Architecture gothique

Intérêt
L'architecture gothique est née en France, non loin de Paris, pendant la deuxième moitié du XIIe siècle. Après s'être répandue au nord de la Loire, elle s'est progressivement imposée dans l'Occident médiéval jusqu'au milieu du XVIe siècle, quand elle a été supplantée par l'architecture classique, sous l'influence de la Renaissance italienne.

Caractérisée par l'arc brisé, la croisée d'ogives, les flèches et des formes élancées, l'architecture gothique tend à élever l'Homme vers le divin. Essentiellement religieuse, son identité très forte est autant philosophique que technique ; elle représente problablement de ces deux points de vue, l'un des plus grands achèvements artistiques du Moyen-Âge.

1. Histoire

On situe l’origine de l’« art gothique » durant les années 1130-1150, en Île-de-France aux alentours de Paris. Ce nouveau style est intitulé « art français » ou francigenum opus. Il se répand progressivement en Europe occidentale, avec des variantes locales propres à chaque contrée (Angleterre, Espagne, Italie, monde germanique, Scandinavie, ...) et évolue dans le temps, du gothique dit "primitif" au gothique "flamboyant", caractéristique de l’extrême fin du Moyen Âge.

Mais, à la fin de la Renaissance, sa dénomination change.

Le mot « gothique » est utilisé en premier par les Italiens pour désigner l'art de la fin de la Renaissance qui imite l'art français du Moyen-Âge. C'est Giorgo Vasari qui, en 1550, est le premier à employer ce qualificatif. Le terme a une connotation péjorative, car les Humanistes de la Renaissance souhaitent avant tout un retour au classicisme, c'est-à-dire aux formes dépouillées et pures de l'Antiquité. Effarés par les constructions qui ne respectent pas les canons de la période antique, période qui, pour eux, est un modèle de perfection, ils choisissent une référence aux Goths qu'ils rendent coupables d'avoir mis fin à l'Empire romain pour signifier que cet art est à leurs yeux digne des « barbares ».

Le mépris pour l'art gothique durant la période moderne fut tel qu'il fut projeté de détruire la cathédrale Notre-Dame de Paris et de la remplacer par une nouvelle, de style classique. Ce projet ne put cependant se concrétiser lorsqu'éclata la Révolution. La vente ou l'abandon des biens de l'Église à la suite de cet événement entraîna cependant la disparition de nombreux chef d'oeuvres de l'architecture gothique, notamment de l'abbaye de Cluny.

Lorsqu'au XIXe siècle naquit le mouvement romantique, l'intérêt pour l'ensemble du Moyen Âge – y compris pour l'architecture gothique – se développa et le mot perdit sa connotation négative.

On désigne aujourd'hui par le nom « gothique » le mouvement artistique qui a caractérisé l'art médiéval, selon les régions géographiques, de la moitié du XIIe siècle jusqu'au début du XVIe siècle.

2. Une symbolique forte

Si le Roman est une architecture de l'humilité dont les bâtiments ont généralement pour principale fonction d'abriter une communauté monastique souvent repliée sur elle-même et encline à la contemplation, le gothique s'illustre au contraire dans des lieux publics et assume également une fonction de représentation. La cathédrale gothique, construction la plus emblématique du style, est une image de la Jérusalem céleste. C'est autant une invitation à l'élévation spirituelle qu'une manifestation du pouvoir et de la grandeur de Dieu et de l'Église.

2.1. La cathédrale : un livre de pierre

La cathédrale gothique est une œuvre politique. Commanditée par un évêque et financée par les nobles et par les notables, elle est un outil de prestige comme en témoignent les tentatives parfois déraisonnables d'élévation. La flèche de la cathédrale domine la plaine cultivée et se voit donc de loin. La statuaire et l'iconographie richement colorées, illustrent les évangiles et les valeurs morales de l'Église de manière compréhensible par tous. Il s'agit donc d'un fantastique outil pédagogique et dogmatique auprès de la large audience qu'elle peut accueillir.

La cathédrale gothique est aussi l'expression de la connaissance d'une caste d'architectes qui mêle les meilleures techniques de travail de la pierre à une mystique ésotérique. Les secrets de conception et de réalisation de ces merveilles architecturales sont jalousement gardés au sein d'une confrérie dont les origines mythiques remontent à Hiram, l'architecte du Temple de Salomon.

L'architecture gothique est déterminée par un réalisme platonicien : raison, amour mystique et observation de la matière. Elle devient un art aristocratique et populaire à la fois. Cet art se veut le miroir du monde et de l'âme, basé sur un jeu de volumes, de vides, des effets de lumière et des éléments décoratifs.

3. Techniques

La « révolution » gothique est survenue au moment où les avancées techniques ont rendu possible la réalisation de cet idéal philosophique.

3.1. Les impératifs du plan en croix

Si l’arc de plein cintre, fondateur du roman, donnait satisfaction pour la construction d’une nef simple munie d’une voûte dite en berceau, il ne convenait pas vraiment pour la croisée du transept et de la nef. Il en résultait, aux diagonales de l’intersection, des arcs elliptiques aplatis beaucoup plus fragiles. L’effondrement de la coupole de l’église Hagia Sophia à Constantinople avait illustré ce problème.

La solution fut de munir les diagonales d'arcs de plein cintre et d'approcher par une construction géométrique simple la projection orthogonale de ces arcs vers les deux nefs. L'arc brisé aux trois quarts constituait une approximation très satisfaisante et facile à mettre en œuvre sur le chantier à une époque où le plan d'architecture était tracé grandeur nature plutôt que mesuré.

Cette approximation est souvent observable à une légère déformation de la voûte de la croisée.

3.2. Une architecture de lumière

De plus, le style roman s'est développé principalement au sud de la Loire, où la luminosité permettait ses ouvertures limitées et ses jeux de contraste entre ombre et lumière. Au nord, ce parti pris structurel aurait rendu les bâtiments trop sombres et lugubres.

Des ouvertures plus grandes doivent être envisagées pour laisser pénétrer la lumière. L'arc plein ceintre ne permet pas de percer des ouvertures suffisantes pour laisser pénétrer la lumière à laquelle aspire le gothique car le report latéral des forces est trop important et on ne peut envisager d'élever la voûte sans renforcer les murs pour supporter la poussée résultante.

En revanche, l'arc brisé et la croisée d'ogives permettent de canaliser les forces et de les concentrer sur des piliers. Les murs n'ont donc plus à supporter le poids de la structure qui est concentré sur une ossature ogive – piliers - arc-boutant. En conséquence, les voûtes et les flèches peuvent s'élever. Tout est élan vertical et la lumière devient si abondante qu'on peut jouer à la colorer par des vitraux. L'une des réalisations les plus audacieuses de l'architecture gothique est la basilique Saint-Urbain à Troyes où la finesse de la structure est extrême.

Le retour aux entablements que préconisa la Renaissance correspond à la perte progressive de l'art empirique du tracé au profit d'une architecture calculée et mesurée. Palladio en sera le grand initiateur. Il faudra attendre Gustave Eiffel pour retrouver toute la légèreté des structures gothiques.

4. Les différentes formes du gothique

4.1. Périodes

4.1.1. Le gothique primitif

L'architecture gothique naît à Morienval et à l'abbatiale royale de Saint-Denis. Cette dernière possède encore des traits de l'art roman et s'en distingue par la voûte d'arêtes. Les églises ont alors une élévation à trois étages : grandes arcades, galeries et fenêtres hautes. Les voûtes sont généralement sexpartites avec alternance de piles fortes et de piles faibles. C'est le style des cathédrales de Sens, Noyon, Soissons, Laon, Paris (pour la nef).

4.1.2. Le gothique rayonnant

L'expérience acquise par les architectes pendant la période du gothique primitif a montré que, la charge des voûtes étant dirigée par les arcs d'ogive vers les piliers, les murs peuvent être évidés pour faire mieux pénétrer la lumière dans les édifices. Pour compenser la diminution de solidité qui pourrait en résulter, et augmenter la quantité de lumières pénétrant dans le bâtiment, on transforme progressivement les contreforts massifs en arcs-boutants de plus en plus hauts et à volée de plus en plus longue. C'est la période des grands chefs d'œuvre gothiques : Chartres, Amiens, Reims, Bourges, Paris (le chœur). La technique du vitrail atteint une de ses apogées : les rosaces et les grands vitraux couvrent des surfaces déjà considérables.

4.1.3. Le gothique flamboyant

Le gothique flamboyant poursuit l'augmentation des grandes surfaces vitrées et donne une importance de plus en plus grande à la décoration sculptée. Cette dernière peut devenir exubérante. Le style flamboyant s'illustre, notamment, dans les églises Saint-Maclou à Rouen, Saint-Urbain à Troyes et dans la Sainte-Chapelle à Paris. Certains éléments sont intégrés à des monuments existants tels que la Tour de Beurre à la cathédrale Notre-Dame de Rouen.

4.1.4. Le gothique tardif

A la jonction de la Renaissance, l'architecture a poussé à l'extrême ses possibilités techniques et si la structure reste gothique, la décoration sculptée prend un caractère baroque et tourmenté (colonnes torsadées de l'église de Gisors) pendant que le vitrail s'affadit et fait même place aux vitrages clairs.

4.2. Formes locales

4.2.1. Le gothique angevin

Il se distingue par des façades différentes de celles d'Île-de-France, qui comportent trois portails. Le chevet ne comporte pas non plus systématiquement d'arcs-boutants (comme la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, dont le chevet est un simple mur vertical). Mais ce sont surtout les voûtes qui caractérisent le gothique angevin: la voûte angevine présente un profil très bombé, alors que la voûte francilienne est plus plate. Dans le style gothique d'Ile-de-France, en effet, la clef de voûte est à la même hauteur que les clefs de ses arcs de construction (arcs doubleaux et arcs formerets); le style gothique angevin présente une différence de hauteur très marquée entre la clef de voûte et les clefs des arcs formerets et doubleaux, ce qui provoque son creusement. Parmi les plus beaux exemples de voûtes angevines, il faut citer la cathédrale Saint-Maurice d'Angers et l'ancien Hôpital Saint-Jean d'Angers (actuel Musée Jean-Lurçat).

4.2.2. Le gothique normand

La Normandie a été très tôt associée au mouvement gothique. Une des spécificités du gothique normand est la présence, au-dessus du transept, d'une « tour-lanterne » construite dans de nombreuses grandes églises et dans presque toutes les cathédrales de la province (cathédrale de Coutances, de Rouen, abbatiale de la Trinité à Fécamp) ; la cathédrale de Sées n'en comporte pas. Cette architecture a grandement influencé l'art gothique en Angleterre.

4.2.3. Le gothique perpendiculaire

Typiquement britannique, le gothique perpendiculaire voit le jour vers 1340, lors de la transformation du chœur de la cathédrale de Gloucester et de la construction de son cloître.

Ce style se caractérise par une redéfinition des volumes intérieurs et des masses extérieures. De grandes baies distribuent largement la lumière dans les salles et dans les nefs, suivant des lignes horizontales et verticales qui sont à l’origine du terme perpendiculaire. Apparaissent également les voûtes en éventail (fan vaultings) qui cassent le verticalisme des lignes architecturales, créant un effet dynamique et très décoratif. Ces voûtes sont particulièrement remarquables dans les chapelles Henri VII de l’abbaye de Westminster, Saint George de Windsor ou encore du King’s College de Cambridge. À l’extérieur, les arcs-boutants sont supprimés.

Abandonné vers 1520, le gothique perpendiculaire connaît un certain regain pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle.

4.2.4. Le « Sondergotik »

De nombreuses églises allemandes ont adopté le style gothique et plusieurs des réalisations dans les pays germaniques sont des œuvres d'art exceptionnelles (Cathédrale de Cologne, au plan adapté de celui d'Amiens ; Cathédrale d'Ulm, offrant la plus haute flèche gothique en pierre du monde ; Fribourg en Brisgau ; etc.) dans un style peu différencié de la France. Au nord de l'Allemagne, la pierre fait place à la brique (c'est le « Backsteingotik » à Lübeck, Stralsund, Dantzig ...) ; dans certains édifices les différentes nefs peuvent être de même hauteur, d'où le nom d' « église-halle ».

4.2.5. Le gothique italien

L'Italie n'a pas complètement intégré l'art gothique venu du nord. Le seul monument religieux vraiment gothique de ce pays est la cathédrale de Milan. Dans le cas d'autres églises, telles que les cathédrales de Sienne ou d'Orvieto, seuls des éléments décoratifs, qui ne sont pas la « substance » de l'art gothique, sont repris et largement adaptés.

4.2.6. Le gothique espagnol

À Séville, le monumental minaret de la mosquée désaffectée depuis la Reconquista s'est vu flanquer d'une cathédrale gothique tardive qui demeure la plus vaste du monde dans ce style. Ses dimensions impressionnantes ont été autorisées par un allégement, dû à l'absence de charpente permise par une faible pluviosité. Les cathédrales du nord de la péninsule (à Burgos, Leon) sont des transpositions de l'art gothique français. La cathédrale de Palma de Majorque se caractérise par un volume intérieur exceptionnel et par des voûtes reposant sur des piliers excessivement élancés.

5. Voir aussi

5.1. Exemples de bâtiments représentatifs de l'architecture gothique

  • cathédrales de Paris (Notre-Dame de Paris), de Strasbourg, d'Amiens (Cathédrale Notre-Dame d'Amiens) ou de Cologne
  • Ancienne douane de Colmar
  • La Sainte-Chapelle à Paris

5.2. Article connexe

  • gothique, page de redirection vers les autres acceptions du terme.

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