Alfred Hitchcock

Intérêt
Alfred Joseph Hitchcock (13 août 1899, Londres – 29 avril 1980, Los Angeles) est un cinéaste britannique et hollywoodien.

Après un stage d'assistant technicien, il obtint son premier emploi à Londres, en 1920 : la conception des intertitres dans les films muets. C'est en 1925 qu'il devint metteur en scène, presque par accident.

Son talent lui permit une ascension rapide dans le milieu cinématographique alors florissant. Son premier film important, Les cheveux d’or (The Lodger), sortit en 1926. Dans ce film, une blonde séduisante est assassinée, et de lourds soupçons pèsent sur le nouveau locataire d’un appartement voisin, bien qu’en fait il soit innocent du crime.

Les films d'Hitchcock montraient souvent des personnes innocentes entraînées dans des situations qu'elles ne contrôlent plus, et ne comprennent parfois même plus; un thème fréquent de ses films est que ces personnages ne sont en fait coupables que de petites erreurs sans importance. Ses films mettent beaucoup l'accent à la fois sur la peur et sur l'imagination, et sont connus pour leur humour cocasse.

Downhill (1927) montrait un autre personnage accusé à tort : c’était cette fois un jeune homme accusé de vol dans son école, et chassé par ses parents, suite à ce vol. Plus tard, le jeune homme tombe amoureux d’une femme plus âgée que lui, et lorsqu’elle se réveille au matin, il aperçoit son visage ridé, tandis que des hommes rentrent un cercueil par leur fenêtre ; Hitchcock fera souvent apparaître dans ses films le lien entre le sexe et la mort.

Meurtre (Murder, 1930) (un « whodunit » comme disait Hitchcock) est un film un peu particulier car il matérialise la frontière entre le cinéma muet et le cinéma parlant. Le parlant en était à ses premiers balbutiements et n’était pas encore reconnu universellement comme une solution d’avenir. La production du film, qui ne souhaitait pas prendre de risques, imposa donc que le film soit muet. Hitchcock étant à l’inverse convaincu de l’interêt du film parlant, il tourna discrètement certaines scènes avec du son. Le film est donc d’abord sorti en version muette, puis est ressorti dans sa version partiellement sonore quand l’avenir du parlant est devenu plus évident.

C’est David O. Selznick qui poussa Hitchcock à venir faire des films à Hollywood. Avec Rebecca en 1940, Hitchcock réalisa son premier film américain - il restera d’ailleurs aux États-Unis pour le restant de sa carrière. Rebecca évoque les craintes d’une jeune mariée naïve qui emménage dans une maison bourgeoise de la campagne anglaise, et doit s’attaquer aux legs de la défunte première femme de son mari. L’humour des premiers films d’Hitchcock y est toujours présent, mais il mettra dorénavant plus l’accent sur le suspense - avec beaucoup de succès - puisque c’était ce que demandait le public américain.

Hitchcock transforme également le spectateur respectable en voyeur, brouillant encore plus la distinction entre coupable et innocent, et ne la faisant apparaître clairement qu’occasionnellement. Dans Fenêtre sur cour (Rear Window), après que L. B. Jeffries (James Stewart) passe une bonne partie du film à observer Lars Thorwald (Raymond Burr), celui-ci lui fait face et lui demande « Que me voulez-vous ? ». Burr pourrait tout aussi bien poser sa question au spectateur ; et en fait, juste avant que Thorwald ne se tourne pour faire directement face à la caméra pour la première fois – à ce moment, les spectateurs paniquent.

La Corde était également un défi technique qu’Hitchcock s’était imposé : il voulait un film tourné en une seule séquence. Mais il a dû se contenter de le tourner en 6 séquences ; quelques-unes des coupures sont apparentes, et les autres ont été camouflées en faisant en sorte qu’un objet passe devant la caméra et remplisse tout l’écran. Hitchcock utilisait alors ce moment pour couper, et commencer la séquence suivante à partir de ce même moment, alors que l’objet quitte l’écran.

Le jeune Hitchcock était un garçon solitaire, obèse, plein d’imagination ; issu d’une famille catholique, il avait l’habitude de se confesser chaque soir à sa mère. Adulte, alors qu’il voyageait en Suisse, Hitchcock dit à un ami : « Voici la chose la plus effrayante que j’aie jamais vue », pointant du doigt un prêtre discutant avec un jeune garçon. Hitchcock se pencha alors par la vitre de la voiture, et cria au garçon : « Run, little boy! Run for your life! »

Ce n’est qu’après ses vingt ans, alors qu’il était déjà un metteur en scène professionnel, qu’Hitchcock commença à goûter à l’alcool et aux femmes. Ses films montrent parfois des personnages masculins en conflit avec leur mère. Dans La Mort aux trousses (North by Northwest), Roger O. Thornhill (Cary Grant) est un homme innocent, ridiculisé par sa mère parce qu’il est persuadé que de mystérieux meurtriers le poursuivent. Dans Les Oiseaux (The Birds), le personnage de Mitch (Rod Taylor) se retrouve dans un lieu envahi par des oiseaux féroces, tandis qu’il essaie d’échapper à l’emprise de sa mère. Le personnage du tueur, dans Frenzy, vit également dans la même maison que sa mère. Les problèmes de Norman Bates, dans Psychose (Psycho), sont également célèbres...

Les héroïnes d’Hitchcock sont la plupart du temps des blondes séduisantes qui d’un prime abord ont l’air tout à fait respectables, mais qui, dans des situations de danger ou de passion, réagissent de façon beaucoup plus animale, voire criminelle. D’ailleurs, dans Les Cheveux d’or (The Lodger), la victime est une blonde. Dans Les 39 marches (The 39 Steps), Madeleine Carroll, la fascinante héroïne d’Hitchcock, se retrouve les menottes aux poignets. Dans Pas de printemps pour Marnie (Marnie), la belle Tippi Hedren est kleptomane. Dans La Main au collet (To Catch a Thief), Frances Stievens (Grace Kelly) est voleuse de bijoux. Après s’être intéressée à la vie de Thorwald, dans Fenêtre sur cour, Lisa pénètre par effraction dans l’appartement de Thorwald. La blonde séduisante de France c’est la jeune Claude Jade dans L’Étau (Topaz) en fille d’un agent secret. Et dans Psychose (Psycho), Janet Leigh vole 40 000 $ avant de se faire assassiner par un certain Norman Bates (Anthony Perkins) qui se prenait pour sa propre mère. Ou, comme le dit si bien Norman, « Ma mère est... comment dire ... Elle n’est pas tout à fait elle-même aujourd’hui. »

Hitchcock considérait que le fait de tout faire reposer sur le jeu des acteurs et des actrices n'était qu'une coutume héritée du théâtre. Il fut en revanche pionnier dans sa manière d'utiliser les mouvements de la caméra, les prises de vue et les montages, mais également dans sa façon d'explorer les confins de l'art cinématographique.

Hitchcock prôna également l’utilisation du suspense plutôt que de la surprise. Dans la surprise, le metteur en scène agresse le spectateur avec des images effrayantes. Dans le suspense, le metteur en scène raconte ou montre au spectateur des détails dont le personnage du film n’est pas au courant. Puis il fait monter la tension en laissant le spectateur imaginer ce qui arrivera lorsque le personnage apprendra finalement la vérité. Pour lancer son intrigue, Hitchcock utilisait souvent un objet qu’il appelait Mac Guffin.

Hitchcock était fier de la facilité avec laquelle il parvenait à maintenir le suspense. Un jour, dans un aéroport français, les douaniers furent intrigués par son passeport, sur lequel la profession indiquée était simplement Producteur. « Mais que produisez-vous ? » lui demandèrent-ils. « De la chair d’oie » répondit-il... (Ndt : Gooseflesh, en fait de la chair de poule...)

Hitchcock adorait manger. L’un de ses projets (non concrétisé) était de faire un film montrant 24 heures de la vie d’une ville, vue sous l’angle de la nourriture : comment elle est importée, préparée, consommée, puis à la fin de la journée, comment elle est rejetée dans les égouts. Son film Frenzy, d’ailleurs, se déroulait dans le quartier de Londres où la nourriture arrive et est préparée puis distribuée. L’assassin se retrouvait, lui et l’un de ses cadavres, dans un camion plein de sacs de pommes de terre.
Un jour où il était invité à une réception privée où les plats n’étaient que maigrement garnis, son hôtesse lui demanda « J’espère que vous reviendrez bientôt dîner avec nous » « Avec plaisir » répondit-il. « Si nous commencions tout de suite !? »

Les films les plus personnels d’Hitchcock sont probablement Les Enchaînés (Notorious) et Sueurs froides (Vertigo) – tous deux sur le thème de l’obsession et de la névrose d’hommes manipulant des femmes. Sueurs froides (Vertigo) explore en détail les relations entre le sexe et la mort. Dans ce film, bien que Scottie (John Ferguson, joué par James Stewart) sache que « Madeleine Elster »/Judy Barton (jouée par Kim Novak) n’est qu’un accessoire du crime, ils ne peuvent s’empêcher de tomber amoureux l’un de l’autre. Le personnage de Scottie ressent un besoin violent de contrôler sa compagne, de l’habiller, s’attachant à un souvenir fétichiste des vêtements, chaussures et cheveux d’une « Madeleine » idéale et fictive...

Bien qu’il travaillât souvent avec des scénaristes extrêmement doués, tels que Raymond Chandler, Hitchcock avait beaucoup de mal à rendre à l’écran les scénari de ses films. Il eut d’ailleurs un jour ce commentaire : « Le scénariste et moi-même rédigeons le script jusque dans ses moindres détails ; ainsi, lorsque nous avons terminé, il ne reste plus qu’à tourner le film. Mais en fait, dès que nous entrons en studio, nous devons commencer à faire des concessions. En réalité, le scénariste a la plus belle part du travail car il ne doit pas s’inquiéter des acteurs et de tout le reste. » Hitchcock était souvent critique envers les acteurs et les actrices, dénigrant par exemple le jeu de Kim Novak dans Sueurs froides (Vertigo), ou déclarant que les acteurs doivent être considérés comme du bétail.

Dans la plupart de ses films, Hitchcock s'arrangeait pour apparaître à l'écran un court instant. On le voyait parfois monter dans un bus, passer devant un magasin, dans une publicité de magazine pour un régime amaigrissant ! Oscar... Trouver Hitchcock dans chacun de ses films est d'ailleurs devenu un jeu très populaire parmi ses spectateurs. On trouve même des livres et des sites internet spécialisés sur le sujet.

Hitchcock ne fut jamais très apprécié de la critique de son époque. Seul Rebecca reçut l’Oscar Academy Award du meilleur film. En tant que producteur, Hitchcock fut « nominé » pour son film Soupçons (Suspicion). Il fut également « nominé » meilleur metteur en scène pour cinq de ses films : Rebecca, Lifeboat, La Maison du docteur Edwardes (Spellbound), Fenêtre sur cour (Rear Window) et Psychose. Mais le seul Academy Award qu’il reçut fut le prix Irving G. Thalberg Memorial, en 1968.


1. Filmographie

Films muets :

  • Number thirteen (1922), non terminé
  • La Danseuse blessée (1923) (Woman to woman), assistant metteur-en-scène
  • L’Ombre blanche (1923) (The white shadow)
  • The prude’s fall (1923)
  • Abnégation (1924) (The passionate adventure)
  • Le Voyou (1925) (The blackguard)
  • Le Jardin du plaisir (1925) (The pleasure garden)
  • The mountain eagle (1926)
  • Les cheveux d’or (1926) (The Lodger)
  • Downhill (1927)
  • Easy virtue (1927)
  • Le masque de cuir (1927) (The ring)
  • Laquelle des trois ? (1928) (The farmer’s wife)
  • À l’américaine (1928) (Champagne)
  • The manxman (1929)


Films parlants :

  • Chantage (1929) Blackmail
  • Junon et le paon (1929) (Juno and the Paycock)
  • Meurtre (1930) (Murder)
  • The skin game (1931)
  • À l’est de Shanghai (1932) (Rich and strange)
  • Numéro dix-sept (1932) (Number seventeen)
  • Le chant du Danube (1934) (Waltzes from Vienna)
  • L’Homme qui en savait trop (1934) (The Man who Knew Too Much) (fera l’objet d’une nouvelle version en 1956)
  • Les 39 marches (1935) (The 39 Steps)
  • Quatre de l’espionnage (1936) (The secret agent)
  • Agent secret (1936) (Sabotage)
  • Jeune et innocent (1937) (Young and Innocent)
  • Une femme disparaît (1938) (The Lady Vanishes)
  • La Taverne de la Jamaïque (1939) (Jamaica Inn)
  • Rebecca (1940) [titre identique dans la version originale]
  • Correspondant 17 (1940) (Foreign Correspondent)
  • Soupçons (1941) (Suspicion)
  • Joies matrimoniales (1941) (Mr. and Mrs. Smith)
  • Cinquième colonne (1942) (Saboteur)
  • Lifeboat (1943)
  • L’Ombre d’un doute (1943) (Shadow of a Doubt)
  • La Maison du docteur Edwardes (1945) (Spellbound)
  • Les Enchaînés (1946) (Notorious)
  • Le Procès Paradine (1947) (The Paradine Case)
  • La Corde (1948) (The Rope)
  • Les Amants du Capricorne (1949) (Under Capricorn)
  • Le grand alibi (1950) (Stage fright)
  • L’Inconnu du Nord-Express (1951) (Strangers on a Train d’après un roman de Patricia Highsmith)
  • La Loi du silence (1952) (I confess)
  • Fenêtre sur cour (1954) (Rear Window)
  • Le crime était presque parfait (1954) (Dial M for Murder)
  • Mais qui a tué Harry ? (1955) (The Trouble with Harry)
  • La Main au collet (1955) (To Catch a Thief)
  • L’Homme qui en savait trop (1956) (The Man who Knew Too Much) (nouvelle version du film de 1934)
  • Le Faux Coupable (1956) (The Wrong Man)
  • Sueurs froides (1958) (Vertigo)
  • La Mort aux trousses (1959) (North by Northwest)
  • Psychose (1960) (Psycho)
  • Les Oiseaux (1963) (The Birds)
  • Pas de printemps pour Marnie (1964) (Marnie)
  • Le Rideau déchiré (1966) (Torn Curtain)
  • L’Étau (1969) (Topaz)
  • Frenzy (1972) [titre identique dans la version originale]
  • Complot de famille (1976) (Family Plot)


2. Citations

  • « Je voudrais en savoir plus sur ses relations avec les femmes. Non, à bien y réfléchir, je ne préfère pas. », Ingmar Bergman.
  • « Je suis un philanthrope : je donne aux gens ce qu'ils veulent. Les gens adorent être horrifiés, terrorisés. », Alfred Hitchcock.
  • « Je n'ai jamais dit que les acteurs étaient du bétail. Ce que je disais c'est qu'il fallait les traiter comme tel. », Alfred Hitchcock.


3. Bibliographie et liens

  • Hitchcock/Truffaut : Éditions Ramsay, Paris, 1983. Un étonnant dialogue entre les deux cinéastes où l’ensemble de l’œuvre d’Alfred Hitchcock est envisagé sous les angles de la passion du cinéma et de la technique.



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