Fargo des Coen

Intérêt
Ce film est très représentatif de l'univers cinématographiques tragi-comique des frères Coen dans la mesure où il met en scène des personnages simples aux conduites imprévisibles dans un univers social corrompu par l'argent et où se rencontrent, jusqu'à l'absurde, solitude et incommunicabilité.


Table des matières

1. Analyse


Dans un Minnesota recouvert d’une neige-symbole de la difficulté des personnages à communiquer entre eux, Joel Cohen construit un escalier de l’horreur tragi-comique dont chaque marche mène inévitablement les protagonistes vers un sommet dramatique.

Un tragique, d’abord, rendu par l’inoubliable musique de Carter Burwell, et, notamment, du thème musical intitulé « North Dakota », parfaite illustration sonore – depuis les discrètes notes de piano, suivies du crescendo des violons ponctué par le roulement des tambours s’achevant en point d’orgue, comme suspendu dans sa résonance – de l’engrenage funeste des événements qui trace un destin inéluctable et suggère, en contrepoint des fréquents plans d’ immenses paysages enneigés, toute la vacuité de la vie et la grande solitude des personnages.

Les personnages, précisément, apparaissent comme des hommes et femmes simples, voire primaires, et suscitent à la fois la compassion (pour Jean et Jerry dans ses vains efforts pathétiques pour trouver une issue à la situation inextricable dans laquelle il s’est enfermé lui-même) ; mais aussi la répulsion (pour Carl et, surtout, Gaear, personnage mi-animal mi-humain) ; ou la tendresse amusée (pour la policière Marge Gunderson, interprétée par Frances MCDormand, et son mari).

Un comique, aussi, présent en filigrane, grâce au second degré de l’humour noir qui affleure tout au long du film, notamment au cours des séquences qui montrent un Gaear stupéfiant d’inhumanité, ou encore lors des scènes d’intimité entre Marge et son mari, placées sous le signe d’une vie heureuse mais étriquée, d’une existence paisible mais professionnellement rigoureuse.

Bref, ils mènent tous deux la vie que Jerry Lundegaard, pour son malheur et celui de sa famille, n’a pas su accepter. C’est que la tentation par l’argent, moteur d’une société intéressée, corrompt les plus avides ou les plus faibles. Faut-il voir dans le film un propos plutôt cynique – qui semble l’avatar obligé d’un second degré toujours sous-jacent – selon lequel il faut savoir rester à sa place, ne faire que ce pour quoi on est fait et accepter sa condition, alors que l’illégalité semble réservée aux plus malins (le beau-père et son associé) ? Les destins contraires entre les personnages qui ont réussi leur vie (Marge et son mari) et ceux qui ont échoué (Jerry) - alors qu’ils sont issus du même milieu - sembleraient le prouver. Les frères Coen feraient-ils leur ce point de vue exprimé par Tristan Bernard : « Quand on n’est pas assez fortuné pour se payer le bonheur, il ne faut pas s’en approcher trop et le regarder... Non, non, ne regardons pas les étalages. » (in Le danseur inconnu, 1910) ?!


2. Synopsis


Jerry Lundegaard, marié, un enfant, est vendeur de voitures à Minneapolis. Mais il connaît de sérieux problèmes d’argent. Aussi a-t-il perçu l’argent de voitures vendues sans que son patron ne soit au courant. Mieux, il n’a pas encore fait livrer les véhicules aux acheteurs. Mais ces derniers s’impatientent et réclament la livraison de leurs véhicules dans les meilleurs délais. Pris à la gorge, Jerry n’a plus qu’une solution pour éviter le déshonneur : s’adresser à son beau-père, Wade Gustafson, un homme fortuné, pour lui proposer une affaire en or. Mais il essuie un refus poli.

Privé de cette manne indispensable, Jerry, aux abois, échafaude alors un plan insensé : faire enlever sa femme Jean et obtenir de son beau-père une forte rançon en échange de la libération de sa fille. Il prend contact avec Carl Showalter et Gaear Grimsrud, deux voyous recommandés par son garagiste, à qui il promet la moitié de la rançon de 80 000 dollars – alors qu’il compte en fait extorquer un million de dollars à son beau-père.

Entre-temps, le banquier de son beau-père, intéressé par l’affaire proposée par Jerry, exige toutefois la mainmise du projet pour s’approprier l’essentiel des bénéfices. Jerry, faisant bon cœur contre mauvaise fortune, décide de prendre le temps de la réflexion et d’annuler le contrat passé avec les deux voyous. Mais Carl et Gaear ont déjà enlevé Jean ! Près de la ville de Brainerd, alors que Jean est bâillonnée et ligotée dans la voiture, un policier arrête leur véhicule et se montre soupçonneux devant l’attitude peu claire des deux hommes. Gaear l’abat à bout portant sans manifester la moindre émotion ; puis prend en chasse l’automobile de deux témoins à qui il fait subir le même triste sort.

Une enquête commence conduite par Marge Gunderson, chef de la police locale, enceinte, méthodique et avisée, qui la conduit à Minneapolis et à la concession où travaille Jerry : Marge l’interroge et n’est pas convaincue par ses explications embrouillées. Cependant, Wade, qui ne fait confiance en Jerry, entend porter lui-même la rançon aux ravisseurs de sa fille. Il blesse grièvement Carl qui parvient à l’abattre. Ce dernier découvre, stupéfait, non pas les 80.000 dollars, mais un million. Il dissimule la mallette de la rançon dans un champ enneigé et retrouve son complice, Gaear, pour découvrir qu’il a tué Jean, sans raison, en son absence. Ils partagent l’argent ; Carl s’en va, mais Gaear le tue d’un coup de hache.

Les investigations de Marge l’ont conduite jusqu’à la cabane où Gaear se débarrasse des deux cadavres en les passant à la broyeuse. Marge est contrainte de le tuer. Quant à Jerry, qui s’est enfui et se cache dans un motel, il est retrouvé : lors de son arrestation, il se met à hurler comme un enfant pris de terreur, et les policiers sont contraints de le porter.

Marge retrouve son intimité avec son mari : il lui reste deux mois à attendre avant la naissance…


3. Fiche technique


  • Année : 1996.
  • Réalisation et scénario : Joel COEN.
  • Co-scénariste : Ethan COEN.
  • Directeur de la photographie : Roger A DEAKINS.
  • Musique : Carter BURWELL.
  • Production : Ethan COEN / PolyGram / Working Title.
  • Distribution : PolyGram Film Distribution.
  • Durée : 97 minutes.

Distribution :

  • Jerry Lundegaard : William H MACY.
  • Marge Gunderson : Frances McDORMAND.
  • Carl Showalter : Steve BUSCEMI.
  • Gaear Grimsrud : Peter STORMARE.
  • Wade Gustafson : Harve PRESNELL.
  • Jean Lundegaard : Kristin RUDRUD.
  • Norm Gunderson : John Carroll LYNCH.
  • Shep Proudfoot : Steven REEVIS.
  • Mike Yanagita : Steve PARK.


4. Edition Dvd zone 2


Image : cette édition spéciale propose une meilleure copie que ne le faisait l’édition précédente : l’image est splendide (des blancs immaculés de la neige aux contrastes sublimes des plans de nuit dotés de noirs d’encre).

Son : un DD 5.1 qui restitue à la fois le silence des espaces neigeux et inonde la pièce de projection sous les thèmes musicaux implacables de Carter Burwell parfaitement présents sur toutes les enceintes. Les voix manquent peut-être un peu de clarté…

Suppléments : cette édition offre un ensemble riche, notamment avec le commentaire audio du directeur de la photographie (Roger A. Deakins). On trouve aussi un documentaire « Minnesota nice » sur le tournage du film ; un article technique de l’American Cinematographer sur le travail du directeur de la photographie ; un fort amusant arbre généalogique des frères Cohen. A signaler de très riches anecdotes délivrées par des « Bulles-infos ». En complément, les traditionnelles galeries de photos et les bandes-annonces.

Jaquette : elle expose, sur le fond blanc de la neige, une scène filmée à distance, en plongée, barrée du titre rouge sanglant. Une affiche bien composée à défaut d’être très explicite sur le film.




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Droits d'auteur © Henri PHILIBERT-CAILLAT



5. Bande annonce





 
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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2017-08-13 11:25:13




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