A l'ombre de la haine de Forster

Intérêt
Ce film de Mark Forster - qui a permis à Halle Berry d'obtenir l'Oscar de la Meilleure actrice - se révèle être un mélodrame (psychologique et social) au sens noble du terme, en même temps qu'un intéressant regard sur les rapports entre Américains blancs et noirs.


Table des matières

1. ANALYSE


L'histoire de ce film aurait pu être traitée à la façon d'un mélodrame avec toutes les connotations péjoratives de ce mot, c'est-à-dire en appuyant sur les effets faciles pour susciter l'apitoiement du spectateur. Or, il n'en est rien. C'est même l'inverse qui se produit tant le réalisateur du film montre un réel respect pour ses personnages, les présentant, hors de tout manichéisme, tels qu'ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts, s'affrontant dans des scènes d'une rare intensité.


Dans un Sud des Etats-Unis, ô combien typique par son conservatisme, nous assistons aux destins croisés de deux familles, l'une blanche, l'autre noire : d'un côté, trois générations de Blancs : le grand-père (Buck), son fils (Hank) lui-même père de Sonny, tous trois gardiens de prison et qui ne communiquent pas entre eux ; de l'autre, un père noir, condamné à mort et sur le point d'être exécuté, va laisser sa femme élever seule son fils obèse. On saisit très vite l'insensibilité et le racisme d'un grand- père qui a façonné son fils à son image et qui refuse tout dialogue avec les Noirs, à la différence de son petit-fils sensible et généreux.

Les malheurs de la vie vont rapprocher Leticia et Hank provoquant chez ce dernier un brutal éveil à une sensibilité que son propre père - qui en fera les frais - avait réprimée par une éducation rigide. La métaphore est claire : à travers ces destins croisés, le réalisateur – européen - Marc Forster évoque l'évolution des mentalités aux Etats-Unis : on passe des préjugés et du rigorisme du grand-père au point de vue sensible et généreux du petit-fils qui favorise la prise de conscience du père et son évolution vers plus d'humanité et de générosité. La fin est aux antipodes des vieux démons que le grand-père incarne au début et le film retrace ainsi, symboliquement, l'évolution des consciences depuis trois générations : l'Amérique blanche et l'Amérique noire peuvent désormais s'aimer.

Ce film profondément chaleureux nous propose une leçon d'humanisme et dispense, au-delà des préjugés, des erreurs et des remords, un magnifique message d'espoir à travers une histoire filmée avec tact et pudeur. On se dit qu'en décernant l'Oscar de la Meilleure Actrice à Halle Berry pour son rôle dans le film, le cinéma américain a fait sien le message du film. Pour conclure, il est à noter que ce film, empreint de dignité et de générosité, nous offre l'une des plus belles et naturelles scènes d'amour physique de l'histoire du cinéma : merveilleuse de naturel, de vérité et d'émotion, elle condense à elle seule tout le propos du film. Magnifique !



2. NOTES


(1) Le titre originel du film (Monster’s ball) évoque explicitement la fête qui marquait la veille d’une exécution capitale, en Angleterre, du XVIIème au XVIIIème siècle.

(2) Il est à noter – pour le déplorer – que la version américaine est plus courte de quatre minutes : elle est, en effet, amputée de la scène d’amour physique jugée trop crue. Quel contresens sur le propos du film !


3. SYNOPSIS


Le film se déroule dans une de ces villes comme il y en a tant d’autres dans le sud des Etats-Unis. Dans le quartier des condamnés à mort de la prison travaille Hank Grotowski qui occupe le même emploi de gardien que son père, Buck Grotowski, et que son fils, Sonny. Bref, chez les Grotowski, on est gardien de prison de père en fils.

Hank vit avec son fils, Sonny, et son père dont il a la charge car ce dernier est devenu un vieillard impotent. Malgré leur étroite parenté, les trois hommes apparaissent bien différents : autant l’aïeul étale un racisme anti-noir haineux, autant le petit-fils manifeste sensibilité et compassion pour les prisonniers ; alors que le père n’éprouve que peu d’émotion.

La prison est en effervescence car une exécution capitale se prépare, qui concerne Lawrence Musgrove, un Américain noir condamné à la chaise électrique depuis onze longues années, à qui son fils obèse, Tyrell, et sa femme Leticia rendent de fréquentes visites.

Le jour de l’exécution, Sonny est victime d’un malaise dans le couloir de la mort. Son père, Hank, ne comprend pas les scrupules de son fils, ni sa sensibilité, et, par mépris, le frappe violemment. Cette incompréhension de la part de son père pousse alors Sonny à se donner la mort.

Hank, profondément choqué par l’événement tragique, démissionne de son travail de gardien. Inconsolable, en proie à la plus terrible des culpabilités, il erre dans la ville, croise par hasard, à diverses reprises, Leticia, la femme du condamné qu’il a fait exécuter, jusqu’à ce qu’un soir de pluie diluvienne il assiste à un accident mortel : Tyrell est renversé par une voiture qui prend la fuite. Hank a beau se porter à son secours et le transporter à l’hôpital, il meurt.

Dès lors, Leticia, qui a perdu son emploi de serveuse, et Hank, qui compatit à son malheur, se confient l’un à l’autre, réunis par leur deuil commun. Hank prend conscience que Leticia est la veuve de Lawrence Musgrove dont il s’est chargé de l’exécution. A force de se rencontrer de plus en plus souvent, ils finissent par s’aimer. Mais Buck, le père, refuse cette union au point que son fils finit par le placer dans une maison de retraite. Ainsi peut-il accueillir Leticia chez lui lorsqu’elle est expulsée. A son tour, elle découvre les dessins de son mari chez Hank ; à son tour, elle préfère garder le silence. Ensemble, ils essaieront de construire un bonheur fragile sur les décombres d’un ordre ancien.


4. FICHE TECHNIQUE


  • Titre original : Monster’s ball
  • Date : 2001
  • Réalisation  : Marc FORSTER
  • Scénario : Milo ADDICA, Will ROKOS
  • Directeur de la photographie : Roberto SCHAEFER
  • Musique : Asche and Spencer
  • Production  : Lee Daniels Entertainment / Lions Gate Films
  • Distribution  : Metropolitan FilmExport
  • Durée : 115 minutes

Distribution :

  • Hank Grotowski  : Billy Bob THORNTON
  • Leticia Musgrove  : Halle BERRY
  • Buck Grotowski  : Peter BOYLE
  • Sonny Grotowski : Heath LEDGER
  • Lawrence Musgrove  : Sean « Puffy » COMBS
  • Ryrus Cooper  : Dante BEZE (Mos DEF)
  • Tyrell Musgrove  : Coronji CALHOUN
  • Lucille  : Taylor SIMPSON
  • Betty  : Gabrielle WITCHER
  • Vera  : Amber RULES
  • Velesco  : Will ROKOS



Les droits de ce document sont régis par un contrat Creative Commons

et plus précisement par le contrat Creative Commons Paternité - Partage des Conditions Initiales à l’Identique Licence France 2.0 de Creative Commons, plus connue sous le nom de "CC-BY-SA".


Droits d'auteur © Henri PHILIBERT-CAILLAT


5. BANDE ANNONCE





 
Évaluation 100.00 %
Contenu sous droits d'auteur — Dernière mise-à-jour : 2016-10-24 12:05:29




Découvrez nos contenus

par catégories

par mots-clés

par dates d'ajout et de modification

Index alphabétique

Partagez vos connaissances !
Pour publier durablement et librement sur Internet, contactez-nous.





/a>