Il était une fois dans l'Ouest de Leone

Intérêt
Ce film, qui propose une nouvelle approche du western, eut un retentissement considérable à sa sortie en 1969 et apporta à Sergio Leone renommée et consécration.


Table des matières

1. Analyse


Ce film, le premier volet du triptyque « Il était une fois. », permet à Leone de revisiter le mythe de l’Ouest américain et de lui rendre une vérité altérée par les conventions du cinéma américain au nom d’un plus grand souci de réalisme (entre autres reproches qu’il adressait aux westerns classiques, Leone s’est toujours étonné qu’on ne montre pas, par exemple, la réalité de l’impact d’une balle qui faisait un trou énorme dans le corps de la victime et la projetait à plusieurs mètres en arrière ! Ou encore, qu’on atténue la violence extrême de cette époque qui voyait pourtant un tueur exhiber les oreilles coupées de ses ennemis pour imposer le respect !). C’est pourquoi, sans doute, certains reprochent à Leone une exagération des effets alors qu’il entend restituer, en fait, le sadisme de toute violence ou l’érotisme de tout amour et insiste, de façon très documentée, sur les habits, les armes à feu, les détails du train, etc.

Cette reconstitution qui se veut réaliste de l’Ouest débouche sur un film qui se développe à deux niveaux. Au premier plan, il s’agit d’une classique histoire de vengeance qui montre Harmonica (Charles Bronson) poursuivre l’assassin de son frère. Mais, au-delà de ce thème récurrent dans le Western, se dessine progressivement un second thème plus original, celui de la mutation des Etats-Unis saisie au cours d’une période charnière qui voit la fin du vieux Far West et le début de l’Amérique moderne. Le passage entre les deux époques est d’ailleurs parfaitement symbolisé par la construction du train qui relie non seulement deux « espaces» (la côte est à celle de l’ouest) mais aussi deux « temps » (celui des Pionniers du Far West qui s’efface peu à peu devant celui de la Civilisation moderne). (1)

L’un des intérêts du scénario - écrit, entre autres, par Bertolucci et Argento - est d’en montrer les répercussions sur les personnages eux-mêmes qui n’ont d’autre choix que de disparaître ou de s’adapter. Trois d’entre eux ne s’intègrent pas et sont appelés à s’effacer. C’est d’abord Franck (Henry Fonda), hors-la-loi, chef de bande et rebelle à toute légalité, qui représente une époque révolue car, désormais, la Loi se généralise. C’est ensuite le bandit généreux, Cheyenne (Jason Robards), dont le romantisme n’a plus sa place dans une société devenue mercantile. C’est enfin Harmonica dont le mode de vie fondé sur le sens de la justice et le goût pour la solitude ne peut s’accommoder d’un monde de plus en plus organisé et collectif. On songe, à son propos, au beau mouvement de camera qui, par un travelling circulaire, donne à voir, en un plan de plus en plus général, le chantier du chemin de fer, puis les dizaines d’ouvriers au travail et le personnage de Harmonica qui s’y fond comme s’il disparaissait en tant qu’individu, comme s’il s’agissait de la fin possible de l’individu. En revanche, Jill, la prostituée interprétée par Claudia Cardinale, prête à tout pour survivre, est la seule à réussir ce passage entre l’ancien et le nouveau monde : la séquence finale, qui la montre donnant de l’eau aux ouvriers, signifie sans doute la fidélité à ses origines (elle choisit les ouvriers exploités et humiliés comme elle) en même temps que son adaptabilité (les ouvriers construisent l’ « avenir »). Le propos de Leone est transparent et se veut prophétique : à l’Amérique « virile » se substitue ainsi une Amérique fondée sur le matriarcat (ne pas oublier qu’à l’époque de la réalisation du film le « Women Liberation » connaissait son apogée aux Etats-Unis). Il faut remarquer que c’est dans un cercle final - l’arène de la vie - que Leone réunit et enferme ses personnages essentiels et exprime le moment de vérité du film qui se conclut, de façon la plus classique, par le duel inhérent à tout western.

Les thèmes du film - c'est une constante chez Leone - sont par ailleurs magnifiés par une mise en scène savante et toujours spectaculaire illustrée d'un accompagnement musical expressif. On rappellera, pour le plaisir, la séquence initiale - devenue mythique - des trois tueurs qui attendent le train et Harmonica : gros plans et très gros plans sur des regards ou des détails inattendus (craquement des doigts, mouches emprisonnées dans le canon du colt, gouttes d'eau sur le chapeau, roue de l'éolienne qui grince) et exaspérants qui immobilisent le temps avant de le dilater et de faire sourdre l'accablement et l'ennui. Le film multiplie les savants cadrages et installe dans l'espace les personnages d'une façon souvent saisissante : fréquentes plongées ou contre plongées, caméra placée sous un angle insolite allongeant, par exemple, les silhouettes ou remplissant l'écran d'yeux présentés en très gros plans. Les combats sont filmés en deux temps comme autant de ballets: d'abord, une lente montée de l'attente qui accroît la tension avant que l'exaspération des nerfs n'explose dans les coups de feu. L'accompagnement musical - ô combien célèbre - de Morricone souligne et accentue les effets, de sorte que la théâtralisation de l'image et la musique très expressive font nécessairement penser à un grand opéra baroque : musique et image procèdent en effet l'une de l'autre, se nourrissent l'une de l'autre. Il suffit d'évoquer la terrible séquence des deux frères (l'aîné juché sur les épaules de son cadet jouant de l'harmonica) dont toute la force provient précisément de cette alliance intime entre ce qui est montré au travers d'une image saisissante (dévoilement progressif d'un tableau fixe inouï) et ce qui est entendu dans une partition musicale qui joue, de façon insupportable, sur les nerfs (lent crescendo lancinant de notes d'harmonica qui finit par éclater dans une envolée sonore lourdement appuyée par les cuivres).

En définitive, un film devenu culte qui insiste sur le passage entre deux époques et dont la tonalité de désenchantement se prolongera dans Il était une fois la Révolution qui annonce, par le double thème du duo et de la désillusion, ce qui sera le chef-d’œuvre de Leone : Il était une fois en Amérique [1]. Les trois films, sans être des suites, sont toutefois à voir dans l’ordre chronologique.

NOTE :

(1) Il est à remarquer que Sergio Leone multiplie les plans qui insistent sur le melting pot du pays en construction. De nombreux plans ou arrière-plans montrent l’origine asiatique, africaine, indienne ou européenne des personnes qui travaillent à la construction du chemin de fer ou peuplent ces ébauches de ville qui nous sont présentées. On songe, bien sûr, au propos de Martin Scorsese longuement évoqué dans son film Gangs of new York [2] plus de trente années plus tard, en 2002.


2. Synopsis


Dans une gare, trois cow-boys attendent Harmonica, le passager d'un train qui arrive, pour l'éliminer. Plus tard, une famille de fermiers est sauvagement assassinée. Qui manigance ces crimes : Cheyenne, le hors-la-loi ? Quel rôle joue Frank, l'homme de main de Morton qui est chargé de la construction du chemin de fer à travers l'ouest des Etats-Unis ? Quant à Harmonica, personnage énigmatique, il n'explique pas les raisons de sa présence en ces lieux.


3. Fiche technique


  • Titre original : C’erava una volta il west
  • Réalisation et scénario : Sergio LEONE
  • Année : 1969
  • Co-scénariste : Sergio DONATI. D’après une histoire originale de Dario ARGENTO, de Bernardo BERTOLUCCI et de Sergio LEONE
  • Directeur de la photographie :Tonino DELLI COLLI
  • Décors : Carlo LEVA
  • Musique : Ennio MORRICONE
  • Production : Rafran-San Marco
  • Distribution : Paramount (CIC)
  • Durée : 165 minutes (réduit à 144 minutes)

Distribution :

  • Frank : Henry FONDA
  • Jill : Claudia CARDINALE
  • Cheyenne : Jason ROBARDS
  • Harmonica : Charles BRONSON
  • MacBain : Frank WOLFF
  • Morton : Gabriele FERZETTI
  • Le sheriff : Keenan WYNN
  • Sam : Paolo STOPPA
  • Wobbles : Marco ZUANELLI
  • Le barman : Lionel STANDER


4. Edition DVD zone 2


Image : l’image a été entièrement remasterisée et le résultat est d’une grande qualité : belles couleurs (du bleu des yeux de Henry Fonda et du ciel aux ocres des paysages), netteté et contrastes sont au rendez-vous. Vous pouvez oublier vos cassettes !

Son : la musique de Morricone a été composée AVANT que le film ne soit commencé pour que tous les participants puissent s’en imprégner. C’est dire si le remixage en DD 5.1 (pour la VO alors que la Vf conserve le mono d’origine) met, d’abord, en valeur la musique et magnifie le film en donnant aux images une force encore plus saisissante. Mais l’atmosphère est également créée par un ensemble de sons ambiants que la piste sonore restitue dans toute leur richesse et leur diversité : cloche qui tinte, bourdonnement de mouche, gouttes d’eau qui s’écrasent, grincement de roue, sifflement de mélodies ou du vent, brouhaha des voix, etc. Cette bande-son contribue au réalisme auquel tenait tant Leone et que le DD 5.1 nous fait ainsi ressentir mieux encore que le mono.

Coffret : il s’agit d’une édition de deux DVD. La jaquette de l’étui reprend la célèbre affiche - si réussie - du film. Elle met en valeur le titre présenté en trois lignes sur près de la moitié de la surface supérieure, titre au-dessous duquel est reprise la scène initiale du film avec ses quatre silhouettes brun foncé stylisées figées dans leur mouvement et esquissant une sorte de ballet immobile sur un fond sépia délavé du plus bel effet. L’étui renferme un ensemble de quatre éléments, de couleur sépia aussi, qui se déplient une première fois sur deux photos du film : Henry Fonda à gauche et la construction du train à droite. Puis une nouvelle ouverture affiche, en quatre éléments cette fois, des photos du film : Jason Robards, partie gauche, et Charles Bronson, partie droite, qui encadrent, en la regardant, la scène d’attente du début du film représentée sur les deux éléments centraux qui portent les deux DVD dont la sérigraphie s’inscrit sur le fond. Superbe ensemble ! Par ailleurs, est proposé, rangé sous la photo de Jason Robards, un livret fort intéressant sur le projet et le tournage du film. Mais ce n'est pas tout puisque, surprise du chef, est également offerte une enveloppe adressée au « Prof. Indiana Jones », en un très beau fac-similé brun ocre, qui, une fois ouverte, nous offre une affiche qui annonce au recto le 04 novembre 2003 comme la date de la future édition DVD, et présente au verso une carte du monde sur laquelle un tracé rouge nous renseigne sur les voyages du fameux héros dont l'éditeur révèle les quatre jaquettes des quatre DVD prévus. Très joli cadeau inattendu !

Le DVD 1 contient le film ; les commentaires avec la participation des réalisateurs John Carpenter, John Milius et Alex Cox et les commentaires des historiens du cinéma, des acteurs et de l'équipe du film. Le DVD 2 propose les documentaires comportant des interviews inédites de Claudia Cardinale, de Bernardo Bertolucci, de Sergio Leone, de Henry Fonda... ; un sujet sur le chemin de fer, sur les décors et les biographies des acteurs. La bande originale, enfin. Soit plus de deux heures de suppléments !



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Droits d'auteur © Henri PHILIBERT-CAILLAT



5. Bande annonce





 
Mots-clef Sergio Leone  western 
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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2015-05-29 09:33:33




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