Art Déco

Intérêt
Après la Première Guerre mondiale, de 1920 à 1939 et à la suite de l’Art Nouveau, l’Art Déco (v. 1912) est le mouvement artistique extrêmement influent qui caractérise avant tout l’architecture et le design des sociétés industrielles. En un peu plus d’une décennie, il investit l’ensemble des arts appliqués.
Table des matières

1. Histoire

L’« Art Déco » est le nom dont a été affublé a posteriori – durant les années 1960, en référence à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes (Paris, 1925) – le style artistique majeur, en France, de la période des « Années folles », c’est-à-dire pendant la période de l’entre-deux guerres. En réalité, le grand public nommait ce style « rétro » parce qu’il était une réaction à l’« Art Nouveau ». Entre autres appelations, l’Art Deco a également été nommé « Art moderne » or « moderniste » ; en anglais et plus tard, Jazz Pattern ou Skyscraper Modern, en référence aux gratte-ciels de l’ère. Le « modernisme » est aujourd’hui souvent englobé sous cette appellation.

Si les prémices de l'Art Déco sont visibles dès 1910 et coïncident avec l'apparition d'un style de vie oisif et urbain, plus libre, c'est surtout au lendemain de la « Grande Guerre » ( 1914–1918 ) que se développe un art décoratif en rupture avec les formes élaborées héritées de la fin du XIXe siècle et représentatives de l'ordre ancien. L'objectif est double : il faut d'une part faire oublier les excès de l'Art Nouveau, et d'autre part innover en créant un art fonctionnel qui est adapté aux besoins de la vie moderne.

Ainsi, en Autriche, dès 1908, Adolf Loos dénonce le « tout » ornemental qui va l’encontre des exigences de la fonctionalité : dans Ornament und Verbrechen il propose de revenir à une architecture dépouillée. À Bruxelles, Josef Hoffmann marque une transition architecturale vers des formes géométriques avec son palais Stoclet (1905-1910). En Amérique, l’école de Chicago a la première recours aux charpentes métalliques. La guerre de 1914 – 1918 met entre parenthèses le tournant amorcé sur le vieux continent : initialement programmée pour 1916, l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes qui devait avoir lieu à Paris ne voit le jour qu’en 1925.

Les années 1920 sont, de fait, la véritable première période faste de l’Art Déco. Au son du jazz, nombre d’artistes s’essayent alors à de nouvelles créations, souvent hors de leur domaine de prédilection, tandis que les industriels s’ouvrent à l’art : les œuvres sont souvent destinées à une clientèle de luxe et s’inspirent parfois du XVIIIe siècle français. Certaines créations – notamment le mobilier – sont commercialisées pour la première fois dans les rayons des grands magasins (Le Printemps à Paris). L’utilisation de nouveaux matériaux les caractérise : bois précieux ou exotiques, verre, etc.

Au fur et à mesure des progrès de l’industrialisation de la production de textiles, de verreries, de meubles, la courbe et les motifs floraux de l’Art Nouveau, encore très présents aux débuts du mouvement, tendent à disparaître progressivement au profit de la droite et de l’angle droit, notamment avec le courant De Stijl (1917). Parallèlement à cette évolution, le style s’affirme en empruntant et en déformant à volonté certains éléments caractéristiques d’autres mouvements avant-gardistes du début du siècle : parmi ses sources d’inspiration, il faut citer en particulier le Fauvisme, le Cubisme, le Constructivisme russe et le Futurisme italien. Les progrès techniques (la traversée de la Manche par Louis Blériot en 1909 a ouvert une ère nouvelle) et le rôle croissant de la machine contribuent plus que tout autre facteur à l’affirmation d’une nouvelle esthétique. Le style Streamline Moderne, étroitement lié à l’influence de l’aérodynamique, en constitue le courant porteur le plus avancé outre Atlantique. L’utilisation des premières matières plastiques (bakélite) par l’art est le fait de l’« Art Déco ».

Finalement, l’Art Déco commence à s’essouffler peu à peu au cours des années 1930, en partie en raison de la politisation extrême d’une de ses tendances : le « Moderne classique », art monumental des grands totalitarismes, pousse la tendance du retour à un art épuré à son paroxysme en multipliant statues géantes et scènes d’allégories édifiantes dans un décor d’inspiration néo-classique ; dans le même esprit naît le « réalisme socialiste » (1932) prôné Staline en Union soviétique. En réaction, le fonctionalisme l’emporte, à travers l’influence grandissante du Bauhaus, qui marque le premier véritable art industriel, et, plus généralement, du « style international », qui réalise l’intégration pratique de l’art et de la technique.

1.1. Périodes

L'« Art Déco » peut être découpé en trois périodes, correspondant schématiquement aux évolutions stylistiques majeures qu'il connaît :

  • 1910-1923 : une période de renouvellement de l'art, en réaction contre les excès de l'Art Nouveau
  • 1919-1931 : une période marquée par le style « floral »
  • 1923-1936 : une période marquée par l’influence du modernisme et du géométrique, avec l’affirmation du style streamlines aux États-Unis d’Amérique.

Autant les formes de l'Art Nouveau, caractéristiques de l'extrême début du XXe siècle, sont ondulantes et souvent d'inspiration végétale, offrant une profusion de détails, autant celles de l'Art Déco tendent progressivement à une facture épurée et à caractère essentiellement géométrique, voire anguleux. Les auteurs de cet art vont même jusqu'à rejeter les concepts de style et d'ornement, par opposition aux « avant-gardistes » : ils veulent subordonner la création à la raison et aux nécessités du confort, placer cette dernière au service des nouvelles formes de production.

C’est ainsi que, dès 1925, au rôle croissant de la machine dans l’industrie textile correspond la répétition de motifs superposés, ou encore, qu’à partir de 1930, les principes de l’aérodynamique inspirent les nouvelles formes profilées qui envahissent les productions industrielles. Au cinéma, le style vient illustrer à merveille le Metropolis de Fritz Lang (1926), dont l’affiche conservée au Museum of modern art, à New York, est signée par Schulz-Neudamm.

La tendance à l'abstraction, la distortion des proportions et la simplification des formes caractérisent, en définitive, le mariage impossible que l'époque toute-entière tente de réaliser entre le figuratif qui l'a précédée et la géométrie rigoureuse des formes nouvelles de l'ère industrielle.

2. Domaines

L'« Art Déco » a constitué une brève mais véritable explosion artistique dont l'influence a touché de nombreuses disciplines et a investi pour la première fois le champ complet des objets de la vie quotidienne :

  • l'architecture (le Chrysler Building à New York)
  • le design, avec notamment :
    • la décoration d'intérieur ou l'aménagement (l'Aubette à Strasbourg), la verrerie d'art – en particulier les luminaires, les vases (Degué, Schneider, Édouard Cazaux, Lalique, frères Müller, etc.) et le vitrail –, le mobilier (Émile-Jacques Ruhlmann),
    • le textile (Poiret, La Maison Martine) et plus généralement la mode vestimentaire,
    • les arts graphiques du XXe siècle (l'illustration avec les affiches de publicité, notamment pour le tourisme)
    • l'horlogerie,
    • etc.

Paradoxalement, la Peinture, alors traversée par d'autres courants (l'expressionnisme, le surréalisme, etc.) semble avoir été l'art le moins concerné, si l'on fait quelques exceptions notables de peintres tels que Louis Lozowick, Grant Wood ou Tamara de Lempicka.

3. Matériaux, couleurs et motifs

Dans le domaine des matériaux, l'Art Déco, surtout avec le mobilier, tranche avec son prédécesseur en affichant un goût immodéré pour les matériaux rares ou précieux : l'ivoire, l'albâtre, les essences exotiques ou précieuses (loupe d'orme ou de noyer, ronce de noyer, palissandre, sycomore, etc.). Les matières nouvelles, enfin, sont introduites dans l'art par l'industrie : à côté du bronze ou du laiton doré, chromé ou nickelé, les surfaces de verre pressé dans un moule et la bakélite font leur apparition.

Dans le même esprit, les couleurs sont vives et contrastées, contribuant à la mise-en-valeur de motifs stylisés. L'influence du Fauvisme est déterminante : la couleur pure, utilisée en à plat, devient un élément structurant du décor. L'autre influence importante à cet égard est celle de l'iconographie des civilisations antiques non-européennes (notamment, précolombienne et égyptienne).

Certains motifs à caractère géométrique sont déclinés à l'infini : le chevron, l'éventail, le zig-zag, la demi-lune, le quart de lune ou encore, le soleil rayonnant. Les sources d'inspiration sont diverses : sculpture africaine, architecture précolombienne, Égypte antique et Grèce archaïque.

4. Voir aussi

4.1. Artistes et signatures

4.1.1. Architecture

  • William Van Alen (États-Unis, Chrysler Building, New York, 1929)
  • Pierre Chareau
  • Oliver Hill (Royaume Uni)
  • Charles Hoiden (Royaume Uni) : stations de la ligne de métro Picadilly, University’s Senate House à Bloomsbury (Londres)
  • « Le Corbusier », de son vrai nom Charles-Eduard Jeanneret
  • Ely Jacques Kahn (New York) : auteur des buildings du 2, Park Avenue et du 261, Fifth Avenue durant les années 1920
  • Frank Lloyd Wright (1867 - 1956) : architecte américain ; Barnsdall House à Los Angeles (1916-22), Hôtel impérial à Tokyo (1919-1921)

4.1.2. Céramique

  • « Susie » ou Susan Vera Cooper (Angleterre)

4.1.3. Illustration

  • Jean Carlu
  • Peter De Greef, illustrateur belge dans le goût de Magritte
  • Félix Lorioux : illustrateur parisien qui se convertit avec succès de l'Art Nouveau à l'Art Déco. Il travailla notamment au pochoir en s'inspirant d'esquisses japonaises pour les parfums de Morny.

4.1.4. Mobilier et décoration

  • Jacques Adnet (voir Modernisme)
  • Maurice Dufrêne
  • Jean Dunand
  • Paul Follot
  • Paul Theodore Frankl (artiste tchèque, emigré aux États-Unis)
  • « Leleu » : Jules Leleu, ensemblier renommé, et André Leleu dont la marqueterie demeura une des rares réputées après-guerre. (Côtes du mobilier des années 1940 sur le site de la Gazette Drouot).
  • Émile-Jacques Ruhlmann (1879 - 1933), décorateur
  • « Sue et Mare » : Louis Sue (1875 - 1968) et André Mare (1887-1932), associés en 1914 et cofondateurs de La Compagnie des Arts Français (1919-1928)
4.1.4.1. Bronzes
  • « M. Le Verrier » : Max Le Verrier, fondeur français réputé pour ses serre-livres, statuettes et lampes (la collection de bronzes est visible sur le site Art Déco - Max Le Verrier, réalisé par le descendant du fondeur)

4.1.5. Peinture

4.2. Textile

  • Paul Poiret (1879 - 1944)

4.2.1. Typographie

  • Eric Gill (Angleterre) : auteur d’une police de caractère sans serif pour Monotype Corporation (1928)

4.2.2. Verre

  • « Charder » : signature de Charles Schneider (rare)
  • « Daum - Nancy » : Jean Daum achète en 1878 « la Verrerie de Sainte-Catherine » à Nancy. Ses fils Auguste et Antonin prennent le nom de Daum Frères. En 1962, la société est renommée la Cristallerie Daum.
  • « Degué » (1926 - 1939) : David Guéron crée en 1926 l’entreprise Verrerie d’Art Degué à Paris après avoir possédé une cristallerie à Compiègne. Essentiellement, il copie les créations de Charles Schneider[1].
  • Edward Schnorr (États-Unis)
  • « Muller Frères - Lunéville, France » (vers 1895 - 1914, puis 1919 - 1936) : Désiré et Eugène Muller apprennent leur métier avec Émile Gallé. Rejoints avant-guerre par leurs frères Henri, Pierre et Victor, ils créent vers 1895 une entreprise familiale, qui produit avant-guerre exclusivement de la verrerie d'art. En 1919, la production devient essentiellement commerciale, caractérisée par des verreries colorées, décorées à l'acide, puis moulées au décor géométrique.
  • « Hettier & Vincent », Paris.
  • « Davesn » Pierre Davesn, artiste renommé employé chez Daum
  • « Lalique » : René Jules Lalique crée la Cristallerie Lalique et Cie en 1909. Voir http://www.lalique.com/
  • « Schneider » : Charles, élève de Gallé et de Daum, et Ernest Schneider s’associent pour créer le Verre français (1908 - 1981).
  • « Verre français (le) » : signature d'une partie de la production de Charles Schneider

Typologie : voir Luminaires Art Nouveau – Art Déco

4.2.2.1. Vitrail
  • Constant Montald (cartonnier)
  • F. Colpaert (salle-à-manger de Philippe Wolfers d'après les cartons d'Anto Carte)
  • E. Yoors (Mouvement du Pelgrim)
  • verreries Fauquez (Belgique)

Une série de biographies (en anglais) est disponible sur la page http://kpsec.freeuk.com/eastburytech/GCSE-Resouce/art-deco-biography.htm

5. Bibliographie

  • Charlotte & Peter Fiell, Decorative Art 1930s & 1940s, Taschen, octobre 2000 (ISBN 3-8228-6052-2)
  • Patricia Bayer, Intérieurs Art Déco, Thames & Hudson, 2000

6. Liens

Associations

Les liens suivants pointent vers des sites marchands, spécialistes de la période.

Voir également la section « Liens » de l’article sur l’Art Nouveau.

Illustration : en guise d’icône, une couverture du magazine Vogue dessinée par André Édouard Marty et colorée au pochoir (1930).


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Sujets Art du XXe siècle · Architecture · Article incomplet
Catégorie (1) Arts décoratifs, dessin 
 
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