Duel de Spielberg

Intérêt
Premier long-métrage de Steven Spielberg, Duel remporta le Grand Prix du festival d’Avoriaz en 1973. Ce début de carrière fut brillant et revoir aujourd’hui Duel en DVD ne fait que confirmer le jugement très favorable que l’on avait porté alors sur cette première oeuvre.


Table des matières

1. ANALYSE


Curieux destin que ce Duel de Steven Spielberg ! Tourné pour la télévision sur un scénario de Richard Matheson (d’après l’une de ses nouvelles) - soit comme un téléfilm ! -, sa diffusion connut un tel succès que le réalisateur en assura la diffusion en salles à l’étranger en 1973, non sans en avoir rallongé la durée d’une quinzaine de minutes à l’aide de quelques scènes modifiées ou rajoutées (Cf. les Suppléments du Dvd) pour obtenir les 90 minutes souhaitables pour un long-métrage. A l’évidence, ce coup d’essai d’un débutant s’apparente à un coup de maître et Duel inspira, depuis, nombre d’épigones. On citera, brièvement, L’Enfer mécanique (1977) de Elliot Silverstein qui remplace le camion par une auto et qui oriente le thème vers le fantastique. De même pour Christine (1983) de John Carpenter [1] et The Hitcher (1986) de Robert Hamon dans lequel un auto-stoppeur invincible tyrannise un jeune conducteur. On évoquera aussi le camion fou du Jeepers creepers (2000) de Victor Salva. Plus récemment encore, Une Virée en enfer (2001) de John Dahl s’inspire plus ouvertement de l’original et offre une variation très intéressante du thème en l’actualisant.

Spielberg propose avec son film un road movie qui est un excellent thriller aux relents de western. Le choix et la mise en place de personnages fortement typés, une action réduite à l’essentiel, et l’efficacité originale de sa réalisation - surprenante pour un quasi néophyte - contribuent à donner au métrage sa crédibilité.

Deux personnages essentiels habitent le film. On ne connaîtra que très progressivement le premier, David Mann. Il est d’abord montré de longues minutes « de l’extérieur », dans son comportement, sans qu’il ne prononce le moindre mot ni que l’on ne connaisse son identité : une caméra subjective filme un conducteur quittant le centre-ville de San Diego pour une destination inconnue qui le conduit au cœur de vastes paysages arides. Le chemin de ce conducteur anonyme qui écoute la radio de bord de son véhicule croise, dès la 5ème minute du film, celui d’un autre conducteur de camion citerne semi-remorque qui suit la même direction que la sienne. En fait, il serait plus juste de préciser que le véhicule de l’un rejoint le véhicule de l’autre, tant les deux personnages ne sont pas présentés et demeurent des inconnus pour le spectateur.

Pourtant, si l'identité de l'un est progressivement dévoilée : son nom (David Mann), sa situation familiale (marié, deux enfants), sa profession (voyageur de commerce), l'autre reste anonyme et, qui plus est, invisible à l'écran (seules sont montrées ses jambes, ses bottes, le haut de son corps et sa main). Au point que ce second personnage devient, de fait, le camion-citerne au chauffeur bien réel dans le camion mais invisible pour le spectateur.

Cette rencontre se déroule dans de mauvaises conditions : freiné par la lenteur du camion à gravir la côte et asphyxié par les gaz d'échappement, David franchit la ligne continue pour le doubler, ce qui met en furie le conducteur du camion. Dès lors, le duel est amorcé et ne prendra fin qu'avec le film. Ce premier contraste de visibilité entre les deux protagonistes s’enrichit d’un second dans leurs portraits tels que les dessine Spielberg. David Mann est présenté comme un « homme ordinaire » (ainsi que le chantait Charlebois) dont le quotidien, loin de tout imprévu, est tracé de façon conforme, voire uniforme. En conflit avec sa femme qui semble lui reprocher de ne pas la protéger des avances d’un voisin lui ayant manqué de respect, en difficulté avec un client, son attitude trahit le manque de confiance en soi et le révèle sur la défensive, maladroit avec les autres (dans le Chuck’s café) et facilement moqué (par les enfants du bus en panne). Bref, autant il paraît pusillanime, autant le camion citerne impose sa force brute, sa violence incessante et sa détermination. Il est vrai que, véritable bloc d’acier rouillé, usé et sali, il arbore une forme massive, brute et imposante de puissance, cependant que son tuyau d’échappement vertical au-dessus de la cabine crache une fumée noirâtre comme la haine qui le meut, et que le mugissement de sa sirène clame sa rage, signifiant ainsi que le duel sera sans merci.

Les étapes du duel, si elles se déroulent pour l'essentiel sur les routes désolées de paysages déserts, sont, fort judicieusement, enrichies par quelques séquences qui « arrêtent » le rythme de la course tout en faisant monter la tension : un premier bref arrêt à la station-service dès la 8ème mn permet de préciser l'identité de David ; un second arrêt de plus d'un quart d'heure affine son portrait psychologique et révèle un David désemparé, dépassé par ce qui lui arrive, perdant son sang-froid, au point que, du statut de victime qui est le sien pour le spectateur, il passe à celui de paranoïaque indésirable à rejeter aux yeux des clients de Check's café en raison de sa maladresse et de son incapacité à s'expliquer. On retrouve ici le thème hitchcockien classique du l'innocent faussement perçu comme un coupable. Ce vain secours qu'il attend des autres accentuera encore son sentiment d'extrême solitude à travers deux autres épisodes : l'incident du bus scolaire au cours duquel il est moqué par les enfants et l'appel au vieux couple qu'il finit par effrayer.

Entre-temps, le duel gagne en intensité et atteint un point de non-retour. En effet, si le camion citerne se contente d'abord de le dépasser, ou de s'arrêter comme pour ne pas lâcher sa proie, il passe ensuite à l'attaque la plus directe au passage à niveau et contre la cabine téléphonique tout en jouant avec lui à la façon dont le chat fait avec la souris ou en le provoquant et le narguant sur le mode des défis que se lançaient, avant l'assaut final, les guerriers de l'Antiquité. Le dernier quart d'heure, avec un David ne comptant plus que sur lui-même et enfin décidé à faire front, atteint un paroxysme magistralement mis en images.

C’est que Spielberg a le souci d’une réalisation originale et efficace et multiplie, à cet effet, les trouvailles pour, à la façon du Hitchcok de Psychose [2] : associer étroitement le fond et la forme dans son film. Deux exemples - entre bien d’autres - sont révélateurs.

On songe, notamment, à la toute première séquence du film. Spielberg a bien retenu la célèbre introduction de Psychose et son remarquable - et si signifiant - plan aérien sur Phoenix qui conduit à s’introduire dans l’intimité du couple Marion Crane/Sam Loomis. Témoignant du même désir de surprendre le spectateur, il choisit un effet inverse et ouvre visuellement son film sur un écran noir cependant que des pas résonnent ; puis une portière claque et un moteur se met en marche. L’écran s’éclaire alors progressivement et le réalisateur donne à voir, en travelling arrière et en caméra subjective, une entrée de garage de maison individuelle. Puis, le spectateur se retrouve - par le biais du regard caméra - embarqué dans une voiture qui traverse un centre ville. Spielberg, par la seule image, propose d’emblée une mise en abyme limpide de simplicité : ce conducteur s’extrait d’une obscurité toute symbolique (comme le révèlera la suite) et va conduire le spectateur/voyeur, au cours des 85 minutes du film/voyage, vers la lumière de sa rédemption.

Un second exemple technique plus complexe révèle un même souci de dire par la seule force de l’image. Il s’agit de la séquence au cours de laquelle David téléphone à sa femme. Un double plan, symétriquement inversé, est remarquable. En premier, la caméra filme à partir de la station service : dans le cercle du hublot en position ouverte du lave-linge (au premier plan) se reflètent la voiture rouge de David (au second plan) et le camion citerne (à l’arrière plan). Ce qui - de façon évidente, puisque le plan est donné à voir à trois reprises -, exprime cinématographiquement que David est enfermé dans le piège conjugal (symbolisé par la la machine à laver) et porte un jugement ironique sur la conversation téléphonique qui se déroule en simultané ! En second, la caméra, placée cette fois, à l’inverse, du côté du camion-citerne, filme en plongée le camion (au premier plan), la voiture rouge (au second plan) et David à côté de sa voiture (à l’arrière plan). Le procédé de la plongée présente David comme écrasé et signifie son infériorité. Ces deux plans techniquement recherchés résument ainsi le double drame d’un David enfermé dans un couple peu satisfaisant et infériorisé par un danger qui le dépasse.

Les explications qui précèdent montrent assez que les ambitions de Spielberg ne se limitaient pas à l’élaboration d’un spectacle haletant et efficace, contrairement à ce qu’il affirme dans les Suppléments du Dvd où il insiste sur le côté spontané de sa démarche. A moins qu’il ne faille penser que l’œuvre, une fois de plus, échappe à son créateur ? En fait, la première séquence du film a été modifiée et enrichie deux ans plus tard pour sortir le film en salles et la spontanéité avait dû laisser place à une réflexion plus ambitieuse, car cette ouverture donne en grande partie son sens au film. Comment ne pas remarquer, en effet, que les cinq premières minutes du film qui précèdent la rencontre avec le camion citerne, sous couvert d’un bavardage radiophonique anodin, sont capitales. Au-delà des informations pratiques que déverse la radio sur l’état de la circulation ou sur la météo, agrémentées des inévitables messages publicitaires, le spectateur du film entend bien qu’elles visent, pour l’essentiel, à rassurer : la journée qui s’annonce est dûment planifiée (trafic, climat, pollution, etc.). L’imprévu n’est pas envisageable.

Or, c'est très précisément l'inverse qui va se produire.

Par ailleurs, l’intervention d’un auditeur et ses digressions conjugales stigmatisent avec un humour féroce la place et le rôle dévolus à l’homme dans les années 1970, époque charnière de l’évolution de la société par l’émancipation des femmes. Le procédé est original : c’est la radio qui évoque indirectement l’un des thèmes majeurs du film. L’auditeur qui témoigne dans l’émission manie la dérision et se ridiculise en poussant son argumentation jusqu’à l’absurde ; il révèle qu’il se féminise et déplore sa soumission peureuse à sa femme. Certes, sa voix se perd dans le fracas du camion-citerne que rencontre David, mais le thème qu’il abordait reste, lui, bien présent dans le film. Peu après, en effet, lorsque David téléphone à sa femme, il s’attire un flot de reproches : il n’a pas le courage d’intervenir lorsqu’on a manqué de respect à sa femme ; sa mère est encore à la maison ; il est incapable de tenir sa promesse de retour à l’heure. Signe évident de son infériorité par rapport à sa femme, c’est elle qui raccroche sèchement. Bref, le mâle américain moderne a perdu de sa superbe et la suite du film confirmera ce constat initial : l’homme, désormais privé d’imprévu (ses journées sont planifiées), et de liberté (tour à tour mari, père et employé, il n’est jamais vraiment lui-même mais toujours en représentation, en position d’infériorité et d’obéissance), ne sait plus faire face à l’adversité. Comme le révèle son monologue au Check’s café, David ne comprend pas ce qui lui arrive et, incapable de retrouver des valeurs que le progrès et la vie citadine policée lui a ôtées, cherche à se persuader qu’il vit un cauchemar qui va forcément prendre fin. Il n’a de cesse de chercher une aide extérieure, de se plaindre ou de se rassurer. Emasculé par une société qui multiplie les aliénations tout en réprimant les pulsions, il a perdu l’instinct animal de survie. La symbolique des noms éclaire aussi le film : pour David Man(n)/ Homme moderne, le camion-citerne apparaît tel un Goliath, machine caparaçonnée d’acier et de fer, prolongement moderne des monstres antédiluviens, sûr de sa force et arborant sur son mufle épais les plaques d’immatriculation comme autant d’états de service malfaisants, véritables trophées de tableau de chasse. Un retour à l’antique combat entre l’Humanité et la Bête qui le défie et en veut à sa vie. Sorti du cercle rassurant de la ville et de l’enfermement familial, David doit puiser en lui le courage et l’intelligence qui, à travers une série d’épreuves, peut lui permettre de retrouver sa virilité.

La mise à mort, aux allures de corrida par l’utilisation du faux-semblant, marque le triomphe de l’intelligence sur la force brutale qui hurle un dernier barrissement avant d’être broyée, et se conclut sur une euphorique danse du scalp exécutée par un David filmé, cette fois, en contre plongée, ce qui le montre dominant enfin le camion terrassé. Pourtant, le dernier plan du film est pour le moins ambigu ; ne serait-ce que par l’utilisation de la couleur qui montre un David secoué par le rire et les pleurs, d’abord irradiant une lumière jaune orangé, puis, prostré, à même le sol, presque effacé par cette même lumière dont les cercles concentriques s’éloignent : il jette machinalement des cailloux. Sans doute sait-il désormais que la civilisation n’est qu’un fin vernis...

On terminera sur quelques remarques destinées à rappeler combien Spielberg, déjà maître de son art, ne laisse rien au hasard et combien sa réalisation s’inspire du cinéma de Hitchcock. On notera, d’abord, la reprise par Spielberg du célèbre plan de La Mort aux trousses [3], qui montre (au premier plan) Cary Grant s’enfuyant poursuivi par l’avion (au second plan) : de même, David s’enfuit (au premier plan) pourchassé par le camion citerne (au second plan).

On a ci-dessus évoqué la symbolique des noms (Cf. les noms Marion et Norman dans Psychose [4]). On rappellera la même utilisation du contraste cher à Hitchcock : David filmé en plongée (situation d’infériorité) au début du film, puis en contre-plongée (situation de domination) ; l’écran noir qui efface David à l’ouverture, l’écran coloré qui nimbe David à la fermeture ; la couleur rouge flamboyant de la voiture de David par opposition à sa personnalité terne. On terminera, précisément, sur le travail des couleurs : cette symbolique rouge de la voiture finit par déteindre sur David filmé finalement dans une lumière rouge orangé, dès l’instant que d’homme ordinaire, il est devenu le héros.


2. SYNOPSIS


Sur un écran noir, on entend des bruits de pas, puis le démarrage d’un moteur. La caméra subjective installée à l’intérieur du véhicule donne à voir la vision du conducteur - sans le montrer : sa sortie d’un garage de maison particulière et sa traversée de San Diego le matin, cependant qu’ une voix à la radio donne les dernières nouvelles concernant la circulation chargée, les incidents et les travaux sur les autoroutes sud-californiennes, puis annonce les prévisions météorologiques, le taux de pollution et que le générique défile à l’écran. Les informations sont entrecoupées de messages publicitaires . Le véhicule, toujours filmé en caméra subjective, sort de la ville et prend la direction de Bakersfield, puis de Palmdale/Lancaster. La radio énumère les résultats sportifs. Puis le véhicule est filmé de l’extérieur (c’est une Plymouth rouge) sur une route qui traverse de vastes espaces quasi désertiques, pendant que la radio donne la parole aux auditeurs. [3mn30]

Quand le générique prend fin et qu’ un auditeur explique, avec humour, sa situation personnelle (il est marié, mais homme au foyer à s’occuper des taches ménagères et des enfants et à porter des pantoufles et un peignoir pendant que sa femme travaille) et dit sa souffrance de vivre cette situation de chef de famille au regard des services des Impôts, alors qu’il ne l’est pas à ses propres yeux, la caméra à l’intérieur du véhicule amorce un mouvement pour donner à voir le conducteur dans le rétroviseur : un homme qui porte des lunettes [4mn33]. A la radio, la conseillère propose à l’auditeur de déclarer sa femme comme le Chef de famille et le rassure en lui précisant que personne n’en saura rien. Pendant ce temps, la voiture rouge se retrouve derrière un camion-citerne qui, au ralenti en raison de la forte pente, obstrue la vue et pollue par sa fumée noire : le conducteur déplore à haute voix cette pollution, puis, au comble de l’impatience, franchit une ligne continue et amorce donc un dépassement du camion impressionnant par sa masse d’acier (sans que l’on en voie le chauffeur) et croit en avoir fini avec cette fumée toxique. Mais, de façon inattendue, le camion-citerne le redouble. A la radio, un autre auditeur est à l’antenne, qui joue de la musique avec les instruments les plus insolites : pompe à vélo, lime à ongle, suceur d’aspirateur, et viande, dans une chambre froide puisqu’il est boucher. [8ème mn]

Pour, semble-t-il, couper court à cet incident et faire le plein d’essence de son véhicule, David s’arrête à une station-service. Aussitôt imité par le chauffeur du camion-citerne qui se gare à ses côtés, descend de son camion, mais reste invisible. Le pompiste fait le plein et, jetant un coup d’œil au moteur, lui signale qu’il faudrait changer le tuyau du radiateur. Mais il ne semble pas prendre sa remarque au sérieux. Puis, il téléphone à sa femme en train de garder leur deux enfants : on apprend qu’il s’appelle Dave Mann, qu’il est représentant de commerce et s’en va régler un litige avec l’un de ses clients. La conversation qui s’ensuit révèle entre lui et sa femme un contentieux et de lourdes tensions : il est parti de bonne heure sans pouvoir s’excuser ; elle le coupe et lui reproche de ne pas être intervenu pour remettre à sa place un ami, Steve Henderson, qui la lutinait devant les participants de la fête à laquelle ils participaient. Elle insiste pour qu’il soit à l’heure comme il l’a promis, sans accepter d’envisager le moindre contretemps et lui rappelle qu’il reçoit sa mère. Puis elle raccroche. [13ème mn]

Un second coup de klaxon impérieux du camion-citerne exige du pompiste qu’il vienne le servir sans délai, comme si le chauffeur avait hâte de reprendre le chassé-croisé. Et, en effet, peu de temps après, David, reparti vers son rendez-vous, voit apparaître, dans son rétroviseur, le camion qui le dépasse une nouvelle fois à vive allure pour mieux freiner ensuite et l’empêcher de doubler en faisant louvoyer son camion, le gardant ainsi à sa merci. Puis il incite Dave à le dépasser au moment où surgit, en sens inverse, un véhicule que Dave évite d’extrême justesse. Dave, bloqué derrière le camion, s’inquiète pour son rendez-vous. Il profite alors d’une piste parallèle pour accélérer et dépasser sans coup férir la semi-remorque en poussant un cri vengeur et en saluant le chauffeur toujours invisible. [18mn45] Mais le camion réapparaît bientôt lancé à vive allure derrière lui et vient se positionner tout contre la Plymouth, pare-choc contre pare-choc, obligeant David à accélérer s’il ne veut pas être touché. La vitesse des deux véhicules devient bien vite excessive sur cette route sinueuse. Ce jeu dangereux se poursuit jusqu’à ce que David, terrorisé, s’arrête brutalement sur le bas-côté du Chuck’s café en percutant contre une barrière et suscitant l’émoi des clients témoins. [24 mn30]

Tenant des propos inintelligibles pour qui n’est pas au courant de ses mésaventures et choqué par ce qui lui arrive, il se réfugie aux toilettes. Lorsqu’il en sort, c’est pour se rendre compte que le camion-citerne est garé devant le café et que le propriétaire se trouve vraisemblablement dans la salle parmi les nombreux consommateurs. Désemparé, il passe commande d’un sandwich et d’un cachet d’aspirine et s’interroge sur la suite des événements, passant tour à tour de l’inquiétude au réconfort. Il se montre d’ailleurs si maladroit, agressif et ridicule dans ses propos qu’il provoque les quolibets du serveur et les rires des clients. Il se fait même rosser par un consommateur qu’il a pris pour le fameux chauffeur. A tort, puisque, au dehors, le camion-citerne démarre sans qu’il ait vu quiconque y monter. Il se rue à l’extérieur et le poursuit à la course dans l’espoir d’identifier le chauffeur. Mais en vain. Se sentant désormais indésirable dans le Café, il reprend la route. [41 m46]

Peu après, à l’entrée d’un tunnel, il est arrêté par le conducteur d’un autocar d’enfants, M. Pfifer, garé sur le côté qui demande de l’aide pour faire redémarrer le moteur en panne. Il lui propose de pousser le bus avec sa voiture. Dave accepte de mauvais gré. Et ce qu’il redoutait arrive : non seulement il ne parvient pas à ébranler l’autocar, mais le pare-choc avant de la Plymouth se coince sous celui du bus. Pendant qu’il essaie de séparer la voiture du car, le camion-citerne réapparaît en sens inverse et s’immobilise dans le tunnel en éclairant ses phares. Dave cède à la panique en exigeant que les enfants retournent s’installer à l’intérieur. A Pfifer qui s’étonne de son attitude, Dave révèle le jeu dangereux du chauffeur de camion, mais ce dernier se refuse à le croire. Dès lors, le voyageur de commerce monte dans son véhicule et repart sur les chapeaux de roue, pendant que le camion-citerne - qui veut le tuer - manœuvre pour aider l’autocar des enfants. [48ème mn]

Bientôt arrêté par un passage à niveau, Dave, dans le fracas du train, n’a pas entendu arriver derrière lui son redoutable poursuivant qui pousse la Plymouth sur la voie ferrée. Il a beau freiner de toutes ses forces, la voiture avance insensiblement jusqu’à être broyée. Mais le dernier wagon est passé quand elle se retrouve au milieu de la voie. Et le camion poursuit sa route. [50 mn25]

Quelques kilomètres plus loin, le camion-citerne est de nouveau en vue. Ne pouvant le dépasser, Dave s’arrête à un poste à essence pour téléphoner à la police. Le routier s’arrête également. Et lorsque Dave est dans la cabine au milieu des cages pleines de serpents à sonnettes que collectionne la gérante, il fait demi tour, bloque la sirène et essaie à quatre reprises de l’écraser en détruisant les cages à serpents. David s’enfuit dans sa Plymouth aussitôt poursuivi par le routier. [56 mn38]

Le voyageur de commerce commence par rouler à vive allure avant d’avoir l’idée de dissimuler son véhicule, de laisser passer le camion-citerne et d’attendre une heure avant de se remettre en route. Brisé par les émotions, il s’assoupit. Le temps passe. Un sifflement le réveille en sursaut : ce n’est qu’un train. Détendu et bercé par l’espoir d’en avoir fini, il reprend la route. Mais ce n’était qu’illusion : quelques kilomètres plus loin et quelques lacets plus haut, garé sur le bas-côté, le camion-citerne l’attend. [60 mn01]

David descend alors de son véhicule et défie le routier. Mais ce n’est ce genre de duel que souhaite le chauffeur invisible puisqu’il s’éloigne de quelques dizaines de mètres avant de se remettre à l’arrêt. David alerte une voiture, mais ne réussit qu’à faire peur au vieux couple qui refuse de s’impliquer. Le routier fait signe à David de passer devant lui et le suit à distance. Mais le voyageur de commerce est décidé à en finir et roule à très vive allure dans la longue descente qui s’offre à lui. Croyant voir une voiture de police sur le bas-côté, David se range à ses côtés, mais ce n’est qu’une voiture de service et le camion-citerne le chasse aussitôt en déboulant à tombeau ouvert. [70ème mn]

Maîtrisant de moins en moins bien la vitesse excessive de sa Plymouth, David effectue embardée sur embardée avant d’être obligé de prendre une déviation qui se révèle bénéfique dans la mesure où la route, en forte pente, lui permet de distancer le routier dont la vitesse ne cesse de ralentir. Mais ce répit est de courte durée : le tuyau du radiateur de sa Plymouth vient de céder et le moteur, vide d’eau, chauffe, se met à fumer et ralentit à son tour. [75ème mn]

Après une énième embardée, David poursuivi par le routier s’engage sur une piste sans issue, et essaie une nouvelle ruse : il saute de sa voiture contre laquelle le camion-citerne percute avant de la broyer. Mais la piste s’arrête au bord d’une falaise, ce que le routier ne peut voir : emporté par sa vitesse et gêné par la Plymouth qu’il pousse, le camion-citerne bascule dans le vide et s’écrase au fond du ravin. David entame d’abord une sorte de danse du scalp, puis il contemple les masses concassées des deux véhicules. Il hésite entre rires et pleurs, puis s’assied au bord du vide dans le soleil couchant. [85ème mn]


3. FICHE TECHNIQUE


  • Réalisation : Steven SPIELBERG.
  • Année : 1971.
  • Scénario : Richard MATHESON, d’après son histoire.
  • Directeur de la photographie : Jack A MARTA.
  • Musique : Billy GOLDENBERG.
  • Décors : Robert S SMITH.
  • Production : George ECKSTEIN - Universal TV.
  • Distribution : CIC.
  • Durée : 92 minutes.

Distribution :

  • David Mann : Dennis WEAVER.
  • Mrs Mann : Jacqueline SCOTT.
  • Le pompiste : Tim HERBERT.
  • Le patron du café : Eddie FIRESTONE.
  • M. Pfifer, le conducteur de l’autobus : Lou FRIZZELL.
  • L’homme dans le café : Gene DYNARSKI.
  • La femme aux serpents : Lucille BENSON.
  • Le vieil homme : Charles STEEL.
  • La serveuse : Shirley O’HARA.
  • Le vieil homme dans la voiture : Alexander LOCKWOOD.
  • La vieille dame dans la voiture : Amy DOUGLAS.
  • Le conducteur du camion : Cary LOFTIN.


4. EDITION DVD zone 2


  • Image : format 1.33 :1. Doté d’une image de qualité, le film nous offre de belles couleurs bien saturées qui éclairent ce film sombre, du rouge écarlate de la voiture de David au bleu cru du ciel en passant par les ocres des paysages.
  • Son : la version française propose le choix entre le Dolby Digital 5.1 et le DTS. La version originale se contente du Dolby Digital 5.1. Le son -s’il n’est pas d’origine- reste pourtant fidèle au film et ne multiplie pas les effets gratuits. Il est surtout central et met bien en valeur, notamment, le grondement du camion. Mais les quelques effets surround sont bien venus. Le DTS, comme souvent, propose à la fois plus de précision et d’ampleur.
  • Suppléments : en anglais sous-titré, ils valent surtout par les propos de Spielberg concernant la genèse du téléfilm, les techniques qu’il a utilisées pour tourner dans un délai très court. L’ensemble est passionnant (Les coulisses de Duel/ Spielberg et le petit écran). L’écriture du scénario par Richard Matheson est assez bref et rappelle, entre autres, qu’à l’origine, il s’agit d’une nouvelle publiée dans le magazine Playboy. Une galerie de photos et des Bandes annonces complètent l’ensemble.
  • Jaquette : elle met en évidence les éléments clés du film. Sous le titre, entre un rétroviseur dans lequel se reflètent le camion et le tableau de bord du véhicule pourchassé de David s’intercale, à travers le pare-brise, la route qui se déploie comme un cauchemar à venir. Quant aux couleurs rouge orangé évoquent le drame et, plus précisément, la fin du film.


5. BANDE ANNONCE




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Droits d'auteur © Henri PHILIBERT-CAILLAT



 
Mots-clef film  USA  Steven Spielberg 
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Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2017-10-31 08:51:32




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