Elle et Lui de Leo McCarey

Intérêt
Elle et lui de Leo McCarey, ce film « magique », chef-d’œuvre de la comédie mélodramatique, charme toujours autant par son humour, son histoire émouvante et l’élégante noblesse de ses personnages.


Table des matières

1. ANALYSE


Ce film de Leo McCarey est à célébrer par tous les cinéphiles pour une raison simple : l’histoire d'amour qu’il propose s’y révèle singulière, puisque l'amour s'y montre généreux, altruiste et noble, et prône le don de soi et le sens du sacrifice, loin de toute violence passionnelle et de toute jalousie possessive. Bref, on y aime l'autre pour lui-même et non, égoïstement, pour soi-même ! La preuve en est que même les amants éconduits (Ken par Terry et Lois par Nickie), une fois surmontée leur déception, savent oublier leur amour-propre et se conduisent de la plus admirable des façons en continuant de voir et d’aider leur ancien amour !

A ce thème d’un amour qu’il peint comme absolu et exceptionnel, Leo McCarey donne un cadre inhabituel pour mieux en traduire, en trois décors, ce qu’il a d’unique : qu’il s’agisse de la première rencontre de Terry et de Nickie, de la naissance de leur amour et du rendez-vous qu’ils se donnent, les lieux choisis et montrés sont à l’unisson des sentiments qu’ils sont censés incarner.

On notera que la rencontre des deux personnages, Terry et Nickie – aussi inespérée que noble, comme la suite le révèlera – a lieu dans une sorte de no man’s land, c’est-à-dire lors d’une croisière en plein océan, comme pour en signifier le caractère exceptionnel. Certes, une croisière est généralement synonyme de rencontre, mais la suite de la romance, qui échappe aux clichés, exclut ce lieu commun d’un amour de voyage passager. Il reste, alors, le cadre magique en ce qu’il se situe loin du décor quotidien familier et des contraintes de la vie sociale. Tous deux sont disponibles…

Mais c’est, au cours de la croisière, la journée passée à terre qui unira Terry et Nickie. Cette brève escale a pour décor un beau jardin méditerranéen suspendu au-dessus de la baie de Villefranche. La vue sur la côte et la mer y est si somptueuse que le spectateur songe tout naturellement au jardin d’Eden. D’autant plus que la visite à la chapelle orchestrée par la grand-mère de Nickie lui confère une évidente dimension spirituelle. La séquence, inattendue et empreinte d’une grande émotion, d’une tonalité à la fois mélancolique et harmonieuse, fait naître au cœur du film un instant privilégié de communion spirituelle et sentimentale où est suggéré avec infiniment de pudeur l’essentiel de la vie : la naissance de l’amour entre Terry et Nickie liée au pressentiment de la fin pour la grand-mère. Ou l’amour comme seul antidote à la mort…

Le rendez-vous qu’ils se fixent ensuite six mois plus tard pour mettre au clair leur situation et se prouver leurs sentiments, tutoie, une nouvelle fois, les sommets, puisqu’il s’agit alors du plus haut bâtiment de New York, l’Empire State Building.

Ainsi les paysages du film sont autant d’états d’âme. Mais si Leo McCarey transcrit l’élévation des sentiments de ses personnages dans une géographie des lieux situés en hauteur, il sait aussi nous montrer, de façon plus intime, le cheminement intérieur qui les conduit à une forme de rédemption.

La présentation de Nicolas (Nickie) Ferrante illustre très exactement l’adage selon lequel notre réputation nous précède. C’est, en effet - avant même qu’il n’apparaisse à l’écran - à travers les médias que le spectateur fait connaissance avec le bourreau des cœurs, Nickie. Et le réalisateur insiste : sa réputation est internationale puisque ce ne sont pas moins de trois bulletins d’information, américain, italien et anglais, à l’unisson, qui annoncent le proche mariage du personnage ! Et les premières images du séducteur volage confortent sa réputation (des jeunes femmes le pourchassent sur le navire pour une dédicace et il essuie au téléphone la colère d’une maîtresse bafouée). Bref, Nickie nous apparaît d’emblée comme un personnage, certes, élégant, charmeur et spirituel, mais aussi comme un homme superficiel, attiré par le miroir aux alouettes de la beauté des femmes et de l’argent facile au moyen du mariage avec une riche héritière, Lois Clarke. De son côté, Terry McKay, sans aucun doute plus mature, est une ancienne chanteuse de cabaret qui doit épouser un millionnaire texan, Kenneth Bradley.

La rencontre en mer entre Nickie et Terry McKay donne lieu à un marivaudage sur fond d’humour (1) dans le pur style des comédies américaines de l’époque. Sur le mode du contraste et de l’identique (l’opposition et de l’analogie), on y livre l’éternelle guerre des sexes : opposition dans les caractères et les façons de vivre (fidélité d’un côté, inconstance de l’autre), mais même charme (tous deux sont beaux et attirants) et similitude des situations (proximité d’un mariage), si bien que l’affrontement à fleuret moucheté s’y fait dans l’attirance réciproque. Cette figure de l’opposition/analogie se lit dans le plan où la caméra saisit le couple en train de lire conjointement un télégramme, mais en se tournant le dos - ou encore lors du dîner dans la salle de restaurant, séparés, sans le savoir, par une cloison, au grand amusement des autres convives.

La comédie qui occupe les premières vingt minutes du film va progressivement laisser place à l’émotion perceptible avant même l’escale à Villefranche. La longue séquence – une vingtaine de minutes également - de la visite chez Janou, la grand-mère de Nickie, par sa longueur même eu égard à la durée totale et grâce à l’intensité des sentiments qui s’y expriment, devient un moment-clé du film en ce qu’elle va transformer leur attirance réciproque en véritable amour. Cette séquence, inattendue à ce moment du récit, transforme la nature même film, le faisant basculer de la comédie vers le mélodrame.

Un premier retournement qui touche les personnages. On y découvre une Terry pieuse au contact de la grand-mère et un Nickie qui semble l’être. Surtout, les confidences de Janou révèle un Nickie différent de l’homme superficiel montré jusqu’alors : il est musicien et, surtout, peintre. Pourtant, précise Janou, une contradiction l’habite et le rend stérile : « Il a beaucoup de talent. Malheureusement, il est aussi très critique. L’artiste voudrait créer mais le critique voudrait détruire. » (2)

Un second retournement porte sur le cadre du récit : au paquebot luxueux où l’on vit jour après jour sous le regard d’autrui et où l’on existe en fonction de son apparence (habillement, gestes sociaux, rencontres non désirées mais subies), se substitue un havre de calme et de méditation où l’on échange avec ses alter ego et où l’on médite sur soi-même et le sens de la vie : l’amour durable et fidèle comme seule consolation à la mort.

Touchés par la grâce de l’amour et l’exemple de Janou (3) qui voue à son mari disparu un passion éternelle symbolisée par la chapelle du jardin où elle se recueille (elle attend avec une certaine impatience la mort pour, dit-elle, le rejoindre), Terry et Nickie, lucides, mesurent les inconvénients de leur soudaine idylle en forme de coup de foudre : quitter leur fiancé(e) les exposent à une vie de privation, financièrement plus modeste et affectivement plus ascétique. Autrement dit, ils font vœu de pauvreté et de chasteté durant les six mois qui les séparent de leur rendez-vous. On notera la dimension proprement mystique de leur engagement (le mot « paradis » revient plusieurs fois dans la bouche de Terry pour désigner le lieu du rendez-vous, l’Empire State Building) qui fait inévitablement songer aux vœux des novices qui entrent dans les ordres religieux.

Précisément, c’est une épreuve qu’ils ont choisie de vivre pendant ces premiers six mois et – pour conserver la tonalité spiritualiste du film – c’est, en fait, un véritable chemin de croix qui les attend. Cette séparation – désirée - de six mois nous est montrée selon le procédé de l’ellipse : le récit est alors fait de scènes qui permettent au spectateur de suivre les deux personnages dans leur volonté de métamorphose en forme d’ascèse morale - ou portée par une foi quasi religieuse. Le récit alterne alors les séquences concernant Terry et celles montrant Nickie selon un parallèle révélateur de l’analogie de leur conduite : se construire une nouvelle vie conforme à leur engagement mutuel. D’abord, dans les heures mêmes qui suivent le débarquement du transatlantique, ils rompent avec leur fiancé(e) respectif(ve). Ensuite, ils décident de s’assumer financièrement (Elle se remet à chanter dans un cabaret et Il se met à peindre) jusqu’à leur rendez-vous du 1er juillet.

Mais une seconde séparation – subie, celle-ci - ajoute six mois (du 1er juillet au 25 décembre). Ils affrontent alors le destin contraire du rendez-vous manqué et le calvaire de la séparation inexplicable. Ces derniers six mois constituent autant de marches qui les hissent vers la rédemption finale dans la mesure où ils n’ont jamais rompu, envers et contre tout, leurs vœux d’amour et de fidélité réciproques. La chanteuse qui se contentait de charmer les noctambules se dévoue désormais aux enfants défavorisés ; le séducteur frivole a su résoudre sa contradiction intime et pacifier en lui le critique et le créateur pour devenir un authentique peintre.

Après l’ellipse d’un récit discontinu et mouvementé qui couvre un an de l’existence d’Elle et Lui, Leo McCarey opte pour la succession de séquences statiques – une vie au ralenti pour Terry , assise ou allongée, et une sorte de vie par procuration pour Nickie fidèle à un souvenir - quasi enchaînées pour les deux derniers jours, pendant la période de Noël, qui rétablissent la saveur du temps au quotidien s’écoulant lentement et l’enchantement des événements heureux, non pas provoqués par un simple hasard, mais bien plutôt nés de la nécessité qu’engendre la foi dans les valeurs de l’amour et de la fidélité : la rencontre au concert/la répétition des enfants venus chanter devant Terry/l’intrusion de Nickie chez Terry/la révélation finale. Dès lors, c’est un jour de Noël tout symbolique qui sanctifiera – enfin - leurs retrouvailles… pour le plus grand plaisir du spectateur. (4)

De même que Leo McCarey choisit une géographie des lieux élevés pour transcrire l’élévation des sentiments de ses personnages, de même il énumère les figures symboliques de la foi, de l’amour et de la fidélité que sont l’autel de la chapelle (recueillement de Terry qui inspire aussitôt celui de Nickie), le châle de Janou (lien mémoriel et sentimental qui passe des épaules de Janou à la fiancée de son petit-fils) et, surtout, le tableau peint par Nickie, qui associe précisément l’affection qu’il porte à sa grand-mère à celle qu’il éprouve pour Terry.

C’est, en effet, par le truchement de l’oeuvre d’art que les deux amants continuent de vivre ensemble en dépit de leur séparation. Nickie, mû par la souffrance et la volonté, a su se sublimer, devenir, enfin, comme le lui affirme Courbet, un artiste digne de ce nom et exprimer sa dilection pour les deux femmes de sa vie. Sur la toile peinte par Nickie, Janou, debout, est face à Terry, assise ou à genoux, et toutes deux sont vêtues du même châle, symbolisant ainsi leur identité sentimentale dans le coeur de Nickie ; Janou est figurée en Sainte Vierge de la chapelle que Terry semble prier en un rappel saisissant de la scène de Villefranche qui a scellé l’amour de Terry et de Nickie. De son côté, Terry a vu le tableau exposé chez Courbet, a pu ainsi comprendre les sentiments qui continuaient d’animer Nickie et le placer au plus près d’elle, dans l’intimité de sa chambre. Nickie, enfin, apercevant sa toile accrochée au mur de la chambre de Terry, ouvre les yeux sur le sens de ces derniers mois, découvre le mal dont souffre Terry et qu’elle s’évertuait à lui cacher, perçoit le sens de son sacrifice et dénoue la situation que la générosité de Terry avait installée entre eux sans qu’il le sache.

Leo McCarey célèbre ainsi l’œuvre d’art qui a instauré un dialogue muet, mais authentique entre les deux amants et qui leur a permis, même sans nouvelle l’un de l’autre, d’échanger et de vivre ensemble – par l’esprit et le cœur. On peut y voir, au-delà, la glorification de toute forme d’œuvre d’art qui inspire par la beauté, unit les âmes et nous révèle notre vérité.


NOTES :


(1) L’humour donne une tonalité légère au film, notamment pendant les vingt premières minutes passées sur le paquebot au cours desquelles Leo McCarey multiplie les scènes désopilantes. Mais l’humour a aussi pour fonction de relier les séquences entre elles. Ainsi lorsque, sur le paquebot, Terry et Nickie envisagent une vie plus modeste sans leur fiancé(e) respectif(ve) richissime, Terry propose d’opter pour la bière plutôt que pour le champagne rosé. Or, plus tard, lorsque Nickie décide de subvenir à ses besoins et, dans l’attente de vivre de sa peinture, il devient peintre en publicité pour… une marque de bière !

(2) Leo McCarey avait réalisé une première version de ce film en 1938 avec Irène Dunne et Charles Boyer, intitulé Love Affair. Or, dix-huit ans plus tard, le réalisateur se trouve dans une situation difficile pour un créateur : une inspiration tarie qui l’empêche de travailler depuis cinq ans ! Il a alors l’idée de proposer une nouvelle adaptation de son ancien succès – auquel il ajoute une trentaine de minutes - et choisit de le nommer An affair to remember, comme si, par ce nouveau titre, il s’adressait une sorte d’exhortation à lui-même destinée à lui rappeler (Cf. « to remember ») un talent couronné dans le passé (Cf. « an affair »), mais sans doute toujours présent. Le choix du nouveau titre semble ainsi bien révélateur de ses soucis d’inspiration et est porteur de deux sens : d’une part, il fait référence au titre de la première version ; de l’autre, il désigne cette première version comme d’un succès à se rappeler. On peut aussi évoquer la phrase de Janou à propos de Nickie (« Il a beaucoup de talent. Malheureusement, il est aussi très critique. L’artiste voudrait créer mais le critique voudrait détruire. ») à résonance sans doute autobiographique. Et voir dans la métamorphose de Nickie pour devenir cet artiste créateur qui exprime l’essentiel dans ses tableaux en une forme de revendication de sa part authentique, une allusion claire au retour, chez le réalisateur, d’une inspiration qui lui permit de réaliser cette magnifique seconde version.

(3) On notera que Janou n’est pas présente à l’écran lors de l’arrivée de Terry et Nickie. Cette « absence » à l’écran conjuguée au discours mortuaire qu’elle tient sur son mari défunt sont les signes prémonitoires de sa mort prochaine et du second voyage, en solitaire cette fois, de Nickie chez Janou. Une façon discrète pour le réalisateur d’insister sur la fragilité de nos existences et la chance de rencontrer les personnes que l’on aime. Un subtil et mélancolique carpe diem s’en dégage, aussi délicat qu’un battement de coeur...

(4) Ce film « magique » est l’illustration même de la remarque du critique Michel Mouret : « Le cinéma est un regard qui se substitue au nôtre pour nous donner un monde accordé à nos désirs… » (1959). Jean-Luc Godard utilise cette citation qu’il affirme emprunter à André Bazin et l’inscrit – en la modifiant – au générique de son film Le Mépris (1963) : « Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs. »


COMPLEMENTS :


Elle et Lui a directement inspiré deux films récents : Nuits blanches à Seattle en 1993, et Au plus près du paradis en 2002.

  • Nuits blanches à Seattle (Sleepless in Seattle) de Norah Ephron, réalisé en 1993, cite Elle et lui , à trois reprises. Dans le film, un père veuf et inconsolable (Tom Hanks) va retrouver, grâce à son fils et à une émission de radio, l’amour avec une journaliste (Meg Ryan) sans jamais vraiment la rencontrer. C’est, d’abord, la scène mémorable où Meg Ryan et son amie regardent le film de Leo Mc Carey à la télévision en anticipant le dialogue qu’elles citent in extenso et fondent en larmes en revoyant la scène finale où Cary Grant et Deborrah Kerr se jurent un amour éternel.

C’est, ensuite, au cours d’un repas d’ami avec Tom Hanks, que la maîtresse de maison se met à raconter - peu à peu submergée par l’émotion, elle éclate en sanglots - le moment où Cary Grant découvre que Deborrah Kerr est paralysée. C’est, enfin, la fillette, copine du fils de Tom Hanks, qui s’extasie devant la vision du film à la télévision et le qualifie de « plus beau film. » Bref, Elle et Lui constitue le leitmotiv de Nuits blanches à Seattle dont la réalisatrice a même repris le thème du rendez-vous amoureux (entre Tom Hanks et Meg Ryan, les amants prédestinés) au sommet de l’Empire State Building.

  • Au plus près du paradis, réalisé plus récemment en 2002 par Tonie Marshall, réunit Catherine Deneuve et William Hurt dans une comédie romantique conçue comme un hommage à Elle et Lui de Leo McCarey (le titre est, d’ailleurs, la reprise même d’une phrase du film-référence).
    L’héroïne, Fanette, une éternelle rêveuse, est une romancière célibataire qui vit à Paris. Elle a l’intuition, un jour, de rencontrer un ancien amour, Philippe, qui l’a jadis aimée alors qu’elle en aimait un autre. Elle croit même le voir au cinéma où elle assiste à la projection de Elle et Lui. Un matin, un inconnu entraperçu, en qui elle croit reconnaître ce Philippe, laisse une lettre qui lui fixe rendez-vous en haut de l’Empire State Building. Précisément elle doit se rendre à New York pour son travail. Elle a désormais l’impression de se retrouver dans le film de Leo McCarey…


2. SYNOPSIS DETAILLE


Le générique défile sur un plan fixe de Central Park sous la neige qui tombe, pendant que Vic Damone chante An Affair to remember. Sur les dernières vocalises du chanteur, un travelling latéral balaie de droite à gauche les gratte ciel de New York. [2mn]

Lui succède le plan d’un journaliste de télévision donnant les dernières nouvelles de la Bourse et concluant son intervention par une information sur Nickie Ferrante, le célèbre séducteur : de retour d’un voyage en Europe, il va se marier à la richissime héritière (600 millions de dollars), Lois Clark. Une information relayée, à la télévision italienne, par un journaliste italien dithyrambique, puis par un journaliste à la voix compassée de la radio anglaise. [3mn40]

Précisément, sur un transatlantique luxueux qui revient d’Italie pour se rendre à New York, un steward cherche « il Signor Ferrante » pour lui signaler un appel téléphonique, alléchant ainsi plusieurs jolies jeunes femmes qui, lorsque ce dernier se montre, lui demandent aussitôt de leur dédicacer une photo. Ferrante prétexte l’appel téléphonique pour échapper à leur sollicitude. Au bout du fil, une jeune femme nommée Gabriella lui reproche vivement ses promesses de mariage alors qu’il savait devoir se marier. Il feint une coupure et raccroche au nez de son interlocutrice. Ce faisant, il cherche vainement son étui à cigarettes dans la poche de sa veste et est aussitôt sollicité par un admirateur, un certain Ned Hathaway, qui l’invite à une partie de bridge avec sa famille ; mais il refuse avec humour car, prétend-il, il ne peut s’empêcher de tricher. [5mn30]

Par la fenêtre du couloir, il hèle une jeune femme pour lui demander si l’étui de cigarettes qu’elle tient à la main est bien à elle. Avec humour, elle commence par prétendre être une voleuse de bijoux avant de préciser qu’elle se rendait au commissariat pour le remettre aux objets perdus. Puis elle entend vérifier qu’il lui appartient bien, l’ouvre, s’aperçoit qu’il est le fameux Nickie Ferrante, et découvre une dédicace très intime évoquant trois nuits merveilleuses avec une certaine Gabriella… Ferrante lui demande de l’aider, ce qu’elle accepte avec le même humour en l’invitant dans sa cabine où ils font plus ample connaissance : elle se nomme Terry McKay. Il lui apprend que Gabriella est la meilleure amie de sa fiancée et entreprend de séduire son interlocutrice, mais elle lui oppose la photo de son fiancé, un homme d’affaires avec qui elle a passé cinq années de fidélité absolue. Il ne lui reste plus qu’à s’éclipser, mais Terry accepte toutefois de dîner avec lui. Au cours du repas, Terry le pousse à parler de lui et de son enfance en lui promettant de parler d’elle le lendemain. [13mn34]

Le lendemain, sur le pont, ils reçoivent, chacun, un télégramme de leur fiancé(e) réciproque. Nickie apprend que Terry est née à Boston, qu’elle a été chanteuse dans un night club à New York de 22 heures à trois heures du matin, et que son fiancé a changé sa situation en faisant d’elle une femme cultivée et entretenue. Un photographe surgit, qui les prend en photo. Mais Terry et Nickie font disparaître le cliché compromettant. Pourtant le photographe se dissimule et prend une nouvelle photo d’eux. Terry propose alors à Nickie de se séparer pour éviter tout nouvel incident. [17mn27] Ils se retrouvent pourtant un soir, d’abord, pour aider un jeune garçon à sortir d’une position difficile. Puis, au bar, autour d’un verre de champagne rosé que chacun a commandé de son côté sans savoir que l’autre faisait de même. Ensuite, dans la salle du restaurant, dos à dos, sans se voir, dans l’hilarité générale des convives qui se délectent de leur gêne réciproque. [21mn50] Enfin, sans le vouloir, ils se heurtent, sous l’eau, dans la piscine. Nickie lui apprend que le paquebot va faire escale à Villefranche où il doit voir sa grand-mère ; il lui propose de l’accompagner. [22mn49]

Une calèche les hisse sur les hauteurs de la ville où réside la grand-mère de Nickie, Janou, qu’il retrouve dans la chapelle. Après les effusions des retrouvailles, Nickie présente sa grand-mère à Terry qui demande à entrer dans la chapelle. Puis la grand-mère va préparer le thé et Nickie retrouve Terry, à genoux, priant devant la statue de la Sainte-Vierge. Il fait de même et le silence les unit pendant quelques minutes. A la sortie, Nickie retrouve Marius le jardinier et sa dernière née. La grand-mère en profite pour avoir un tête-à-tête avec Terry qui découvre un tableau de Nicolas accroché au mur et apprend qu’enfant il jouait aussi du piano et qu’il excelle en tout ce qu’il entreprend. Janou lui confie sa joie de voir son « Nicolo » en sa compagnie. Nickie entre dans la pièce, troublant l’intimité des deux femmes et dévoile le cadeau qu’il vient offrir à Janou : un beau portrait de son grand-père André peint de mémoire. Mais la sirène du bateau retentit : il est temps de se quitter. Pourtant, à la demande de Nickie, Janou se met au piano bientôt relayée par Terry qui chante à son tour. Mais la sirène, de nouveau, retentit rappelant qu’il est temps de partir. La tristesse rembrunit le visage de Janou. Ils se quittent : Terry et Nickie se tiennent la main. Terry se retourne et s’élance pour serrer Janou dans ses bras une dernière fois. [42mn26]

Sur le paquebot, de nuit, Nickie retrouve une Terry très émue par la visite chez Janou. Ils finissent par s’étreindre. [44mn50] Il pleut sur l’océan. Terry et Nickie ont besoin de réfléchir aux derniers événements et décident de ne pas se voir, tout en se reprochant, quand ils se rencontrent, de ne pas se voir ou se téléphoner plus souvent. Mais leurs efforts sont vains et leur idylle est connue de tous : des photos de leurs rencontres, prises à la sauvette, ont, en effet, été diffusées par le photographe et l’inévitable Ned Hathaway demande une dédicace ! Terry et Nickie décident alors de ne plus se cacher et de s’afficher ensemble pour une dernière soirée de bonheur. Mais le « Ce n’est qu’un au revoir » retentit, qui met fin au voyage : le lendemain, le paquebot accoste à New York. Ils se confient leur amour et Nickie propose de mettre à l’épreuve leurs sentiments : ils se sépareront six mois avant d’envisager un éventuel mariage. Terry, émue par la proposition, donnera sa réponse le lendemain. [56mn05] A l’arrivée à New York, sur le pont, Terry donne rendez-vous à Nickie le 1er juillet à 17 heures. Nickie voit l’Empire State Building et lui propose de s’y retrouver au sommet. Terry accepte car c’est, selon elle, l’endroit de New York le plus proche du paradis. Ils s’embrassent et se séparent. [57mn10] Au débarquement, chacun retrouve son promis. [1h] Dans la luxueuse maison de sa fiancée, Nickie et Lois sont interviewés par la télévision et Nickie annonce qu’il diffère le mariage de six mois et qu’il va se remettre à peindre. De son côté, Terry, en compagnie de Ken, regarde l’émission à la télévision et fait comprendre à son fiancé qu’elle est amoureuse de Nickie Ferrante. A travers la fenêtre de l’appartement se dessine l’Empire State Building. [1h07mn]

Trois mois plus tard, Nickie, qui a un pressant besoin d’argent, se retrouve chez Courbet, un marchand de tableaux pour vendre sa toile, mais il refuse de signer « Ferrante », au grand désespoir du marchand pour qui signer « Rossi » n’est pas vendeur. Quant à Terry, elle chante dans une boîte de nuit de Boston. Nickie, pour survivre, devient même peintre de… publicité de bière. Son agent lui a toutefois vendu un premier tableau deux cents dollars. [1h11]

Le temps a passé et Terry donne son dernier tour de chant. Puis la voici dans l’avion l’amenant à New York pour le rendez-vous avec Nickie et survolant l’Empire State Building. Ensuite dans une boutique de luxe pour y acheter la robe de ses rêves. La responsable prévient l’ancien fiancé de Terry, Ken, qui accourt aussitôt pour essayer de la reconquérir. Mais il est 16h45 et Terry explique à un Ken, interloqué, qu’elle va se marier et qu’elle est très en retard. Un taxi la conduit, joyeuse et empressée, jusqu’au lieu du rendez-vous. A peine disparaît-elle de l’écran qu’un coup de frein suivi d’un cri déclenche un mouvement de foule vers l’accident, cependant que la caméra amorce un mouvement de contre-plongée, donnant à voir un drapeau de la Croix Rouge accroché à la façade de l’Empire State Building, au sommet duquel Nickie, déjà arrivé, attend vainement Terry pendant qu’une sirène d’ambulance retentit à 17h10. Il fait nuit quand Nickie se résigne enfin à prendre l’ascenseur qui le conduit loin du rendez-vous. Pendant ce temps, Terry gît sur un nid d’hôpital, à demi consciente, et le docteur répond aux questions de Ken accouru à son chevet en précisant qu’on ne pourra savoir avant longtemps si elle pourra remarcher. Terry, en plein désarroi, demande à son ami prêtre, le père McGrath, de lui trouver un travail. [1h20]

De nouveau sur un paquebot, Nickie se rend chez sa grand-mère Janou, mais, cette fois, il est seul, le jardin est nu, la chapelle fermée et la maison vide : Janou s’en est allée… Marius, son jardinier et ami, lui confie le châle que la grand-mère lègue à Terry. [1h24mn]

Pendant ce temps, Terry trouve un emploi de professeur de chant dans une institution pour enfants et dirige un orchestre et une chorale de jeunes enfants de la paroisse avant d’accompagner Ken à un spectacle en soirée. [1h28]

Nickie est de retour à New York. Noël approche et Courbet, le marchand de tableau, décore sa vitrine. Nickie entre dans le magasin où est exposée sa production depuis six mois. Le marchand choisit un tableau qui, d’après lui, consacre Nickie comme un vrai peintre : on y voit les portraits de Terry et de Janou dans une dominante de couleurs bleu gris. Le téléphone sonne : c’est Lois qui appelle pour parler à Nickie, assure s’ennuyer de lui et l’invite pour l’après-midi. Mais il refuse. Elle l’invite alors pour un ballet en soirée. A la fin du spectacle, Nickie découvre, dans la salle, Terry assise à côté de Ken. Ils se saluent d’un simple « Hello ». Terry, bouleversée, refuse que Ken dise à son rival la vérité : un fauteuil roulant l’attend pour la ramener chez elle. C’était sa première sortie depuis son accident. [1h33mn]

Emu lui aussi par sa rencontre avec Terry, Nickie se sépare de Lois qui l’a ramené et éprouve le besoin de marcher au hasard dans la rue jusqu’à un croisement de rues qui lui permet d’apercevoir le sommet de l’Empire State Building. Pendant ce temps, Ken raccompagne Terry en s’étonnant qu’elle ne veuille pas prévenir Nickie. Elle lui explique qu’elle attend de se rétablir pour le prévenir. Puis les enfants de la chorale viennent lui souhaiter un Joyeux Noël en chanson car elle ne pourra pas assister à leur concert de Noël. [1h38mn]

Le lendemain, alors qu’elle s’installe avec un livre pour passer le jour de Noël et que la bonne s’apprête à la laisser seule, Nickie apparaît dans l’embrasure de la porte. Il semble préoccupé alors qu’elle est très émue d’avoir été retrouvée. Après avoir noté qu’elle a changé d’appartement, il joue les indifférents et lui explique l’avoir retrouvée en cherchant dans l’annuaire. Il feint de n’être pas allé au rendez-vous le 1er juillet et l’interroge sur ce qu’elle a pensé de son absence. Il joue au chat et à la souris avec elle et elle invente des réponses à ses questions sur la durée de son attente, sur ses réactions. Mal à l’aise, elle finit par lui demander de cesser ce jeu en lui rappelant que le rendez-vous, selon leur accord même, ne pouvait avoir lieu en cas de sérieux empêchement de l’un d’eux. Il lui fait remarquer qu’ils sont moins proches l’un de l’autre que sur le paquebot. Elle acquiesce. Il note qu’elle n’a pas d’alliance. A son tour, elle s’inquiète pour lui. Il lui confie son désarroi depuis le rendez-vous manqué. Il doit partir en croisière le soir même. Puis ils décident de changer de sujet et il lui offre le cadeau de Noël qu’il vient lui apporter : le châle de Janou, sa grand-mère. Bouleversée, elle s’exclame : « C’est pour cela que mes lettres revenaient ! » A présent, il fait ses adieux et s’apprête à sortir. Mais il se retourne et, la voyant avec le châle sur les épaules, lui confie qu’il l’a peinte ainsi, « l’un de ses meilleurs tableaux », qu’il l’a donné à une jeune femme qui, selon Courbet, l’avait beaucoup aimé, parce qu’elle n’avait pas d’argent et qu’elle était…

Brusquement préoccupé, il interrompt sa phrase, pose ses affaires, se dirige vers la chambre voisine dont il ouvre la porte et c’est dans le miroir que se reflète ce qu’il voit : le portrait de Terry portant le châle de Janou. Soudain tout s’explique : cette acheteuse n’était autre que Terry, qui est donc paralysée… Il retourne auprès de Terry, tombe à genoux et l’enlace :

  • « Chérie, ne me regarde pas comme ça.
  • Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? Si ça devait arriver à l’un de nous, pourquoi est-ce tombé sur toi ?
  • C’était entièrement de ma faute. Je regardais en l’air. L’endroit le plus proche du paradis. Tu étais là. Oh, chéri. Ne t’inquiète pas, mon chéri. Si tu peux peindre, je peux marcher. Tout peut arriver, tu ne crois pas ?
  • Oui, ma chérie. »

Le générique de fin reprend le plan initial fixe de Central Park sous la neige qui tombe. [1h50mn]


3. FICHE TECHNIQUE


  • Titre original : An Affair to Remember.
  • Réalisateur : Leo McCAREY.
  • Année : 1957.
  • Durée : 119 mn.
  • Histoire originale : Leo McCAREY et Mildred CRAM.
  • Script : Delmer DAVES et Leo McCAREY.
  • Directeur de la Photographie : Milton KRASNER.
  • Compositeur : Hugo FRIEDHOFER.
  • Production : Twentieth Century Fox.
  • Société de distribution : Ciné Sorbonne.

Distribution :

  • Nickie Ferrante : Cary GRANT.
  • Terry McKay : Deborah KERR.
  • Kenneth Bradley : Richard DENNING.
  • Lois Clark : Neva PATTERSON.
  • La grand-mère (Janou) : Cathleen NESBITT.
  • Courbet : Fortunio BONANOVA.
  • Ned Hathaway : Charles WATTS.
  • Gabriella : Geneviève AUMONT.
  • L’orphelin : Richard ALLEN.



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4. BANDE ANNONCE





 
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