillés à la mode allant aux cinémas du centre) en faisant des remarques pleines de justesse et d’humour. (§6) Puis la rue devient quasiment déserte, hormis le marchand de tabac qui installe sa chaise dans la rue et le garçon de café qui balaie la salle. (§7) Meursault grignote un morceau de chocolat et passe le temps en contemplant le ciel. (§8) Vers 17 heures, la rue s’anime de nouveau avec les jeunes gens revenant de leur match et la circulation des autos. (§9) Vient le soir et le retour du couple à enfants, des jeunes spectateurs, les allers et venues des jeunes filles et des garçons se croisant. (§10) Il attend que la nuit s’avance et que les rues soient de nouveau vides pour s’inquiéter de son repas : il descend acheter du pain et des pâtes qu’il mange debout. Après quoi il ferme sa fenêtre sur son dimanche qui a fini par passer et constate que, sa mère enterrée, tout allait être comme avant. (§11)

Chapitre III : Le lundi, son patron est aimable et lui demande même l’âge de sa mère. (§1) Meursault met à jour le travail en retard. A midi trente, en compagnie d’un collègue, Emmanuel, ils courent derrière un camion dans lequel ils montent, essoufflés et joyeux. (§2) Arrivés chez Céleste, Meursault prend un repas bien arrosé et rentre chez lui où il s’assoupit. En retard, il prend un tram pour retourner à son bureau. Le soir, il rejoint son domicile. (§3) Dans l’escalier, il rencontre son voisin Salamano flanqué de son vieux chien malade. Depuis huit années le vieillard et le chien suivent le même itinéraire et l’homme insulte le chien en lui reprochant d’être toujours là. (§4) Meursault croise son autre voisin, Raymond Sintès, qui serait un souteneur. (§5) Ce dernier l’invite chez lui à prendre le repas et panse sa main blessée. Meursault lui pose une question sur sa main et Raymond le met au courant de ses problèmes. (§6) Il s’est battu avec un homme qui l’a insulté. (§7) Tout en se pansant, Raymond demande à Meursault un conseil sur sa situation et envisage qu’ils deviennent copains. Meursault n’y voit pas d’inconvénient et Raymond se confie à lui. L’homme avec lequel il s’est battu est le frère d’une Mauresque avec qui il vit et qu’il entretient. (§8) Mais, de son côté, elle refuse de travailler pour lui. (§9) Estimant qu’elle lui mentait sur ses revenus, il la frappait un peu. (§10) Mais, cette fois, il l’a frappée jusqu’au sang. (§11) Pourtant, il envisage une punition plus radicale encore : il demande ainsi à Meursault d’écrire une lettre pour lui à cette femme afin qu’elle vienne le voir chez lui et qu’il puisse se venger d’elle. Meursault accepte de rédiger la lettre. (§12) Raymond est satisfait et lui déclare le considérer comme un vrai copain. Il lui présente même ses condoléances pour sa mère. (§13) Meursault se sépare de Raymond et, dans le noir, entend gémir le chien de Salamano. (§14)

Chapitre IV : Meursault travaille avec application toute la semaine et va deux fois au cinéma avec Emmanuel qui ne comprend pas toujours ce qu’il voit à l’écran. Raymond a envoyé la lettre. Le samedi, Meursault retrouve Marie et ils vont se baigner à quelques kilomètres d’Alger. (§1) Puis, affamés l’un de l’autre, ils rentrent chez Meursault. (§2) Le dimanche Meursault fait quelques courses, entend Salamano gronder son chien et, de retour auprès de Marie, perçoit les bruits d’une altercation chez Raymond. (§3) Ce dernier est en train de frapper une femme qui hurle. Un agent appelé par un voisin survient et gifle Raymond qui n’obtempère pas à ses ordres, avant de lui annoncer une convocation au commissariat. Marie s’en va et Meursault dort un peu. (§4) Vers trois heures, Raymond vient voir Meursault, le met au courant des détails de la vengeance qu’il avait fomentée contre la fille et lui demande de lui servir de témoin. Meursault accepte. (§5) Raymond invite Meursault à faire une partie de billard et à aller au bordel, ce que refuse Meursault. (§6) Au retour, les deux nouveaux copains découvrent un Salamano dans tous ses états : son chien lui a faussé compagnie et n’est plus reparu. (§7) Ils essaient de le rassurer sur le retour du chien. Mais Salamano est inquiet. Après le départ de Raymond, Meursault, qui entend Salamano sangloter de l’autre côté de la cloison, pense à sa mère. (§8)

Chapitre V : Raymond téléphone au bureau pour inviter Meursault et Marie chez un ami qui possède un cabanon près de la plage. (§1) Il ajoute qu’il a été suivi toute la journée par un groupe d’Arabes dont le frère de la maîtresse qu’il avait battue. (§2) Son patron le convoque peu après pour lui proposer de prendre la direction d’un bureau qu’il entend ouvrir à Paris. Meursault décline l’offre en estimant que sa vie lui convient. Son patron déplore son absence d’ambition. (§3) Le soir, Meursault apprend de la bouche de Marie qu’elle voudrait se marier avec lui. Pressé de questions, Meursault reconnaît qu’il ne l’aime pas, que le mariage n’a pas d’importance, mais qu’il est prêt à se marier si cela lui fait plaisir. (§4) Ils vont se promener dans la ville. Quand ils se quittent, Marie s’étonne qu’il ne lui demande pas ce qu’elle va faire. (§5) Chez Céleste, alors qu’il prend son repas, Meursault est intrigué par la façon de faire, bizarre, d’une femme qui s’installe à sa table et qui, tout en mangeant, coche méticuleusement les programmes de la radio. Intrigué, il la suit un moment dans la rue. (§6) De retour chez lui, il invite un Salamano désespéré de n’avoir pas retrouvé son chien. (§7) Ce dernier se confie à lui et explique qu’il a pris ce chien à la mort de sa femme parce qu’il se sentait seul. (§8) Salamano apprend à Meursault que les voisins le jugeaient mal pour avoir mis sa mère à l’asile. Meursault se justifie : il n’avait pas d’argent pour faire garder sa mère à qui, d’autre part, il n’avait rien à dire et qui s’ennuyait toute seule dans l’appartement. (§9)

Chapitre VI : Le dimanche suivant, Marie et Meursault, qui est fatigué, se préparent pour se rendre chez l’ami de Raymond. (§1) Marie est joyeuse. Raymond se joint à eux. (§2) Ils se préparent tous trois à prendre l’autobus quand Raymond découvre un groupe d’Arabes dans lequel figure celui avec qui il s’est battu. Marie s’inquiète. (§3) Mais ils ne sont pas suivis. Raymond plaisante avec Marie, qui lui plaît. (§4) Arrivés en banlieue, ils descendent de l’autobus et se dirigent vers la plage. (§5) Masson et sa femme les accueillent dans leur maison en bout de plage. A voir le couple si heureux d’être ensemble, Meursault se dit que, finalement, il serait bon de se marier avec Marie. (§6) Sans attendre le repas, Marie et Meursault vont se baigner en compagnie de Masson. (§7) Le bain de mer est suivi d’un bain de soleil au cours duquel Meursault s’endort. (§8) Marie le réveille et ils retournent tous deux dans l’eau. Masson est déjà reparti. (§9) Le repas de poisson et de viande est arrosé de vin. Puis les deux femmes s’occupent de la vaisselle et les trois hommes vont promener vers la plage. (§10) Pendant qu’ils longent la mer, Meursault constate que Raymond et Masson sont de vieilles connaissances. (§11) Brusquement, Raymond attire l’attention de Masson et lui montre deux Arabes qui se dirigent vers eux. Il reconnaît l’un des deux qui est le frère de la femme battue. (§12) La rencontre est brutale et le combat bref. Un coup de couteau entaille le bras et la bouche de Raymond. (§13) Les protagonistes finissent par se séparer. (§14) Les trois amis retournent au cabanon : Meursault explique aux femmes très émues ce qui s’est passé, pendant que Masson conduit Raymond chez un docteur. (§15) De retour de chez le docteur, Masson se montre très irrité et décide, contre l’avis de tous, de retourner à la plage. Meursault l’accompagne. (§16) Masson se dirige vers une petite source à l’ombre d’un rocher. Leurs deux adversaires s’y trouvent. (§17) Raymond veut en découdre et Meursault doit le calmer et lui prendre le révolver. (§18) Finalement, après s’être longuement défiés du regard, les protagonistes en restent là : leurs deux adversaires s’en vont. Raymond semble satisfait. (§19) Arrivé au cabanon, Meursault appréhende de rester et repart vers la plage. (§20) Il marche longtemps accablé de soleil et de chaleur. (§21) Attiré par la fraîcheur du rocher de la source, il y découvre l’homme qui a blessé Raymond. (§22) Au bord de l’insolation, Meursault épuisé, fait un pas de trop. L’adversaire de Raymond sort son couteau. La transpiration coule dans les yeux de Meursault qui, aveuglé, appuie sur la détente une fois, puis quatre autres fois. (§23)

Deuxième partie

Chapitre I : Meursault est interrogé par le juge d’instruction qui le convainc d’avoir un avocat. (§1) Meursault a du mal à prendre le juge au sérieux. (§2) Meursault reçoit ensuite la visite d’un avocat qui l’assure du succès de son affaire. (§3) Son avocat lui apprend que des témoins ont insisté sur l’apparente insensibilité lors de l’enterrement de sa mère et lui demande s’il a éprouvé de la peine ce jour-là. Les réponses fournies par Meursault ne satisfont pas l’avocat. (§4) Il lui demande alors s’il peut mentir le jour du procès. Meursault refuse de mentir, ce qui mécontente l’avocat. (§5) Meursault est mal à l’aise de l’avoir déçu. (§6) Le juge d’instruction reçoit de nouveau Meursault sans la présence de son avocat, empêché. (§7) Il lui demande de raconter la journée du meurtre. (§8) Puis il insiste pour savoir s’il aimait sa mère et, surtout, pourquoi il a attendu pour tirer quatre coups de feu après le premier. Meursault ne sait que répondre. (§9) Alors le juge très exalté brandit un crucifix et explique à un Meursault que pour être pardonné il doit répondre à la question posée. (§10) Devant son mutisme, le juge finit par lui demander s’il croit en Dieu. Meursault rétorque que non, provoquant une vive agitation chez le juge qui se met à le tutoyer et lui reproche de priver sa vie de sens. (§11) Le juge d’instruction en conclut qu’il n’a jamais vu de criminel aussi endurci que Meursault. (§12) Par la suite, pendant les onze mois de l’instruction, le juge reçoit Meursault, qu’il appelle l’Antéchrist, avec son avocat et ne pose plus que des questions techniques. (§13)

Chapitre II : Meursault a d’abord pensé qu’il n’aimerait pas, plus tard, parler de cette période de sa vie. (§1) Il découvre une certaine solidarité entre les détenus et, d’une petite fenêtre, apprécie de voir la mer. (§2) La visite de Marie lui donne l’occasion de découvrir le parloir et de constater la nécessité de crier pour se faire entendre dans le brouhaha des conversations croisées. Il voit la beauté de Marie mais ne sait pas le lui dire. (§3-4-5). Marie essaie de le rassurer sur l’issue du procès et lui promet qu’ils se marieront ensuite. (§6) Elle lui sourit et lui parle de son travail cependant que, peu à peu, la salle se vide. (§7) Marie finit par s’en aller en faisant le signe de l’embrasser. Il la regarde une dernière fois : Marie lui offre un sourire crispé. (§8) Meursault retrace la chronologie de ses impressions de prisonnier. D’abord, pendant quelques mois, il a eu des pensées et des envies d’homme libre ; puis, il s’est résigné à être prisonnier. (§9) Mais le désir de femme le tenaillait, (§10) de même que l’absence de cigarettes. (§11) Surtout, il lui faut passer le temps et il trouve la parade : se souvenir. (§12) D’autant plus qu’il finit par s’habituer à dormir de seize à dix-huit heures par jour, ce qui ne lui laisse plus que six heures à occuper. (§13) Enfin, la découverte d’un vieux morceau de journal qui relate un fait divers sordide (un Tchèque exilé de retour dans son village, fortune faite, dissimule son identité à sa famille et est tué par sa mère et sa sœur attirées par son argent. Apprenant la vérité, la mère se pend et la sœur se jette dans un puits.) qu’il lit et relit l’occupe souvent. (§14) Meursault perd peu à peu la notion du temps et lie désormais sa vie aux seuls mots de « hier » et « demain » : le présent se trouve occulté. (§15) Au point qu’il n’a pas conscience d’avoir déjà passé cinq mois en prison. Il découvre alors que son visage est devenu sérieux et qu’il parle seul. (§16)

Chapitre III : Le procès de Meursault se déroule à la session de juin et ne durera, selon l’avocat, que deux ou trois jours. (§1) Meursault attend, entre deux gendarmes, l’entrée de la cour : assister à un procès l’intéresse. (§2) Conduit dans le box des accusés, il découvre les jurés et a l’impression d’être épié. (§3) Puis, un journaliste vient saluer le gendarme et Meursault a l’impression d’être de trop dans un club fermé. Le journaliste s’adresse à lui pour lui apprendre que son affaire a été montée en épingle car l’été est une saison creuse pour les lecteurs et qu’un journaliste parisien est chargé de rendre compte de son affaire et de celle du parricide. (§4) L’avocat de Meursault arrive ensuite, entouré de ses confrères avec qui il plaisante. Il lui conseille de se reposer sur lui. (§5) Le procureur et la cour complètent le tableau. L’audience peut commencer. (§6) Meursault est un peu dépassé par ce qui s’ensuit. (§7) L’appel des témoins lui permet de retrouver des visages familiers - le directeur et le concierge de l’asile, Thomas Perez, Raymond, Masson, Salamano, Marie, Céleste et la femme bizarre du restaurant. (§8) En raison de la chaleur, trois éventails sont distribués aux trois juges. (§9) L’interrogatoire de Meursault commence par les questions d’usage sur son identité et le récit des événements. (§10) Puis le président lui demande pourquoi il a placé sa mère à l’asile et si cela lui avait coûté. (§11) Le procureur lui demande ensuite s’il était retourné vers la source dans l’intention de tuer l’Arabe. Meursault précise que la rencontre était due au hasard. Et l’audience est levée peu après. (§12) L’après-midi, la chaleur est encore plus forte au tribunal ; elle est consacrée à l’audition des témoins. (§13) En réponse aux questions du président, le directeur de l’asile précise que la mère de Meursault, comme tous les pensionnaires, se plaignait de son fils. Il ajoute qu’elle lui reprochait de l’avoir mise à l’asile. Il signale que Meursault n’avait pas voulu la voir dans sa bière, n’avait pas pleuré une seule fois et s’en était allé sans se recueillir sur sa tombe. De plus, un employé lui avait rapporté qu’il ne connaissait pas l’âge de sa mère. Le procureur triomphe et Meursault se sentant détesté éprouve l’envie de pleurer. (§14) Le concierge succède au directeur à la barre et ajoute que Meursault avait fumé et bu du café au lait. Ce dernier comprend, pour la première fois, qu’il est, aux yeux de la salle, coupable. L’avocat de Meursault intervient pour faire dire au concierge qu’il avait fumé avec son client. Mais Meursault reconnaît le lui avoir proposé, ce qui rend confus le concierge. L’accusation a toutefois marqué un point. (§15) Puis vient le tour de Thomas Perez à qui il est demandé s’il a vu pleurer Meursault et qui, répondant par la négative, doit aussi répondre non à la question de l’avocat, désireux de savoir s’il a vu Meursault ne pas pleurer. A son tour, la défense marque un point. (§16) Céleste succède à Perez et affirme que Meursault est un ami et un homme. Il ajoute que le crime est un malheur sans pouvoir ajouter quoi que ce soit. Meursault est vivement ému par ce témoignage. Marie le remplace. Le procureur note qu’elle et Meursault se sont rencontrés le lendemain de l’enterrement et contraint la jeune femme à confirmer que le film qu’ils avaient vu ensemble était un film de Fernandel. Le procureur triomphe alors que Marie, qui a le sentiment d’avoir été manipulée, éclate en sanglots. (§17) Masson et Salamano témoignent brièvement. (§18) Raymond, le dernier témoin, se voit traiter de souteneur. Et le procureur a beau jeu de rappeler l’implication de Meursault dans la relation tumultueuse de Raymond avec sa maîtresse : non intervention lors de la dispute, lettre écrite, témoignage de bonne moralité au commissariat. Le procureur en conclut qu’il s’agit de deux complices unis pour une affaire crapuleuse. (§19) L’avocat de Meursault intervient pour demander si l’on accuse Meursault d’avoir enterré sa mère ou d’avoir tué un homme. La salle rit. Mais le procureur retourne la formule de l’avocat en affirmant qu’il l’accuse, en effet, d’avoir enterré une mère avec un cœur de criminel. L’effet sur le public est considérable. (§20) A la fin de l’audience, Meursault, reconduit en prison, retrouve et savoure les bruits de la ville en fin de journée. (§21)

Chapitre IV : Meursault observe que pendant les plaidoiries on le tient en dehors des débats. (§1) Le procureur soutient la thèse de la préméditation : Meursault est retourné à la source dans l’intention de tuer, la preuve étant apportée par le tir de cinq balles ; de plus, il n’a jamais exprimé de regrets. Il relie même le crime de Meursault au parricide qui doit être jugé prochainement Aussi demande-t-il la peine capitale. (§2-3-4-5) Meursault, à qui le président donne la parole, essaie maladroitement et vainement d’insister sur le rôle du hasard, de la chaleur et du soleil. L’avocat demande le renvoi à l’après-midi. (§6) L’après-midi, l’avocat – dont Meursault note avec surprise qu’il dit « Je » en parlant de lui – réfute l’image d’un Meursault à la moralité douteuse et prend le contre-pied en dessinant le portrait d’un Meursault honnête, travailleur et fils modèle. Meursault note qu’il ne parle pas de l’enterrement et que c’est une lacune. Puis il se sent épuisé par toutes ces phrases et la longueur du procès. (§7) Il s’évade alors de la salle en entendant, à l’extérieur, la trompette d’un marchand de glace et se remémore les bruits de la vie tout en aspirant à retrouver le calme de sa prison. A la fin de la plaidoirie de son avocat, ses confrères viennent le féliciter. (§8) La cour suspend l’audience. Meursault regarde la salle et découvre Marie qui lui fait un signe auquel il ne se sent pas de répondre. (§9) Au retour de la cour, on lit aux jurés une série de questions et ils sortent, cependant que Meursault est conduit dans une pièce adjacente. Son avocat le rejoint et se montre optimiste sur l’issue du procès. (§10) A l’issue d’une longue attente, Meursault regagne la salle pour entendre l’énoncé du jugement : il est condamné à mort. (§11)

Chapitre V : Placé dans une nouvelle cellule, Meursault, qui a refusé trois fois de voir l’aumônier, fait le tour des échappatoires possibles au mécanisme inéluctable qui l’attend : seule une impossible évasion lui vient à l’esprit et l’espoir d’être abattu dans sa fuite. (§1) Il a du mal à considérer avec sérieux la sentence, mais en sent tout le poids des conséquences. (§2) Il se souvient que sa mère lui avait raconté que son père avait été malade après avoir assisté à une exécution capitale. Il s’imagine avec joie la possibilité d’en être spectateur avant de claquer des dents à l’idée d’en être la victime. Il imagine même que l’on puisse laisser une seule chance au condamné d’échapper à la mort, alors qu’avec le couperet, le coupable avait intérêt à ce que tout fonctionne bien sinon il fallait recommencer… (§3) Il évoque la place de la machine à même le sol, en une sorte de rencontre précise, discrète et honteuse, alors que l’imagination préfère l’image de l’ascension vers l’échafaud. (§4) Il est surtout obsédé par l’aube et son pourvoi. (§5) Chaque matin, quand le jour commence à se deviner, lui est une torture intolérable à guetter le moindre bruit annonciateur, suivie d’un immense soulagement à disposer de vingt-quatre heures de vie supplémentaires. (§6 et 7) Quant au pourvoi, il lui est l’occasion d’une terrible réflexion. Il commence par imaginer son rejet : alors, il essaie de se convaincre que mourir plus tôt, après tout, ne change rien puisqu’il faut mourir un jour. Mais la différence de ce temps de vie en moins fait bondir son cœur de désespoir. Il lui suffit alors de s’imaginer vingt ans plus tard et d’étouffer ce désespoir. (§8) Lorsqu’il y parvient, il se donne la permission d’envisager la grâce. Mais il lui faut alors réfréner le cri de joie. Il gagne ainsi une heure de calme. (§9) Il refuse de nouveau de voir l’aumônier et pense à Marie qui ne lui a plus écrit depuis de longs jours. Il admet cela puisque rien ne les liait en dehors de leurs corps « maintenant séparés ». (§10) L’aumônier fait intrusion dans la prison. (§11 et 12) Meursault lui explique qu’il a refusé de le voir parce qu’il ne croit pas en Dieu. (§13) Le prêtre insiste : tous les condamnés à mort se tournent vers Dieu. Mais Meursault lui rétorque que cela ne l’intéresse pas. (§14) L’aumônier évoque alors la mort de tout être et pas seulement celle du condamné, sans convaincre son interlocuteur. Il invoque ensuite la justice de Dieu et précise au condamné qu’il doit laver son péché. Meursault récuse la notion. Le prêtre lui demande maintenant de voir le visage de Dieu sur ces pierres de souffrance. Meursault lui répond que le seul visage qu’il ait cherché était celui de Marie. L’aumônier se refuse à croire qu’il n’ait jamais souhaité une autre vie et Meursault lui rétorque qu’il aimerait une autre vie où il se souviendrait de celle-là. Le prêtre affirme qu’il est avec lui et qu’il priera pour lui. (§§15-16-17—18-19-20-21-22-24) C’en est trop pour Meursault, à bout, qui l’empoigne et déverse sur lui en l’insultant toutes ses vérités : lui, Meursault, est bien plus sûr de lui que ce prêtre qui n’est même pas vivant ; il a toujours eu raison car rien n’a d’importance ; la mort rend toute vie absurde… Les gardiens se saisissent de Meursault et le prêtre s’en va, les yeux pleins de larmes. (§25) Meursault est apaisé et s’endort. Il se réveille à l’aube, s’imprègne de la paix de l’été, pense à sa mère, ce qu'il n'avait pas fait depuis longtemps en se sentant proche d’elle dans son asile et s’ouvre pour la première fois à la tendre indifférence du monde. Pour se sentir moins seul, il souhaite, le jour de son exécution, être accueilli par des cris de haine. (§26)


NB : Les indications concernant les pages renvoient à l’édition du Livre de Poche (1970).


4. Complément


Pour rendre son texte à Camus et en sentir toute la force, il convient de mentionner l’existence d’un disque vinyle 33 tours dans lequel Camus en lit des extraits. Les archives de ce qui était alors l’ORTF ont été éditées en un disque (disques ADES) dans lequel Albert Camus lit son roman L’Étranger. La face 1 propose cinq extraits du Chapitre I et trois extraits du chapitre VI (1ère Partie) ; la Face 2 offre un quatrième extrait du chapitre VI (1ère partie) et trois extraits du Chapitre V (2ème partie).

Les musiques de liaison sont tirées de Schoenberg (Sérénade op. 24) ; de Naudot – Sonate – J.-P. Rampal, flûte (catalogue Adès)

En voici la présentation telle qu’elle est faite, au verso du disque, par l’éditeur :

« Ces extraits proviennent d’une archive sonore de l’ORTF datant d’avril 1954. Au cours d’une série d’émissions intitulées « Lectures d’un Soir » (Production Jean-Marie Oberlin), Albert Camus lut au micro, intégralement, L’Étranger. Cette lecture eut donc lieu douze ans après la publication de l’œuvre, chez Gallimard en 1942. La lecture intégrale de l’œuvre dure 2 h 57 mn. Les extraits publiés dans le disque durent, pour la face I : 26’25’’, pour la Face 2 : 28’30’’, soit 54’55’’. Parfaitement conscient des problèmes que la lecture d’un texte pose au comédien (il exerça, rappelons-le, le métier d’acteur et d’animateur de théâtre), Camus prend à l’égard de son texte la distance nécessaire pour l’éclairer sans le déformer. L’intérêt de cette archive sonore est multiple. Camus se révèle, absolument, un lecteur intelligent, dont le ton mesuré et nuancé fait accepter le texte sans affaiblir ou lasser un seul instant l’attention de l’auditeur. Relativement à son œuvre propre, Camus suggère à l’auditeur toutes les intentions contenues dans la forme et le style de l’ouvrage. »

Par ailleurs, un coffret de trois disques 30 cm intitulé « Présence de Albert Camus » (Grand prix de l'Académie Charles Cros) a également été édité, dans lequel Camus lit et explique ses textes et son oeuvre.

Ces disques ne peuvent être trouvés aujourd'hui qu'en occasion.

Toutefois, pour ceux qui seraient intéressés par ces documents de 1954, il est utile de savoir que Les éditions Frémeaux & Associés ont publié un CD triple (L’Étranger y est intégralement enregistré par Camus) en septembre 2002 et un CD double (Caligula y est intégralement enregistré) en octobre 2003.


5. Albert Camus sur Libre Savoir


Consulter aussi sur Libre Savoir les articles sur Albert Camus : une Bibliographie succincte [2] ; Le Mythe de Sisyphe [3] ; La Peste [4] et L’Exil et le Royaume [5]


6. Bibliographie succincte de l'œuvre de Camus


  • Révolte dans les Asturies (1936) : Théâtre.
  • L’Envers et l’Endroit (1937) : Essai.
  • Noces (1939) : Essai.
  • L’Étranger (1942) [6] : Récit.
  • Le Mythe de Sisyphe (1942) [7]: Essai.
  • Le Malentendu (1944) : Théâtre.
  • Caligula (1945) : Théâtre.
  • La Peste (1947) [8]: Chronique.
  • L’État de siège (1948) : Théâtre.
  • Les Justes (1949) : Théâtre.
  • L’Homme révolté (1951) : Essai.
  • La Dévotion à la Croix (1953) : Théâtre.
  • Les Esprits (1953) : Théâtre.
  • L’Été (1954) : Essai.
  • La Chute (1956) : Récit.
  • Requiem pour une nonne (1956) : Théâtre.
  • L’Exil et le Royaume (1957) [9] : Nouvelles.
  • Réflexions sur la peine capitale (1957) : Essai.
  • Discours de Suède (1958)
  • Chroniques algériennes (1958)
  • Les Possédés (1959) : Théâtre.
  • Carnets (1935-1959)
  • Le Premier homme (1994) : (manuscrit inachevé).



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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2017-11-09 10:41:07

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La dernière œuvre de Camus publiée de son vivant, L’Exil et le Royaume (1957), est un recueil de nouvelles intéressant à analyser dans la mesure où l’auteur y aborde des thèmes plutôt inédits tout en témoignant d’un réel souci du récit.




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