Celtes

Intérêt
Les Celtes (grec keltoi) – dont certains furent nommés « Galates » (grec galatai), puis « Gaulois » (latin galli) par les Grecs puis par les Romains – constituent une civilisation protohistorique européenne (qui survécut au Moyen Âge en Irlande, jusqu’à l’évangélisation de l’île par Saint Patrick au Vème siècle). Les Celtes appartiennent à la famille des Indo-Européens. Ne connaissant pas d’unité politique, ceux que l’on désigne ainsi étaient une myriade de peuples possédant des lois, des coutumes, des rites différents (César, De Bello Gallico, I, i), surtout connus dans les sources antiques grecques et romaines pour leur valeur guerrière, leur caractère emporté, leurs sempiternelles luttes intestines et pour les mystères de la religion druidique.

Ils ne constituèrent pas une civilisation sanguinaire et destructrice comme les auteurs anciens l'ont souvent écrit (ils sont connus pour avoir pratiqué les sacrifices humains et pour avoir voué un culte aux têtes coupées, notamment chez Diodore de Sicile), mais bien une culture riche, unique durant l'Antiquité, qui sut s'épanouir et notamment, développer un art tendant à l'abstraction dont la valeur est aujourd'hui reconnue.

C’est certainement leur incapacité à s’unir et à fonder des entités politiques plus vastes que la cité ou la confédération de peuples qui les a perdus : il semble qu’à l’instar des Grecs archaïques, les Celtes eussent horreur du centralisme et ne connussent que des alliances temporaires, fondées sur le clientélisme (voir à l’article « Gaulois »).

L'histoire des Celtes est marquée par une succession de conquêtes spectaculaires (jusqu'au IIe siècle avant notre ère) qui les menèrent jusqu'en Asie Mineure, puis par une suite de revers militaires qui les cantonna aux seules îles britanniques et à l'Irlande, après la guerre des Gaules de -58 à -51 avant notre ère.

1. Sources et définition

1.1. Sources historiques

Les Celtes sont apparus dans l’Histoire au travers de textes postérieurs, rédigés par leurs ennemis (comme la Guerre des Gaules, de Jules César) et/ou d’après le souvenir de leurs victimes (ils assiègent le Capitole et pillent le sanctuaire panhellénique de Delphes au IVe siècle), ce qui leur vaut la description de barbares sanguinaires qui a été mentionnée plus haut.

Il faut attendre près de deux siècles pour que - la plupart de ces peuples en mouvement s'étant déjà fixés depuis longtemps - les sources nous livrent une profusion de détails géographiques et culturels qui ne sont plus directement en relation avec le bellicisme celtique. Ainsi, les limites géographiques des peuples celtiques sont mieux connues à l'époque de la république romaine tardive (Ier siècle avant notre ère), au moment même où les Celtes sont pris en tenaille sous les assauts conjugués des Romains et des Germains.

Voici une liste, non-exhaustive et à développer, des principaux auteurs anciens qui nous renseignent sur les Celtes :

  • Hécatée de Milet (première mention historique) et Hérodote, Histoires
  • Polybe, Histoires (livre II)
  • Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines
  • Posidonios (ou Posidonius, dit de Rhodes ou d’Apamée), Le monde, L’océan, Histoires (continuation de l’œuvre de Polybe)
  • Diodore de Sicile, Bibliothèque historique
  • Jules César, De bello gallico
  • Tite-Live, Histoire romaine
  • Strabon, Géographie (notamment inspiré par Posidonios)
  • Pline l’Ancien, Histoire naturelle
  • Lucain, La Pharsale (en particulier sur la religion)
  • Ammien Marcellin, Histoires, XV (reprend Timagène d’Alexandrie)

1.2. Sources archéologiques

L'archéologie nous renseigne quant à elle sur un autre aspect important du monde celte : l'importance de l'artisanat, qui explique aussi une domination des arts mineurs, tels que l'orfèvrerie, dans les arts celtiques. De plus, nombre des innovations du monde celte qui ne sont pas des œuvres d'art, telles que l'enclume ou le tonneau connaissent un succès mérité dans le monde romain.

Une statuaire celte est connue, qui a longtemps été cantonnée au sud-est de la Gaule (Roquepertuse, Entremont, guerrier gaulois de Vachères) et dont on supposait qu'elle était due à l'influence proche de Marseille grecque. L'invention d'une statue originale à Glauberg (Allemagne) démontre que cette vision des choses est partielle.

Les sources archéologiques ont également permis d'acquérir une connaissance importante de l'armement celtique ou encore, récemment, d'entrevoir un univers spirituel sanguinaire qui s'approche d'avantage de celui que les textes romains présentaient pour les peuples belges.

Enfin, les objets et les structures livrés par les nombreux oppida (véritables villes-fortifiées comme à Entremont, près d’Aix-en-Provence ou à Bibracte, la capitale des Éduens) ont mené à la conclusion que les Celtes avaient progressivement développé, jusqu’à la veille de la conquête romaine, une civilisation complexe, qui n’ignorait plus l’urbanisme.

1.3. Étendue et peuplement du « monde celtique »

Compte tenu de la durée de la civilisation des Celtes, qui s’étend de la protohistoire jusqu’au Moyen âge, et compte tenu des dimensions de l’espace géographique que les Celtes occupèrent en Europe, il convient avant d’aborder la question du peuplement celtique de rappeler quelles sont les limites connues et communément admises pour le monde « celtique » (la koiné celtique).



Carte de l’Europe selon la Géographie de Strabon.
gravure moderne

Les sources les plus anciennes mentionnent les Celtes, habitant les régions qui vont des colonnes d'Hercule jusqu'au Danube (Hérodote au milieu du Ve siècle), c'est-à-dire à peu de choses près l'Espagne, la France, le nord de l'Italie, l'Allemagne et l'Autriche (où la présence de populations à caractère celtique est attestée).

C’est à la fin du IVe siècle qu’apparaît, encore dans les sources grecques, le terme « Galates » pour désigner précisément les Celtes réunis sous l’autorité d’un Brenn (chef) qui se heurtent aux Grecs à partir de -310, traversent non sans laisser de traces les Balkans et gagnent l’Asie près de Byzance. Le contexte dans lequel ce nom est utilisé laisse penser que les intéressés se nommaient ainsi.

Près de deux siècles et demi après, Jules César mentionne les Gaulois, qui se nomment Celtes dans leur langue et qui habitent une partie de la Gaule (les deux autres parties étant peuplées par les Aquitains et par les Belges).

Point commun de ces trois témoignages qui reflètent par ailleurs des réalités et des objectifs différents, l'existence des Celtes est attestée durant ces siècles qui, d'Hérodote à César, constituent ce que les archéologues ont nommé « civilisation de la Tène » (du site de La Tène, sur la Thielle, en Suisse).

À ce « domaine celtique » attesté par les sources historiques, il faut ajouter l'île de Bretagne, également conquise peu après par les Romains et dont César mentionnait la spécificité par rapport à la Gaule. Il faut, enfin, ajouter l'Irlande, de l'âge du fer jusqu'au haut Moyen Âge, telle que la révêlent l'archéologie et la tradition, les textes chrétiens insulaires de cette dernière période.

1.3.1. Celtes ou Gaulois ?

Considérant ces données, une définition restrictive des Gaulois se rapporte, pour les archéologues, à ce qui relève des régions continentales relativement proches de Rome (sur les territoires de la France, de la Belgique, de l'extrême ouest de l'Allemagne et de l'Italie du nord), et peuplées par des Celtes entre la fin du IVe siècle avant notre ère et la fin de la conquête de la « Gaule chevelue » par Jules César (en -51).

Cette définition exclut notamment les Celtes de Bretagne et d'Irlande, les Celtes de Bohême ou Scordisques, mais inclut les Belges, les « Gaulois du midi » (soumis par Rome un siècle avant leurs voisins du nord), et les Gaulois cisalpins.

A contrario, on regroupe sous le terme Celtes les Gaulois (y compris les Belges), les Scordisques (Celtes danubiens), les Celtibères (Celtes d’Ibérie, c’est-à-dire d’Espagne) les Bretons (Celtes de Grande-Bretagne), les Gallois du haut Moyen Âge, les Celtes d’Irlande ou encore, les Galates d’Asie mineure.

2. Histoire

2.1. Ethnogenèse des Celtes

Concernant l'origine des Celtes, deux explications extrêmes sont possibles sans qu'aucune donnée archéologique ou historique ne permette de trancher.

Soit une vague de peuplement pré-celtique ou celtique de l'Europe aurait eu lieu, se superposant à un ou plusieurs peuplements antérieurs: le problème de savoir quand et à partir de quel foyer ce peuplement se serait produit se pose alors. Soit une civilisation à proprement parler « celtique » se serait lentement développée par diffusion culturelle sur un fond de peuplement préhistorique antérieur : dans ce cas, aucun bouleversement ethnique d'importance n'aurait accompagné la « naissance » des Celtes. Évidemment, la combinaison ou la juxtaposition partielle de ces deux explications est également possible.

En tous cas, les ancêtres des Celtes, peut-être à rechercher parmi les peuples pré-celtiques, furent probablement parmi les premiers Indo-européens à avoir remonté le Danube et peuplé la région alpine. Ces peuplades préhistoriques occupèrent durablement toute la partie occidentale de l'Europe, de l'Écosse au Nord jusqu'à l'Espagne au sud, et des Balkans à l'Est jusqu'à l'Irlande à l'ouest.

2.2. La culture des champs d'urnes

Pour de nombreux chercheurs, les origines d’un peuplement qu’on peut réellement associer au nom des Celtes seraient identifiables à partir du IXe siècle av. J.-C., au premier âge du fer, dès la fin de la culture des champs d’urnes.

Un changement culturel majeur, en effet, a lieu dans l’Europe préhistorique, vers -1300 : l’exploitation du bronze, et sa production gagnent brutalement en qualité et, dans le même temps, les tumuli (latin – sing. tumulus : tertres funéraires) sont remplacés par des champs d’urnes : les sépultures ne se font plus par inhumation mais par crémation. Les cendres des défunts sont alors placées dans une urne qui est rassemblée avec d’autres. L’expansion de ce mode de sépulture est constatée dans toute l’Europe centrale et occidentale, jusqu’à l’Irlande.

2.3. La culture de Hallstatt : premier âge du fer

Vers -900 à -800, une innovation technologique considérable vient bouleverser une civilisation relativement stable : la métallurgie du fer. Les débuts de cette métallurgie sont connus dans le sud de l’Allemagne, l’Autriche et l’est de la France : ils semblent associés à l’émergence d’une aristocratie guerrière dont le prestige repose sur l’usage de l’épée et sur la possession d’attelages d’apparat (les premiers chars celtiques). C’est la culture du Hallstatt (repère H sur la carte ci-dessous). Il faut moins de cent ans pour que ces technologies soient connues dans l’ensemble du monde celtique, preuve d’une grande cohésion de l’ensemble dès cette époque. Parmi les sites de cette époque, l’un des plus connus est le tombeau de la princesse de Vix, en Côte-d’Or.

Si la prospérité économique initiale du premier âge du fer, période qui semble avoir été relativement stable sur le plan politique, repose sur un axe commercial nord-sud, situé à l'est des Alpes et reliant la Méditerranée à la Baltique (route du commerce de l'ambre), des changements surviennent dès les VIIIe-VIIe siècles avant notre ère.

Vers -700/-600, en effet, les inhumations sous tumulus réapparaissent, sans doute liées à des changements religieux qui traduisent une dégradation économique. Les centres économiques originels du premier âge du fer connaissent à la même période un déclin au profit de nouveaux centres secondaires. Le site de Hallstatt est brûlé et ne sera plus réoccupé ; simultanément, la multiplication de petits oppida (latin sing. oppidum : un lieu élevé (colline ou montagne) dont les défenses naturelles ont été renforcées par la main de l’homme) traduisent un état d’insécurité corrélatif à un émiettement de l’autorité politique. Des mouvements de peuples sont alors attestés par les sources grecques : c’est à cette époque qu’est utilisé pour la première fois le terme keltoi pour désigner les peuplades résidant au nord des Alpes.

2.4. La culture laténienne : deuxième âge du fer

Vers -400 au plus tard, débute en Europe continentale une nouvelle période, appelée le deuxième âge du fer. Elle est caractérisée par une nouvelle civilisation qui doit son nom à un site remarquable : celui de La Tène (repère L sur la carte jointe plus loin), découvert sous les eaux du lac de Neuchâtel, en Suisse. Au même moment, des peuples celtiques se mettent en route à travers toute l’Europe et bouleversent le monde antique.

2.4.1. L'expansion celtique des IVe-IIIe siècles

Peut-être dans le prolongement des bouleversements des Ve-VIe siècles, les Celtes entament au début du IVe siècle une phase d'expansion vers l'Est et vers la Méditerranée.


Carte de l’expansion celtique
Foyers : H : site de Hallstatt, L : site de La Tène,
Régions : B : Îles britanniques, I : Ibérie, G : Galatie
Aires d’expansion : 1 : berceau nord-alpin,
2 : expansion maximale (fin du IIIe siècle)

Tour à tour envahisseurs et pillards redoutés, les Celtes sont à Rome en -390. Vers -350 ils envahissent la future Bulgarie, la Thessalie, Athènes. Ils pillent Delphes et fondent Belgrade. Une ambassade celte rencontre Alexandre le Grand sur les rives du Danube. En -278, la présence de mercenaires celtiques en Galatie (Asie mineure, repère G sur la carte) est attestée : ils vont jusqu’en Syrie.

Ainsi, c’est durant la deuxième période de l’âge du fer, celle de la Tène (repère L sur la carte) que l’existence des Celtes est réellement attestée par des sources historiques et c’est à la fin du IIIe et au début du IIe siècle qu’ils connaissent leur plus grande expansion géographique (zone 2 sur la carte).

Ils la doivent sans doute en premier lieu à leur armement en fer. La métallurgie du fer, en effet, maîtrisée à l'époque de Hallstatt, confère une indéniable supériorité militaire et matérielle. Elle constitue dès l'origine, avec la langue, le plus sûr indice d'appartenance au monde celtique. L'expansion de cette technologie est très importante, de l'Europe centrale jusqu'à la Mer noire, en passant par l'Ukraine.

Un autre facteur important semble être leur mobilité. Les Celtes ont d’abord et durant très longtemps une réputation de mercenaires : l’on connaît des troupes de guerriers isolés, mais également celles accompagnées d’une population entière, accomplissant ce que les Romains nomment ver sacrum, c’est-à-dire une migration sacrée. Cette réputation va perdurer. Très réputés même après la défaite d’Alésia, les Celtes serviront dans les armées romaines comme auxiliaires : les cavaliers gaulois.

Parmi l'armement celtique, l'épée longue celtique sera copiée par les Germains qui en feront plus tard l'instrument de leurs victoires sur les Romains. La cotte de mailles, enfin, est une invention celtique qui sera reprise dans tout le monde antique avant de connaître le succès que l'on sait au Moyen Âge. À côté de cela, les Celtes utilisent la fronde et la lance. L'arc ne se répand qu'au moment de la résistance contre Rome.

2.4.2. Les défaites des IIe-Ier siècles

Aux IIe-Ier siècles avant notre ère, les Celtes sont soumis sur le continent à la pression conjuguée des Germains à l'est et des Romains au sud.

À la suite d'un appel à l'aide de Marseille, menacée par les peuplades celtiques voisines, Rome annexe la Narbonnaise durant le dernier tiers du IIe siècle.

Les invasions de bandes armées et la pression démographique des Germains entraînent des migrations de peuples celtiques vers l'ouest, comme celle des Helvètes conduits par leur roi Orgétorix, et suscite des tensions avec les peuples gaulois. C'est ce dernier facteur qui provoque la guerre des Gaules et marque la fin de l'indépendance celtique sur le continent à partir de -58. L'intervention de César aurait alors été motivée, écrit-il, par le désir de renvoyer les Helvètes chez eux afin de ne pas laisser des peuples germaniques d'outre-Rhin occuper le plateau suisse.

Occupée par le conquérant romain qui s'est immiscé dans la politique gauloise, une partie de la Gaule se soulève en janvier -52. Après la défaite à Alésia du chef de la coalition gauloise, Vercingétorix, la Gaule est entièrement occupée. Les derniers opposants sont vaincus en -51 à Uxellodunum où ils s'étaient réfugiés.

Au Ier siècle de notre ère, l'île de Bretagne est conquise à son tour : dès lors, la civilisation celtique ne survit plus qu'en Irlande. Cette dernière île est christianisée au Ve siècle.

2.5. Chronologie des Celtes

  • vers -750 / -700 : début du premier âge du fer en Gaule
  • vers -600 : Fondation de Marseille par des colons grecs de Phocée
  • vers -600 / -550 : premières inscriptions en langue celte à Sesto Calende (Italie du Nord)
  • vers -500 / -450 : début de l'expansion celte en Gaule et Italie du Nord. Migrations en Grande Bretagne
  • vers -475 / -450 : début du deuxième âge du fer en Gaule
  • vers -400 : invasion gauloise en Italie
  • -396 / -390 : deuxième vague d’invasions celtes dans la plaine du Pô, prise de Melpum (Milan), les Gaulois et les Romains s’affrontent à Clusium
  • -387 : mise à sac et prise de Rome, installation de Celtes transalpins en Italie
  • -379 / -368 : Denys de Syracuse, s'allie à des mercenaires celtes pour combattre les Béotiens en Grèce
  • vers -365 / -349 : installation de Celtes dans la vallée du Tibre, en Campanie et en Apulie
  • -354 / -350 : Rome s'allie avec les Samnites contre les Gaulois qui s'emparent de Bologne. Les Boïens s'installent en Bohême. Les Celtes traversent le Danube
  • -336 / -323 : règne d'Alexandre le Grand. Il rencontre une ambassade celtique sur le Danube
  • vers -335 : apparition des premières monnaies gauloises. Paix entre Romains et Sénons
  • vers -310 : invasions celtes en Illyrie
  • -307 : présence de mercenaires celtes en Afrique
  • -300 / -295 : conquête de la Gaule méridionale par les Celtes. Percée en Bulgarie et en Thrace. Défaite gauloise face aux Romains à Sentinum (-295)
  • -285 : défaite romaine à Arretium (Arezzo). Puis victoire décisive sur les Sénons
  • -283 : défaite des Gaulois cisalpins (d'Italie) contre les Romains
  • -280 / -278 : invasions celtiques en Grèce et en Asie Mineure : les Celtes occupent la Macédoine, Brennus met à sac le sanctuaire de Delphes, invasion des Galates en Thrace, en Macédoine et en Asie Mineure, Antiochos Ier de Syrie leur accorde un territoire (-275)
  • -265 : Rome domine l'Italie
  • vers -250 : les Belges entrent dans le Nord de la Gaule. Invasions celtes en Cisalpine et dans la plaine du Pô
  • vers -241 : Attale Ier de Pergame défait les Galates
  • -225 / -222 : victoire romaine sur les Transalpins et Cisalpins en Italie du Nord. Et sur les Boïens, et leurs auxiliaires Germains, à Clastidium
  • -221 : victoire d'Hannibal sur les Celtibères
  • -218 / -216 : les Celtes de Thrace passent en Asie Mineure sur l'invitation d'Attale Ier. Hannibal traverse les Alpes accompagné par des Celtes transalpins
  • -205 : les Romains achèvent de conquérir la péninsule Ibérique
  • -202 : Hannibal est définitivement vaincu
  • vers -200 : soumission des Gaulois d'Italie à Rome
  • -197 / -196 : soumission des Cénomans et des Insubres (celtes cisalpins). Défaite et soumission des Boïens dont une partie repassent les Alpes. Défaite des Celtes en Italie du Nord (-194 / -190)
  • -181 /-174 : premières révoltes des Celtibères
  • -171 / -166 : les Romains entrent en Illyrie. Répression du soulèvement galate
  • vers -165 : soumission des Celtes d'Asie Mineure à Rome (les Galates)
  • vers -154 : deuxième révolte celtibère avec les Lusitaniens. Première expédition romaine contre les Salyens de Provence
  • -146 : destruction de Carthage par les Romains et conquête de la Grèce
  • -144 : troisième révolte celtibère
  • -125 / -121 : deuxième expédition romaine contre les Salyens, conquête de la Narbonnaise par Rome et création de la Provincia. Les Romains pénètrent en Cisalpine : défaite des Allobroges et des Arvernes, déclin de l’hégémonie et fin de la royauté arvernes. Fondation d’Aix-en-Provence (-121)
  • -120 / -101 : conquête et reddition de la Gaule du Sud : création de la Narbonnaise. Incursion des Cimbres et des Teutons se terminant par leur défaite
  • -118 : Fondation de Narbonne
  • vers -107 : Victoire des Tigurins et des Volques Tectosages sur les Romains à Agen, puis défaite des Volques
  • -102 : Marius bat les Teutons à Aix-en-Provence
  • -80 : Celtill, père de Vercingétorix échoue à restaurer la royauté arverne
  • -76 : répression des Volques
  • -75 : le denier romain est imité en Gaule
  • -62 / -61 : soulèvement des Allobroges, appel à Rome des Éduens
  • -58 / -51 : conquête de la Gaule par Jules César. Incursion des Helvètes, César les défait près de Bibracte (-58). Campagnes face aux Belges (-57). Victoire navale sur les Vénètes d'Armorique qui se soumettent (-56). Expédition de César de l'autre côté du Rhin et première expédition dans l'île de Bretagne (-55). Deuxième expédition en Bretagne (-54) et chez les Germains (-53)
  • -53 / -52 : Révolte d'une partie de la Gaule sous les ordres de Vercingétorix, qui obtient la victoire à Gergovie. Défaite de l'insurrection lors de la bataille d'Alésia, soumission des Arvernes et des Éduens
  • -51 : bataille d'Uxellodunum ; les derniers révoltés d'Alésia sont soumis, la Gaule est pacifiée
  • vers -50 : Victoire des Daces sur les Boïens de Pannomie
  • -44 : assassinat de Jules César
  • -43 : Lugdunum (Lyon) devient la « capitale des Gaules », la Gaule cisalpine est rattachée à Rome
  • -35 : Octavien repousse la frontière romaine jusqu'au Danube
  • -27 / -25 : Les tribus alpines sont soumises. La Galatie devient province romaine
  • -17 : abandon de Bibracte, l’oppidum des Éduens, au profit d’Autun dans la plaine.
  • vers -27 / 14 : mise en place de l'administration romaine en Gaule chevelue sous le principat d'Auguste
  • -14 / -6 : Les Romains prennent la Pannomie. Les Germains occupent la Bohême et la Moravie
  • 14 : imperium de Tibère
  • 43 : expédition de Claude dans l'île de Bretagne, résistance de Caratacus
  • 61 : révoltes en Bretagne, suite à la destruction du sactuaire druidique d'Anglesey (île de Mona)
  • 68 / 70 : révoltes en Gaule menées par un Trévire ; celle-ci demeure sous le contrôle de Rome
  • 78 / 86 : Campagne d'Agricola dans l'île de Bretagne
  • vers 88 : Débuts de l’établissement du limes
  • 221 : Généralisation de la citoyenneté romaine

3. Civilisation

3.1. Mobilité et Organisation du monde celtique

Si la mobilité des Celtes au second âge du fer est attestée par l'archéologie et par de nombreux témoignages historiques, en particulier entre le Ve et le IIe siècle avant notre ère, il est plus difficile d'aborder la question de l'organisation du monde celtique à partir du premier âge du fer.

Pour le « Hallstatien », en effet, nous ne disposons que de sources archéologiques.

Durant cette période, le commerce avec la Méditerranée conduit à la constitution d'un véritable réseau de « principautés » s'étalant en arc de cercle depuis l'est de la Gaule jusqu'en Bohême (République tchèque). Ces principautés dominent chacune un territoire de 30 à 40 kilomètres de rayon (Patrice Brun) : les sites de Vix, de la Heuneburg, et de Hohenasperg font situer le cœur de ce phénomène de concentration du pouvoir entre la Bourgogne et le Wurtemberg, du IXe au Ve siècle.

Les échanges commerciaux avec la Méditerranée (axe nord-sud) ont pu, en effet, aboutir à la constitution de centre économiques servant de relais vers les régions plus lointaines de l'Europe barbare. Ces centres subissent les effets d'un glissement des routes commerciales de l'est des Alpes vers la plaine rhodanienne à la fin de la période.

Les intermédiaires barbares dans le commerce avec la Méditerranée se multiplient alors et les « principautés de la Celtique » déclinent rapidement (au Ve siècle). Vers la même période, la métallurgie du fer se répand en Grande-Bretagne : l’île était restée jusque là en périphérie de ce système d’échanges européens dont le contrôle était assuré par quelques « princes ».

Pour le second âge du fer, c’est-à-dire La Tène, il faut distinguer deux grandes périodes :

Du Ve siècle jusqu’à la fin du IIIe siècle a lieu une période d’expansion des Celtes, qui est celle de la formation du domaine celtique proprement dit dans ses frontières les plus larges.

Cette période est caractérisée par une série de migrations et d'invasions par des populations originaires du nord-est de la France et du nord des Alpes : ces migrations, indice d'une très grande mobilité, conduisent les Celtes dans le nord de l'Italie, en Europe de l'est jusqu'en Ukraine et même, à travers l'épopée des Galates, jusqu'en Asie mineure.

On ne peut toutefois que deviner, à cette période, l'existence de plusieurs « ensembles » dans le monde celtique pour se faire une idée, très incomplète, de son organisation. Les connaissances qui viennent de l'archéologie, en effet, portent surtout sur les caractéristiques unitaires des Celtes : un art originaire de l'Europe centrale a quand même pu être distingué, qui est l'indice de la formation d'une culture celtique originale et prospère : celle des Scordisques de Pannonie. C'est aussi avec le reflux en Macédoine des Celtes qui avaient envahi la Grèce, au IIIe siècle, que se constitue la culture celto-thrace des Taurisques.

Les sources historiques concernent quant à elles essentiellement l'art de la guerre des Celtes : le mercenariat celtique est alors renommé dans le monde hellénistique. Sa présence est connue à travers plusieurs récits, comme celui d'une ambassade auprès d'Alexandre le Grand sur le Danube.

On peut aussi tirer des sources, généralement postérieures, certains traits (légendaires ou non) de la mobilité géographique des Celtes. À l’origine de cette mobilité, on peut citer la pratique des migrations sacrées, sous la conduite d’un chef de guerre (brenn), avec éventuellement l’incendie de la « ville » d’origine (attesté durant la période suivante chez les Helvètes). Les raisons exactes de cet essaimage, toutefois, demeurent inconnues, mais elles sont probablement démographiques.

L'étymologie, enfin, nous livre un aperçu de la mobilité des peuples. Certains noms de peuples, en effet, sont connus en des régions d'Europe fort différentes aux IIIe–Ier siècles : cela éclaire leurs mouvements aux Ve-IIe siècles, sans que le détail en soit toujours connu :

    • des Vénètes sont connus en plusieurs régions d'Europe : ceux d'Armorique sont finalement battus en -56 par les galères de César dans le golfe du Morbihan.
    • Des Volques servent peut-être de mercenaires sur le Danube à l'époque d'Alexandre le Grand, soit avant de s'établir dans la région de Toulouse, soit étant originaires de celle-ci. Il en va également des Rèmes, qui ont donné leur nom à Reims.
    • Des Sénons (originaires de Sens ?) et des Boïens (qui ont ensuite donné leur nom à la Bohême) entrent en Italie, où leur chef, connu sous le nom de Brennus, assiège et rançonne Rome en -390. Ceux-là sont établis au IIIe siècle dans la plaine de Pô et vivent au sud de Vertamocoriens (originaires du Vercors ?).
    • Des Celtae (« Celtes ») sont connus dans la péninsule ibérique, leur nom étant probablement du à leur origine étrangère à cette région.
    • Des Galates, dont le nom est évidemment à rapprocher de celui, postérieur, des « Gaulois » de la Cisalpine, s'établissent quant à eux dans l'actuelle Turquie, profitant des guerres qui agitent l'Asie mineure.
    • Des Belgae (« Belges ») sont présents au Ier siècle avant notre ère sur les rives de la Tamise, en Angleterre. On trouve aussi dans le sud de l’île des Parisi, peut-être à rapprocher des parisii, qui on donné son nom à la ville de Paris.

En contraste avec la période précédente, les IIe et Ier siècles avant notre ère correspondent à une période de repli des Celtes. L’essentiel du monde celtique d’alors est connu principalement à travers l’œuvre à caractère politique de Jules César.

Ce dernier distingue dans l'aire géographique désignée sous le nom de « Gaule », la « Celtique » proprement dite, la « Belgique » occupée par les « peuples belges » (des peuples celtes ou germano-celtiques) et l'« Aquitaine ».

Selon Jules César, les peuples belges présentent alors des traits de caractère plus archaïques que leurs voisins occidentaux : l'archéologie a effectivement mis en évidence leur bellicisme, qu'on peut expliquer par la permanence des traits culturels de la période d'expansion précédente.

Au début de la guerre des Gaules, les Gaulois ont quant à eux développé des systèmes fédératifs qui résultent, par le jeu des « clientèles », dans une concentration du pouvoir aux mains de quelques « cités ». Celles, rivales, des Arvernes, des Éduens et des Séquanes dominent clairement la Gaule chevelue à la veille de la conquête romaine.

Pour expliquer cette évolution, il est possible d'invoquer un système plus ancien d'alliances à vocation militaire : celui qui donne naissance aux « fédérations de peuples ». Ce système, qui se serait mis en place durant la période d'expansion des Celtes, aurait perduré avant de se transformer aux IIe et Ier siècles suite à la disparition progressive des conflits internes au monde celtique.

Des exemples de telles alliances sont connus chez des peuples établis à plusieurs centaines de kilomètres les uns des autres, au moment même où Rome conquiert le midi de la Gaule (dernier tiers du IIe siècle). Ainsi, le roi des Salyens a pu se réfugier chez les Arvernes, ou encore, les Voconces et les Allobroges ont pu former une coalition.

Durant les temps qui précèdent la conquête romaine de la Gaule chevelue, probablement dès la fin du IIe siècle, ces alliances trouvent leur prolongement dans la paix pour des raisons économiques. Elles aboutissent alors à un système plus centralisé que les simples fédérations de peuples : une telle évolution explique la disparition de certaines royautés (chez les Arvernes) ou la distinction d'une oligarchie chez les Éduens.

La naissance de cadres du pouvoir nouveaux en Gaule peut aussi expliquer l’utilisation du mot « cité » (civitas) par Jules César pour désigner une certaine réalité socio-politique gauloise en -58.

La Gaule peut alors connaître une évolution comparable à celle menant à la naissance de la cité « classique », dans la Grèce archaïque : à la fois un ensemble de citoyens, un ensemble de lois et le territoire sur lequel s'exercent ces lois.

La définition exacte à donner au mot « cité », s'agissant des Gaulois, et l'existence de frontières clairement établies entre les différents peuples de la Gaule, font cependant encore débat.

Une évolution à peu près similaire a pu être proposée chez les Celtes de Bohême (du Boiohaemum). Ces derniers possèdent alors de somptueuses résidences dans des oppida dominant la voie danubienne : le rôle économique et religieux de ces places fortes est évident (cf. Petr Drda et Alena Rybova, Les Celtes de Bohême). Mais leur déclin est rapide, lié essentiellement aux luttes contre les Daces et à la pression des Germains. Certains de ces Boïens viennent d’ailleurs en Gaule où ils participent à la guerre contre les Romains.

Pour compléter ce tableau, il faut noter l'existence de liens anciens et durables qui rapprochent les peuples occidentaux de la façade atlantique, de la Vendée jusqu'au sud-ouest des îles britanniques.

Dans ces îles britanniques, aussi, la culture matérielle révêle ce qu'on peut assimiler soit à des particularismes, soit à des archaïsmes. L'habitat, notamment, demeure très éloigné des « villes » celtiques (Stéphane Fichtl) qu'on peut observer sur le continent : il montre plutôt la permanence de traits hérités de l'âge du bronze. L'usage du char de guerre, abandonné sur le continent lors du développement du mercenariat celtique, au plus tard au IIIe siècle, perdure en Grande-Bretagne jusqu'à la conquête romaine. Et, si aucune trace archéologique n'a été trouvée dans cette île, les mythes irlandais du haut Moyen Âge en font en état.

En résumé, que l’on compare entre elles les données archéologiques inhérentes à l’« espace » gaulois, au sens large, (en particulier les aires de diffusion des monnaies), ou encore qu’on prenne pour exemple les relations entre la Gaule Belgique et l’île de Bretagne (I. M. Stead, « Les peuples belges de la Tamise » dans Les Celtes, ouvrage collectif), il apparaît qu’à large échelle un réseau complexe de relations économiques et culturelles lie les Celtes entre eux au Ier siècle avant notre ère. Ces relations sont sous-tendues, à moindre échelle, par des clientèles et des fédérations de peuples élaborées probablement dans un but guerrier lors de la période de l’expansion celtique.

Dans ce monde qui ne connaît pas d'unité politique dépassant le cadre – incertain – de la « cité » mentionnée par César, la tribu, le peuple, ou la (con)fédération de peuples, constitue à la fois le lieu originel et privilégié de l'identité des anciens Celtes et cette identité doit beaucoup à la guerre.

Toutefois, avec la fin (relative) de la mobilité des Celtes, dès la fin du IIIe siècle avant notre ère, et avec l'isolement puis le rétrécissement de certaines « régions » du domaine celtique, des évolutions séparées impriment leur marque sur les différentes composantes de cet espace : aussi, Belges, Gaulois (au sens strict), Celtes de Bohême, Bretons et Galates d'Asie mineure présentent, au Ier siècle avant notre ère, des différences importantes selon leur éloignement par rapport au modèle d'organisation précédent.

3.2. Art et culture

3.2.1. Mœurs

Sur les mœurs, bien que ce fait soit surtout mis en valeur par les historiens anglo-saxons, les sagas du Moyen Âge irlandais, postérieures de plusieurs siècles, nous renseignent sur des traits de civilisation qui présentent une relative similitude avec ceux que décrivaient les Grecs anciens : les Celtes sont festifs, prompts à s'emporter, bagarreurs et superstitieux.

Ainsi, selon Appien (VII.), les Celtes sont intempérants et se gorgent de bière ; cela rend leurs chairs flasques. Pour Strabon (IV. IV, 2.), les Gaulois sont irrascibles, prompts à la bataille et querelleurs (IV, 6.)., etc. Ces traits de caractère, bien évidemment, relèvent en majorité de la vision qu’avaient les Latins des Celtes.

Néanmoins, ce sont de tels passages qui nous renseignent sur d'autres aspects plus intéressants, quoique sujets à controverse, de la culture des anciens Celtes : ainsi, Diodore de Sicile nous apprend que les Celtes conservaient la tête de leurs ennemis et lui vouaient un culte. Cette information a été mise en rapport avec les inventions archéologiques de linteaux de portiques représentant des têtes coupées, ou encore avec les décors proprement celtiques des portails des églises de l'Irlande chrétienne : ces derniers privilégient la représentation des têtes de saints. Lucain, quant à lui, renseigne ses lecteurs sur l'aspect sinistre et sanguinaire des lieux de culte des Celtes : ses affirmations, à rapprocher de celles de Strabon sur les sacrifices humains, ont depuis lors été mises en rapport avec les dépôts d'offrandes des sanctuaires celtiques de la Gaule septentrionale et Belgique.

3.2.2. Écriture

Pour ce qu’on en sait, les proto-Celtes ignoraient, à l’origine, l’écriture. Ils la découvrirent probablement sous l’influence des Étrusques, en Italie du nord-ouest, où des inscriptions en langue celtique utilisent l’alphabet de Lugano : ces « inscriptions lépontiques » proviennent notamment de la culture de Golasecca, celticisée peut-être à la fin du VIIe siècle ou vers -600 au plus tard (R. C. De Marinis, « Les Celtes de Golasecca » in Les Celtes, catalogue de l’exposition du Palazzo Grassi de Venise, cité en bibliographie).

En Gaule méridionale, les « Gaulois du Midi » nous ont quant à eux livré plusieurs inscriptions utilisant l'alphabet grec. Ils ont pu acquérir la connaissance de cette écriture au contact de la cité phocéenne de Marseille, dans le sud-est de la France, dès le VIe siècle avant notre ère.



Dédicace gallo-grecque de Segomaros.
Nîmes, Gard


Les inscriptions gallo-grecques (écriture avec l’alphabet grec de textes en langue gauloise) sont les plus importantes sources écrites par des Celtes qui nous sont parvenues pour la période antérieure à la conquête romaine de la Narbonnaise : elles couvrent des tessons (marques de propriété), des autels (dédicaces) et l’une d’entre elles est même datée de -500 / -450 (Italie du nord).

Dans l'aire gauloise historique laténienne, l'usage de l'écriture aurait été limité par les druides pour des raisons culturelles et de tabou religieux (Jules César).

Pour ce qui est du domaine insulaire, il convient de citer les Ogam, ou écriture oghamique, dont l’origine est irlandaise. Son invention mythique est attribuée à Ogme (équivalent gaulois : Ogmios), le dieu des Tuatha De Danann, dont la fonction est la magie guerrière, l’éloquence et de la poésie. C’est une écriture sacrée réservée aux druides, qui a été élaborée à partir de l’alphabet latin et dont la lecture est difficile. Ce système de notation est composé de 25 lettres dont la graphie est une arête verticale sur laquelle sont encochées des traits à droite ou à gauche, obliques ou perpendiculaires ; ces lettres sont associées au symbolisme des arbres.

Les textes font état d'usages magiques ou divinatoires, dont les supports privilégiés étaient les bois d'if et de coudrier. 300 inscriptions sur pierre nous sont connues, elles ont un caractère funéraire. Selon l'archéologue Venceslas Kruta, l'écriture oghamique a aussi servi pour des transactions commerciales et le bornage de terrains. Les pierres retrouvées étaient dispersées en Irlande et en Écosse, mais aussi au Pays de Galles, sur l'île de Man et aux Cornouailles, dans des zones d'influence gaélique.

Enfin, un dernier ensemble important de sources écrites en langue gauloise est daté de la période romaine. Le calendrier de Coligny en est une des pièces majeures : daté quant à lui de la fin du IIe siècle après J.-C., il emploie l'alphabet latin que nous connaissons.

3.2.3. Art

Le site Wikimedia Commons possède une galerie d’images libres sur l’art des Celtes.

Article détaillé : Art celte

Les Celtes n'ayant laissé que très peu de traces écrites de leur civilisation, celle-ci nous est avant tout connue grâce leur art, largement redécouvert durant la deuxième moitié du XXe siècle.

L'art des Celtes présente une grande diversité selon les époques et les régions considérées. Il n'est pas, non plus, exempt d'influences extérieures : étrusque, grecque, scythique, puis latine, et enfin germanique et chrétienne.

Toutefois, quelques caractéristiques majeures le distinguent définitivement de l’art des autres civilisations qui étaient en contact avec l’aire culturelle celtique :

  • les représentations des divinités semblent avoir existé, mais les témoignages en sont rares, d’époque gallo-romaine ou difficiles à identifier (L’une des sources les plus connues est le chaudron de Gundestrupp).
  • si l’on excepte le cas de la Hesse et celui du midi de la Gaule (voir plus loin), il semble également que la statuaire n’ait pas été le domaine de prédilection des Celtes.
  • Une caractéristique majeure de l’art celte est la domination de motifs anthropomorphes ou issus de la nature, tels que les entrelacs, et une tendance à l’abstraction. Issue du schématisme hallstattien, cette tendance atteint son apogée à travers les enluminures des manuscrits celtiques d’Irlande et d’Écosse de la période chrétienne insulaire, tels que le célèbre livre de Kells (voir aussi le monastère de Iona).
3.2.3.1. Styles

Les principaux « styles » de l’art celtique ont été nommés à la suite des propositions émises par Paul Jacobstahl dans les années 1940. Il s’appuient sur une distinction entre Hallstatt et La Tène, divisée en quatre styles majeurs (voir article du même nom).

  • le hallstattien correspond à l’art de la période de Hallstatt, c’est-à-dire au premier âge du fer).
  • Le premier style (laténien et proprement celtique au sens strict) use de formes ornementales géométriques, symboliques et abstraites ; s’il est influencé par les Étrusques et par les Grecs (il utilise notamment des rinceaux grecs), il semble refuser la figuration et il puise son inspiration dans la nature, surtout dans le monde végétal. L’art est alors surtout ornemental et aristocratique, présent sur des objets de prestige : coupes, fourreaux d’épées, etc. Un style flamboyant « classique » et un style baroque et fantastique ont ensuite été distingués pour La Tène 1a et pour La Tène 1b.
  • Le style de Wadalgesheim ou style végétal continu qui dérive, dans une large mesure, du premier s’affranchit d’avantage de l’influence méditerranéenne au IVe siècle. Alors que les productions du complexe techno-économique nord-alpin se répandent plus largement en Europe parallèlement aux mouvements des Celtes, l’art celte gagne en originalité. Le style végétal est caractérisé par l’emploi de motifs végétaux en deux dimensions, exécutés en relief, avec une allure moins géométrique qu’auparavant. L’émaillerie tend à offrir un substitut à l’emploi de matières premières importées aux époques précédentes, comme le corail. La verrerie, également, se développe.

Au IIIe siècle, le style végétal se scinde en deux : des motifs incisés, avec une allure géométrique encore moins évidente, masquent pourtant une plus grande rigueur dans le décor surtout des fourreaux. Parallèlement, les Celtes adoptent le procédé du moulage à la cire, technique qui aboutit à l'exécution de motifs globulaires en relief (rondebosse) et qui constitue le cœur du style plastique.

  • le style plastique (improprement nommé car le style précédent est également « plastique ») use de volumes géométriques, très en relief et asymétriques, évoquant la nature et se combinant pour que surgissent des figures.
  • le style des Épées (considéré comme contemporain du précédent) use de motifs végétaux incisés, proches de de ceux de Wadalgesheim, pour orner notamment les pièces d’armement.

Le motif des « paires de dragons affrontés » couvre la partie supérieure de nombreux fourreaux de cette époque : les épées, quant à elles, se sont considérablement allongées pour une utilisation exclusive de taille.

Cette évolution ne donne qu'une idée générale et schématique des transformations que subit l'art celte durant La Tène. Des chronologies différentes de celle attachée à ces styles par les travaux de P. Jacobstahl ont été proposées depuis. Aussi, l'idée d'une succession chronologique stricte pour les styles de l'art celte a été abandonnée : le premier style et le style de Wadalgesheim, par exemple, se perpétuent tout au long de La Tène. Il en est de même en ce qui concerne une éventuelle localisation géographique de l'art celtique : seul le style des Épées peut, dans une certaine mesure, être attaché à un territoire précis : l'Europe centrale (Autriche et Hongrie).

3.2.3.2. Un art décoratif



Casque celte d’apparat en fer, bronze, or, argent et corail.
IVe siècle av. J.-C.. Découvert à Agris, en Charente

L'art celte offre ses œuvres les plus spectaculaires dans le domaine du décor : les Celtes utilisèrent séparément ou ensemble le bronze, la feuille d'or, l'ambre de la Baltique, le corail importé de Méditerranée et l'argent. L'émaillerie laténienne apporta une technique originale : l'application à chaud de verre coloré et opaque de couleur rouge sur des métaux, probablement afin de remplacer le corail provenant de Méditerranée qui était difficile à obtenir.

Les influences scythiques et méditerranéennes apportèrent les premiers motifs végétaux de l'art celte ; ceux-ci furent ensuite déformés, augmentés de motifs celtiques revêtant probablement un caractère sacré ou spirituel (comme le triscèle) avant d'être fondus en d'admirables et complexes compositions qui renvoient une image différente selon qu'on les observe dans le détail ou dans l'ensemble.

De tous les arts pratiqués par les anciens Celtes, l'orfèvrerie représente probablement leur domaine de prédilection : celle-ci constitue en tous cas le domaine le plus riche de l'art celtique découvert jusqu'à aujourd'hui. Des motifs proprement celtiques, comme le triscèle, et leur combinaison en entrelacs ont été révélés par cet art.

Parmi les plus belles pièces décorées qui ont été conservées figurent nombre de casques d'apparat, datés des IVe-IIIe siècles avant notre ère. Le casque d'Agris, en Charente est l'un d'entre eux.

3.2.3.3. Statuaire

Le cas de la statuaire celtique doit être traité séparément pour la raison évoquée précédemment, à savoir sa rareté, et à cause de la profonde différence entre cet art et le reste de la production celtique.

La statuaire, en effet, est représentée dans les « résidences princières » du Hallstattien : dans le Wurtemberg, au VIe siècle avant notre ère, ou encore à Vix en Côte d'or où seuls des fragments ont été trouvés ; Pour le Ve siècle avant notre ère, on connaît la statue du (guerrier de Glauberg, en Hesse, caractérisée par ses « oreilles » géantes (peut-être une sorte de coiffe). Enfin, c'est surtout dans le midi de la Gaule (avec le sanctuaire de Roquepertuse et le site d'Entremont) qu'une statuaire importante a été découverte.

Sur ces derniers sites, elle est désormais datée du IIIe siècle, voire du IVe siècle, plutôt que de la période immédiatement avant la conquête romaine de la Narbonnaise (dernier tiers du IIe siècle). Les pièces majeures en sont des linteaux de portiques avec figurations – et cavités d’accueil – de têtes (coupées ?) et un ensemble de « guerriers assis », dont les tuniques portent les traces d’un décor géométrique. Ces derniers ont été présentés comme des représentations de guerriers ou héros divinisés. On dispose également de la représentation d’une créature anthropophage : la bête – ou tarasque – de Noves, aujourd’hui conservée dans l’annexe du musée Calvet, le musée lapidaire, à Avignon. La datation de la tarasque est encore incertaine, mais la majorité des archéologues s’accorde pour lui attribuer une origine antérieure à la conquête romaine. La représentation debout d’un guerrier en armes, proprement celte mais acéphale est difficile à dater mais pourrait être du IIe siècle : le guerrier de Mondragon (Vaucluse).

Les traits proprement celtiques de cette statuaire du midi de la Gaule (notamment le traitement des visages) perdurent après la conquête romaine, par exemple dans la statue du guerrier de Vachères.

3.2.3.4. Enluminure

L’art celte chrétien insulaire (seul art celtique du haut Moyen Âge) s’inspire en partie de l’art germanique de la période des Migrations des peuples (notamment des Anglo-Saxons). Il pousse l’utilisation des entrelacs à son paroxysme : la technique sert en particulier à réaliser les enluminures de manuscrits chrétiens, comme celles le célèbre livre de Kells.

3.3. Religion

Si les Celtes connaissaient l'écriture et l'ont parfois utilisée, ils ont privilégié l'oralité pour la transmission du Savoir, quelqu'en soit le domaine, de sorte qu'il faut étudier le domaine celtique à partir de sources externes ou tardives.

De plus, en se fondant sur une lecture erronée d’un passage de Pline, on a longtemps considéré que les Celtes, au contraire d’autres peuples anciens, ne construisaient pas de temples pour la célébration du culte, mais qu’ils utilisaient exclusivement des aires sacrées en pleine nature, comme les clairières (nemeton en langue gauloise, nemed en gaélique).

Des découvertes d'enclos présentant une fonction sacrée et cultuelle évidente, comme à Gournay-sur-Aronde (site étudié par J.-L. Brunaux), démontrent que cette conception de la religion celtique est pour une large part fantaisiste et qu'elle reposait surtout sur l'absence de témoignages archéologiques. Si des clairières ou des sources ont fait l'objet d'un culte, si des ensembles mégalithiques, tels Carnac ou Stonehenge ont pu être réutilisés par les druides à cet effet, il paraît aujourd'hui certain que les Celtes disposaient non seulement d'un clergé hiérarchisé, mais aussi de sanctuaires qui ont pu jouer le rôle de véritables temples.

3.3.1. Sources

Les principales sources sur la religion des anciens Celtes sont tout d’abord les textes de leurs contemporains grecs et latins, notamment Diodore de Sicile (Histoires), Strabon (Géographie), Pomponius Mela (De Chorographia), Lucain (La Pharsale), Pline l’Ancien (Histoire naturelle), et surtout Jules César avec La Guerre des Gaules. Ensuite, il existe tout un ensemble de textes irlandais, écrits du VIIIe au XVe siècle, qui retranscrivent les mythes et épopées de l’Irlande transmis oralement de générations en générations, et qui constituent la Mythologie celtique.

Ces textes, rédigés dans un contexte chrétien, complètent ceux des Anciens ; on retiendra : le Cath Maighe Tuireadh (Bataille de Mag Tured), le Tochmarc Etaine (Courtise d’Etain), le Tain Bo Cualnge (Razzia des Vaches de Cooley), le Lebor Gabala (Livre des Conquêtes) et les Mabinogion gallois.

D'une manière générale, l'absence relative de témoignages de première main dont nous disposons sur la religion des anciens Celtes a donné lieu à un ensemble d'interprétations plus ou moins fantasques. En réalité, la connaissance que nous en avons s'appuie sur cet ensemble de sources extérieures, dont le propos peut être limité à des considérations politiques (César), ou encore de présenter des « barbares », au sens moderne du terme (Lucain). Enfin, il faut mettre en relation ce que nous savons des anciens Celtes et les sources irlandaises tardives avec la plus grande circonspection : ces dernières, en effet, présentent comme toute mythologie des influences non-celtes : indigènes, qui seraient plus anciennes et propre au contexte géographique, chrétiennes, … Et encore, ces sources témoignent d'une réalité éloignée de cinq à dix siècles par rapport à celle des Celtes contemporains de la conquête romaine.

Obéissant fondamentalement au schéma général de la tripartition des sociétés indo-européennes, la société celtique paraît avoir été structurée en trois classes : la classe sacerdotale qui possède le Savoir, gère le Religieux et fait la Loi, la classe guerrière qui gère les affaires militaires sous le commandement du roi et la classe des producteurs (artisans, agriculteurs, éleveurs, etc.) qui doit subvenir aux besoins de l’ensemble de la société et en priorité ceux des deux autres classes (César parle des druides, des equites (chevaliers) et de la plèbe).

3.3.2. Druidisme

Article détaillé : Druidisme

À l'époque précédant la conquête romaine de la Gaule, et, semble-t-il, par la suite dans les îles, la caractéristique majeure de la pratique religieuse des anciens Celtes est le druidisme. Le mot druide qui est spécifiquement celtique provient de « dru-wid-es » qui signifie « très savants ».

L’existence du clergé druidique est attestée chez plusieurs auteurs antiques, pour différentes époques et en différents lieux du monde celtique. Ainsi, dans la tradition irlandaise, le druidisme apparaît comme une création des Partholoniens, arrivés en Irlande 312 ans après le déluge (selon le Lebor Gabala). Ou encore, en Gaule, les druides paraissent avoir joué un rôle clef dans l’insurrection de -52 et, par la suite, dans les révoltes gauloises du premier siècle : celle des equites, menée par l’Éduen Julius Sacrovir en 21 après J.-C. et rapportée par Tacite dans ses Histoires, aurait conduit au déclenchement des hostilités de Rome à l’égard des druides gaulois.

Le « clergé » druidique avait en charge la célébration des cérémonies sacrées et des rites cultuels : lui seul avait le droit de pratiquer les sacrifices, parfois humains mais plus généralement d'animaux ou symboliques (comme l'attestent les ex-votos en bois inventés aux sources de la Seine). C'est d'ailleurs la pratique des sacrifices humains qui servit de prétexte à l'interdiction des druides sous l'Empereur Tibère (ou Claude pour certains historiens).

Les autres prérogatives des druides comprennaient logiquement l'enseignement, la diplomatie, l'histoire, la généalogie, la toponymie, la magie, la médecine et la divination. Le druide, grâce à son savoir (dont l'acquisition pouvait nécessiter vingt ans d'études, selon César) et grâce à sa maîtrise des pratiques magiques, était un intermédiaire entre les dieux et les hommes.

Le druide avait aussi un rôle de conseiller politique auprès du roi avec lequel il a pu former un binôme dans lequel le roi exerçait la souveraineté sous l'inspiration du druide. Le druide Diviciacos, contemporain de Cicéron et directement à l'origine de la conquête romaine de la Gaule, apparaît notamment comme le chef politique des Éduens.

À plusieurs égards, le druide paraît avoir été le personnage prédominant de la société celtique, à la fois ministre du culte, philosophe, gardien du Savoir et de la Sagesse, historien, juriste et aussi conseiller militaire du roi et de la classe guerrière. Il est également possible que toute la vie des Celtes ait été sous le contrôle des druides à certaines périodes.

Aussi, on peut penser que les druides ont joué un rôle fondateur pour l'ensemble de la civilisation celtique et pour le règlement de l'ensemble de la société celte.

Sans entrer dans les spécifications de la classe sacerdotale, trois types de « professions » à caractère religieux sont connues dans le monde celte :

  • le druide qui désigne tout membre de la classe sacerdotale, dont les domaines d'attribution sont la religion, le sacrifice, la justice, l'enseignement, la poésie, la divination, etc ;
  • le barde est spécialisé dans la poésie orale et chantée, son rôle est de faire la louange, la satire ou le blâme ;
  • le vate est un devin, il s’occupe plus particulièrement du culte, de la divination et de la médecine. Les femmes participent à cette fonction de prophétie.

En Gaule, l’existence d’une hiérarchie druidique est également presque certaine si l’on se réfère aux témoignages latins qui portent sur l’existence d’une assemblée annuelle des druides (sur le territoire des Carnutes, près de Chartres) et sur l’existence d’un Gutuater, sorte de chef des druides, qui aurait participé activement à la politique des Gaules. Le druidisme aurait ainsi pu servir de trait d’union entre les peuples celtes.

3.3.3. Calendrier religieux

L’année celtique était rythmée par quatre grandes fêtes religieuses au caractère obligatoire, dont deux majeures : Samain au 1er novembre et Beltaine au 1er mai, et deux de moindre importance : Imbolc le 1er février et Lugnasad le 1er août.

La source majeure qui nous renseigne sur le calendrier celtique est le calendrier de Coligny, de l'époque gallo-romaine.

3.3.4. Divinités et croyances

Article détaillé : Mythologie celtique

Un des points les plus délicats à aborder, en l'absence de sources de première main, est la spiritualité des anciens Celtes.

Ceux-ci devaient disposer d'un panthéon au moins aussi développé que celui des Grecs et des Romains (près de quatre-cent figures de divinités celtiques sont recensées), mais rien n'indique que ce panthéon ait été homogène sur l'ensemble du domaine celtique, ni qu'il ait possédé une structure unique.

Les auteurs latins et grecs citent quelques divinités gauloises, sans énoncer les motifs qui dictent leur sélection : Epona, Taranis, Esus et Lug sont ainsi connus.

La toponymie nous livre encore quelques indices sur les croyances des anciens Celtes. Ainsi, on pense que Lug était révéré dans des lieux d’altitude. Le toponyme Lugdunum (forteresse ou montagne de Lug) est directement à l’origine du nom de la ville de Lyon.

La place des divinités celtes dans l'art pose problème. On a longtemps considéré comme témoignage archéologique majeur sur les dieux des Celtes le chaudron de Gundestrup, inventé dans une tourbière au Danemark. Mais celui-ci, qui représente un certain nombre de divinités et évoque plusieurs mythes communs à la plupart des peuples anciens en Europe, n'est pas exempt d'influences extérieures. En tous cas, il représente un dieu cornu qui peut être associé au dieu celte à tête de cerf, Cernunnos et une divinité à la roue solaire en laquelle on peut voir une représentation de Taranis.

En statuaire, on a plusieurs fois vu représentées des figures de divinités bicéphales ou tricéphales, qui ont été associées à un Hermès. Il est en tout cas probable que le rythme ternaire ait possédé une dimension religieuse pour les anciens Celtes. Des statues de « guerriers assis », inventées dans le midi de la Gaule (Entremont, Roquepertuse), font objet de débat : il est difficile de savoir si celles-ci représentaient des dieux, des guerriers divinisés ou des héros tutélaires.

Le même problème d'interprétation se pose pour certains bustes de la « Gaule chevelue » dont la forme fait penser au haut d'un mât totémique, telle celle en laiton inventée à Bouray-sur-Juine, dans l'Essonne, qui représente un personnage avec torque et pattes de cervidé stylisées, ou encore celle conservée au musée de Saint Germain-en-Laye, en calcaire représentant un personnage avec torque et sanglier.

De même, le sens exact de certains noms associés à des divinités est plus difficile à cerner : Teutatès (qui a inspiré le célèbre Toutatis d'Astérix) pourrait ne pas désigner un dieu particulier, mais le dieu tutélaire, protecteur d'un peuple, chaque peuple celte ayant possédé ses propres divinités, certaines remontant à la préhistoire pré-celtique.

L'immortalité de l'âme était une des croyances des anciens Celtes, ce qui explique peut-être les témoignages sur leur vaillance et leur intrépidité au combat, puisque la peur de la mort était absente. En revanche, la notion de la réincarnation doit être écartée de leur religion, cette suggestion étant due à des lectures erronées.

Les Celtes croyaient également en un au-delà. Dans la tradition irlandaise transmise à l’époque chrétienne, le Sidh désigne l’Autre Monde celtique, il se situe à l’ouest, au-delà de l’horizon de la mer, dans des îles magnifiques ; sous la mer, dans les lacs et les rivières où se situent de somptueux palais de cristal aux entrées mystérieuses ; sous les collines et les tertres. C’est le séjour des Tuatha De Danann.

Dans le domaine des rites, les sacrifices humains, le culte des têtes coupées, ou encore l'utilisation abondante du sang dans les lieux de culte sont les traits qui ont frappé l'imaginaire des auteurs antiques. L'un d'entre eux, Pausanias, accuse même les Celtes d'anthropophagie. César, très sensible au sujet, écrit quant à lui :

Ils [les Celtes] se servent pour ces sacrifices humains du ministère des druides ; ils pensent, en effet, que c’est seulement en rachetant la vie d’un homme par la vie d’un autre homme que la puissance des dieux immortels peut être apaisée. Ils possèdent des sacrifices de ce genre qui sont une institution publique. Certains ont des mannequins de très grande taille, dont ils remplissent d’hommes vivants la carapace tressée d’osiers, on y met le feu, et les hommes périssent enveloppés par la flamme.

Dans les faits, divers témoignages archéologiques corroborent l'existence de pratiques violentes, sans que l'étendue exacte de celles-ci soit connues : culte des têtes à Entremont (Bouches-du-Rhône), reminiscent dans le décors des tympans d'églises de l'Irlande médiévale, rites sanguinaires à Ribemont-sur-Ancre, …

4. Héritage

Les invasions successives et la création d’États volontiers autarciques ont entraîné le déclin de la civilisation celte et une séparation durable de ses composantes. Malgré tout, l’Europe conserve un très fort héritage celtique dans la toponymie (cf. les différentes recherches de François Falc’hun sur le sujet), permettant aux historiens et aux géographes de recréer le paysage historique de l’Europe il y a de cela plusieurs millénaires. Les Celtes nous ont également transmis un patrimoine linguistique, avec une domination – encore actuelle – de la langue orale sur la langue écrite, et une richesse dans les arts décoratifs, avec un style de motifs unique en Europe (cf. le Livre de Kells). Il est fréquent d’entendre parler de « musique celtique », même si le manque de sources rend difficile à identifier ce qui provient du fonds celtique initial.

Depuis le XIXe siècle, un mouvement culturel est né, qui vise à retrouver ou à recréer une dynamique interceltique, essentiellement par des échanges linguistiques, sportifs et artistiques (notamment la cornemuse qui se décline selon les régions). Parmi les événements remarquables qui concrétisent cette volonté, on peut citer :

  • Au XVIIIe siècle apparaît en Grande Bretagne un mouvement néo-druidique : en 1717, l’Irlandais John Toland institue l’Ancient Druid Order ; en 1781, Henry Hurle crée à Londres, l’Ancient Order of Druids ; en 1792, Iolo Morganwg fonde à Primerose Hill, la Gorsedd (mot qui signifie trône, assemblée), qui est à la base du bardisme gallois. La branche bretonne a été officiellement fondée le 1er septembre 1900 à Guingamp. Les néo-druides se rassemblent en gorsedd, ils se prétendent héritiers des druides de l’Antiquité, mais ils sont le plus souvent considérés comme des mouvements maçonniques ou de quête spirituelle. La hiérarchie reprend celle des anciens : druide, barde, ovate.
  • Au XXe siècle : la reprise de jeux interceltiques et la création du Festival interceltique de Lorient.

À l'origine centré sur les Îles Britanniques et la Bretagne armoricaine, le mouvement s'élargit actuellement à de nouvelles régions d'Europe qui revendiquent leurs racines celtes et les mettent en avant. Ainsi depuis les années 90, les Asturies et la Galice, régions d'Espagne, se rendent régulièrement aux manifestations interceltiques, en vertu de l'origine celtique de leur population.

Pour résumer :

  • En France, dans la moitié ouest de la Bretagne, le breton, bien qu’en déclin, se transmet encore de parents à enfants ; il est aussi enseigné dans les écoles Diwan et Div Yezh ; la cornemuse bretonne est le biniou.
  • En Grande-Bretagne :
    • le cornique, en Cornouailles, s'y est parlé jusqu'au XVIIIe siècle ; revivifié, il est maintenant reconnu en tant que langue régionale d'Angleterre ;
    • l'écossais (ou gaélique d'Écosse) est encore la langue natale dans certains endroits comme les îles de Skye et de Raasay, où les panneaux sont bilingues ;
    • au Pays de Galles, un quart de la population parle encore le gallois ; cette langue est enseignée à l'école et dispose d'une médiatisation grandissante par la télévision ou les journaux.
  • En Irlande, le gaélique irlandais (Irish), est une des deux langues officielles avec l’anglais, et est encore la langue maternelle de certaines régions comme le Connemara et les îles d’Aran ; l’irlandais a constitué une marque de résistance contre l’occupation anglaise. La cornemuse irlandaise porte le nom de uillean pipe.
  • La Galice a fait connaître la cornemuse galicienne appelée gaita (voir par exemple Carlos Nuñez).

Le phénomène identitaire touche aussi les « communautés » d'origine celtique émigrées dans des pays Outre-Atlantique, comme les États-Unis, le Canada et même l'Amérique Latine, où le nombre et la notoriété des artistes s'inspirant de la musique « celtique » (en fait, irlandaise ou écossaise) ne cesse de croître, à l'image de la célèbre canadienne Loreena McKennitt.

5. Voir aussi

6. Bibliographie et liens

Note : le classement thématique ne donne que l’orientation générale des ouvrages listés, la majorité d’entre eux abordant différents thèmes. À compléter

6.1. Histoire (généralités)

  • Princes et princesses de la celtique, Patrice BRUN, ERRANCE, 1987 (sur le premier âge du fer)
  • L’univers des Celtes, Barry CUNLIFFE, éd. IINTER-LIVRES, 1996
  • Les Celtes, Histoire et dictionnaire de Venceslas KRUTA, éd. ROBERT LAFFONT]]
  • La ville celtique, les oppida de 150 avant J.-C. à 15 après J.-C., Stephan FICHTL, éd. ERRANCE, 2000

6.1.1. Gaule

  • César et la Gaule, Christian GOUDINEAU, éd. ERRANCE, collection De la Gaule à la France : histoire et archéologie, 2000
  • Regard sur la Gaule, Christian GOUDINEAU, éd. ERRANCE, 2000

6.1.2. Îles britanniques

  • Les Royaumes celtiques de Miles DILLON, Nora K. CHADWICK, Françoise LE ROUX & Christian-Joseph GUYONVARC’H, éd. Armeline

6.1.3. Europe centrale et orientale

  • Les Celtes de Bohême de Petr DRDA et Alena RYBOVA, éd. ERRANCE

6.2. Art

  • Les Celtes, collectif, catalogue de l’exposition européenne d’archéologie celtique, Venise, 1991 (éd. BOMPIANI)
  • Les Celtes, de Paul-Marie DUVAL, collection L’Univers des Formes, éd. GALLIMARD

6.3. Société

  • La Civilisation celtique de Françoise LE ROUX & Christian-Joseph GUYONVARC’H, éd. Ouest-France. Ouvrage sur les Celtes dans le cadre Indo-européen.
  • La Société celtique, de Françoise LE ROUX & Christian-Joseph GUYONVARC’H, éd. Ouest-France. Une somme ethnologique.

6.4. Religion

  • Les Druides, de Françoise LE ROUX & Christian-Joseph GUYONVARC’H, éd. Ouest-France - étude de la classe sacerdotale celtique, avec un répertoire des sources et un glossaire
  • Les Fêtes celtiques de Françoise LE ROUX & Christian-Joseph GUYONVARC’H, éd. Ouest-France. Étude de signification de Samain, Beltaine, Imbolc et Lugnasad
  • Les religions gauloises, Nouvelles approches sur les rituels celtiques de la Gaule indépendante, Jean-Louis BRUNAUX, ERRANCE, 2000.



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